MODE DE TRAITEMENT
Mais à quoi bon muUiplier ces exemples? Je ne pourrais que me répéter à propos de chacun des éléments successifs du pronostic. Partout et toujours, l'état de la nutrition, l'état des forces tient la première place, de sorte que, sans nier en aucune façon l'importance des sources générales de jugement, je n'hésite pas à dire que l'appréciation de curabilité est un problème purement individuel, qui surgit, dans une intégralité toujours renaissante, à l'occasion de chaque malade. Le pronostic pathologique fléchit devant le pronostic clinique.
Une dernière condition de curabilité doit encore vous être signalée, c'est le traitement lui-même. Je n'entends point parler de la bonne direction et de la persévérance des efforts thérapeutiques, il serait oiseux d'insister sur ce point. Non ; je veux parler, et je regrette d'avoir à le faire, de la possibilité du traitement. Sachez-le bien, Messieurs, rien n'est plus complexe, rien n'est plus difficile à concilier avec les exigences ordinaires de la vie, rien enfin, disons-le franchement, n'est plus coûteux que le traitement de la phthisie pulmonaire. Trop souvent le médecin est arrêté par des considérations de famille ou de fortune, devant lesquelles il est contraint de s'incliner; trop souvent par suite, il est obligé de substituer au traitement qui pourrait devenir curateur, un simple traitement palliatif, et la maladie reste incurable, non pas peut-être en raison de son caractère propre, mais parce qu'elle n'a pu être complètement et constamment combattue. Ces difficultés, ces obstacles, vous les rencontrerez dès le début de votre pratique, et vous ne tarderez pas à reconnaître qu'il y a un abîme entre la phthisie des
classes riches et celle des classes pauvres au point de vue des résultats de la thérapeutique. La seconde n'est pas en soi plus grave que la première, mais les malheureux qu'elle atteint ne peuvent bénéficier de la totalité des moyens dont Ikirl dispose pour lutter contre la maladie. Qu'un médecin, par suite des hasards de sa situation, ne voie que des tuberculeux de cette classe, et bientôt, par une déduction logique, mais par une généralisation fausse, il arrive forcément à conclure que la phthisie est incurable, après quoi il s'empresse de protester contre ce qu'il appelle l'erreur de ceux qui professent une opinion plus consolante. Il n'y a erreur d'aucun côté, mais le terrain de l'observation n'a pas été le même, voilà toute la raison de cette divergence, dont on aurait bien tort de se faire une arme contre la notion salutaire de la curabilité. Cette faute est pourtant fréquemment commise, et elle implique, pour n'en rien dire de plus, une étrange étourderie : lorsque j'avance que la phthisie pulmonaire est curable, celte proposition ne vise que la maladie convenablement traitée, et les faits trop nombreux dans lesquels l'incurabilité résulte avant tout de l'impossibilité d'un traitement complet, ne peuvent en aucunemanière affaiblir la valeur de mon affirmation.
Si la pratique privée, en raison de la diversité des malades auxquels elle s'adresse, présente déjà de si notables écarts relativement à la guérison de la phthisie, que vous dirai-je de la pratique hospitalière? Ce milieu spécial est le plus défavorable de tous, l'idée même de curabilité y est fatalement abandonnée comme un rêve chimérique, puisque l'observalion démontre non seule-