ERREUR DE L'UNIFORMITÉ THÉRAPEUTIQUE
la plus initiale de l'affection; en voici un autre enfin qui n'offre pas le moindre vestige de tuberculose, mais chez lequel on doit craindre, pour une raison quelconque, le développement ultérieur du mal. Ces trois catégories qui embrassent, à elles trois, la totalité des phthisiques et des individus exposés à le devenir, sont à coup sûr des plus disparates, tellement qu'en ce qui concerne les moyens hygiéniques et pharmaceutiques, aucun médecin ne voudrait admettre l'iiniformilé du traitement. Eh bien ! cette disparité s'efface, ou plutôt elle est méconnue du moment qu'il s'agit de la question des climats : phthisie avancée, phthisie initiale, phthisie possible, cela devient tout un, et la règle thérapeutique qui devient une aussi est exprimée par cette formule non moins claire que concise : fuyons vers les pays chauds, au moins pendant l'hiver, et parmi ceux qui nous sont accessibles, recherchons les plus chauds; voilà le principe, voilà l'idéal. Cette étrange et constante préoccupation de la recherche du chaud est tellement puissante, qu'elle n'apparaît pas seulement dans les prescriptions immuables du médecin, mais qu'elle a fini par se refléter dans les documents climatologiques, je parle des documents sérieux ayant un caractère véritablement scientifique. Du moment que les auteurs en arrivent à la comparaison de localités plus ou moins analogues, ils cèdent invinciblement à la tendance que je signale, ils accumulent les chiffres, ils alignent les moyennes, ils en arrangent ou en dérangent le groupement, et ils finissent par établir la supériorité relative de telle ou telle station sur des écarts insignifiants dans la moyenne thermique annuelle ou saisonnière, comme si de pareilles différences pouvaient avoir
une importance quelconque lorsqu'il s'agit de fixer la constitution générale d'un climat, et surtout la valeur médicale respective des régions comparées. Cela est puéril, mais cela est la conséquence inévitable de cet entraînement irrésistible qui emporte médecins et malades à la recherche de la chaleur. Je ne dis rien, et pour cause, des documents plus nombreux encore qui ne sont que des plaidoyers pro clomo.
Et au total, Messieurs, savez-vous ce qu'il y a au fond de tout cela? une pure et simple pétition de principe. On affirme que le froid favorise la production et le développement du tubercule, en quoi l'on oublie que la tuberculose n'est pas une bronchite; on affirme, d'autre part que la chaleur est un élément hostile à l'apparition et à l'évolution de ce produit, ce qui est démenti par la fréquence de la phthisie chez les indigènes des pays chauds; et de ces prémisses on déduit par une logique aisée les conséquences pratiques relatives aux climats chauds. Le malheur est, pour la solidité du raisonnement, que les prémisses sont une hypothèse qui n'a pas même l'appui d'un commencement de preuve; elle n'a d'autre base qu'une erreur médicale, car elle perd de vue le caractère diathésique de la tuberculose, et l'influence pathogénique absolument et constamment prépondérante de rhypotrophie constitutionnelle.
Pour moi, je me suis dès longtemps écarté de ces sentiers battus; j'ai repoussé la prescription banale et routinière des climats chauds; j'ai repoussé également la théorie inversement exclusive des climats froids; et, envisageant la question des climats comme toute autre question thérapeutique, j'ai recherché, au lieu d'une