‹ Curabilité et traitement de la phthisie pulmonaire [electronic resource]Chapitre 74 sur 89 · DIVISION NOUVELLE DES CLIMATS · texte numérisé non relu

DIVISION NOUVELLE DES CLIMATS

l'exaoérer par un enthousiasme mal entendu; c'est là, pour moi, le véritable rapport thérapeutique entre les climats tempérés ou chauds d'hiver et la phthisie pulmonaire. La vie au dehors, c'est-à-dire l'action salutaire du soleil et de l'air libre sur l'organisme, avec diminution des chances de refroidissement et de complications accidentelles, voilà le bénéfice essentiel concédé par ces climats en eux-mêmes, et en dehors de toute intervention thérapeutique.

Cela étant, toute la question est celle-ci : arrive-t-il un moment dans l'évolution de la phthisie où ce bénéfice constitue au point de vue de la résidence l'indication dominante? Oui sans doute, malheureusement un tel moment arrive; et si nous laissons de côté les faits trop rares, mais positifs, où la maladies' arrête à ses débuts, ou à une période assez peu avancéepour qu'on ait pu utiliser jusqu'alors le séjour des hauteurs, nous pouvons, nous devons dire que ce moment arrive infailliblement dans tous les cas. Vousvoyez donc que, malgré l'infériorité relative que j'assigne aux climats à pression moyenne, je leur maintiens une large place dans le traitement de la phthisie ; mais je m'éloigne de la pratique ordinaire, en ce que je ne donne pas à ces climats une place exclusive ; celle que je leur accorde est une place secondaire, tant pour l'importance que pour l'ordre chronologique.

Ce premier point acquis, une autre question surgit dont l'intérêt pratique est des plus considérables. A quelle époque de la maladie survient le moment de cette conversion décisive? en d'autres termes, à quelle époque le bénéfice particulier conféré par les climats

doux devient-il une nécessité prépondérante, encore bien qu'en soi il ne réponde qu'à une indication accessoire? A cette question neuve, je ne répondrai que par les conclusions déduites de mes éludes personnelles.

Il y a intérêt à différer autant que possible le changement de direction du traitement climatérique; la raison c'est qu'en substituant un climat à pression moyenne à un climat de hauteur, on remplace un air plus pur par un air moins pur, on enlève au malade l'action mécanique de l'altitude, et on le prive en même temps de l'action salutaire sans pareille qu'exercent les résidences élevées sur la constitution et sur les échanges nutritifs. Ce dernier point mérite la plus sérieuse attention; car, même si l'on n'envisage dans le vasie groupe des stations basses que les climats qui méritent la qualification de toniques, leur influenceà cet égard sera encore bien éloignée de l'action vraiment revivifiante du climat de hauteur. La substitution est donc toujours profondément regrettable, etil faut la retarder autant qu'onle peut sans rien compromettre, afin d'assurer au malade le plus longtemps possible le bénéfice de conditions favorables qui ne peuvent être suppléées.

Ces règles générales étant formulées une fois pour toutes, recherchons les indications diverses qui dénoncent l'opportunité de celte modification radicale dans le traitement climatérique. Un exposé dogmatique se heurte aux mêmes difficultés que je vous ai signalées à propos des eaux minérales; dans les réalités de l'application, les indications sont purement individuelles, les décisions à prendre, malgré l'apparente fixité des éléments, de jugement, varient avec chaque malade, et je

dois me borner à vous faire entendre ici les préceptes généraux que mon expérience m'a démontrés applicables à tous les cas indistinctement. Les règles variables qui dirigent la pratique peuvent à la rigueur en être déduites; mais elles échappent à toute tentative de synthèse absolue.

J'appellerai d'abord votre attention sur quelques phénomènes pathologiques dont la signification n'est pas constamment la même.

Le catarrhe initial des sommets, qui accompagne et souvent devance les premières formations tuberculeuses, n'est point une contre-indication aux climats d'altitude; loin de là, il en réclame impérieusement l'action, si les autres particularités du malade plaident d'ailleurs dans le même sens.

Le catarrhe plus tardif qui dénote le ramollissement des tubercules, c'est-à-dire le passage de la première à la seconde période selon la division classique de Laennec, n'est point par lui-même une raison suffisante de renoncer au séjour des hauteurs; même lorsqu'il dépasse d'emblée ou ultérieurement les limites connues de la zone tuberculeuse, même lorsqu'il présente dans cette extension un caractère certain de permanence, ce catarrhe n'est point une indication constante des climats de plaine; il ne prend cette signification précise que dans certaines circonstances que je tiens d'autant plus à vous signaler, que l'importance en a été jusqu'ici complètement méconnue. Pour le cas indiqué, qui est un des plus fréquents de la pratique, le seul et véritable critérium est le suivant.

Lorsque le malade réside déjà dépiiis un certain

temps dans les climats élevés, on peut l'y maintenir sans inconvénient aucun, et avec avantage, je l'affirme, toute réserve faite, cela va sans dire, des autres contreindications que nous allons bientôt passer en revue. Mais s'il s'agit d'une détermination à prendre au début ou dans le cours de la saison d'hiver, la situation est tout autre; l'individu n'est point en possession de l'accoutumance, bien plus, il doit l'acquérir dans des conditions saisonnières particulièrement difficiles pour l'habitant des plaines, et il est à craindre alors que la première période de ce séjour inopportun n'amène l'explosion de nouvelles bronchites, et avec elles l'extension du calarrhe préexistant. La possession préalable de Vaccoutumance ; si elle n'est pas acquise, F époque à laquelle elle devra se faire, voilà les éléments de la solution cherchée.

Dans l'éventualité très fréquemmenl. réalisée que je viens d'examiner, catarrhe secondaire, lié au ramollissement, accoutumance nulle, détermination à prendre au début ou dans le cours de l'hiver, je ne conseille pas d'emblée le séjour des hauteurs; l'indication la plus pressante, la plus actuelle, si je puis ainsi dire, est de prévenir autant que possible le développement des manifestations bronchitiques, et par suite, vu le défaut d'acclimatement, je ne puis consentir à exposer soudainement le malade à l'action des basses températures. En cette situation, je ne me considère pas comme libre; je suis certain, à un point de vue général, de la supériorité des climats d'altitude, mais l'opportunité me fait défaut pour l'application; et quelles que doivent être mes déterminations ultérieures pour les saisons suivantes, je

CONTRK-INDICATIONS DES CLIMATà D'ALTITUDE. 305

m'arrête, pour ce premier hiver, auxclimats inférieurs du groupe ou aux climats moyens. Donc, dans ces conditions bien précisées, l'extension persistante du catarrhe de ramollissement au delà des limites de la zone tuberculeuse est une indication positive, mais temporaire, des climats à pression moyenne.

Dans les mêmes circonstances, c'est-à-dire en Vahsence d'accoutumance préalable, la fréquence et surtout la fréquence croissante des épisodes aigus est une seconde indication de même sens. Les variétés individuelles sont à ce sujet des plus remarquables : il est des malades qui traversent toute la première période de la phthisie, et même une bonne partie de la seconde, sans présenter d'accidents aigus; pour ceux-là on peut utiliser longtemps les climats de hauteur; il est d'autres malades au contraire qui, dès la période initiale de la tuberculose confirmée, souffrent de bronchites ou de fluxions pulmonaires aiguës ; puis, lorsque arrive la phase de ramollissement, ces incidents se reproduisent plus fréquemment, souvent sans cause saisissable; il se peut que dans l'intervalle de ces paroxysmes on constate que la lésion fondamentale n'a pas fait de progrès; mais cela est rare, et même lorsqu'il en est ainsi, cette disposition de plus en plus marquée aux accidents aigus est une contre-indication à un séjour d'hiver d'emblée dans un climat d'altitude.

Les deux ordres de faits que nous venons d'examiner n'ont plus du tout celte môme signification, lorsque la décision médicale peut intervenir en été, ou au commencement deTautomnc ; ils imposent simplement alors la nécessité de transitions très ménagées entre la plaine

366 TRAITliMIiNT CLIMATÉRIQUK.

et la localité la plus élevée qui doit être la résidence définitive, mais ils ne contre-indiquent point les climats d'altitude; j'estime au contraire qu'ils en demandent le secours. L'accoutumance à ce nouveau milieu est facilement acquise durant la belle saison; le séjour des hauteurs exerce alors sans danger pour le malade son influence favorable sur les manifestations catarrhales et sur les dispositions congeslivcs; et lorsque arrive l'hiver, le sujet, aguerri par la saison précédente, peut bénéficier de tous les effets généraux et locaux de ce climat, sans être plus exposé aux refroidissements et aux bronchites que dans une région quelconque de la plaine.

La distinction que je viens de formuler est 7iouvelle, et je m'étonne vraiment qu'elle le soit, car elle est fondamentale; que l'on en tienne compte et l'on verra s'effacer un bon nombre des contre-indications apparentes des climats d'altitude. C'est une erreur que d'assimiler ces résidences aux stations dites hivernales; sans doute on y séjourne l'hiver, mais ce n'est pas en cette saisonlà que ce traitement climatérique doit être institué. Du moment que la maladie est confirmée, et qu'il ne s'agit plus seulement de prophylaxie, c'e.vi en été ou en automne que le malade doit acquérir l'accoutumance ; et moyennant cette précaution, tellement élémentaire qu'elle peut sembler banale, il aura de son séjour le maximum des effets utiles, et le minimum des chances défavorables. Cette règle de pratique a en outre le grand avantage de réduire à leur étendue vraie les contre-indications de ces climats; ce sont ces contre-indicationsque je veux maintenant vous faire connaître.

Pour la PÉRIODE DE PROPHYLAXIE, je n'admcts pas d'au-

très conti-e-iûdicatioas que les étals palhologiqiies, étrangers cà la pluhisie, qui proscrivent en toute circonstance le séjour des hauteurs, et notamment des hauteurs supérieures à douze cents mètres : emphysème étendu, maladies du cœur ou des vaisseaux, etc. ; je m'en suis antérieurement expliqué à propos de la cure deSaint- Moritz. Mais dans tous les cas, et surtout lorsque l'individu intéressé présente les marques de l'excitabilité névro-vasculaire, j'applique dans toute sa rigueur le principe des transitions ménagées et graduelles, dont je vous ai, dans la même occasion, démontré toute l'importance.

Une fois la tuberculose confirmée, je parle de la FORME COMMUNE, la plus importante, la plus positive des contre-indications au séjour des hauteurs, est fournie par le mode réactionnel. Quelle que soit la période de l'affection, quelles qu'en soient les allures symptomatiques et les lésions, si l'individualité du patient lui imprime le caractère floride ou éréthique, il n'y a pas à songer un instant aux climats d'altitude, ils sont certainement nuisibles; l'inlluence fâcheuse se traduit, non pas toujours, par la production d'accidents nouveaux, mais par l'aggravation de tous les symptômes pénibles préexistants, notamment l'excitation nerveuse, la fièvre et l'insomnie. Conséquemment, et abstraction faite des autres éléments de jugement, ces climats conviennent avant tout aux malades k réaction lorpide; mais ne conviennent-ils qu'à ceux-là? Non, certainement non. Entre les deux types opposés du mode réactionnel, il y a un groupe intermédiaire, le plus nombreux assurément, dont les caractères moins saillants sont d'une apprécia-

Lion plus doulcuse ; groupe à réaction indifférente, sivous le voulez, dont certains membres se rapprochent plus du type torpide, tandis que d'autres sont plus voisins du type floride. Impossible de vous donner une règle pour ce groupe mal défini; le jugement ne peut être qu'individuel; il faut scruter attentivement l'histoire du malade avant le début de sa tuberculose, tenir compte de son mode de vie et de sa résidence ordinaires, de son éducation, de son caractère; il faut déterminer non moins soigneusement les effets produits chez lui par l'invasion de son affection, les allures qu'elle a présentées, et vous arrivez ainsi à saisir le rapport, utile ou nuisible, qui peut exister entre la modalité organique du sujet et les effets connus du climat d'altitude. C'est là un problème thérapeutique des plus délicats; je puis bien vous dire, et vous le pressentez, que si vos investigations vous conduisent à rapprocher le malade du type torpide, vous devez faire choix des stations de hauteur à pression basse, tandis que le jugement inverse vous impose les stations de plaine à pression moyenne; mais ce n'est là qu'une formule, dont l'application pratique demeure entièrement subordonnée à l'expérience.

Une autre contre-indication non moins absolue, et d'une appréciation plus facile, est fournie par la phase consomptive de la maladie; que cette phase soit précoce ou tardive, il n'importe, elle exclut sans réserve, du moins pour moi, les climats d'altitude. Mais pour maintenir dans ses limites vraies la portée de cette contre-indication, il est essentiel de ne pas confondre la phase consomptive avec le phénomène fièvre; c'est d'après la détérioration constitutionnelle dans son ensemble, et

non pas seulement d'après le symptôme fièvre, que la question doit être jugée. Les distinctions que j'ai établies à ce sujet retrouvent ici toute leur valeur. La fièvre qui est liée aux épisodes aigus, bronchitiques ou pneumoniques, qui née avec eux se termine avec eux, ne fournit aucune donnée précise pour le traitement climatérique, si ce n'est cette indication élémentaire et générale de différer tout déplacement, jusqu'à la résolution du processus aigu; après quoi la détermination entre les deux groupes de climats reste subordonnée, comme devant, aux conditions qui la dominentdans tous les cas.

Ce que je viens de dire de la fièvre d'inflammation est de tous points applicable à la fièvre de ramollissement et d'excavation. Tant que dure le travail aigu, je considère tout déplacement comme une faute, et lorsque le calme renaît, la situation est entière au point de vue du choix de la résidence ; le fait de cette période fébrile antérieure n'impose par lui seul aucune conclusion fixe. — Même remarque pour la fièvre de tuberculisation, liée aux formations granuleuses secondaires. — Quanta la fièvre dite hectique, qui, indépendante de toute modification notable dans les lésions locales, doit être rattachée à la résorption de produits pyrétogènes et à la consomption de l'organisme, c'est autre chose; quel qu'en soit le type, cette fièvre-là est un des éléments de la phase consomptive qu'elle caractérise nettement ; et même si la déchéance organique est encore peu avancée, je la considère comme une contre-indication aux climats de hauteur. Toutefois, afin de me préserver de toute précipitation dans le jugement, j'ai l'habitude, en pareille circonstance, d'interroger l'effet des agents anti-

JACCOUD. 24

370 TRAITEMENT CLIMATÉUIQUE.

thermiques : si, sous l'influence de celle médication, la fièvre prend fin, la contre-indication n'est plus aussi absolue, et les altitudes peuvent être utilisées sans danger, sous la condition expresse de l'accoutumance estivale dont j'ai établi lanécessité; lorsque au contraire la fièvre résiste aux agents antipyrétiques, alors toute incertitude cesse, l'abandon des climats de hauteur s'impose, complet et définitif.

Les contre-indications précédentes, tirées du mode réactionnel et de l'état général du malade, priment toutes les autres, je le redis encore; cependant certaines particularités afférentes aux lésions locales de la maladie ont à ce sujet une importance au moins égale; voici celles que mon expérience me permet de vous signaler. A toute époque et dans toutes leurs formes, les accidents laryngés ulcéreux de la tuberculose excluent complètement et sans réserve les climats à basse pression, et plus généralement encore les climats rigoureux. Il en est de même des accidents intestinaux liés à des ulcérations ; en revanche, la diarrhée dépendante d'un simple état catarrhal de l'intestin, ou d'une dyspepsie gastro-intestinale, est heureusement et rapidement modifiée dans les stations élevées, notamment dans les extrêmes du groupe.

Vétendiic des lésions pulmonaires doit être prise en sérieuse considération. Limitées aux sommets, elles peuvent être négligées dans l'appréciation; mais lorsqu'elles intéressent une plus grande partie des poumons, lorsqu'elles sont à la fois bilatérales et profondes, de manière à supprimer une portion notable de la surface de l'hématose, alors elles dominent toutes les autres con-

ditions; le séjour des altitudes extrêmes devient impossible, parce que dans ce milieu raréfié l'hématose serait insuffisante pour les besoins de l'organisme, et que le patient y serait infailliblement en proie à une dyspnée permanente. Si en pareille circonstance les autres particularités du cas assignent une opportunité positive aux résidences de montagne, il faut se borner pendant plusieurs mois aux altitudes inférieures du groupe, et encore convient-il de ne les conseiller cp'à titre d'essai. La chose en vaut la peine, car si l'épreuve réussit, les lésions subiront peut-être durant cette première étape une diminution d'étendue qui permettra plus tard d'utiliser graduellement des stations plus élevées.

L'étendue des lésions est beaucoup plus importante à ce point de vue que leur degré; ainsi l'existence de cavernes n'est point par elle-même une contre-indication au séjour des hauteurs, tout dépend du nombre, de la dimension, c'est-à-dire, en somme, de la diminution plus ou moins notable que subissent les surfaces d'hématose; c'est là l'élément primordial du jugement; mais ce point réservé, il faut bien savoir que certaines cavernes sont favorablement modifiées par les climats d'altitude ; ce sont les cavernes limitées, stationnaires, à sécrétion non irritative, et qui par suite ne provoquent aucun travail phlegmasique au voisinage; dans ces conditions, l'expansion des parties saines des poumons, sous l'influence de la raréfaction du milieu, peut concourir efficacement à l'occlusion et à la cicatrisation de la perte de substance; mes conclusions sur ce point sont tout à fait conformes à celles de Powell.

372 TRAITEMENT CMMATllRIQUË.

Parmi les lésions locales de la phthisie commune, les foyers jjneumoniques mérilent encore une attention particulière; je n'entends point parler des pneumonies intercurrentes à résolution complète, mais des pneumonies à reliquats persistants. Lorsque ces incidents laissent après eux des phénomènes d'acuité, lorsqu'ils se reproduisent à des intervalles peu éloignés, ils contre-indiquentle séjour des hauteurs; lorsque au contraire la torpidité est complète à la suite de l'orage passager soulevé par le travail inflammatoire, lorsque ces phases ne se renouvellent point, ou se montrent seulement à de longs intervalles, lorsque en un mot on n'a affaire qu'aux condensations de tissu qui sont les suites de ces plegmasies, • sans trace de processus aigu actuel, la contre-indication disparaît; car il est d'observation que le milieu raréfié des hauteurs extrêmes de mon premier groupe de climats provoque et favorise la résorption de ces infiltrations contingentes. Lorsque en pareille circonstance l'état du malade permet d'utiliser cette ressource thérapeutique, c'est, à mon sens, un précieux avantage.

Vhémoplysie des périodes initiales et moyennes de la phthisie est heureusement influencée par le séjour des hautes altitudes, cela ressort clairement de notre étude sur les modifications circulatoires produites par la raréfaction notable de l'atmosphère; on ne peut pourtant pas déduire de ce fait mécanique un précepte général; commeles autres phthisiques, les hémoptoïques présentent les deux modes réactionnels qualifiés d'éréthisme et de torpidité ; or pour les premiers, j'affirme, en dépit de tous les phénomènes de l'ordre physique, que le séjour des hauteurs est tout à fait préjudiciable; c'est là un fait

d'expérience que rien ne peut entamer; pour les autres, en revanche, j'affirme avec non moins de certitude que les climats d'altitude sont les plus utiles qui puissent être conseillés.

Entre beaucoup de preuves à l'appui de ces propositions si absolues, je vous parlerai de deux malades hémoptoïques que j'ai observés dans ces dernières années : l'un est ce fils d'un manufacturier de Lille dont il a été déjà question, l'autre est un jeune homme russe de même âge; chez tous deux la tuberculose était de même forme, de même degré analomique, chez tous deux, elle était caractérisée par de fréquentes héraoptysies toujours fébriles; bref,. tant sous le rapport des lé.çions locales que sous le rapport des poussées hémorrhagiques, les deux cas étaient aussi comparables, aussi semblables que peuvent l'être des faits pathologiques; et pourtant. Messieurs, le jeune homme de Lille a conservé ses hémoptysies partout, sauf à l'altitude extrême de Saint-Moritz; tandis que le Russe, qui avait essayé, de son chef, un nombre considérable de stations à bien des hauteurs diverses, n'a obtenu qu'à Madère la suspension de ses crachements de sang. Tout était semblable pourtant chez ces deux malades, tout, sauf le mode réactionnel : la torpidité était le trait dominant du Français, l'altitude l'a délivré de ses hémoptysies; l'éréthisme, au degré le plus extrême, était le trait dominant du Russe, le climat de Madère a pu seul mettre un terme aux fluxions hémorrhagiques. Après quelques mois de ce calme qui était pour lui un bonheur nouveau, ce jeune homme a commis l'imprudence de quitter l'île; il est venu à Pau où je l'ai vu, et malgré les qualités incon-

374 TRAlTEMliNT CLIMATÉIUQUE.

testablement sédatives de cette station, il y a été repris de ses crachements de sang.

Retenez donc bien ce fait dont l'importance pratique est des plus considérables : malgré la précision des influences barométriques sur la circulation pulmonaire, l'hémoptysie par elle seule ne fournit pas d'indication uniforme pour le traitement climatérique; même le caractère fébrile ou apyrétique de l'hémoptysie ne donne à cet égard que de vagues présomptions; le jugement doit être exclusivement dirigé par l'appréciation de la modalité réactionnelle du malade; c'est là sans contredit une des déterminations médicales les plus délicates ; l'erreur, aussi bien dans un sens que dans l'autre, peut avoir de désastreuses conséquences.

Dans la forme pneumonique de la phthisie (vous n'avez pas oublié, je pense, à quelle forme toute spéciale cette qualification doit être réservée), les climats d'altitude sont absolument contre-indiqués. Une infraction à cette règle aurait très probablement pour conséquence le retour agressif des phénomènes aigus.

Il est à peine besoin d'ajouter que dans la maladie confirmée, la nécessité des étapes graduelles pour les altitudes supérieures à 1200 mètres est plus impérieuse encore que dans la période de prophylaxie; elle est commandée à la fois par l'action certaine du climat sur l'excitabilité névro-cardiaque, et par la perturbation circulatoire résultant delà raréfaction de l'air; encore bien que la répartition nouvelle doive être favorable, il y a danger, et d anger incontestable, à l'imposer brusque-

ment à l'organisme. Je vous ai fait connaître, en étudiant les eaux de Saint-Moritz, les accidents que peut amener la négligence de cette précaution, je n'insiste pas davantage sur'ce point.

Quelque formelles que soient les contre-indications du séjour des altitudes, il faut les négliger lorsqu'il s'agit d'indigènes des régions élevées, devenus pluhisiques par suite de l'habitation de la plaine; en ces circonstances, le rapatriement est une nécessité absolue qui prime toute autre considération; rien ne peut en suppléer les merveilleux effets, je l'ai constaté moi-même dans un certain nombre de cas concernant des indigènes de l'Engadine supérieure.

Il va sans dire que les contre-indications tirées de la phthisie elle-même ne doivent pas être seules recherchées, lorsqu'il s'agit de fixer l'opportunité d'une résidence élevée; il faut tenir compte, avec la même sollicitude, des conditions qui, en toute circonstance, s'opposent au séjour dans les hauteurs. Ces conditions, je vous les ai précédemment indiquées, je vous rappelle seulement ici l'emphysème étendu, et les maladies du cœur ou des vaisseaux.

J'en ai fini avec les indications et les contre-indications générales des deux groupes fondamentaux entre lesquels je répartis les stations climatériques : climats d'altitude à pression basse, climats de plaine à . pression moyenne. Quant au choix ù faire dans chacun de ces groupes, notamment dans le second qui est bien plus nombreux, il est fixé par les particularités individuelles des malades, et par la forme

376 TRAITEMIÎNT CLIMAÏÉRIQUK.

de la maladie; nous y viendrons ultérieurement.

Tel est, Messieurs, le point de vue nouveau sous lequel mon expérience m'a conduit à envisager la question du traitement climatérique; vous pouvez comprendre maintenant combien est accessoire à mes yeux la considération de quelques fractions de degré thermique en plus ou en moins, ou d'une floraison plus ou moins précoce; vous l'apprécierez encore mieux lorsque je vous aurai exposé quelles sont les conditions météorologiques vraiment importantes, pour les stations médicales du groupe des tempérées; vous serez convaincus alors que ces variétés thermiques, dont on fait grand bruit, sont tout à fait secondaires. Pour moi, qui puis appuyer mon jugement sur une expérience directe des localités, aussi bien que sur l'observation de mes malades, lorsque j'envisage d'une vue générale l'ensemble des stations climatériques, je suis frappé avant tout, et par-dessus tout, de la différence radicale qui m'a conduit à les diviser en deux groupes fondés sur l'altitude, car cette différence implique une distinction non moins absolue quant à l'action Ihérapeutique.

En fait, la situation est celle-ci : Les climats d'altitude à pression basse ont une action régénératrice directe sur l'état constitutionnel, et une influence salutaire non moins directe sur le mode fonctionnel et circulatoire des organes malades; par suite, ces climats ont un rôle positif dans l'œuvre du traitement; ils sont des climats actifs ou modificateurs ; en un mot, ils sont des agents de la thèrapéutique. — Les climats doux à pression moyenne manquent de l'action directe sur le fonctionnement et la

Page 1