DU CATARRHE HES SOMMETS
tuberculisation réalisée. Qu'il en soiL ainsi dans certains cas, c'est possible; mais ce rapport n'est pas constant. C'est là du moins ce que l'observation m'a enseigné, et j'espère que les faits précédents vous feront partager ma conviction.
De môme que la zone périphérique des lésions tuberculeuses,déjàeffectuées,estunezonepurementcongestive qui annonce et qui réalise le développement de tubercules nouveaux, de même le catarrhe du sommet qui, dans l'immensemajoritédescas, est le phénomène initial de la phthisie commune, peut être un simple catarrhe phymatogène, il n'est point constamment d'emblée un catarrhe tuberculeux. Pendant combien de temps conserve-t-il ce caractère de simplicité initiale ? Il m'est impossible de vous le dire; mais cette phase de bénignité relative est pour moi chose certaine, et j'estime que le médecin qui est en présence d'un catarrhe limité de l'un ou des deux sommets doit toujours le considérer, ou tout au moins le traiter, comme un accident simplement prémonitoire, comme un accident curable. Si l'altération est de date toute récente, ce jugement a toute chance d'être exact; dans le cas contraire, le traitement qu'il impose a néanmoins une efficacité positive pour ralentir et enrayer les formations tuberculeuses; donc, à tous les points de vue, mieux vaut ici l'excès de confiance que la précipitation dans le découragement.
Telles étant les données qui me servent d'indications, vous pouvez pressentir l'importance que j'attache au traitement local ; il doit être appliqué sans hésitation dès le début, dès l'apparition des premiers signes stéthoscopiques; Graves, qu'il faut toujours citer sur ce sujet
comme sur bien d'autres, voulait même qu'on soumît à une révulsion permanente tous les individus chez lesquels on pouvaitcraindre le développement de la tuberculose, c'est-à-dire qu'il faisait de cette révulsion l'un des moyens du traitement prophylactique. Je n'oserais aller aussi loin, mais, en revanche, je veux qu'on intervienne sans délai au premier signal d'une lésion confirmée, quelque légère qu'elle soit ; sans méconnaître en effet les importants services que peut rendre le traitement local dans les périodes plus avancées de la maladie, je vous déclare que c'est au début qu'il présente incontestablement son maximum de puissance.
Pour être utile, ce traitement doit être poursuivi avec une infatigable persévérance ; quel que soit' le procédé de révulsion que vous mettiez en œuvre, dites-vous bien qu'une seule application est certainement stérile , la répétition, je dirai presque la continuité de l'action révulsive, voilà la condition d'une utilité réelle. Du moment que ce précepte fondamental est observé, tous les procédés révulsifs sont à peu près également bons, et vous pouvezchoisir, selon les circonstances, entre les vésicatoires volants, les pointes de feu et les cautères; c ependant il ne faut pas perdre de vue l'action des vésicatoires sur la muqueuse urinaire; cette action peut être négligée lorsqu'il ne s'agit que d'une ou deux applications séparées par un intervalle de plusieurs jours; mais il n'en estplus de même dans la méthode qui nous occupe, et pour ma part je n'ai recours aux vésicatoires que lorsque les malades, par une pusillanimité non justifiée d'ailleurs, se refusent aux autres moyens de révulsion. Les pointes de feu sont d'une application facile et rapide;
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elles sont vraiment peu douloureuses, et je les ai employées en mainte circonstance; toutefois, leur action me paraît plus superficielle, moins durable que celle des cautères, et c'est à ces derniers en somme que je donne encore aujourd'hui la préférence.
Ce sont des cautères à la pâte de Vienne que je fais placer au nombre de trois à lafoissous la clavicule, d'un seul ou des deux côtés, selon le siège des lésions ; ils sont petits, de la grandeur d'une pièce de vingt centimes au maximum, et bien espacés; je ne les entretiens pas, je n'y applique ni pois, ni pommade épispastique, il me suffit de la suppuration nécessaire pour l'élimination de l'eschare. Mais dès que la dessiccation commence, j'en fais placer d'autres, de la même 'manière, et je continue de la sorte aussi longtemps que je constate quelque modification favorable. Une observation plus prolongée a pleinement confirmé les avantages que j'ai antérieurement assignés à cette méthode : le processus local est enrayé soit définitivement, soitpour un temps notable; non seulement les lésions ne s'étendent pas, mais elles rétrogradent; ou tout au moins leur évolution est arrêtée, en ce sens qu'elles ne dépassent pas la période d'induration et de catarrhe, et que le ramollissement ulcéreux qui en est la suite la plus redoutable est pour longtemps retardé. De plus, ces applications répétées de cautères ponctiformes sont constamment utiles pour diminuer la toux, et pour calmer les douleurs thoraciques propres à cette période de la maladie.
Dans le cas où vous rencontrerez une résistance invincible à l'endroit de ces divers modes de traitement, vous aurez la ressource des emplâtres de thapsia, des
applications d'huile de croton, enfin, au dernier échelon de la série, des badigeonnages de teinture d'iode ; ces moyens sont sans comparaison moins efficaces que les autres, mais faute de mieux ils sont préférables à l'inaction ; en toute circonstance faites ce que vous pourrez, mais faites quelque chose, et ne vous résignez jamais à abandonner la méthode révulsive, qui est une des armes les plus puissantes de votre thérapeutique.
Je vous recommande de combattre avec la même sollicitude les premiers symptômes d'irritation laryngée; le plus souvent tardif, cet accident peut être contemporain des premières lésions pulmonaires, il peut même, comme vous le savez, en devancer l'apparition d'un temps plus ou moins long. Or, chez un individu menacé de tuberculose, cette laryngite, quelque légère qu'elle paraisse, ne doit jamais être négligée ; d'une part elle peut être l'indice d'une localisation imminente du tubercule sur le larynx; d'autre part, elle peut être le point de départ d'une irritation trachéo-bronchique descendante, qui hâte le développement des altérations pulmonaires. En toute condition, cette laryngite est donc un phénomène notable qui peut avoir de fâcheuses conséquences pour l'évolution ultérieure de la maladie, et le principe fondamental que je vous ai tant de fois rappelé touchant l'influence nocive des irritations respiratoires, exige une intervention immédiat e et soutenue. Tout en traitant le malade, vous devez donc traiter sa laryngite, et vous emploierez dans ce but soit les inhalations médicamenteuses, soit les applications topiques au moyen du laryngoscope, mais surtout et avant tout les révulsifs, entre lesquels je vous signale particulièrement
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les applications d'huile de croton et les badigeonnages iodés sur la région laryngo-trachéale. Répétés avec une insistance suffisante, ces moyens bien simples suffisenLle plus souvent pour triompher de la laryngite précoce, dont il s'agit en ce moment. Il ne faut jamais omettre d'aider l'action du traitement par le repos de l'organe; ce repos doit être aussi complet que possible, j'ai parlé ailleurs d'un médecin des plus distingués qui, pris de ce catarrhe laryngé suspect, s'imposa héroïquement un mutisme absolu pendant plus d'une année, sacrifice qui fut du reste couronné d'un plein succès. Sans prétendre exiger de vos malades une privation aussi pénible, vous devez leur faire comprendre les motifs d'une prudente réserve, et cette précaution est surtout indispensable lorsqu'il s'agit de personnes dont la profession exige un usage immodéré de la parole. Malheureusement, c'est précisément alors que vos conseils ont le moins de chances d'être suivis, mais vous ne devez pas moins les faire entendre avec une infatigable ténacité. — L'indication si importante fournie par le principe des irritations, oblige le médecin à défendre aux malades les métiers à poussières, ainsi que ceux qui exposent à l'inhalation de vapeurs irritantes ou caustiques; la nécessité de celte interdiction est tellement évidente qu'il est presque inutile de la signaler.
Dans notre précédente leçon, Messieurs, je vous ai fait connaître les moyens par lesquels jeremplis l'indication tirée de l'insuffisance nutritive et de l'inertie des poumons, je viens de vous entretenir des moyens par lesquels j'obéis à l'indication fournie par les irritations et lus lé-
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sions locales, cette association forme l'ensemble de ma pratique; c'est là le traitement complexe que je mets invariablement en œuvre dans les périodes initiales et apyrétiques de la tuberculose confirmée. Je n'y change rien, rien d'essentiel s'entend, aussi longtemps que La toux reste rare et sèche; mais du moment que les phénomènes de catarrhe broncho-pulmonaire s'accusent par une expectoration habituelle, même peu abondante, alors je me préoccupe de restreindre autant que possible cet état catarrhal, parce qu'il ajoute à la fatigue et aux spoliations du malade, et surtout parce qu'il favorise l'extension des lésions tuberculeuses.
Il y a donc là une indication nouvelle, dont l'importance à mes yeux est considérable.
Pendant bien des années j'ai rempli cette indication au moyen des balsamiques, goudron, térébenthine, administrés àl'intérieur et en inhalations ; mais depuis les travaux de Bouchard et Gimbert sur la créosote pure du hêtre, j'ai totalement renoncé à ces agents parce que mon observation personnelle, confirmant les résultats annoncés par ces éminents confrères, m'a bientôt convaincu de la supériorité de la créosote. Plus rapidement et plus sûrement que tout autre, ce remède diminue l'expectoraiion ; il restreint, en desséchant les bronches, l'étendue des lésions catarrhales; par là, il réduit déjà dans une notable proportion le champ des altérations pulmonaires ; mais ce n'est pas tout et je suis porté à croire- que la créosote peut agir sur les lésions fondamentales ellesmêmes, sur les lésions tuberculeuses, et en favoriser l'évolution scléreuse qui, dans l'espèce, vous le savez, est le mode de la guérison.