EFFETS DKS CLIMATS DE PLAINE
de la résidence fixe, et les procédés particuliers d'application suivant les régions et suivant l'origine des malades, je dois tout d'abord vous entretenir de quelques principes généraux ignorés ou méconnus, que je considère comme d'indispensables guides, et qui vous permettront d'apprécier clairement les raisons qui me dirigent.
Vous n'avez pas oublié sans doute la caractéristique et le rôle que j'ai assignés aux climats de mon second groupe. Tandis que les premiers sont directement modificateurs, à ce point qu'ils pourraient être dits curateurs, ou qu'ils ont à tout le moins la signification et l'importance d'un remède véritablement actif, les seconds sont purement et passivement conservateurs, et les effets qu'il est permis d'en attendre, je veux dire d'eux-mêmes et en dehors de toute intervention thérapeutique, ne dépassent pas les suivants : apaisement de l'irritabilité et de l'irritation bronchopulmonaires; — préservation, dans une mesure plus ou moins notable,, contre les épisodes inflammatoires dans l'appareil de la respiration ; — conciliation de ces résultats avec la vie. en plein air et au soleil pendant un nombre de jours plus ou moins grand de la saison d'hiver; — par suite de cette condition de vie extérieure, action favorable indirecte sur la restauration constitutionnelle. Ces effets sont assurément d'une grande importance; car par l'heureuse association du statu quo local avec l'amélioration de l'état général, le malade est mis en situation de bénéficier de toutes les éventualités favorables que peut lui conférer l'évolution de la maladie, aidée de la thérapeutique.
. Je réunis et je résume ces effets sous deux chefs : pré-
SERVATION LOCALE; — AMÉLIORATION DE L'ÉTAT CONSTITU- TIONNEL; ou bien encore, et par abréviation, indication locale; — indication générale. En dehors de ces effets,^ ne reconnais nulle autre action aux climats de plaine qui composent mon second groupe.
Gela étant, la première question à résoudre est celleci : quelles sont les conditions climatériques capables d'assurer le maximum des effets possibles? Cette question est neuve, ou en tout cas elle n'a pas été franchement abordée; c'est elle pourtant qui renferme et qui domine toutes les conclusions pratiques. Je vais donc vous dire les principales de ces conditions, pour chacun de mes deux chefs.
Quant à la préservation locale, on pourrait croire, et l'on croit, ou l'on semble croire souvent, qu'elle dépend avant tout du chiffre thermique, et que plus la moyenne hivernale de ce chiffre est élevée, plus il y a de chances favorables pour une préservation complète. Cette opinion est précisément celle qui inspire les luttes, au degré ou au dixième de degré, dont les médecins de diverses stations ont plusieurs fois donné l'exemple; j'ai eu déjà l'occasion de vous signaler l'inanité de ces discussions. En effet, Messieurs, cette opinion est une erreur complète; ce qui importe ici, à ce point de vue fondamental de la préservation locale, ce n'est pas le degré absolu de la température, c'est l'uniformité, c'est-à-dire la petitesse des oscillations thermométriques; et cette uniformité doit être recherchée, notez le fait, d'une part pour les périodes diurnes, d'autre part pour les périodes mensuelles. En ce qui concerne les périodes diurnes, deux circonstances tout à fait distinctes doivent être considé-
rées, savoir : les modifications du thermomètre aux diverses heures d'un môme jour, oscillations diurnes proprement dites; et les changements d'un jour à l'autre, oscillations des journées successives. En d'autres termes, l'uniformité thermique d'un climat dépend des trois conditions que voici : écarts du thermomètre aux diverses heures d'un même jour, — écarts d'un jour à Vautre, — écarts d'un mois à l'autre.
Voilà l'élément véritablement important et dominateur; moins les écarts des trois ordres sont étendus, plus l'uniformité, par suite, approche du complet, plus sont grandes et assurées les chances de préservation. Les limites absolues des écarts, c'est-à-dire les chiffres extrêmes entre lesquels ils ont lieu, sont tout à l'ait secondaires et accessoires; c'est avant tout l'amplitude de l'oscillation elle-même qui doit être prise en considération; par exemple, une oscillation diurne de cinq degrés entre des températures extrêmes de 5° à 10°, constitue, au point de vue particulier de la préservation locale, une condition climalérique beaucoup meilleure qu'une oscillation diurne de neuf degrés entre des températures de \ 5° à 24°; et il en est exactement de même pour les deux autres espèces d'oscillations. Ainsi donc l'uniformité thermique, telle que je viens de la définir, voilà la première condition nécessaire pour la production des effets que j'ai groupés sous le chef de préservation locale.
Pour les oscillations diurnes proprement dites, qui sont sans contredit les plus importantes, j'estime qu'au delà d'une amplitude moyenne de 5 degrés l'avantage fondamental du climat est compromis, il n'est plus suffisamment qualifié au point de vue de la stabilité
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thermique. Remarquez bien que je parle de la moyenne des oscillations diurnes, et que mon chiffre limite implique par conséquent pour la durée de la saison de sept mois, un certain nombre d'écarts plus considérables, et un nombre non moins grand d'écarts plus faibles. Cela bien entendu, je refuse absolument le caractère d'uniformité aux climats dont les oscillations thermiques diurnes présentent une moyenne supérieure aux chiffres ci-dessus; et la valeur thérapeutique du climat est d'autant moindre, que cette moyenne s'élève plus au delà des limites fixées. — L'uniformité des autres caractères météorologiques n'est pas moins indispensable, particulièrement en ce qui concerne l'état hygrométrique, car de notables écarts sont à la fois pénibles et préjudiciables pour les malades.
Un autre élément, non moins fondamental, est fourni par la fréquence et la violence des vents ; c'est encore là, eu égard à la préservation locale, une circonstance bien plus importante que l'élévation du chiffre thermique moyen ; une région sans vent ou avec peu de vent en automne, en hiver et au printemps, avec une moyenne thermométrique relativement basse pour le groupe de climats que nous considérons est assurément meilleure qu'une région à moyenne plus haute, mais qui est fréquemment exposée à des vents d'une certaine intensité; et cela reste vrai, quelle que soit la direction du vent; certes, s'il vient du nord, l'inconvénient est plus grave encore, mais le fait seul du déplacement violent de l'air est un obstacle réel à l'œuvre de préservation poursuivie, ou bien, si l'on veut éviter ce danger, on est trop souvent obligé de condamner le malade au confinement.
Indépendamment de cette influence nuisible directe, le vent en a une autre non moins redoutable, c'est la poussière qu'il soulève et qu'il maintient dans l'atmosphère respirable ; on peut sans grand dommage accepter une fréquence modérée du vent dans une région sans poussière, mais dans les localités à sol poudreux, cet inconvénient est presque rédhibitoire, et suffit pour diminuer, dans une proportion notable, la valeur médicale de ces stations. Souvent, il est vrai, il est possible d'atténuer au moins en partie cette condition fâcheuse, en usant judicieusement, pour le choix des habitations, des ressources que peuvent offrir les variétés topographiques de la contrée ; mais ce n'est là en somme qu'un pis-aller incertain, et les régions sans vents fréquents, ou au moins sans poussière, conserveront toujours une incontestable supériorité.
L'état hygrométrique habituel de la localité doit également être pris en sérieuse considération, non seulement quant à son uniformité, mais aussi quant à son degré moyen. L'importance de la première condition a déjà été signalée, elle se comprend d'elle-même, car toute variation brusque et notable dans les phénomènes météorologiques est un obstacle à la préservation locale, et menace d'en amener la suspension. Pour ce qui est du degré, il est nécessaire qu'il soit notablement supérieur à la moitié de l'échelle hygrométrique centésimale; à 55, à 60, à 65 un climat doit encore être dit sec, ou modérément sec; c'est entre 70 et 80 qu'il faut chercher les limites désirables de l'humidité relative moyenne; elle est trop faible au-dessous du premier terme, elle est excessive au delà du second.
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L'influence de la sécheresse est complètement différente, suivant qu'elle est associée à une température basse, ou à une température moyenne ou chaude; de là l'opposition de ces conclusions avec celles queje vous ai présentées à propos des altitudes extrêmes de mon premier groupe. Dans les climats doux de plaine, l'insuffisance ordinaire du degré hygrométrique, la sécheresse de l'air, favorise et entretient l'irritation de la muqueuse respiratoire; par suite de l'abondance et de la rapidité de l'évaporation cutanée et pulmonaire, elle soustrait une notable quantité d'eau à l'organisme, et augmente en conséquence la concentration des produits liquides normaux et pathologiques; cette influence se fait surtout sentir sur les crachats, dont la viscosité accrue rend l'expectoration difficile, et sur l'urine qui devient rare, condensée et haute en couleur. Vivenot, qui a remarquablement analysé ces effets, pense même que cette diminution quantitative de l'urine peut amener, par insuffisance de l'eau, la rétention dans le sang d'une certaine quantité d'urée, qui est alors éliminée sous forme d'azote et d'ammoniaque, par la peau et par les poumons; cette élimination déviée est pour ces derniers organes une cause directe d'irritation. Ce n'est pas tout : avec la sécheresse de l'air dans ces régions basses coïncident invariablement de notables écarts de température; une humidité modérée est la condition sine qua non de l'uniformité thermique ; d'où il résulte que l'insuffisance hygrométrique n'est pas seulement redoutable par ses effets directs sur l'organisme, mais qu'elle l'est aussi par son association constante avec une variabilité exagérée des conditions thcrmométriques. Tous
ces effets immédiats et médiats de la sécheresse sont d'autant plus marqués que la température est plus élevée; conséquemment, les climats qui présentent à un haut degré cet ensemble de caractères, ne doivent être conseillés qu'en face d'indications particulières d'une précision certaine.
Il faut aussi tenir compte des qualités propres de l'air, ou pour mieux dire, de l'impression variable qu'il exerce sur la muqueuse aérienne; tantôt il n'a sur elle qu'une action nulle, tantôt il donne à son passage une impression douce et agréable dont on a parfaitement conscience, tantôt enfin il a une action comme agaçante et âpre, qui n'est pas moins exactement appréciée. Souvent ces différences peuvent être rattachées à des différences notables dans les conditions climatériques , et particulièrement dans l'état hygrométrique et le voisinage de la mer; mais il arrive aussi que de pareilles différences sont constatées entre deux localités, que rapprochent à tous autres égards d'étroites analogies ; on ne peut alors invoquer que la qualité propre de l'air; mais quelque pauvre que soit l'explication, cette propriété de l'air, qui dans ses degrés extrêmes fait Vair doux et l'air rude, est un élément qu'il est impossible de négliger dans l'appréciation des conditions relatives à la préservation locale.
Ainsi donc, Messieurs, l'uniformité de température résultant du faible écart des oscillations diurnes, journalières successives, et mensuelles; — l'uniformité de l'état hygrométrique dans les limites assignées à l'humidité moyenne; — la rareté des vents et l'absence de poussière; — la douceur ou au moins la neutralité de
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l'air, voilà les conditions climatériques qui sont nécessaires, pour produire au maximum les effets salutaires de notre première classe : apaisement de l'irritation locale et préservation contre les agressions inflammatoires. Passons aux effets du second chef, restauration de