‹ Cure radicale des hernies, avec une étude statistique de deuxcent soixantequinze opérations [electronic resource]Chapitre 84 sur 94 · CONCLUSIONS. — INDICATIONS DE L'OPÉRATION · texte numérisé non relu

CONCLUSIONS. — INDICATIONS DE L'OPÉRATION

Un livre comme celui-ci n'aurait en quelque sorte pas besoin de conclusions, puisque celles-ci découlent tout naturellement des observations de chaque page.

Puis, la cure radicale, qui élait si mal vue lors de la publication de la première édition, n'est plus à défendre. Toutefois, comme il y a dans l'esprit des médecins encore bien des points obscurs, je crois qu'il est bon de résumer les conclusions auxquelles mes observations personnelles m'ont conduit.

La cure radicale est une réalité. Elle peut être obtenue pour une proportion considérable des hernies.

Dans les cas rares où une hernie ne peut être gué-

rie au sens absolu du mot, l'opération de la cure radicale que l'on tente peut encore être favorable au sujet ; le mettre à l'abri des accidents ou complications herniaires et le mettre dans des conditions infiniment plus favorables aussi bien au point de vue de la douleur qu'au point de vue de sa sécurité.

L'opération qui permet d'obtenir ce résultat est une opération assez compliquée, et il ne faut pas comparer ensemble les innombrables procédés proposés dans ce but et les confondre dans un même jugement, car beaucoup d'entre eux n'ont delà cure radicale que les prétentions, et il suffit d'un examen rapide des méthodes et surtout des opérés pour permettre de constater qu'ils laissent, soit des amorces de hernie, soit même des hernies entièrement constituées qui ne demandent qu'à grandir.

Mon opération de cure radicale a fait ses preuves par le temps, puisque plus de dix ans se sont écoulés pour certains de mes opérés. Mais elle donne immédiatement des preuves anatomiques de son efficacité.

Elle s'applique, avec des modifications, à toutes les variétés de hernies, dans toutes les régions ; et certaines variétés qui paraissaient devoir opposer les difficultés les plus sérieuses, comme les hernies con-

génitales de l'homme et de la-femme, la hernie ombilicale, sont celles qui donnent les résultats les plus favorables.

La persistance de la cure radicale dépend certainement, non seulement de la méthode suivie, mais de la perfection, de la minutie avec laquelle le procédé opératoire aura été appliqué.

La sécurité du patient résulte d'abord de la perfection avec laquelle a été appliquée la méthode antiseptique. En dehors de celle-ci, la cure radicale ne devrait jamais être pratiquée.

Elle résulte aussi de l'étude exacte des indications de l'opération. On a le grand tort de considérer en bloc les opérations de cure radicale. Les sujets varient à l'infini. Certains sujets ne doivent pas être opérés et d'autres ne devront être opérés que dans des conditions de préparation qui assurent leur sécurité. Le jeune âge des sujets et l'intégrité de leurs organes respiratoires constituent les conditions les plus favorables.

Le danger le plus redoutable après cette opération est dans les troubles respiratoires et dans la congestion pulmonaire. On peut la combattre une fois l'opération faite. On peut aussi l'éviter en préparant le

sujet et en l'opérant dans des conditions plus satisfaisantes. J'ai opéré des sujets en été, qu'il eût été impossible d'opérer en hiver. J'en ai opéré d'autres après les avoir soumis longtemps et patiemment à un régime qui m'a permis de faire disparaître toute complication pulmonaire actuelle.

En principe, on ne devrait faire d'opération que chez les jeunes sujets. Avant quarante ans, l'opération se présente dans les conditions les plus favorables. J'en ai néanmoins opéré un grand nombre plus âgés. Mais j'estime, quoiqu'ils aient guéri, que leur tant pour cent de mauvaise chance devait être sensiblement différent de celui des plus jeunes, qui est absolument insignifiant.

Le gros volume des hernies ne passe dans la question de pronostic qu'après certaines questions d'adhérences et surtout après la question de la nature des viscères contenus.

Quant aux indications, je crois qu'il ne faut plus les établir comme on l'a fait j usqu'ici. Pour les établir vraiment scientifiquement, il faudrait en quelque sorte prendre chaque sujet séparément, vu l'extrême variété de ces sujets. Si on veut les considérer d'une manière générale, il faut diviser les sujets en deux groupes suivant l'âge. On peut faire deux groupes

des hernieux de six ou sept ans à quarante ans, puis de ceux qui ont dépassé cet âge.

On peut dire que, dans le premier groupe, les sujets courent, du fait de la cure radicale des chances de mort extrêmement minimes. Aussi, pour eux, la cure radicale me paraît devoir être la règle et ce sont plutôt les contre-indications que les indications qu'il serait utile de chercher, les contre-indications devant être de beaucoup les plus rares.

Pour ces sujets, il ne faut rejeter l'opération qu'en cas de cachexie, ou chez les individus présentant des hernies si petites qu'elles n'apportent aucune gêne ou que l'opération serait impraticable, ou surtout chez les sujets dont les parois sont détestables, dont les hernies sont multiples et chez lesquels assurément l'opération n'aurait aucune chance de succès.

Ces réserves faites, il faut opérer toutes les hernies. Pour les unes, on devra presser les sujets, ceux dont les hernies ont des accidents actuels ou sont menacés d' accidents éventuels : hernies douloureuses irréductibles, incoercibles, les hernies qui s'engouent. Pour les autres cas, l'urgence est moins marquée, mais lés bénéfices de l'opération ne sont pas moins évidents. Dans tous les cas, je ne vois aucune bonne raison pour refuser le bénéfice de l'opération à ceux qui sont porteurs des hernies.

Après quarante a?is, le danger de l'opération croit notablement, à moins que le sujet ne soit particulièrement vigoureux ; il faut être un peu plus réservé et je ne conseille l'opération que lorsque la hernie est manifestement gênante, incoercible ou douloureuse, ou lorsqu'elle menace d'accidents.

Chez les vieillards, il^jfaut être encore bien plus parcimonieux, et je crois qu'il ne faut guère la faire si la vie du sujet n'est menacée plus ou moins prochainement, ou bien dans ces cas, assez rares heureusement, où la hernie rend la vie insupportable.

En discutant les résultats de la cure radicale, il ne faut pas se placer seulement au point de vue de la maladie guérie ; il ne faut pas oublier non plus que si la cure radicale permet de soulager des douleurs, de remédier à une infirmité, elle permet aussi de remédier à une difformité grave.

Elle restitue au sujet une conformation à peu près normale qui lui rend des possibilités de travail et lui permet de reprendre comme valide dans la société des situations auxquelles il aurait dû renoncer. C'est un côté considérable de la question, et je puis affirmer aujourd'hui qu'il est parfaitement résolu.

Des sujets ont été rendus aptes au service militaire , d'autres ont pu reprendre des travaux de

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force qu'ils auraient dû abandonner, ce qui équivalait pour eux à la misère. J'ai pu encore rendre à la vie commune, au mariage, dont leur infirmité les tenait éloignés, un bon nombre de sujets, hommes et femmes, dont la situation physique et morale a bénéficié de ce changement.

On ne peut dire toutefois que l'opération qui permet ces résultats est une opération simple, ni que cette opération est exempte de dangers au sens propre du mot. La vérité est que cette opération grave peut être rendue inoffensive par une série de précautions assez difficiles à prendre constamment dans les circonstances extrêmement diverses qui accompagnent les hernies. Pour cette opération, comme pour beaucoup d'autres de la chirurgie moderne, on a tort de la présenter comme facile et non dangereuse, parce qu'on prépare des hécatombes de difformes qui seraient opérés sans les précautions ou sans les minuties qui font toute la solidité et toute la sécurité des résultats.

Pour faire cette chirurgie avec sécurité, avec des résultats positifs, il faut l'étudier et la pratiquer d'une façon spéciale, ainsi qu'on le fait pour toutes les laparotomies.

Une intervention aussi puissante et aussi heureuse mérite bien une semblable application.

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