ACTE V
« Le théâtre représente le Champ-de-ilars; on y voit Tautel de la Patrie et, à côté, un piédestal sur lequel est placée l'urne antique où reposent les cendres des guerriers morts dans les combats. A deux Termes, placés l'un vis-à-vis de l'autre, on a suspendu un ruban tri col or (5? cl et, au ruban, un niveau, symbole de l'Égalité. »
Les inévitables personnages des autres actes « sont tous rangés autour de l'autel do la Patrie, où chacun a suspendu pour offrande les fruits de son métier ou de son art. Le Pré-
siflonl monlo sur les marches de l'aiilcl, y dépose les actes de recensement et le vœu du peuple français pour la Constitution, qu'il proclame en sa présence. Le Président reçoit les piques que lui présentent les envoyés des Assemblées primaires, et les rassemble dans un seul faisceau. Récitatifs, chœurs, bruit du canon, salve d'artillerie » ; le Président couvre l'urne cinéraire de palmes et do lauriers. Récitatif, chœur, ballet général.
La sanculotide eut, qui le croirait? vingtquatre représentations! Le lendemain de la quatorzième exécution, le 20 prairial, le théâtre fit « relâche à cause de la fête à l'Etre suprême ».
Nous avons à citer encore deux ouvrages curieux de cette étrange époque : De?iys le Tyran, maître d'école à Corinthe (6 fructidor an II, 23 août) et la Rosière ré-puhlicaine 6 nivôse an m, 26 décembre), tous deux des mêmes auteurs : le citoyen Grétry, pour la musique, et le citoyen Sylvain Maréchal, pour les paroles.
L'histoire nous apprend que Denys le Jeune fut chassé de Syracuse par Timoléon, et que, réfugié à Corinthe , il fut obligé d'y ouvrir une école pour gagner sa vie. Cela se passait 343 ans avant Jésus-Christ.
Sylvain Maréchal a pris cet épisode et nous montre Denys dirigeant son école sous le nom peu historique de Géronte. En attendant ses écoliers, Denys cherche dans sa poche so7i ^zV/f/eme (qu'il porte toujours sur lui, à ce qu'il paraît) et V embrasse avec effusion ; mais les élèves arrivent ; il cache bien vite cet attribut de la tyrannie et se met en devoir de commencer la leçon : alpha, bêta, gamma, etc.
Comme l'alphabet n'est pas bien épelé, Denys distribue force coups de férule. Chrysostome son voisin, savetier de son état, survient, et lui reproche, en termes ultra-philosophiques, sa brutalité et ses abus de pouvoir. Pour mieux le catéchiser, il l'entraîne boire du falerne à la taverne voisine [sic). Là, Chrysostome malmène tous les tyran» en général et le nommé Denys de Syracuse en
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parliculier. Cojiii-ci esl inquiet. La fomnie do Chrysostome i('[)rochc ;i son mari d'aller boire avec un homme « de si mauvaise mine », d'autant plus, qu'en tirant une pièce d'argent de sa poche, elle s'est aperçue que l'effigie, qui s'y trouve gravée, ressemble beaucoup « au despote Denys ».
Les réflexions du savetier, pendant la leçon qui suit cette première promenade à la tacenip, sont amusantes au possible. Denys lui réplique :
Je sais bien ce que je dois dire :
Que chacun fasse son métier.
Ainsi que tu l'entends, tu répares un soulier. J'ai ma métliode pour instruire.
Et... ils retournent tous deux à la taverne.
Mais les écoliers, livrés à eux-mêmes pendant ces nombreuses libations, jouent à toutes sortes de jeux (non renouvelés des Grecs) et finissent par la ronde du roi fondu.
A la fin du chœur, « on se jette sur Denys, on le fait tomber par terre ou sous la table, on le chamaille, on le tire par ses habits... » La femme de Chrysostome aperçoit un bout de diadème i^rèi à tomber de la manche de Denys.
On y lit on lettres de perles et d'or : « Denys, roi de Syracuse. »
Le peuple arrive en foule, le magistrat est appelé, et Denys est chassé, reconduit entre quatre soldats. Les enfants le suivent avec des verges qu'ils ont prises à l'école.
La pièce finit par un ballet général.
Dans la Rosière républicaine ou la Fête de la Raison, nous avons pour personnages le maire, le curé, l'officier municipal, Lysis, fils du maire, un vieillard, de vieilles mères de famille, paysans et paysannes.
(( Le théâtre représente une place de village ; le porche d'une église de campagne au fond; au milieu, l'arbre de la Liberté, la maison curiale à gauche. »
On prépare une fête et
Les vieillards sont mandés pour choisir la plus sage Qui doit ligurer la Raison, Lysis espère que leur suffrage Couronnera la sensible Alison.
Quelque temps après, les matrones du village
CURIOSITÉS DE LOPÉRA 227
surviennent et frappent à la porte de l'église. Le curé ne répond pas. Elles disent alors leurs patenôtres. « Le porche de l'église s'ouvre ou plutôt disparaît pour faire place à un autel placé sur l'ancien. Au frontispice, on lit : A la Maison! Les habitants du hameau affluent de toutes parts. On chante un hymne à la nouvelle divinité. Le curé, ébloui, arrive au milieu de la fête, déchire son bréviaire, et, après avoir enlevé sa soutane, paraît hahillé en sans-culotte. Il chante môme des couplets :
Dans le temple de la Raison, Aux yeux de la Nature, Je veux lue mettre à l'unisson, Abjurer l'imposture.
Oui, je reprends ma dignité D'homme libre et pensant; je veux qu'à cette fête On place sur ma tète Le bonnet de la Liberté.
Au diable la calotte!
Au diable la marotte!
Je me fais sans-culotte [bis).
LE CHCEDR.
Un curé sans-culotte!
Et le tout finit par un ballet de la composition du citoyen Gardel.
En l'an vi, 18 floréal (7 mai 1798) le Chant des Vangeances. Cet intermède, mêlé de pantomimes, a cela de curieux qu'il est tout à la fois composé en l'honneur des Victimes de la Terreur et dédié aux Mânes des Braves, tels que Marceau, Hoche, etc.
Le 26 prairial an vn (14 juin 1799), la Nouvelle au camp de l'assassinat des minist7'es français à Rastadt, on le Cri de Vangeance, scène lyrique.
Le 2janvier 1807, encore un intermède mêlé de chants et de danses : V Inauguration du temple de la Victoire^ musique de Le Sueur et Persuis, paroles de Baour-Lorm.ian.
D'après une note autographe de Persuis, adressée à Lefebvre, copiste de l'Académie, que l'auteur de cette étude a trouvée en faisant l'inventaire de la bibliothèque, cet intermède, répété sous le titre de Chant des Conquêtes (qui ligure sur les parties séparées), a été aussi appelé le Teinple de la Victoire.
L'ouverture est de Winter. Le livret indique aussi Le Sueur comme collaborateur de Per-
CURIOSITES DE LMH'KIl.V 220
suis; il .iiirail bion pu iccnnnaîlre égalcnn'nl la collaboralioii de Kreutzer, puisque Pcrsuis a emprunté à ce dernier, pour le final, tout un air àWshjanax.
On pourrait bien admettre comme pièce politique le Triomphe de Trajan (23 octobre 1807), des mêmes musiciens, puisque l'empereur romain devait personnifier l'empereur Napoléon.
En revanche, le Triomjihe du mois de mars, ou le Berceau d'Achille, opéra-ballet, musique de Kreutzer, doit figurer dans cette nomenclature, puisqu'il fut composé « à l'occasion de la naissance du roi de Rome (27 mars 1811) ».
Le 2o juillet 1815, cinq autours qui n'avaient cessé de célébrer la gloire de l'Empereur et Roi : Persuis, Borton, Kreutzer, et deux chorégraphes : Milon et Gardel, écrivaient un ballet pour fêter la rentrée des Bourbons et lui donnaient pour litre : l^ Heureux
retoitr. Schneitzhœfîer, le fiitiu' auteur de la Sylphide, débuta Lrillamment dans ce ballet en écrivant de très Jolies variations sur les airs : Charmante Gahrielle et Vive Henri IV!
Notre tâche sera bientôt terminée ; nous allons donner, comme épilogue, une énumération succincte des cantates et des couplets politiques exécutés à différentes époques sur la scène de l'Opéra.
Sous LA République : r Offrande à la Liberté; Hymne à la Liberté; Hymne à la Victoire; le Serinent républicain^ deGossec; le Chant du Départ, de Méhul; la Marseillaise, de Rouget de Liste.
Sous LE Consulat : le Chant de la Paix, de Le Sueur.
Sous LE PREMIER Empire : Cautates pour le Mariage de l' Empereur et j^oiir la Naissance du Roi de Rome; Chant triomphal, de Méhul; Chant de triomphe, de Le Sueur.
Sors LA Restauration : Vivat franrah^ du mriiK^ Le Siiciir; une canlalo do Mrliiil, j'cinarqiial)lo on co sons que la musique a servi aux deux rég-imos politiques, — on s'était contenté de changer les paroles; — puis des compositions de L. Jadin, Persuis, Plantade, Nicolo et Piccinni.
Sous Louis-PniLippE, la fièvre des cantates s'apaise. Sauf trois pièces : Lafayette, Liberté, Ordre public, de Carulli (1830), et une cantate, la Parisienne, composée en 1 837 par Ad. Adam, « pour le hal donné par la garde nationale à la duchesse d'Orléans », nous n'avons rien à mentionner.
Il en est de mémo pour la : République de 1848. On se contente de reprendre les chants de Gossec, deMéhulet de Rouget de Lisle, de 1792. Nous ne trouvons qu'une cantate chantée par madame Yiardot (sans nom d'auteur), le chœur des Girondine, de Varney, et un Chant national, de Blanchard.
Sous LE SECOND E.AipiRE, la maladie des cantates reprend avec fureur. Nous citerons les
cantates les plus importantes, et d'abord la première en date : la France sauvée (1852), musique de V. Massé; pour le Mariage de l'empereur (1833), par Deldevez; la Crimée (18S3), par Ad. Adam; j^our la Prise de Sébastopol, par Auber ;joo?/r la Naissance du Prince impérial {i^^^), par Ad. Adam; Magenta, par Auber (18o9) ; Victoire ! {^oMëvmo) , par E. Reyer; le fameux hymne de Rossini, dédié à Napoléon III et à son vaillant Peuple, avec canons, cloches, etc.; « excusez du peu! » avait ajouté le maître (1867); puis d'autres cantates signées Charles de Bériot, J. Cohen, Duprato, Léo Delihes, L. Gastinel, E. Gautier, Gevaërt, A. Maillart, Th. Semet, Wekerlin.
Hélas! l'année 1870 est venue. La guerre nous menace, guerre sinistre ! L'enthousiasme éclate dans tous les cœurs et se peint sur tous les visages. Les cris : « A Berlin! à Berlin! » retentissent encore à nos oreilles comme un glas funèbre; et plus de dix années pourtant ont passé depuis cette triste époque !
crniosiTÉs de l'opkra 233
Le Rhin allemand, de Musset, mis on musique par Ch. Delioux et orchestré par Léo Delibes, est exécuté sur la scène de l'Opéra, le 29 juillet. C'est Faure qui chante le solo ; il est en uniforme de lieutenant de mobiles. Comme figuration, on a placé soixante fantassins et trente cuirassiers en tenue de campagne. Combien en est-il revenu, de ces malheureux figurants?
Quelques jours après, le 8 août, autre cantate : A la Frontière l de Ch. Gounod, paroles de J. Frev.
Après les malheurs de la guerre, les horreurs et les incendies de la Commune.
Celle-ci avait décidé qu'un concert aurait lieu, à rOpéra, au profit des blessés. Le programme était composé de différents morceaux du répertoire et de deux chœurs, écrits pour la circonstance par M. Raoul Pugno ; ils sont restés à la bibliothèque de l'Opéra, inédits et autographes.
Ces chœurs avaient pour titres : Hymne aux Immortels et Alliance des Peuples.
Le concert devait avoir lieu le 22 mai 1871 ; il fut répété et affiché; mais l'entrée de « l'armée de Versailles » en a différé indéfiniment l'exécution.
Nous venons de parcourir, comme on vient de le voir, deux siècles de notre histoire. N'avions-nous pas raison de dire, en commençant, que le théâtre de l'Opéra a fatalement reçu le contre-coup de toutes les phases de prospérité ou de misère, de triomphe ou de revers qu'a traversées notre chère France?
Mais, en outre de toutes ces cantates officielles à grand déploiement de mise en scène, d'effets vocaux et d'effets d'orchestre, la bibliothèque de l'Opéra possède aussi un très intéressant recueil de morceaux de petite dimension, strophes ou couplets avec accompagnement de piano , dont les paroles reflètent d'une façon curieuse l'opinion publique de leur époque.
Petits ou grands événements survenus dans
CURIOSITÉS DE L'OPÉRA 23;j
notre siècle, guerres, émeutes ou révolutions, personnages marquants, rois, empereurs, princes, hommes d'épée, hommes de plume, tous sont célébrés, en majeur ou on mineur, par des pseudo-musiciens , dont on chercherait vainement les noms dans les huit volumes de la Biographie de Fétis, pas plus que dans la continuation de cet ouvrage, qu'Arthur Pougin a fait paraître récemment.
Nous voulons parler ici d'une foule de petits morceaux inconnus, gravés, la plupart du temps, aux frais de leurs auteurs, dinoffensifs amateurs, dont la foi politique tenait lieu de science.
Une main patiente a réuni toutes ces épaves qui constituent une véritable mascarade musicale, si l'on daisne donner le nom de musique à ces élucubratious. Il est tels de ces « hymnes », de ces « cantates héroïques », de ces « chants nationaux » , qui ont une extravagance d'allure à dérider, non seulement un artiste, mais même un politicien ou un diplomate.
Nous allons feuilleter ensemble cette col-
leclion de musique... amusante. La poésie est imprégnée d'une saveur prud'hommesque qui eût transporté d'aise Henry Monnier luimême. On en jugera par les extraits qui vont suivre.
Ces rimeurs dynastiques avaient d'abord une qualité particulière ; leur prosodie et leur orthographe leur appartenaient sans partage.
Ainsi, dans le Sacre de Charles X (paroles et musique de Maurice Onslow, qu'il ne faut pas confondre avec son homonyme Georges, compositeur, membre de l'Institut), dans le Sacre de Charles X, nous trouvons ces perles de différentes grosseurs :
A la seconde strophe :
« Guerriers émuls du preux Bayard Soutiens de l'autel et du thrûne, Soyez l'invincible rampait Qui seul protège la couronne. »
A la troisième strophe :
(< Du sein de l'immortalité Pour un frère le roi martyre. »
Puis à la cinquième :
CURIOSITKS DE L'OPERA 237
« Sous la ôannicre (\o l"H(iniiniir Vous savez ohaiiiu'i' la Viiloiro. Le guorrior vous doit sou bonlu.ur, Ses tropfiés, sa vertu, sa gloire. »
A la lin, ce vers étonnant :
« Pour Charles, reçois dos serments, Secours tcn roi que la terre aime. »
Dans la Polonaise^ ce vers mirifique :
(( Sur tes nouveaux lauriers, repose en paix, ô France. »
Dans X Hymne funèbre à Napoléon le Grand :
« Après tant de combats, de superbes trophées, L'exil au sein dos mers, sur un rocher maudit; Et là des regrets sourds, des plaintes étoufTées, Puis la mortymorl sublime et que pour lui Dieu fit. »
La Sentinelle de Blat/e est moins étrange comme grammaire, mais n'en est pas moins curieuse comme sujet. Les paroles de ce... poème sont de M. Emmanuel de Pujol, cheva-
lier de Tordre royal et militaire de Saint-Ferdinand :
« Tout reposait sm- la foi du geôlier, Et près des murs de la sombre tourelle Morne mais fier, chantait toi grenadier, Noble débris de la garde fidèle.
« Fille des rois, repose en paix, « Le cri d'houueur se fait entendre ; « Et près de toi le soldat français « Ne veille que pour te défendre. »
Il faut remarquer que ces estimables auteurs éprouvaient le besoin irrésistible de faire miroiter, aux yeux du public, leurs titres et leurs qualités dans une pompeuse et complète énumération ;
« J.-M. Braun (compositeur), ancien lieutenant-colonel de Farme des chasseurs à pied de l'ex-garde impériale, officier de la Légion d'honneur, maître honoraire de l'Académie philharmonique de Bologne, membre de la Société académique à^ Agriculture ., sciences et arts de Strasbourg et de la Société française de Statistique universelle. »
« Le Chant national, composé par le fils d'un soldat de FEmpiro, Bugnard — Georges- Joseph, — professeur de cinquième au collège de Bagnères. »
« Hyacinthe Girono (compositeur etparolier), élève du Conservatoire, étudiant en droit, memhre de rancienne Société royale académique des sciences et delà Société des sciences physiques, chimiques et industrielles. »
A propos d'une cantate à Pie IX, l'auteur de la musique, il maestro Ludovico Baccilieri, se vante d'être (nous traduisons) : « Memhre de l'Académie philharmonique de Bologne (comme le précédent, M. Braun), auteur d'un drame musical il Sesost?'i et d'une méthode de solfège, pour voix de soprano et de ténor, dans tous les tons et temps de la musique. » Au bas de la page, on trouve cette note : « Voire
la lettre papale. » Celte lettre émane, tout simplement, d'un employé de la Chancellerie, qui accuse réception de la cantate, par ordre du Saint-Père.
Les seuls noms de compositeurs qui émergent de cette foule d'inconnus sont ceux de Paër, Adolphe Adam, Panseron, Fessy, Choron, et enfin celui que nous appelions familièrement « le petit père » Elwart, qui fut, en 1848, le citoyen A. Elwart, auteur du Te Deum républicain et de la Fête de la Concorde (paroles et musique) ; qui écrivit plus tard Vive l'Empereurl (1 8o6) et redevint républicain, en 1873, quand on lui donna la croix, qu'il avait, du reste, parfaitement méritée par ses longs services au Conservatoire, comme professeur d'harmonie.
La guerre de Grèce, sous la Restauration, le sacre de Charles X, les naissances du duc de Bordeaux et du comte de Paris ; celle du Prince impérial, les guerres d'Afrique, de Crimée et d'Italie ont été chantées tour à tour;
CURIOSITES m: i.oi'Kit.v sa
mais c'est la Pologne et la famille impériale qui oui la siipérioi'ité, comme nombre.
01) ! la lV)logne et les Polonais! c'est effrayant ! dans tous les coins de la France, à Paris, à Bordeaux, à Rouen, à Bayonne, les rimeurs et les musiciens d'occasion excitent à l'envi leurs muses étiques à chanter les vertus de la Pologne et les exploits des Polonais. Nous aHons citer deux de ces actualités... passées :
D'abord, Dialor/ue sur la tombe du prince Poniatowski, entre l'ombre du prince et le passant, paroles en deux langues (polonaise et française) ;
Ensuite France et Pologne, chant populaire dédié au Comité franco-polonais et aux fils de France, par l'un des vainqueurs de la Bastille, le plus jeune de la vieille g'arde nationale de 1789, paroles de M. de Galonné, lieutenant des voltigeurs de la deuxième lég-ion, professeur au collège Henri IV. — Se vend au seul profit des héroïques Polonais.
Quant à la guerre des Grecs, nous avons la Bataille de Navai'in, — pour le piano-forte, avec accompagnement de violon et violoncelle (ad lib.).
L'armée d'Espagne est l'objet d'une marche militaire^ avec accompagnement de... guitare. Pourquoi pas de castagnettes?
Le Chant du départ de l'armée française pour la Moi'ée, solo, refrain à l'unisson ; — piano et... cor.
Mais rien ne vaut, à notre avis, Vbispii^ation pour le piano, sur la prise d'Alger, avec des effets d'une harmonie imitative. Nous allons tâcher de faire connaître les beautés typiques de cetle sublime inspiration.
Introduction : « Grave conseil des généraux avant l'attaque »...
Triolets de sol battus : « ordres pour attaquer. »
Gamme ascendante en triples croches :
« Fusée pour avertir l'amiral. »
C harrô, allcrjro cou fuoco : « Attaque par terre et par mer. »
Longue suite d'arpèges ;;2Vmo ; « La 3" division tourne le fort. »
Diminuendo : « Kalentissement du feu do l'ennemi. »
Con spasimo : « Plaintes des blessés et des habitants qui demandent à capituler. »
Allet/ro accelerando : « Refus de la capitulation et renouvellement du feu. »
Diminuendo perdendosi : « Les Arabes se retirent... Ruines du fort qui saute. »
Fanfare : « Marche triomphale en entrant à Alger. Joie de l'armée. »
Reprise de la marche : « Les soldats se retirent dans leur logement. »
Diminuendo, Ritardendo, pp. « Repos des soldats, fanfare dans l'éloignement. »
Finale: « Prière de tous les Français... Domine salvum... »
Tout nous fait supposer que Fauteur de cette... inspiration a dû finir doucement ses jours dans une maison hospitalière.
« L'hommage à Son Altesse Royale Madame la duchesse d'Ang-oulême est assez drôlement conçu ; c'est tout simplement le chœur de la Caravane : « La victoire est à nous, » avec des paroles dithyrambiques , et il est destiné à être chante dans les salons. Seulement, l'arrangeur a eu l'idée splendide d'adjoindre à l'accompagnement de piano... une partie de trompette. Jugez de ce bruyant effet!
La Revue nocturne, en l'honneur de la Grande Armée, est mieux encore : à Taccompagnemont do piano, l'auteur a ajouté un tambour et une caisse roulante !
Les notes explicatives ou préliminaires, qui développent souvent l'idée des auteurs, sont parfois assez plaisantes :
CURIOSITÉS DE L'OPKUA 24j
.1 r Amo dr Napoléon le Grand, musique de madanic LauriMice E. Leveaiix, née de Gourbillou Diancourl.
(( IS. IJ. — Une souscription a été ouverte pour la pul)licalion de ce chant après de flatteuses et vives mstatîcps d'artistes et d'amateurs, qui ont été les premiers à souscrire. Elle a été, en oulre, honorée du concours de hautes 7iotabilités nobiliaires, législatives, littéraires et artistiques, sans acception d'opinion.
» Les listes sont closes par la publication de l'œuvre. »
Quel joli boniment!
Citons encore : Marche de la Victoire de Magenta, précédée d'une prière dorphelins, dédiée aux hbérateurs de l'Italie, les braves militaires des armées française et italienne, par madame C. Dupouy (amateur).
(( Cette marche est vendue au profit des pauvres oi'phelins des Pyrénées (?), la partie la plus pauvre de France (pour créer un établissement), pour piano, orgue, violon ou flûte. Ce chœur peut se jouer sur le violon ou sur la flûte. »
On dansait avec entrain, en l'honneur des combattants de Crimée et d'Italie : nous trouvons, entre autres, laPiémontano^ polka ?zfff/onale de Musard; le Passage du Tessin, polka militaire ; la Sébastopoline, valse ; Sébastopol- Polka, par Paul Henrion.
Un Chant des Zouaves, musique de Wroblewski, est tiré à 100,000 exemplaires.
Nous allions oublier un « hymne guerrier, religieux et patriotique », qui ne manque pas d'un joyeux pittoresque. Il est intitulé : L'Italie et l'Autriche ou On ou Non, et fut publié en 1848.
L'amusante lithographie imprimée sur la couverture représente le jeune empereur d'Autriche côte à côte avec le Pape, et derrière eux, le Christ qui les considère avec attendrissement; le tout est enguirlandé d'extraits de psaumes — politique et religion mêlées. — Audessous, deux di'apeaux : français et itahen. Sur le premier, la devise républicaine : Liberté, Egalité, Fraternité, et les emblèmes des vertus théologales : une croix, une ancre et un cœur;
de Piano. Trii»uii,le et Flageolet ou Petite rinic
Br!pr^ti,><& f<ff<Zù!eu^. Prix 4 F. 'S<yM^à. âi/ /?uyxuU^'i^.
à la hampe, K' bonnet pliryj^ien et... les Evangiles. Sur le second diapeau : « Son Dieu, son droit, sa patrie, » et, à la hampe, la triple croix papale et... le triangle maçonnique!!!
Le tout est signé : J.-B. Tapio, au Champ de Mars, midi 21 mai, frlo de la Concorde. »
Le bon M. Gagne aurait dû fraterniser avec le citoyen J.-B. Tapio.
La mort tragique du duc d'Orléans et celle de la princesse Marie ont provoqué l'éclosion d'une foule de morceaux de musique, dont les paroles attendries n'atteignent pas, pour cela, un lyrisme de très bon aloi ; mais, dans le nombre, il est une pièce que nous devons citer, à cause du nom inattendu de son auteur :
Alix Mânes du duc d'Orléans et de la princesse Marie — deux âmes au Ciel — élégie pour violoncelle, par... Jacques OfFenbach.
En laissant de coté nombre de morceaux
2i8 CURIOSITES DE LOPER.V
plus OU moins curieux, terminons par la note gaie. Elle n'abonde pas, il faut en convenir. Deux pièces : 1830. Le Dey chantant, complainte algérienne, avec accompagnement de piano, triangle ou pincettes, petite tlùte ou flageolet, 1848. Xotre dessin la reproduit fidèlement.
Uti Aspirant socialiste, « paroles d'un Soc, musique d'un Démoc , chanté par Chaudesaigues » ; c'est une chanson satirique dans le genre des vaudevilles du temps : la Foire aux idées; la Propriété, c'est le vol, etc.
Pour résumer notre impression personnelle, nous dirons qu'après avoir feuilleté, en souriant, — nous l'avouons, — cet album rétrospectif, une pensée sérieuse nous est venue.
Nos devanciers n'étaient-ils pas plus heureux que nous, les sceptiques, les forts de la fin du siècle? Nous ne croyons plus à rien, et eux avaient une foi politique; ils s'intéressaient aux fluctuations des partis et aux destinées de la France. Et ces romances, quelque ridicules qu'elles nous paraissent maintenant.
Crii KiSITKS DE L'Ol'KHA 2i'.)
reflétaient iiiif impression Ju cœur, un sentiment, une espérance! Ne valaient-elles pas mieux que IWmant d'Àjyianda, la Famille Jiidard, Po-Paul, Coco dans l'Tro, Tant mieux ponrcllr, et la dernière Je toutes, une actualité qui les dépasse en succès, c'est-à-dire en stujiidité : Y n'a pas d'pai apltiie ?
Ces rengaines, absolument idiotes, ont été pourtant acclamées dans les cafés-concerts de toutes les catégories et même dans quelques salons I
Voilà bien de quoi chasser de nos lèvres le sourire de tout à l'heure.