LA CHANSON DE MALBIIOUCH K
fiers; eHe ne fut pas même recueillie dans ces immenses collections de chansons anecdotiques qui faisaient partie des archives de la noblesse française. Mais, en 1781, elle retentit tout à coup, d’un bout à l'autre du royaume.
Marie-Antoinette mit au monde un Dauphin, qui devint le nourrisson d'une paysanne, nommée madame Poitrine, qu'on avait choisie, entre toutes, à son apparence de santé et de l>onne humeur.
Madame Poitrine chantait en berçant le royal enfant, qui ouvrit les yeux au grand nom de Marlborough. Ce nom, les paroles naïves de |a clianson, la bizarrerie de son refrain et la touchante simplicité de l'air, frap>pérent la reine, qui retint cet air et cette Chanson. Tout le monde les répéta, après elle, et le roi luimême ne dédaigna pas de fredonner à l'miisson Malbrough s'en va-t-en guerre.
On chantait Malbrough des petits appartements de Versailles aux cuisines et aux écuries ; la Chanson faisait fureur à la cour, quand elle fut adoptée par la bourgeoisie de Paiis, et elle passa successivement de ville en ville, de pays en pays : elle'retouma d’abord en Angleterre, où elle fut bientôt aussi populaire qu'en France.
A Paris, Beaumarchais, dans son Mariage de Figaro, fit chanter à son Chérubin l'air de Malbrough, en remplaçant l'antique refrain mironton ton ton mirontaine par ce vers langoureux :
Que mon cœur, que rao:i cœur a de peine!
A Londres, un gentilhomme français, voulant se faire
conduire par son cocher à Marlborougk-Sreet et ne se rappelant pas le nom de cette rue, chanta l’air de Malbrough, et le cocher comprit aussitôt l'adresse que lui indiquait la Chanson.
Goethe, qui voyageait en France, dans ce temps-là, fut assourdi par un concert universel de mironlons, et prit en haine Marlborough, qui était la cause innocente de cette épidémie chantante.
Malbrougk donna son nom aux modes, aux étoffes, aux coiffures, aux carrosses, aux ragoûts, etc. Malbrough revenait sans cesse, à propos de tout et à propos de rien. Le sujet de la Chanson était peint sur les paravents, sur les éventails, sur les écrans, brodé sur les tapisseries et sur les meubles, gravé sur les jetons, sur les bijoux, reproduit sous toutes les formes et de toutes les manières. Cette rage de Malbrongk dura plusieurs années, et il ne fallut pas moins que la chute dô la Bastille pour étouffer le bruit d’une chanson.
A pivVsent que nous sommes loin de la Chanson et de Malbrough, qui sont à jamais acquis à la France, nous avons reclierché quelle devait être l’origine de cet air guerrier et mélancolique à la fois, que Napoléon entonnait à haute voix, malgré son antipathie contre la musique, cliaque fois qu’il montait à cheval jtour entrer en campagne, et nous ne répugnons pas à croire, avec M. de Chateaubriand, que ce pourrait bien être ce même air que les Croisés de Godefroy de Bouillon chantaient sous les murs de Jérusalem pour s’encourager à délivrer la ville sainte et le tombeau du Christ.
RIBLIOGRAPHIE
BIBLIOGRAPHIE
Abrégé de la vie du prince et du duc de Harlborough. Amsterdam, 1714, in-12.
L'auteur, qui était un réfugié français, a signé C. M. l'épltra dédkaloire au duc de Monlaigu, gendre du duc de Harlliorougli.
(L’abbé H. Doteups et Madgett). Histoire du Jean Churchill, duc de Harlborough. Paris, imprim. du Gouvernement, 1806, 3 vol. in-8.
W. CoxE. Mémoires de Jean,' duc de Harlborough, etc., avec sa corrcspotidauce originale, recueil, d’après des papiers de famille. (En ang.) fjondres, 1818, 3 vol. iii-8, fig. et * cartes.
Voy. la Chanson de ilall/roa:ih avec la musique, dans loa Chants et Chansons unpslaires de ta h'ntiicr. ucromp. de nq|^es
C r P. L. Jacob, liiulioidiile, Uumcrsaii, Uurry et Leroux de Dcy. Paris, Delloye, 3 vol. iii-8, Cg.
Fin