‹ Curiosités de l'histoire des artsChapitre 4 sur 12 · ORIGINES · texte numérisé non relu

ORIGINES

Plus de quinze villes ont revendicjué Thonneur d^avoir TU naître rimprimerrer et les écrivains qui se sont appliqués à rechercher Torigine de cette invention adnurable, loin de se mettre d'accord sur un seul point de la question, n'ont fait que l'embrouiller en s'efîorçant de l'édaircir.

Aujourd'hui cependant, après plusieurs siècles de controverses savantes et passionnées, il ne reste, de tant de systèmes contradictoires, que trois systèmes en présence, avec trois noms de villes, quatre noms d'inventeurs, et trois dates différentes : les trois villes sont flarlem, Strasbourg et Mayence; les quatre inventeurs, Laurent Cosler, Gutemberg, Faust et Schoiffer; les trois dates, 1420, 1440, 1450.

A notre avis, ces trois systèmes que I*bn prétend exclure l'un par l'autre doivent se fondre en un et se combiner chronologiquement, de manière à représenter les trois époques principales de la découverte de Tlmprimerie.

On peut dire que l'Imprimer ie eiis tait en garm e parmi les connaissances eî les u^sîçes^^dej^'tiquité^.^^^ inscriptions gravées en creux' ou en reiief sur pierre , sur bois ou sur métal, servaient souvent à reproduire des empreintes avec une matière malléable, comme la Jerre grasse, la cire, etc. : les médecins oculistes marquaient ainsi leurs onguents; les boulangers, leurs pains; les briquetiers et les potiers, leurs vas^ et leurs briques. On avait des sceaux et des cachets portant des lé- ^^endes tracées à rebours, qu'on imprimait positivement sur le papyrus et le vélin, avec de la cire, ou de l'encre, ou de la couleur. On montre encore, dans les musées, des plaques de cuivre ou de bois de cèdre, chargées de .caractères sculptés ou découpés, lesquelles semblent avoir été faites pour Tinîpression et qui ressemblent aux planches xylographiques du quinzième siècle.

Ce n'est pas tout; le procédé de rin[y)riHifiriej|i]LJLypes ^ mobiles se trouve presque décrit dans un passage de Cîcéron, qui réfute en ces termes la doctrine d'Épicure sïmes atomes créateiu^s du monde : « Pourquoi ne pas croire aussi qu'en jetant pêle-mêle d'innombrables formes des vingt et une lettres de l'alphabet (formm liiterarum), soit en or, soit en toute autre matière, on puisse imprimer avec ces lettres sur la terre (ex las in terram excmm) les Annales d'Ennius? » Ces formes de lettres, ces alphabets mobiles, l'Antiquité les possédait sculptés en buis ou en ivoire ; mais elle ne les employait que pour îjpprendre à lire aux enfants. Quintilien, dans ses Institutions oratoires, approuve cette méthode (ebumens etiam litterariim formas in lusum afferre)^ et saintJérôjîifiv au cinquième siècle, recommande, dans sesïpîffS, ce jeu amusant et instructif à la fois, en invitant une mère, qui s'en sert pour l'éducation de sa tille, à brouiller l'ordre alphabétique de ces lettres mobiles, afin que l'enfant s'exerce à le rétablir et à les recoi^ître.

Il n'eîit fallu qu'un heureux hasard jjour faire sortir

de ce jeu d'enfant, quinze siècles plus tôt» Tart lypographique, qui fut seulement contemporain de la gravure el de l'impression. ^.

« L'impression une fois découverte, dit M. le comle Léon de Laborde , une fois qu'elle était appliquée à la gravure en relier, donnait naissance à Tlmprimerie, qui ne formait plus qu'un perfectionnement, auquel une progression naturelle et rapide de tentatives et d'efforts devait forcément conduire. » M. de Laborde, qui le premier a porté la lumière dans les ténèbres des commencements de rimprimerie, dit ailleurs : « C'est à Ilarlem qu'eurent lieu tous les perfectionnements successifs d'une invention naissante, livres lylographiques, association de types mobiles de bols aux ligures gravées, petits livres populaires sur types mobiles de bois, essais de fonte, letc; premiers pas qui devaient mener à de plus grandes entreprises et qui suffirent pour donner à Strasbourg et à Mayence le courage de les exécuter. »

Dès la lin du quatorzième siècle, la DoUande avait découvert îà gravure cuboîs et par conséquent l'impression tabellaire, que la Chiiie connaissait déjà trois ou quatre cents ans a vanf^Tère moderne.* On ne saurait donc dire si le premier graveur et le premier imprimeur se sont iaspirés dun livre chinois, rapporté à Harlem par quelque marchand ou navigateur hollandais. Ce ne fut peutêtre qu'un jeu de cartes chinoises, qui révéla aux carliers et aux hnagiers de l'industrieuse Néerlande un procédé moins coûteux et plus expéditif, pour fabriquer des caries à jouer et des images de sainteté, coloriées, quelle fournissait à toute TEurope, et que l'Allemagne ne suflisait pas à multiplier selon les besoins de sa propre consommation. "^

Les cartes à jouer et les images peintes de ces premiers temps ont presque toutes disparu; on a retrouvé poui tant, dans quelques manuscrits hollandais de la fin du quatorzième siècle, nolaniment dans des ouvrages de piêlé * y •-* ,

et dans les livres d*Heures, certaines gravures en bois, d'un dessin naïf et bizarre, grossièrement exécutées au canif, tirées avec une encre grise et rehaussées de couleurs à teintes plates : ces vieilles gravures, coUées dans des encadrements imprimés à la brosse en noir ou eu couleurs au moyen d'un moule découpé, étaient là pour simuler des miniatures faites à la plume et au pinceau. Telle fut sans doute Torigine de la xylographie, qui commença du jour où Ion grava une légende sur une estampe en bois; cette légende s'étendit de quelques mots à quelques lignes et forma bientôt une page; cette page ne tarda pas à devenir un volume.

« 1^ premier livre qui fut imprimé, lit-on dans le S^cundaScaligerana, fut un bréviaire ou Manuale : on eust dit qu'il estoîl escrit à la main (madame la fille du comte de Lodron, grand'mère de M. de lEsc^tle, Ta voit : une levrette le rongea; de quoy Jules César Scaliger estoit bien fasché), parce que les lettres estoient conjointes les unes aux autres et avoient esté imprimées sur un ais de bois, où les lettres esîoient gravées, tellement que Fais ne pouvoit servir qu a ce livre et non à d'autres, conune depuis on a trouvé de mettre les lettres à part. » Joseph Scaliger dit ici que rimprimerie fut inventée à Harlem; il avait dit, ailleurs, que ce fut à Dordrecht : « On gravoit sur des tables, et les lettres estoient liées ensemble. Ma grand'mére avoif un pseautier de cette impression, et la couverture estoit espaisse de deux doigts : au dedans de cette couverture estoit une petite armoire où il y avoit un crucifix d'argent, et au derrière du crucifix : Hermica Lodronia de la ScaL »

On n'a pML retrouvé, il est vrai, ce psautier ou ce , bréviaire, quTr ne serait pas impossible de reconnaître dans VHorarium, composé de huit page5 de petit format, imprimées des deux côtés avec des caractères semblables à l'ancienne écriture hollandaise, exemplaire unique, découvert en 1740 par Timprimeur de llarlem, Jean Ens-

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cbedé, dans là couverlure d'un manuscrit hollandais du quinzième siècle.

Voici, sur la découverte de rimprimerie à Harlem, un extrait du fameux récit que fait Adrien Junius dans son ouvrage latin, intitulé^ Batavia^ ^^Tl ' Wl IIW J 'ël 'publié seulement après sa morC*eîfTîfS8 :

« Je vais donc raconter ce que m ont appris des honunes respectables par leur âge, par les fonctions publiques dont ils sont revêtus, par la confiance et le crédit qu'ils méritent, et ce qu'ils avaient appris eux-mêmes, par tradition de leurs ancêtres. 11 y a plus de cent trentedeux ans (vers 1442), demeurait à Harlem, ^lans une grande et somptueuse maison que Ton voit encore sur la place, à côté du Palais Royal, Laurent Jean (Janssoen), surnommé Coster ou gouverneur, car il possédait cette diarge lucraBveeT^iorable, par héritage de famille. \

« Un jour (vers 1420), en se promenant dans un bois ) Ç, ^ - ^' voisin de la ville (comme font, après le repas ou les 4 ? \ jours de M e ,' teTofo^^ns qui ont du loisir), il se mit à y ti^^ ' * taiUer des écorces de hêtre, en forme de lettres, avec les- ( t queUes il traça, sur du papier, en les imprimant lune ajH'és l'autre en sens inverse, un modèle composé de plusieurs lignes, pour Tinstruction de ses petits-fils. Encouragé par ce succès, son génie prit un plus grand essor : et d'abord, de concert avec son gendre Thomas Pierre (lequel, par parenthèse, a laissé quatre enfants qui furent tous revêtus de la dignité consulaire), il inventa une espèce d'encre plus visqueuse et plus tenace que celle qu'on emploie pour écrire, et il imprima ainsi des images auxquelles il avait ajouté ses caractères en bois.

« J'ai vu moi-même plusieurs exemplaires de cet essai d^impression non opisthographe, c'est-à-dire faite d'un seul côté du papier. C'est un livre écrit en langage vulgaire par un auteur anonyme, portant pour titre Spéculum noslrae salutis. Dans ces exemplaires, ce qui dénotait l'enfance de l'art, les feuillets étaient collés 1 un à l'autre,

de manière que les pages blanches ne pioduisissent pas une disparate.

« Plus tard, Laurent Coster changea ses types de hoh en tjpes de plomb, puis ceux-ci en tjpes d'étain, parce que cette matière est à la fois plus solide et plus durable. On voit encore aujourd'hui, dans la maison même que Laurent habitait et que son arrière -petit -fils Gérard Thomas, mort vieux il y a peu d'années, habita depuis, deux grands vases qui furent fabriqués avec les restes de ces caractères d etain.

I^ nouvelle invention de Laurent, favorisée par les hommes studieux, attira de toutes parts un immense concours d'acheteurs. L'amour de Tart s'en accrut, les travaux de Fatelier s'accrurent aussi, et Laurent dut adjoindre des ouvriers à sa famille, qui ne suffisait plus pour l'aider dans ses opérations. Enlre ces ouvriers, il y avait un certain Jean, que je soupçonne n'être autre que Faast (nom de lacheux augure!) qui fut traître et fatal à soTi maître. Initié sous le sceau du serment à tous les secrets de rimprimeiie, lorsqu'il se croit assez habile dans la fonte des caractères, dans leur assemblage et dans . les autres procédés du métier, ce Jean profite de la nuit de Noël, pendant que lout le monde est à l'église, pour dévaliser l'atelier de son patron et pour emporter les ustensiles typographiques. 11 s'enfuit avec son butin à Amsterdam; de là il passe à Cologne, et il va s'ét<iblir ensuite à Mayence, comme en un Ueu d'asile, où il fonde un atelier d'imprimeur. Dans le courant de cette année 1442, il imprima, avec les mêmes caractères dont Laurent s'était servi à Edivlem, A lexandri Gain Doctrinale, grammaire alors en usage, et Pétri Hispani Traclotvs. *

Tel est le récîl, un peu tardif, il est vrai, qu'Adrien Junius nous a laissé sur la découverte de rimprimerie en Hollande. Il invoquait, à Tépoque où il écrivait, le témoignage des vieillards de Harlem, qui lui avaient transmis ces faits, tels qu'il les tenaient d'une tradition générale-

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ment acceptée de son temps. Il citait aussi, à Tappui de cette tradition, les déclarations fonnelles de son précepteur r^icoias Gallius, qui lui avait raconté, dans son enfance, qu'un certain Cornelis, relieur de livres, vieillard presque octogénaire, rappelait souvent le vol insigne fait à son maître Laurent Janssoen, et pleurait de rage eu pensant qu on disputait au véritable inventeur la gloire de sa belle invention. Junius citait encore Tattestation de Quirinus Talesius, son contemporain, qui avait entendu les mêmes allégations de la bouche même du vieux relieur Cornelis.

On comprend que le récit de Junius ait rencontré tout d'abord autant d'incrédules que de lecteurs, l'artout, excepté en Hollande, on le traita de fable et Ton regarda même le héros de cette fable comme un être imaginaire, qui n^avait jamais existé. Les droits de Mayence à la découverte de rimprimerie n'étaient, ne semblaient pouvoir être sérieusement balancés que par les droits de Strasbourg ; les trois noms de Gutemberg, de Faust et de Schoifler étaient dé;jà consacrés par la reconnaissance du monde entier ; il y avait plus d un siècle enfin qu'une opinion, contraire aoïc prétentions nouvelles de la Hollande, s'était enracinée dans leé esprits et paraissait reposer sur des preuves authentiques, telles que les souscriptions des premiers livres imprimés par Faust et Schoiffer, à Mayence.

Mais bientôt la critique s'empara de la question, discuta le récit de Junius, examina ce fameux Spéculum que personne n'avait encore signalé, démontra Texistence de Laurent Coster, rechercha les impressions qu'on pouvait lui attribuer et opposa victorieusement au témoignage de l'abbé Jean Tritheim, qui avait parlé de l'origine de l'-mprimerie d'après les renseignements fournis par Pienc Schoiffer lui-même , le témoignage plus désintéressé du chroniqueiur anonyme de Cologne, qui avait appris d'Ulric Zell, un des ouvriers de Gulemberg et le premier imprimeur de Cologne en 1465, cette importante particularité :

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« Quoique lart typographique ait été trouvé à Mayence^ dit-il, cependant la première ébauche ( prxfiguraUo) de cet art fut inventée en Hollande, et c'est d'après les ft?nals, qui, bien avant ce temps-là, s'imprimaient dans ce pays ; c'est d'après eux et à cause d'eux ( ab illis atque ex illis) que ledit art prit commencement, sous les auspices de Gutemberg. »

Si Gutemberg imita les Donats, que Ton imprimait en Hollande, avant le temps où il imprima lui-même à Mayence, Gutemberg ne fut donc pas Tinventeur de l'Imprimerie ? Si les Donats s'imprimaient en Hollande, avant l'époque des premières impressions de Mayence, cette ville n'est donc pas le berceau de Flmprimerie ?

C'est en 1450 que Gutemberg commença d'imprimer à Mayence ■ Armo Domini 1450, qui jubilxus erat, cœptum est imprimi, dit la (Chronique anonyme de Cologne; mais dès 1436, il avait essayé d'imprimer à Strasbourg, et, avant ses premiers essais, on imprimait en Hollande, à Harlem et à Dordrecht, des Spéculum et des Donats.

On connaît quatre éditions, deux latines et deux hollandaises, du Spéculum f que iunius fait sortir des presses de Laurent Coster. Ces quatre éditions différentes, imprimées avec les mêmes figures en bois et avec les mêmes caractères mobiles (en bois selon les uns, en fonte selon les autres), ont un égal cachet d'ancienneté. Il suffit de les voir pour juger d'un seul coup d'œil qu'elles sont bien antérieures aux magnifiques impressions de Mayence et qu'elles ont été faites avec toute la grossièreté et rinexpérienc^ d'un art nouveau. Ce sont, à proprement parler, des recueils de gravures dans lesquels le texte n'est qu'accessoire ; et pourtant, ce texte étant imprimé en caratères mobiles, on ne peut douter que l'impression xylographique n'ait précédé cette ingénieuse tentative de la vraie typographie. I.es Donats sont donc évidemment les précurseurs des Spéculum,

Ceux-ci, de format petit in-folio, se composent de

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soixante-trois feuillets pour Tédition latine et de soixantedeux feuillets pour l'édition hollandaise, imprimés d un seul côté du papier et formant cinq cahiers : le premier, de quatre ou cinq feuillets ; les trois suivants, de quatorze, et le dernier, de seize. Les quatre ou cinq feuillets du premier cahier contiennent la préface, imprimée à longues lignes ; les cinquante-huit autres feuillets forment le corps de Touvrage, imprimé sur deux colonnes, avec une gravure en bois, à deux compartiments, en tête de chaque feuillet. Ces gravures, dont le dessin et Texécution sont très-remarquables, portent des textes latins gravés sur les mêmes planches que les figures dont ils indiquent le sujet : le tirage des gravures a été fait à part, avec de de Tencre grise et pâle, tandis que le corps de Touvrage est imprimé avec de Tencre fcrt noire.

On pourrait à peine distinguer entre elles les deax éditions latines, de même que les deux éditions hoUtndaises, si une édition hollandaise ne présentait deux pages imprimées avec un caractère différent, plus petit et plus serré, et si une édition latine n'offrait le singulier mélange de vingt feuillets xylographiques. Ce sont là deux particularités très-significatives, devant lesquelles les bibliographes sont restés confondus ou incertains. Comment expliquer, en effet, la présence de vingt feuillets xyl(^raphiques dans une édition imprimée en caractères mobiles? Comment se rendre compte de Fintercalation de ces deux pages imprimées avec un caractère étranger à celui avec lequel est imprimé le corps de Touvrage? Il n y a pas à objecter que ce sont des particularités qu'on remarque dans quelques exemplaires seulement tous les exemplaires connus des deux éditions latine et hollandaise offrent les mêmes disparates : ici, le mélange de la xylographie et de la typographie ; là, la réunion de deux types mobiles, différents l'un de l'autre.

Si Ton s'en réfère à la tradition qui fait la base du récit de JuniuSy Fouvrier infidèle, qui déroba les outils de

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Palelier de Laurent Coster, se serait contenté d'enlever quelques formes du Spéculum qu'on allait mettre sous presse. Les caractères employés dans vingt ou vingt-deux pages suffisaient non-seulement pour servir de modèles à une contrefaçon, mais encore pour exécuter une impression de peu d'étendue, telle que le Doctrinale AUxmidn Gain et les Tractatus Pétri Hispani.

Il est probable que l'édition latine et fédition hollandaise du Spéculum étaient toutes deux entièrement composées, mises en page et préparées pour le tirage du texte, lorsque le voleur prit au hasard les vingt-deux formes qu'il se promettait d'utiliser, soit pour contrefaire le Spéculum, soit pour imprimer d'autres livres du même genre. Si ces formes étaient en caractères de fonte, elles ne pesaient guère plus de quatre-vingts livres ; si elles étaient en caractères de bois, elles n'avaient pas le quart de ce poids : en y ajoutant les composteurs, les pinces, les galées et les outils indispensables de rimprimerie naissante, on ne trouvera pas que ce butin fût au-dessus des forces du voleur, qui remportait sur ses épaules.

Quant aux presses, le voleur n'en avait que faire : il pouvait partout en acheter une aux artisans qui fabriquaient des presses pour lé foulage des étoffes et des draps. L'usage de la presse à vis était à peu près général dans plusieurs industries ; mais il est probable que les premières impressions ne furent pas tirées à la presse : le tirage des livres devait se faire au frotton et à la main, comme se faisait le tirage des cartes à jouer et des estampes.

Le vol de l'ouvrier de Coster n'a donc rien d'impossible ni même d'invraisemblable. Il resterait à découvrir quel fut ce Jean qui s'appropria le secret de l'Imprimerie en le transportant de Harlem à Mayence. Serait-ce Jean Faust ou Fust, comme le soupçonnait Adrien Junius ? Serait-ce Jean Gutemberg, comme l'ont prétendu Scriverius et plusieurs écrivains hollandais? Serait-ce enfin Jean Gaensfleisch Vancien, parent de Gutemberg, comme l'ont pensé,

d'après un passage trés-explicile de Joseph Wimïrfeling, les derniers défenseurs du récit de Junius et de la tradition de Harlem?

Que les éditions latines et hollandaises du Spéculum aient été imprimées en Hollande, c'est un fait qui ne peut pas même être contesté, depuis la savante notice que M. J. Marie Guichard a consacré à l'examen de ces éditions ; mais il n est pas permis d'adopter son avis sur la date de ces mêmes éditions, qu'il ne fait pas remonter au-delà de Tannée 1461. Les livres non opislhographes sont tous antérieurs à cette date, et la perfection des gravures du Spéculum, dans lesquelles on reconnaît la grande école des Van Eyck, fait un tel contraste avec Timperfection du texte imprimé, qu'on est forcé de voir dans ces livres à figures les tâtonnements de lart typographique, à peine sorti du berceau de la xylographie.

Quant aux planches de bois gravées qui sont venues remplacer, dans une de ces éditions, vingt pages en caractères mobiles, elles prouvent assez que les moyens manquaient pour suppléer autrement à la disparition de ces vingt pages, soit que le voleur eût enlevé le reste des caractères fondus ou gravés, soit qu'il se fût emparé aussi des matrices, soit que Laurent Coster fût mort dans l'intervalle et eut emporté dans la tombe une partie de ses découvertes. Quoi qu'il en soit, il avait fallu compléter pi-omptement l'édition latine du Spéculum, et l'on eut recours à l'ancien procédé xylographique. L'édition hollandaise n'avait perdu que deux pages, et l'on retrouva sans doute dans l'atelier un nombre suffisant de vieux types d'une autre fcïïite, pour composer ces deux pages en caractères mobiles, plus petits d'un vingtième que ceux qui avaient servi à la composition du reste de l'ouvrage. Voilà comment fut réparé le vol de Jean, qui paraît avoir été cause d'un temps d'arrêt dans les développements de la typographie hollandaise.

Au reste, le Spéculum humauae SalvationiSy ou Spieghel

m HISTOIRE DES ARTS

orner Behoudenisse, n'est pas le seul livre du même genre qui ait paru dans les Pays-Bas avant Tépoque qu'on assigne à la découverte de Tlmprimerie à Strasbourg ou à Mayence. Les flollandais, qui avaient vu naître chez eux Fart de la gravure, aimaient ces livres à images, destinés surtout à captiver Tesprit par les yeux et à fournir un aliment pieux aux méditations des bons chrétiens. 11 y a donc plusieurs recueils analogues aux Spéculum et con» temporains de ces premiers essais de l'invention de Coster; les uns sont évidemment xylographiques, les autres accusent l'emploi prinjitif des caractères mobiles en bois ; tous ont des figures gravées dans le goût et dans le sentiment de celles des Spéculum : il serait pourtant bien difficile de distinguer, parmi ces gravures, celles qui appartiennent à des artistes allemands ou à des artistes hollandais. On remarquera cependant que la plupart des exemplaires connus se trouvent dans les bibliothèques de la Hollande.

On peut supposer, avec beaucoup de raison, que cette famille de livres d'images, non opisthographes, descend, en ligne directe et immédiate, des Spéculum de Laurent Coster. < Chacun des pas faits en flollande dans la carrière des perfectionnements dont Tart typographique est susceptible, dit Tingénieux et clairvoyant historien des origines de l'Imprimerie, M. Léon de Laborde, était unité dans le voisinage : TAllemagne imprimait la gravure en relief, en copiant les Bibles des Pauvres et les autres ou- V âges xylographiques des Pays-Bas, lorsque ceux-ci abandonnaient déjà ce procédé en lui adjoignant au moins les types mobiles sculptés sur le bois et qu'on imprimait à la presse au lieu du frotton. t

La Hollande peut revendiquer au moins quatre éditions de la Bible des Pauvres : Historise Veleris et Novi TeslamenHj petit in-folio composé de quarante planches, divisées chacune en cinq compartiments avec des inscriptions latines, et imprimées d'un seul côté du papier, de

manière que les figures, collées dos à dos, se trouTent en regard les unes des autres. L'Allemagne a o^pié cette Bible des Pauvres, en traduisant les mscriptimen allemand, et une édition de ce livre, imprimée à Bamberg par Albert Pfister vers i4dl, démontrerait, au besoin, que les Biblia Pauperum, imprimées en Hollande, n'avaient pas attendu la découverte de Gutemberg pour voir le jour.

Il paraît doue convenable d'attribuer aux premiers xylographes et typographes de la Hollande quelques autres anciennes productions de F Imprimerie historiée y telles que : Historia S. Joannis evangelistx ejusque visionts Apocalyplicm, petit in-folio de quarante«huit planches imprimées d'un seul côté du papier ; Cantica eanticomm sive Bisloria vel Providenlia beatx Virginis Marim ex Cantico canlicorum, petit in*folio de seize feuillets imprimés d'un seul côté, contenant chacun deux planches en bois avec des versets latins sur des rouleaux déployés; Ars moriendi, petit in-folio de vingt-quatre feuillets imprimés d'un seul côté, dont deux pour la préface, onze pour les ligures et onze pour l'explication, etc. Il existe plusieurs éditions de diacun de ces ouvrages, et, parmi ces éditions, la plus ancienne est toujours hollandaise.

Ce ne sont là cependant que des applications plus ou moins perfectionnées de la gravure en bois ; ce n'est pas encore la typographie en caractères mobiles de plomb ou d'étain.

Laurent Coster, quels que fussent, d'ailleurs, les progrès qu'il avait fait faire à son invention, n'en comprenait certainement pas la portée. 11 ne pensait pas que la multiplication des livres de science et de littérature pût être avantageuse pour celui qui l'entreprendrait : il se garda bien de l'entreprendre.

En ce temps-là, il n'y avait de bibliothèques que dans les couvents et chez quelques princes lettrés. Les particuliers, hoj;:mis un petit nombre de savants plus riches que leurs confrères, ne possédaient pas de livres. Les seuls

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livres qui occupassent, en général, l'industrie des cofHstes et des enlumineurs, c'étaient des livres d'Beures et des livres d'écwe : les premiers pouvaien l être smivent écrits et ornés avec luxe, enrichis de miniatures et reliés en velours à fermoirs dV.r et d'argent ; les seconds, destinés aux enfants et à leurs mains destructives, étaient toujours exé^ cutés à la hâte, le plus simplement du monde, et se com^ posaient de quelques feuilles de papier fort ou de gros parchemin. On ne vendait pas d'autres livres, on n'en fa* briquait pas d'autres. Les écoliers écrivaient eux-mêmes, sous la dictée des professeurs ou lecteurs, les extraits de leurs leçons : bien peu prenaient la peine de copier Virgile ou Horace en entier. Les copies des ouvrages classiques ne se faisaient que dans l'intérieur des cloîtres, et tous les manuscrits, qui arrivaient par hasard chez le Ulnraire ou le rdieur, ne tardaient pas à s'enfouir dans une bibliothà^e monastique ou princière, telle que ceHes des ducs de Berri, de Bourgogne ou d^Orléans.

La reproduction des manuscrits» c'est-à-dire l'ImiMPÎmerie, ne semblait donc d'abord qu'un art inutile, sans but et sans intérêt, à moins qu'on ne l'employât seulement à fabriquer des livres d'Église et des livres d'école^ Voilà pourquoi Coster commença ses impressions par les Spéculum f qui s adressaient à tous les fidèles, même et surtout à ceux qui ne savaient pas lire. Voilà pourquoi il trouva encore un plus grand débit pour ses Donats, qu'il réimfHrima plusieurs fois en planches xylographiques, sinon en caractères mobiles.

La syntaxe latine de Célius Donatus, grammairien du quatrième siècle, était en usage dans toutes les universités de l'Europe, dans tous les collèges, dans toutes les écoles : la consommation qu'on faisait partout de ce petit livre égalait presque celles des cartes à jouer. Coster apphqua naturellement son invention à reproduire le Donat, et ses imprimés passèrent pour des manuscrits ou furent vendus comme tels. C'( st un de ces Donats qui tomba sous

ORIGINES DE L'IMPRIMERIE m

les yeux de Gutemberg, et qui, selon la Chronique deCo» logne, lui révéla le secret de rimprimerie.

Il n^^est pas possible néanmoins de reconnaître quel est le Dmat que Gutemberg avait vu et qui doit être attribué à Laurent Goster. On a trouvé partout, dans les reliures de rnsmuscrits et d'incunables du quinzième siècle, des frag* ments de ces Donats, qui se ressemblent tous, et qui u ont pourtant pas tous la même origine. La Hollande en a fourni à elle seule, il est vrai, plus que TAllemagne, la France et ritalîe; les uns sont évidenunent imprima avec des planebes de bois ; les autres paraissent Têtre avec des caractères mobiles en bois; d'autres encore Tout été avec des types de fonte.

Un de ces derniers, découvert sous la reliure d'un incunable hollandais du quinzième siècle par l'imprimeur de Harlem, Jean Ënschedé, offre des caractères semblables à Tancienne écriture flamande et tout à fait identiques à ceux des Spéculum; un autre fragment de Donat, retrouvé par Meerman dans un livre de compte de la cathédrale de Harlem, est imprimé aussi avec les mêmes caractères et présente d'autant plus de certitude d'origine, que le re^stre qui le contient, sous la date de 1474, a été relié par un ouvrier de Coster, par ce même Gornelis dont Junius rapporte le témoignage en faveur de l'Imprimerie de Harlem.

Enfin, un curieux monument d'antiquité,>conservéà la Bibliothèque impériale de Paris, prouve matériellement que les éditions xylographiques des Douais étaient plus parfaites que les premières impressions en caractères mobiles : ce sont deux planches de bois ayant servi à imprimor deux éditions difiérentes de Donat; Tune a vingt lignes en gros caractère gothique, très-correctement gravé en relief et à rebours, format in-4''; l'autre, qui paraît avoir été sciée dans le bas, n'a que seize lignes, d'un type plus gros et plus net encore. Ces planches furent achetées, dit-on, en Allemagne, par Foucault, conseiller d'État sous le règne

de Louis XIV, et passèrent sucoessi^Feroent dans les ooUeotkms du président de Maisons, de Dufay, de Morand et du duc de la Vallière, avant d'entrer à la Bibliothèque du Roi. Elles ont cela de particulier, que la ponctuation et Faccentuation y sont mieux observées que dans une foule d'incunables en caractères mobiles; que le type des lettres a beaucoup d'analogie avec le Psautier de 1457, et que laplanche, qui est entière, porte la signature C, quoique l'usage des signatures au bas des pages n'ait pas été ad^é par les premiers imprimeurs. On peut juger, d'après l'examen de rimpression obtenue avec ces planches de bois, que la xylographie perfectionnée était supérieure à la typographie naissante.

Longten^ avant que cette typographie eût donné signe de vie, à Strasbourg et à Mayence, « il y avait, dit J. des Roches dans les Mémoires de f Académie de Bruxelles, des imprimeurs aux Pays-Bas, qui imprimaient en bois des livres de figures, des rudiments pour les petites écoles et des livres de dévotion. Les plus anciens exemplaires qui en existent font foi que ces imprimeurs se servaœnt de lettres mobiles aussi bien que de lettres fixes. Ces tivres sont sans date; mais la manière dont ils sont exécutés démontre assez clairement qu'ils sont antérieurs de beaucoup à toutes les impressions d'Allemagne. Le caraclàre de tous, en général, et la langue dans laquelle quelquesuns ont été imprimés, prouvent qu'il n'y a que les Pays- Bas qui puissent les revendiquer. »

Le savant bibliographe Ébert, quoique Allemand, ne craint pas de donner aussi la priorité à la découverte de Cosler : « Le type gothique en Hollande, dit-il, fut, dès sa première apparition et dans sa forme primitive, difiGérent de celui usité en Allemagne. 11 est ordinairement d'une épaisseur disproportionnée; il préfère les angles aigus et saillant en pointe, enjolive les initiales au moyen de traits déliés parallèles ou perpendiculaires, et termine les lettres par un trait échancré. Toutes ces particularités

sont des signes caractéristiques impossibles à méconnaître dans les manuscrits exécutés en Hollande jusqu'à la fin du quinzième siècle. Le type hollandais apparaît donc dès Torigine comme une imitation fidèle de récriture usitée dans cette contrée ayant Finvention de l'Imprimerie; il est donc purement national, et, cela étant, il ne pouvait manquer d'être inventé et mis en œuvre dans ce pays et par un indigène. »

Mais ce qui prouve d'une manière irréfutable l'existence de l'Imprimerie, non-seulement à Harlem, mais encore dans plusieurs villes des Pays-Bas, bien avant que les premières impressions de Mayence eussent répandu en Europe le bruit de cette merveilleuse découverte, c'est que les imprimeurs hoUandais commencèrent tout à coup ù travailler au g^and jour, et que la Hollande fut peut-être le seul' pays où les Allemands de l'atelier de Gutemberg ne vinrent pas apporter leurs presses ; Nicolas Keteleaer, de Harlem; Gérard de Leempt; Jean Veldenaer, d'Utrecht; Gérard de Leu, de Gouda; Pierre Van Os, de Breda, etc., dès l'année 1471 , attachèrent leurs noms à de nombreuses éditions, tandis que de leurs imprimeries sortaient d'ha- Mles ouvriers qui s'en allaient faire concurrence aux Allemands, à Padoue, à Vicence, à Sienne et dans vingt autres nUes de l'Italie, où ils eurent Thonneur d'exercer avec distinction cet art nouveau, qu'on regardait comme une inspiration et un présent de DieU (mwtere Divinitatis, dit l'abbé Trilheim).

Il est incontestable que le secret de la découverte de Coster fut gardé fidèlement, pendant quinze ou vingt ans, par les ouvriers qu'il enrichissait. On n'était initié aux mystères de l'art qu'après un temps d'épreuve et d'apprentissage : un serment terrible liait entre eux les compagnons qui avaient été jugés dignes, par le maître, d'être admis dans l'association. On peut même supposer que le maître ne conOait à personne certains procédés de main d'œuvre qu'il exécutait seul. En effet, de ce secret bien

OU mal gardé dépendait la fortune ou la ruine de TinTenteur et de ses associés, puisque tous les imprimés étaient vendus comme manuscrits. Peu s'en fallut qu^en 1439 les débats d*un procès civil, entamé devant le grand conseil de Strasbourg, ne livrassent à la publicité ce secret, qui n'avait pas encore été trahi depuis Finvention de Laïu'ent Coster.

Jean Gaensfleisdi, dit Gutemberg, originaire de Mayence, mais exilé de sa ville natale par les troubles politiques, s'était âxé à Strasbourg depuis Tannée 1420, y avait pris femme et y vivait assez misérablement, quoiqu'il fût noble de naissance et qu'il s'adonnât aux arts. C'était un homme ingénieux et inventif, qui possédait divers secrets pour s'enrichir et qui ne faisait que s'appauvrir tous hes jours davantage.

Vers Tannée 1456, il s'était associé, pour Teiq^bitatioD de ces secrets, avec André Dritzehen et André fleilman. Us travaillèrent tous les trois de concert myslérieusement; mais ils épuisèrent leurs faibles ressources, avant d'avoir atteint le résultat qu'ils poursuivaient. Au bout de tn»s ans, André Dritzehen mourut, en ne laissant que des dettes pour tout patrimoine. Ses deux frères, Georges et Nicolas, se crurent autorisés alors à demander à être reçus dans Tassociation à la place du défunt; mais Gutemberg repoussa leur demande, sans vouloir motiver son refus. Les héritiers d'André Dritzehen citèrent Gutemberg devant le tribunal, où il comparut le 12 décembre 1459 : dix-sept témoins, tant à charge qu'à décharge, avaient été assignés, mais leurs réponses furent assez vagues ou obscures pourqae l'objet de Tassociation contractée entre Gutemberg et André Dritzehen ne fût pas même divulgué à l'audience, comme l'espéraient peut-être les demandeurs.

Nous n'avons malheureusement qu'une partie des pièces originales de ce curieux procès, découvertes en 1760 par l'archiviste Wenkler et le savant Schœpflin , dans une vieille tour de Strasbourg, nommée le Pfennigthurm . Ce-

ORIGINES I>Ë L'!1li^nîMERIË ^

tait riD^>rimerie elle-même qui se voyait en cause devant le conseilla Cunenq)e, à la fin de Tannée 1459, c'est-à» Tire plus de quatorze ans avant l'époque connue des débuts de rimprimerie à Mayence.

Jean Gutemberg se renferma dans une exposition simple et vraie des faits, en évitant toutefois d'édairer le fond de la question.

André Dritzehen était venu trouver Gutemberg plusieurs années auparavant, et Tavait prié de lui apprendre plth Heurs arts; Gutemberg lui apprit, en effet, à poUr de$ pierres, et André tira bon profit de ce secret. Plus tard, Gutànbei^ était convenu avec Hans Riâen , maire à Lichtenow, d'exploiter un autre art au pèlerinage d'Aiila-Cfaape)le, et ils formèrent une association, dans laquelle Riffen devait avoir un tiers des bénéfices, et Gutemberg, les deux autres tiers. André Dritzehen, ayant eu connaissance de cette convention, voulut aussi être intéressé dans l'affaire, et André Heilman manifesta le même désir. Gutem* • bergleur promit à tous deux eommunicaticm de son nouveau procédé, à condition qu'ils adietassent ensemble le droit de participer pour un tiers dans les bénéfices, moyennant cmt soixante florins payés le jour même où le contrat serait signé, et quatre-vingts autres florins payaWes à une époque postérieure. Le marché fut ainsi conclu, et Gutemberg leur apprit ïart dont ils devaient se servir au pèlerinage d'Âix-la-ChapeUe. Mais, ce pèlerinage ayant été remis à Tannée suivante, les deux derniers associés exigèrent que Gutemberg ne leur cachât plus rien de tous les arts et de toutes les inventions qu'il pouvait posséder, et ils lui proposèrent de s'entendre là-dessus avec lui. On tomba d'accord, et il fut décidé qu'André Heilman et André Dritzehen ajouteraient à la première somme déjà payée celle de deux cent cinquante florins, sur lesquels en donnèrent : Heihnan, cinquante, et Dritzehen, quarante. Le surplus devait être soldé en trois termes différents. L'association était réglée de la sorte, entre les quatre coïn-

M Hl IRE DES ARTS

téressés : l'exploitation de ïari aurait lieu à leur profit pendant cinq années; dans le cas où lun des quatre tiendrait à mourir dans l'intervalle, tous Us u$ten$iUs de l'art et tous les ouvrages déjà faits resteraient aux autres associés, et les héritiers du mort recevraient seulement cent florins à l'expiration des cinq années. Ces conventions avaient été approuvées et signées par les parties, et, en conséquence de cet acte, Gutemberg avait communiqué à ses associés son invention (afentur) et leur avait appris son art, comme André Dritzehen le dédara luimême à son lit de mort.

Après ces exf^ications conformes aux actes et papiers trouvés chex André Dritzehen, Gutemberg offi'it aux héritiers de son associé de leur rendre sur-le-champ, sans attendre Texpiration des cinq années, les cent florins auxquels ils avaient droit pour tout dédommagerait, à condition cependant que lesdits héritiers imputeraient sur cette somme celte de quatre- vingt-^inq florins qu'André Dritxehen lui devait encore d'ancienne date. De plus, il ajouta quil ignorait ce qu'André avait fait de son patrimoine; il nia qu'André se fût engagé pour du plomb et . d'autres fournitures qui lui auraient été faites à lui-même; il reconnut seulement avoir reçu, à titre de présent, un demi-omen de vin cuit, une corbeille de poires et une mesure de bière, que lui envoyèrent une fois, à Saint-Arbogast, où il demeurait, ses deux associés André Heilman et André Dritzehen, qu'il avait d'ailleurs accueillis souvent à sa table ; il demandait enfin à faire entendre les dépositions de ses témoins, comme celle de ses adversaires.

Barbel deZabem déposa qu elle avait, pendant une nuit, causé avec André Dritzehen, qui travaillait : « Ne voulezvous pas, à la fin, dormir? lui dit-elle. — Il faut que je termine ceci, répondit-il. -— Mais, Dieu me soit en aidel quelle grosse somme d'argent dépensez-vous donc? Cela vous a coûté tout au moins dix florins? — Dix florins!

ORIGINES DE L'IMPRIMERIE do

répUqua-t^il, tu es une folle ! Tu crois que cela ne m*a coûté que dix florins ? Ëooute, si tu avais ce que cela m'a coûté en sus de trois cents florins comptant, tu en aurais assez pour toute ta vie. Mets que cela m'a coûté cinq cents ' fitorins, et ce ne serait rien si cela ne devait pas me coûter encore. C'est pourquoi j'ai engagé mon avoir et mon héritage. •— Mais, dit-elle, saintes douleurs ! si cela TOUS réussit mal, que ferez-vous alors? — Gela ne peut pas nous mal réussir, répondit-il : avant un an révolu, nous aurons recouvré notre capital et ferons tous bien heureux, s'il plaît à Dieu. »

Ennel, femme de Jean Schultheiss, le mardiand de bois, déposa que Lorentz Beildeck, domestique de Gutemberg, vmt trouver Nicolas Dritzehen, après la mort de son frère André, et lui dit : t Cher Nicolas, feu André avait quatre pièces (ou formes, $tucke) couchées dans une presse : Gutemberg demande que vous les retiriez de la presse et que vous les sépariez les unes des autres, afin que Ton ne puisse savoir ce que c'est, car il n'aime pas qu'on voie cela. » Cette femme déposa aussi que, lorsqu'elle était diez son ccusin André Dritzehen, elle l'avait aidé souvent nuit et jour dans son travail.

Le mari de cette femme fit la même déposition relativement au message de* Lorentz Beildeck, après la mort d'André Dritzehen : » Feu votre frère André, aurait dit Lorentz à Nicolas Dritzehen, a quatre pièces couchées en bas dans une presse, Gutemberg vous prie de les en retirer et de les séparer les unes des autres sur la presse, afin qu'on ne puisse voir ce que c'est. » Nicolas descendit dans râtelier et chercha les pièces (ou formes); mais il n'en trouva aucune. André Dritzehen avait dit au témoin que cet ouvrage coûtait trois cents florins.

Conrad Shaspach, le tourneur, déposa qu'André Heil-

man était venu chez lui après la mort d'André Dritzehen,

' et lui avait dit : t Cher Conrad, puisque André est mort,

comme c'est toi qui as fait les presses et qui connais la

9fi HISTOIRE DES ARTS

chose, vas-y donc, retire les pièces de la presse et sépareles les unes des autres; ainsi personne ne pourra saToir ce que c'e9t. » Le témoin y alla pour exécuter cette mission, mais les presses et tout avaient disparu.

Mydehart Stocker, qui avait vu André Dritzehen pendant sa maladie, fit une déposition conforme de tout point aux déclarations de Gutemberg. Le malade lui avait raconté &i détail comment s'était faite Tassocialion qu'il regrettait d'avoir contractée, parce que, disait-il, ses frères ne s'entendraient jamais avec Gutemberg. Celui-ci avait d'abord caché à ses associés plusieurs arl$ qu'il ne s'était pas engagé à leur communiquer, et qu'il exploitait seul dans sa nuison de Saint-Arbc^st. Ce ne fut que par suite d'un second traité que Gutemberg avait consenti à ne leur cacher aucun des arts quHl eonnahsail,

Lorentz Beildeck, le domestique de Gutembei^, confirma le fait important de la mission que son maître lui avait confiée après la mort d'André Dritzehen : il était allé dire à Nicolas Dritzehen qu'il ne devait montrer à personne la presse laissée sous sa garde. 11 l'avait prié aussi, de la part de Gutemberg, de se rendre à l'atelier, d'ouvrir la presse au moyen des deux vis, pour que les pièces (ou formes) se détachassent les unes des autres, et de placar ensuite ces pièces dans la presse ou sur la presse, de manière que personne, après cela, n'y pût rien voir ni comprendre.

Niger de Bischovissheim déposa qu'André Dritzehen était venu lui demander de l'argent à emprunter, car « il avaiten main, disait-il, quelque chose à quoi il ne pouvait consacrer assez de fonds, t Là-dessus, le témoin lui demanda ce qu'il faisait, et André avait répondu quUl était faiseur de miroirs (Spiegelmacher),

Antoine Beilman, frère d'André Heilman, un des quatre associés, donna des renseignements très-précis sur l'asso" dation, qui avait pour objet, dit-il, de vendre des miroirs {Spiegel) au pèlerinage d'Aix-la-Chapelle» C'était lui qui,

0RIGÎNES DE f/IMPRIMERIE 97

sachant qu'André Dritzehen voulait etitrer dans cette association, avait prié Gutemberg d y admettre aussi André ffeilman ; ce à quoi se refusa d'abord Guteraberg, en disant qu'il craignait que les amis d'André ne prétendissent qne cet art-là ne fût de la jonglerie. Lors de la seconde convention entre les associés, Gutemberg avait dit au témoin : «Qu'il fallait faire attention à un point essentiel, qui était que dans toute chose il y eût égalité entre les assodés, et qu'ils devaient s'entendre de telle sorte, que l'un necadiât rien à l'autre et que chaque chose fût au profit de tous. » Dans une conférence des associés, Gutemberg avait dit : t H y a maintenant tant de choses prêtes, et il y 01 a tant en voie d'exécution, que votre part est bien près d'égaler votre mise de fonds. » Le cas de mort d'un des quatre associés avait été ainsi prévu : Les autres associés seront tenus de rendre aux héritiers une somme de cent florins « pour tous les frais, pour les formes et tous les otgets, » mais seulement après cinq ans écoulés. On avait jugé prudent d'obvier ainsi à ce qu'on fût obligé, en cas de mort d'un des deux associés, de dire, de révéler et de montrer Vart à ses héritiers. Gutemberg dit, à ce propos : * Que ce serait un grand avantage pour les autres, si lui venait à mourir, car il leur abandoimait tout ce qu'il aurait pu prendre comme parfpour les frais. » A l'époque où André Dritzehen mourut, le témoin, qui savait bien que nombre de gens auraient voulu voir la presse, avait conî^illé à Gutemberg d'envoyer quelqu'un à cette presse pour empêcher qu'on ne la vit. Gulembei^, en effet, avait envoyé son domestique pour chercher les formes et pour s'assurer qu'elles avaient été séparées. Le témoin ajouta que Gutemberg regrettait plusieurs de ces formes « qui ne se retrouvèrent pas. »

Jean Dunne, l'orfèvre, déposa qu'il avait, depuis trois ans, gagné plus de cent florins, en travaillant pour Gutemberg aux choses qui appartiennent à LHmprimerie (das »u dem Drucken gehœret).

Le grand mot était prononcé : Trttckeny Imprimerie; mais ce mot-là ne produisit sans doute aucune impression sur l'auditoire, qui se demandait quel était cet art mystérieux que Gutemberg.et ses associés avaient exploité avec tant de peines et de dépenses. Tous ceux qui possédaient le secret de Cutemberg l'avaient bien gardé, et il ne fut question dans le procès que du polissage des pierres et de la fabrication des miroirs.

Le juge Gunenope n'en demanda pas davantage, et, satisDut des déclarations de Gutemberg, que les témoins n'avaient pas contredites, il invita les trois associés à faire serment devant Dieu que les choses s'étaient passées comme en faisait foi leur acte d'association ; il fît jurer, en outre, à Gutemberg, que le défunt André Dritzehen restait lui devoir quatre-vingt-cinq florins, et il mit hors de cause les héritiers dudit André, moyennant quinze florins que leur payerait Gutemberg, pour parfaire la somme de cent florins stipulée à leur profit. Ainsi les trois associés restèrent maîtres de leur secret et de son exploitation.

Les pièces authentiques de ce procès mémorable, publiées par iSchœpflin avec une traduction latine très-imparfaite et traduites en français pour la première fois par M. Léon de Laborde, montrent d'une manière incontestable, que, dès Tannée 1436, Gutemberg s'occupait de Timprimerie à Strasbourg. C'est probablement avant cette époque qu'il avait vu un Donat xylographique de Hollande et qu'il était parvenu à l'imiter, d'intelligence avec André Dritzehen qui tira bon parti de cette invention, comme le dit Gutemberg lui-même. Ensuite, celui-ci, qui s'était réservé d'autres arts et qui songeait à les mettre en œuvre à lui seul, consentit à les exploiter avec ses anciens associés, moyennant de nouvelles conditions. Ces autres arts étaient, ne pouvaient être que l'emploi des caractères mobiles substitués à l'imprimerie labellaire.

Ces caractères furent peut-être, dans l'origine, exécutés en bois : il n'avait fallu que quelques traits de scie pour

diviser les lettres gravées sur la planche de bois ; mais bientôt on s'aperçut que ces lettres n'adhéraient pas suffisamment entre elles, que la chaleur et Thumidité avaient une action permanente sur leur emploi, et que les lignes, quoique maintenues par des ficelles ou des fils d'arcbal passés dans les tiges de bois, se refusaient souvent à un tirage égal et régulier.

Quant à la composition de Tencre, elle ne présenta pas probablement les difficultés que Ton suppose, car les copistes de manuscrits savaient fabriquer toutes sortes d'encres chimiques qui avaient les qualités nécessaires d'éclat et de durée. Les recettes de ces encres se trouvent dans le traité de Théophile et dans plus d'un formulaire du moyen âge. La découverte de la gravure avait d'aillejirs amené naturellement l'usage de l'encre d'impression.

Lorsque Gutemberg eut donné le premier coup de scie dans la planche xylographique, dont il voulait séparer les caractères, l'imprimerie typographique était trouvée ; il n'y avait plus que des perfectionnements successifs à introduire dans les procédés de l'art. Ainsi, les types en bois, qui étaient excellents dans une certaine proportion, présentaient de grands inconvénients pour les lettres de petit modèle, car leur agrégation devenait alors très- difficile et très-imparfaite. 11 fallut remplacer le bois par le métal, et il est probable que les caractères furent d'abord gravés, au lieu d'être fondus. On se servit sans doute du fer et du cuivre, avant d'essayer le plomb, avant d'employer 1 etain; il y eut certainement des compositions et des alliages de métaux, comme Tairai n, le laiton, etc. La présence d'un orfèvre parmi les artisans qui avaient travaillé pour Gutemberg nous prouve assez que son intervention avait pour objet la fonte ou la gravure des caractères métalliques.

La presse, dont il est si souvent question dans le procès, n'était peut-être qu'un cadre de fer ou de bois, serré par des vis, cadre dans lequel étaient fortement comprimées par deux vis les quatre pièces ou formes composées

eu caractères mobiles. Cette supposition est d'autant plus admissible, que Gutemberg ordonne de placer les formes séparées ou décomposées, sur la presse ou dans la presse. Le tirage n'avait donc lieu qu*au frotton, conmie le tirage des gravures, et Tinipression à Taide de la presse n'étail peut-être pas encore inventée.

Quoi qu'il en soit, il est impossible, après avoir étudié les actes du procès de Strasbourg, de ne pas y reconnaître tous les procédés, tous les ustensiles de Timprimerie, avec les noms qu'ils n'ont pas cessé de porter et qui furent créés en même temps qu'eux : les formes, les pièces, la presse, les vis, le plomb, Touvrage, Tart. Gutemberg paraît entouré des ouvriers qui ont du prêter leur concours à son secret: le tourneur qui a fait la presse, le marchand de bois qui a vendu des planches de buis ou de poirier, Torfévre qui a fondu ou gravé des lettres. Gutemberg est évidemment un graveur sur bois, André Dritzehen compose ou assemble les lettres, mais on ne parle pas encore *du tirage qu'attendent les formes coudiées dans la presse, L'ouvrage, que l'on imprime et qui va être mis au jour pour le pèlerinage d'Aix-la-Chapelle, est d'ailleurs clairement désigné; c'est le Spéculum humarm salvationis ; c'est une imitation plus ou moins parfaite du fameux livre d'images, dont la Hollande a déjà publié trois ou quatre éditions en latin et en hollandais.

Nous avons cherché quelle pouvait être la nouvelle édition du Spéculum, imprimée à Strasbourg par Gutemberg et ses associés, ou du moins commencée dans cette ville et terminée ailleurs, et nous nous sommes arrêté enfin à la grande édition complète, faite d'après les manuscrits et comprenant, avec une traduction allemande de l'original latin, le Spéculum sanctx Marias, publié par le frère Jean, de Carnolia, selon Veith ; par Jean de Gittingen, selon François Krismer. Cette édition a été attribuée, par erreur, à Gunther Zainer, premier imprimeur à Augsbourg en 1470, parce qu'on a confondu ce Spéculum l^umanse Sal-

ORIGINES DE L'IMPKlMËRtË iOl

vationis avec le Spéculum passionis Christi sive méditationes vitse Domini nostri Jesu Christi, qui porte, en effet, le nom de Zainer et la date de 1470.

Le Spéculum, que nous voulons donner à Gutembe^g, est un volume in-folio, de deux cent soixante-neuf feuillets imprimés des deux côtés du papier avec des caractères de f(Mite et ornés de cent quatre-vingt-douze figures en bois, cq[)iées sur celles des manuscrits de la célèbre compilation du Spéculum humaux salvationis en prose latine rimée. Ces figures gravées sur bois sont bien inférieures à celles des éditions abrégées de Hollande et ne se rapportent ni à la traduction allemande ni au Spéculum sanctx Marias, dont les chapitres sont bizarrement intercalés au milieu des chapitres du premier Spéculum, Cette édition, sans chiffres, signatures ni réclames, est imprimée à longues lignes en caractères gothiques, assez analogues à ceux dont Gunther Zainer fit usage plus tard à Augsbourg. L'éditeur de ce singulier recueil Ta dédié à Jean de Hohenstein, qui fut élu, en i439, abbé du couvent des saints Ulric et Afra à Augsbourg : Tédition est donc, par conséquent, presque contemporaine de Tannée 1 439.

Tel est, à notre avis, le Spéculum que Gutemberg se proposait de mettre en circulation au pèlerinage d'Aix-la- Chapelle : il voulait renchérir ainsi sur les impressions de Harlem et surpasser ses modèles ; au lieu d'un recueil de planches accompagnées d'un texte abrégé et imprimées d'un seul côté du papier, il préparait un véritable livre dont le^ feuillets étaient imprimés des deux côtés, et ses associés étaient d'avance si sûrs du succès de leur opératimi, qu'ils s'intitulaient hautement faiseurs de miroirs. Ces miroirs, ces Spéculum, furent tellement en vogue, à l'origine de l'Imprimerie, que partout les premiers imprimeurs, dés que l'Imprimerie se répandit en Europe, se firent concurrence par la publication de différents Specu" lum. Ici, ce fut la réimpression du Spéculum abrégé de I^urent Coster ; là, le SpecfUum de Gutemberg, tiré inté-

lOÎ HISTOIRE DES ARTS

gralement des manuscrits ; ailleurs, c'était le Spéculum vilœ humanœ de Roderic. évêque de Zamora; puis, le Spéculum conscientisç d'Arnold Gheyloven ; puis, le Spéculum sacerdotum; puis encore, le yolumineux Spéculum de Vincent de Beauvais. Il sufiiraitde cette mode, certifiée par lant d'ouvrages différents de 1440 à 1480 sous le titre générique de Spéculum, pour démontrer que c'est bien le Spéculum humanx salvationis qui a inauguré la découverte de l'Imprimerie.

Il n'est plus permis maintenant de soutenir que Guteroberg, à Strasbourg, fabriquait réellement des miroirs ou glaces, et que ces pit ces couchées dans une presse, ces formes qui se séparent les unes des autres, ce plomb vendu ou travaillé par un orfèvre, n'étaient que les moyens d'imprimer des ornements sur des cadres de miroirs. Les pèlerins, qui devaient visiter Aix-la-Chapelle à roccasioii du grand jubilé de 1440, n'auraient-ils pas élé les bienvenus pour faire emplette de miroirs ! Quant à l'art de polir les pierres, que Gutemberg avait appris d'abord à André Dritzehen qui en lira si bon parti, nous pensons qu'il s'agit là encore d'un fait d'imprimerie, mais nous n'avons pas deviné cette énigme, et nous attendons la trouvaille de quelque incunable, qui soit l'ouvrage d'un Pierre quelconque, comme les Sermons latins d'Hermann de Petra sur rOraison dominicale ; car Gutemberg avait bien pu vouloir parler d'un livre, en parlant dépolir despien'es, de même que son associé, André Dritzehen, en se qualifiant de faiseur de miroirs, avait fait allusion au Spéculum qu'il imprimait. Le secret de l'Imprimerie était et devait être religieusement gardé par ceux qui le possédaient.

C'est après le procès de Strasbourg, entre les années 1440 et 1442, que plusieurs historiens conduisent Gutemberg en Hollande et le placent comme ouvrier dans l'atelier de Goster, afin de pouvoir l'accuser ensuite du vol que Junius a mis sur le compte d'un nommé Jean. S'il faut absolument retrouver le voleur Jean parmi les trois ou

ORIGINES DE L IMPRIMERIE i(^

qoatre Jeans qui figurent à tort ou à raison parmi les inventeurs ou les fondateurs de rimprimerie à Mayence (Jean Gutemberg, Jean Gaensfieisch Tancien, Jean Fust et Jean Meydenbach), nous ne serions pas éloignés d*acœpter le témoignage de deux Chroniques inédites de Strasbourg et celui de Wimpfeling, qui racontent aussi le toI des caractères et des ustensiles d'imprimerie sous Tannée 1440, et qui sont d'accord avec le récit postérieur de Junias, à cela près qu'ils mettent Strasbourg au lieu de Harlem, Gutemberg au lieu de Laurent Goster, et qu'ils nomment le voleur Jean Gaensfieisch,

Selon la tradition strasbourgeoise , Jean Gaensfieisch l'ancien, parent et ouvrier de Gutemberg, lui aurait dérobé son secret avec ses types et ses outils, après avoir concouru à la découverte de l'Imprimerie, et serait allé s'établir à Mayence où, par un juste châtiment de la Providence, il ne tarda pas à être frappé de cécité. Ce fut alors que, dans son repentir, il appela son ancien maître h Mayence et lui céda l'établissement qu'il y avait fondé.

Il n'est guère possiMe que deux vols du même genre se soient reproduits à la même époque, et que les deux voleurs, celui de Harlem et celui de Strasbourg, aient porté le même nom de Jean. Nous aimons donc mieux croire, avec plusieurs savants, que l'ouvrier de Gutemberg, son parent Jean Gaensfieisch, étant allé à Harlem pour se perfectionner dans l'art de T imprimerie, aura emporté à Mayence *les secrets de Laurent Coster, sinon ses caractères et son Outillage. Ce Jean Gaensfieisch, qui existait réellement, dans ce temps-là, à Mayence, a bien pu imprimer dans cette ▼ille, comme le dit Junius, deux h vrets d'école, le Doctrinale Alexandri Galli et les Traités de Petrus Hispanus, avant queGutemberç fût allé le rejoindre et s'associer avec lui.

Ces livrets étaient absolument inconnus, lorsque Junius les citait sur la foi d'une tradition conservée à Harlem ; ou les a longtemps cherchés sans les découvrir, et Ton a retrouvé enfin trois fragments du Doctrinale, imprimés

i04 HISTOIRE DES AHTiî

sur véUn avec les caractères d«8 Spéculum hollandais. Si Ton n'a pas encore déeou?ert un seul fragment des Tractatus sex logici de Petrus Hispanus, imprimés avec les mè- ' mes caractères, on sait, par des éditions postérieures, que ces traités, en usage dans les collèges d'Allemagne au milieu du quinzième siècle, ont été certainement publiés avec les premiers Donats.

En 1445, nous voyons Jean tiaensfleisch Tancien louera Mayence la maison Zum Jungen, que Gutemberg vint habiter deux ou trois ans après ; en 1444, nous voyons Gatemberg à Strasbourg payer Timpôt du vin. Gutemberg résidait donc encore à Strasbourg où il imprimait certainement ses Donais et ses Sfeculunty ainsi que quelques autres petits livres tels que le SoUloquium Hugonis, le traité de Miseriâ humanâ, etc. , qui n'ont laissé ni traces ni souvenir.

Le moment est venu de nous rattacha* au récit de Fabbé Tritheim, qui tenait ces renseignements de la bouche de Pierre Schoiffer, trop intéressé dans la question pour qoe Ton puisse lui accorder une créance absolue et aveugle.

Gutemberg n'a pas réussi dans son imprimerie deStrasbourg ; le manque d'argent a paralysé ses efforts ou fait échouer ses espérances; il n'a pu achever rin^>ression des ouvrages volumineux, qu'il avait entreprise ; ou bien les exemplaires de ses éditions se sont mal vendus, ou bien les dépenses excédèrent les bénéOces dans ses tentatives typographiques ; il est presque ruiné, lorsqu'il abandonne Strasbourg, où il laisse incontestablement quelques élèves qui ont partagé ses travaux inrructueux et qui les continuent pour leur propre compte, JeanMentel, Henri Ëggestein et d'autres, fidèles enfants de la typographie strasbourgeoise.

Gutemberg se transporte à Mayence dans la maison Zum Jungen, dans l'espoir d'y être plus heureux et mieux récompensé de sa persévérance : il imprime encore, mais il s'épuise en tâtonnements, en essais ; il quitte et reprend

tour à tour les divers procédés doul-il a fait usage; il se sert, en même temps, des planches xylographiques, des lettres md>iles en bois, en plomb, en fonte ; il emploie pour le tirs^e la presse qu'il fait exécuter sur le modèle d'un pressoir à faire le yin ; il invente de nouveaux outils; il commence dix ouvrages et il n'en termine aucun. Enfin, il n'a plus de ressources, il est désespéré, il va renonce à son art {jamque pjvpe met ut despei'atus negotium intermitteret), lorsque le ciel ou plutôt Tenfer lui envoie un associé, Jean Fust ou Faust, riche orfèvre de Mayenee.

Cette association eut lieu en 1450. Dans Facte notarié qui la régla et qui fut passé en présence du notaire Uhic Helmasperger, Fust pronût à Guten^rg de lui avancer la somnae de huit cents florins d'or, à six pour cent d'intérêts, pour la confection des ustensiles et des instruments nécessaires iLTimprimerie, lesquels ustensiles resteraient engagés à Fust. 11 fut convenu, en outre, que Fust donnerait à Gutemberg trois cents florins d'or pour les frais, comme aussi pour les gag^s des domestiques, le loyer, le chauffage, le parchemin, le papier, Fencre, etc., et que, si les deux associés ne s'accordaient pas ensemble, Gutemberg rendrait à Fust les huit cents florins et dégagerait ainsi ses outils. 11 était entendu que le profit du travail serait partagé entre les deux associés; mais Gutemberg dirigerait seul son atelier et seul exécuterait les travaux.

Cet atelier était déjà organisé en partie et pouvait fonctionner inmiédiatement : on y continua différentes impressions de peu d'importance, Donats, Spéculum, livres à images, lettres d'indulgence, etc. Mais le but principal de l'association, que Gutemberg contractait avec Fust, devait être l'exécution d'un ouvrage considérable, d'une fiible,. comme nous l'apprend la Chronique de Colog^, d'après la déclaration d'Ùlric Zell, un des ouvriers qui travaillaient alors dans l'atelier de la maison Zum Jungen. Dés l'année 1 450, on s'occupa de cette Bible in-folio, à

i06 HISTOÎKE DES ARTS

deux colomiefi, en gros caractères, avecinitiales gravées en bois. Les premiers frais d^établissement, pour un si grand ouvrage, furent considérables. Gutemberg dépensa beaucoup d'argent à faire graver des caractères mobiles sur métal, sans di>tenir les résultats qu'il poursuivait.

Nous serions presque tentés de croire, en adoptant le témoignage de Schoiffer, que Gutemberg n'avait pas réussi à fondre des caractères et qu'il était même revenu à son point de départ, dans ses procédés d'impression, soit qu'il se servit encore de planches xylographiques, soit qu'il se contentât de types mobiles en bois sculpté. Qu'on ne suppose pas, comme on Ta dit souvent dans des dissertations sur ce sujet, que la gravure des planches xyl(^aphiques fût très-coûteuse et que les lettres en bois, gravées séparément, exigeassent une énorme dépense : les graveurs ou tailleurs en bois étaient des ouvriers fort habiles à cette époque, et pourtant le prix de leur travail ne s'élevait pas au-dessus du prix des travaux mécaniques. La partie la plus chère et la plus délicate de rq)ération consistait dans le travail préparatoffe du calligraphe qui traçait sur le bois les caractères que le graveur n'avait plus qu'à découper en relief.

Un calligraphe devait donc être attaché à l'imprimerie de Gutemberg. Ce calligraphe fut probablement Pierre Schœffer ou Schoiffer, de Gernsheim, petite ville du pays de Darmstadt, clerc du diocèse de Mayence, comme il s'intitulait lui-même, et peut-être écolier de la Nation allemande en l'Université de Paris. Il était encore dans cette ville en 1449, pour y suivre les coiffs de philosophie à l'Université, puisqu'un manuscrit, copié de sa main et conservé à la Bibliothèque de Strasbourg, est intitulé : Omîtes tibri tam veteins quam novx logicx, el se termine par cette souscfiption : Completiper me Petrum de Gemsheym alias de Magunlina anno M" CCCC XXSXIX^ in gloriosissimâ Universitate Parislemi, L'écriture de c^ manuscrit, recueilli sans doute aux leçons des Écoles de la rue

du Fouare, est en gothique carrée, semblable aux premières impressions de Mayence.

Schoiffer était non-seulement un homme lettré, mais encore un habile homme, ingénieux et sagace {ingeniostts et pi'udens, dit Tritheim); il ne se borna pas à corriger les épreuves, à écrire et à préparer le texte pour les graveurs en bois, à dessiner des initiales à la plume sur les exemplaires où leur place restait en blanc, à rubriqttcr ces exemplaires, c'est-à-dire à marquer les alinéas par des traits rouges et bleus, à repasser enfin des impressions imparfaites en suppléant aux lacunes que le tirage y avait laissées ; il étudia, secrètement, les procédés de Flmprimerie, et il trouva un moule ou matrice, avec lequel il pouvait fondre séparément toutes les lettres d'un alphabet en métal. Il cacha sa découverte à Gutemberg, qui s'en serait emparé ; mais il la confia, sous le sceau du secret, à Jean Fust, qui la mit en œuvre, avec Texpérience qu'il avait dan» ce qu'on appelait alors Vart fusible, c'est-àdire la fonte des métaux. « Ils inventèrent, dit expressément Tritheim, une méthode pour fondre les formes de Talphabet latin, formes qu'ils appelaient matrices , et , dans ces matrices, ils fondaient de nouveau des caractères d'étain et d'airain, résistant à l'action de la presse, tandis qu^aupar avant ils gravaient ces caractères au burin. » ^

Ce fut évidemment avec ces nouveaux caractères que Schoiffer composa et imprima v^n Donaty dont quatre feuillets en parchemin ont été retrouvés à Trêves, en 1805, dans upe vieille couverture de livre, et déposés à la Bibliothèque impériale de Paris. Cette édition est de format petit in-folio, à longues lignes : il y en a trente-cinq dans les pages pleines, sans chiffres et sans réclames ; le caractère est un gothique carré, taillé assez également ; on remarque quelques lettres réunies en un seul type ; les abréviations sont peu fréquentes, et le seul signe de ponctuation est le point quadi*angulaire. La souscription

de cette édhfm, imprimée en roage, annoQce formelie* ment que Pierre SchoifFer, seul, en a fait graver les caractères et même les initiales : Eaplicit DonatuSf arte nova imprimendi seu caracterizandi, pei' Petrum de Gernsheym, in urbe Moguntina^ cum suis capitaUbus, absque calami exaratione effigiatus.

Ce fut, très-certainement, la première révélation publique de rimprimerie, qui avait jusque-là fait passer ses produits pour des œuvres de calligraphes. 11 semble que Pierre Shoiffer ait voulu prendre date et s'approprier ainsi l'invention de Gutemberg, qui continuait à imprimer sa Bible, avec d'autres procédés plus coûteux, plus diflQdles et moins parfaits. On ignore cwnment ce dernier r^Kmdit aux prétentions de Schoiffer, qui se vantait dMmprimer ou de faire des livres sans le secours de la plume. On ne sait pas davantage si c'est à ce moment là ou plus tard qu'il faut rattacher un fait assez vraisemblable, quoiqu'il soit contesté, malgré le témoignage d'un descendant de Fust, qui a raconté ce fait d'après les traditions de fomille.

Schoiffer, ayant fabriqué secrètement son nouvel alphabel, à l'aide des matrices qu'il avait inventées, ne l'eut pas plutôt montré à Fust, que celui-ci, transporté de joie, offrit d'exploiter de concert avec lui ce perfectionnement typographique, "et lui promit la main de sa fiUç unique. (Suivant une découverte récente, due à M. Auguste ^rnard, ce serait sa petite-fille, la fille de son fils, que Fust aurait promise et donnée en mariage à Pierre de Gensheim.) Mais, pour s'associer avec Schoiffer, Fust devait d'abord rompre son association avec Gutemberg. En conséquence, il profita rigoureusement des avantages que lui donnait sur son associé l'acte de prêt et de nantissement, que celui-ci avait eu l'imprudence de souscrire.

Les cinq années, au bout desquelles expirait l'association, n'étaient point encore accomplies, lorsque Fust invita Gutemberg à lui rendre toutes les sommes prêtées,

ORIGINES DE I/IMPRIMEKIE im

avec les intérêts accumulés. Gutemberg n avait pas terminé rimpression de sa Bible qui absoii)ait tout son avoir : c'était un capital considérable parajysé entre ses mains, jusqu'à ce que la publication de ce livre pût couvrir ses déboursés et lui apporter des bénétices. Fust rédamait deux mille vingt florins d'or ; Gutemberg était dans Timpossibilité de les lui rendre.

Voici la traduction de Tacte allemand qui résume celte triste affaire : « Fust assigne Gutemberg en justice, pour recouvrer la somme de deux mille vingt florins d'or, provenant de huit cents florins qu'il avait avancés à Gutemberg, selon la teneur du billet de leur convention, ainsi que d'autres huit cents florins qu'il avait donnés à Guteçttberg, en sus de sa demande, pour achever l'ouvrage, et d'autres trente-six florins dépensés, et des intérêts qu'il lui avait fallu payer, n'ayant pas lui-même les fonds suftisants. Gutemberg répliqua que les premiers huit cents florins ne lui avaient point été payés, selon la teneur du billet, tous et à la fois ; qu'ils avaient été employés aux préparatifs du travail ; qu'il s'offrait à rendre compte des derniers huit cents florins; qu'il* ne croyait pas être tenu de payer ni intérêts ni usure. Le juge ayant déféré le serment à Fust, celui-ci l'ayant prêté, Gutemberg perdit sa cause et fut condamné à payer les intérêts et la partie du capital qu'il aurait employée pour sa dépense particulière : ce dont Fust demanda et obtint acte du notaire llelmasperger, le 6 novembre 1455. »

Pierre Schoiffer n'avait figuré dans ce procès que comme témoin cité à la requête de Fust : son association avec celui-ci n'était pas encore connue. Celle de Gutemberg se trouvant dissoute, pour satisfaire aux exigences de son impitoyable créancier, il fut obligé de lui abandonner son imprimerie, avec tout le matériel qu elle contenait, avec cette Bible, son espoir, dont les dernières feuilles étaient peut-être sous presse au moment où il se voyait dépouillé du fruit de ses longs travaux.

Pendant que Gutembei^ était à la tète de son atelier dans la maison Zum Jungen, il imprima sans doute quelques petits livrets, soit en xylographie, soit en caractères mobiles. On lui attribue avec beaucoup d'apparence plusieurs éditions des Lettres d'indulgence que des délégués de Paulin Ghappe, ambassadeur du roi de Chypre, Jean de Lusigoan, délivraient aux fidèles qui s'engageaient à aider de leurs deniers hi guerre sainte que ce roi soutenait contre les Turcs. Ces Lettres d'indulgence y distribuées au nom du pape Nicolas V, qui mourut le 25 mars 14ô5, ont donc été imprimées antérieurement à cette date, comme en fait foi la souscription suivante : DatumErffudiesub anno Donmi MCCCCLim , die vero quinta décima mensis novembrii^ C'est un placard, petit in-folio, imprimé sur vélin avec des caractères mobiles en bois ou en métal imitant récriture cursive et analogues à ceux de plusieurs livres publiés par Fust et Schoiffer avant 1460. Certains exemplaires de ces Litterx indulgent iarum portent, d'ailleurs, la date de 1455 écrite à la main, ainsi que les noms des personnes en faveur de qui ils ont été expédiés, [et qui appartenaient tous au dio* cèse de Mayence. M. Léon de Laborde, dans sa savante et lumineuse dissertation sur les Débuts de l'imprimerie à Mayence et à Bamberg, a traité à fond toutes les questions qui se rapportent aux Lettres d'indulgence, dont il a reconnu trois éditions différentes, imprimées à Mayence en 1454 et 1455.

On comprend que Tlmprimerie, à son début, ait servi surtout à multiplier une circulaire qui devait avoir un effet rapide et immédiat. 11 est permis de supposer que cette circulaire, répandue à grand nombre d'exemplaires dans le même lieu et le même temps, lixa l'attention des curieux et divulgua le secret du nouvel art d'écrire {novoscribendi génère repertOf dit Gaspar Hedion, dans ses Parai ad Chron. Conradi). Alors seulement on commençait à dire que Gutemberg avait enseigné au monde à écrire, en un jour, à l'aide de l'Imprimerie, plus qu'on n'aurait pu le

ORIGINES DE L'IMPRIMERIE iii

faire en une année avec des plumes. Ce sont les propres paroles de Baptiste Fulgose, dans son recueil de Dictis factisque memoralibus.

Mais Gutemberg était dépossédé de ses atdiers et de ses presses; Pierre Schoiffer, en s associant avec Fust, avait épousé sa fille Christine, et la grande Bible, qu'il venait d'achever sans le concours de celui qui en avait hnprimé la plus grande partie, était en vente, dans les premiers iBois de Tannée 1456. On ]a vendait, comme manuscrit, à un prix Irés-élevé; c'est pourquoi on n a\'ait mis à la fin aucune souscription qui fit connaître par quel nouveau procédé avait été exécuté cet immense travail. 11 est possible aussi que Fust et Schoiflfer n'aiei/t pas voulu donner à Gutemberg un titre de gloire qu'ils n'osaient pas encore s'approprier. Gutemberg, complètement ruiné et privé de tous ses outils, ne se décourageait pas et cherchait à fonder une autre imprimerie.

Cette Bible latine, sans date, que tous les biographes s'accordent à regarder comme celle de Gutemberg, est un grand in-folio composé de six cent trente-sept feuillets, qu'on divise en deux ou trois et même quatre volumes. Elle est imprimée sur deux colonnes, de quarante-deux lignes chacune dans les pages entières, à l'exception des dix ou onze premières, qui n'ont que quarante ou quarante et une lignes; la hauteur des colonnes est de dix pouces huit lignes (vingt-neuf centimètres huit millimètres); celle des caractères, de deux lignes environ (quatre millimètres). Ces caractères sont gothiques; les feuillets ne présentent ni diiflres, ni signatures, ni réclames. 11 y a des exemplanes sur vélin, et d'autres sur papier.

Ce qui prouve d'une manière incontestable )a date de l'impression de celte Bible (de six cent trente-sept feuillets il quarante-deux lignes), c'est la note manuscrite qui se trouve sur un des exemplaires de la Bibliothèque impériale de Paris, et qui nous apprend que cet exemplaire a été enluminé, relié et corrigé, en 1450, par Henri Creraer, vi-

112 HISTOIRE DES AflTS

Caire de Téglise collégiale de Saint-Ëtieunct à MayetKe. On lit, à la fin du second volume de cet exemplaire, cette souscription écrite en rouge : hte liber iUuminntus, Hgntu$ et completus est per Henricum Cremer vicarium teclesie collegiate sancti Maguntini Stephani subamtoDommi millesimo qtiatringeniesimo quinquagesimo sexto feslo Assumptionis gloriose VirginU. Deogratim. Alléluia. On peut estimer que ce vicaire» qui faisait lui-même le métier de rubricateur, de relieur et de correcteur ou reviseur, Q*a pas consacré moins de cinq mois à son travail, puisqu'un seul volume Favait occupé du 13 juin au 15 août (fête de PÂssomption); ce qui résulte de la souscription du premier tome, souscription écrite en bleu et antérieure à l'autre : Et hic est hujus pnme partis Bfblie scilicet vêteris Testamenti, lUuminata seu rubricata et ligata per HenricumAlbeh aliasCremer, Anno Domini M^CCC€9 LVL festo Bartholomei apostôli, Deo gralias. Alléluia. Il s'agit ici de la première fête de saint Barthélémy, qui tombait au 15 juin, et kion de la seconde, qui se céléinrait le 24 août.

On peut estimer que cette Bible fut tirée à cent cinquante exemplaires, qui furent vendus la plupart comme des manuscrits, et dont une dizaine seulement ont é é conservés jusqu'à nos jours. L'émission simultanée d'un si grand nombre de Bibles absolument semblables ne contribua pas moins que le procès de Gutemberg et de Fust à divulguer la découverte de l'Imprimerie. Aussi Fust et son nouve) associé Schoiffer, qui s'étaient engagés mutuellement à la tenir secrète le plus longtemps possible, furent-ils les premiers à la faire connaître et à s'en attribuer l'honneur, quand la rumeur publique ne leur permit plus de la cacher dans leurs ateliers.

Ils avaient transféré ces ateliers, de la maisbii Zum Jungen dans celle dite Zum Humbrecht, qui resta occupée par leurs descendants jusqu'au milieu du seizième siècle, et qui était encore appelée, à cette époque, la Maison de Vlmprimerie (Druckhof). Ce fut dans cette maison que Fust et

ORIGINES DE L'IMPRIMEIlIE H3

Schoiffer imprimèrent le premier livr.* qui porta leurs noms, et qui attacha une date à Fart nouveau qu'ils avaient perfectionné; ce fut dans cette maison que Schoiflfer compléta rinvention de Gutemberg (aiHem ut nunc est impiewï, dit r abbé Tritheim).

Ce premier livre, imprimé avec date certaine, est le Psalmorum codex, dont le dernier feuillet ofl're au verso cette souscription remarquable en rouge : Praesens spalmomm (sic) codex venustate capùalium decoratus ruhrica- Uonibusque sufficienter distinctus, adinventione artificiosa imprimendi ac charactenzandi, absquecalamiuUa exa^ ratione sic effigiatus, et ad eusebiam Dei industrie est comummatus, per Johannem Fust civem Maguntinum et Petrum SchoefferdeGernszheim, anno Domini millesimo CCCCLVII in vigilia Assumptionis, Ce magnifique Psautier est un grand volume in-folio, de cent soixante-quinze feuillets, imprimé en grosses lettres de forme, rouges et noires, gi^avées sur le modèle des manuscrits liturgiques du quinzième siècle. Ces lettres de forme sont de deux dimensions : la plus grande est employée pour les psaumes; la plus petite, pour les collectes, antiphones, répons et versets. Chaque page contient vingt lignes, excepté la première, qui n en a que dix-neuf, et le verso du cent trente-septième feuillet, où Ton en compte vingt et une. Cette édition est décorée de deux cent quatre-vingt-huit capitales ornées ou lettres tourneur es, tirées en rouge et et en bleu. Celle de la première page est imprimée en trois couleurs : bleu, rouge et pourpre ; elle est haute de neuf centimètres trois millimètres (trois pouces cinq lignes) et large de un décimètre huit millimètres (quatre pouces); elle représente un B entouré d'arabesques, de feuillages et de fleurs, ayant dans un de ses jambages un lévrier qui court après une perdrix. ^

Les bibliographes et les savants ont longuement débattu la question de savoir si les imprimeurs s'étaient servis de> caractères mobiles en bois ou en fonte pour exécuter cet

1U HISTOIUK DES ARTS

admirable lÎTre.Les inégalités et les différences que Von constate çà et là dans les dimensions des mêmes lettres ne seraient pas une preuve que ces lettres eussent été gravées en bois ; car des moules imparfaits en argile ou en plâtre pouvaient produire ces différences. Mais la réputation que Schoiffer s'était faite comme graveur de lettres en bois (quo vix cxlando promptior aller erat, dit Bergellanus dans son Encomium Typographtae) nous semble fondée sur cette édition et sur les deux éditions suivantes du Psautier (1459 et 1490), dans lesquels la grandeur des types explique remploi des caractères en bois.

Il n'existe que des exemplaires sur vélin de ces éditions, et Ton n'en connaît que sept de la première. La tradition veut que cette première édition ait été entre^ prise par Schoiffer aux frais du chapitre de la coll^alede Saint-Alban de Mayence, comme la seconde Taurait été pour les Bénédictins de Tabbaye de Saint-Jacques, dans la même ville.

L'Imprimerie n'essayait plus de se cacher; elle cherchait, au contraire, le grand jour, et les deux associés Fust et Schoiffer se bornaient à réclamer une part dans rinvention (adinventio). Mais on ne paraissait pas encore soupçonner que cette invention pût s'appliquer à reproduire d'autres livres que des bibles, des psautiers et des missels, parce que c'étaient là les seuls livres qui eussait un débit assuré, prompt et multiplié.

Fust et Schoiffer, encouragés par la vente de leurs impressions, entreprirent de publier un ouvrage volumineux qui servait alors de manuel hturgique à toute la chrétienté, le célèbre Rationale divinorum offinorum de Guillaume Durand, évêque de Monde au treizième siècle; ils firent fondre, pour cette édition, des caractères représentant l'écriture usitée à cette époque dans toute l'Allemagne et connue sous le nom de lettres de somme; ils utilisèrent seulement quelques grandes initiales des Psau-

ontGîNtes î>R l;iMi»niMËniE H-,

Hers de 1457 et 1459, et ils les tirèrent aussi en encre rouge et bleue dans leur édition du Rationale, qui se recommande par la netteté des caractères et par Tégalité parfaite. du tirage.

fl suffit de jeter les yeux sur les Psautiers et sur le Ratùmalef pour se convaincre que rimprîmerie, en 1457 et 1459, avait atteint le plus haut degré de perfection, et il est impossible de ne pas apprécier le long intervalle de temps qui sépare ces admirables livres et les grossiers Spéculum de Hollande. Cette édition du Rationale n'était plus, ^'ailleursi destinée h un petit nombre d'acheteurs ; elle s'ackessait à toute la catholicité, et les exemplaires, soit sur vélin, soit sur papier, se répandirent, en effet, asscE rapidement par toute TEurope, ce qui fit croire partout que l'Imprimerie avait été inventée à Mayence. La souscription était absolument semblable à celle du Psautier, et Pierre Schoiffer s'y intitulait seulement clerc ou écrivain du diocèse de Mayenee, pour ne pas paraître sans titre ni qualité, à côté de son beau-père Fust, citoyen de Mayence. On voit, par d'anciennes notes inscrites sur plur sieurs exemplaires du Ralionale, que ce livre n'était pas ▼endu partout à prix égal, et que la nouveauté de Tinvention motivait les différences de ce prix, toujours élevé d'ailleurs. L'exemplaire du couvent de Sainte-Justine du Mont-Cassin, à Padoue, fut payé dix-huit ducats, en 1461. Bans quelques exeifnplaires, les initiales étaient enluminées au pinceau et rehaussées d'or.

Le quatrième ouvrage imprimé par Fust et Schoiffer awc les mêmes caractères et les mêmes procédés typographiques est le recueil des Constitutions du pape Clément V, connues sous le nom de Clémentines. Ce recueil forme un volume grand in-folio, de cinquante et un feuillets à deux colonnes, en lettres de somme de deux grandeurs, sans chiffres, réclames ni signatures; les initiales sont peintes en or et en couleur dans le petit nomdre d'exem[daires que l'on connaît de cette rare édition ;

quant à la souscription, elle est à peu près identique aux précédentes.

Cependant Jean Gutemberg, dépossédé de tout son matériel d'imprimerie» n'avait pas renoncé à un art dont il se regardait avec raison comme le principal inventeur. H tenait surtout à prouver qu'il était aussi capable que ses anciens associés d'imprimer des livres sans le secours de la plume, ab$que calami ulla exaraUone, Il chercha donc une nouvelle association et de nouveaux fonds paur monter un nouvel atelier d'imprimerie.

Selon les uns, il aurait trouvé les sommes nécessaires à son dessein chez un riche bourgeois de Blayence, chez ce Jean de Meydenbach que plusieurs historiens ont nommé parmi les créateurs de rimpnmerie mayençaise; selon les autres, il serait parvenu à rouvrir ses ateliers dans sa maison Zum Jwigen, grâce à la généreuse assistance du docteur Conrad Humery, syndic de Mayence. Quoi qu'il en soit, on sait, par tradition, que Tateher de Gutemberg ut en activité jusqu'en 1460.

C'est en cette année-là que parut le Catholicon de Jean Balbi, de Gènes [deJanua), le seul ouvrage important dont l'impression puisse être attribuée à Gutemberg, et qui mérite de soutenir la comparaison avec les éditions de Fust et de Schoiffer. Cet admirable volume grand in-folio est composé de trois cent soixante-quinze feuillets, imprimés en lettres de somme, sur deux colonnes de soixantesix lignes chacune, sans chiffr(!s, réclames ni signatures. Les initiales, laissées en blanc au tirage (c'était Schoiffer qui avait inventé les initiales tirées en couleur à la presse), ont été ajoutées au pinceau ou à la plume dans les exemplaires sur vélin ou sur papier; les caractères qui ont servi à cette impression diffèrent de ceux que Fust et Schoiffer employèrent dans leurs éditions, et ne sont pas aussi élégants ni aussi nets que ces derniers ; mais ils témoignent néanmoins d'une grande expérience de l'art typographique. Gutemberg, qui avait imité les donats et les

ORIGINES DE L'IMPRIMERIE i17

'^eculum de Hollande, ne Toulut pas sans doute s'approprier rhonneur d'une inyention qu'il n'ayait fait que p«rfectionner; il attribua la gloire de cette divine invention à Dieu seul, en déclarant que le Catholicon avait été imprimé, sans le secours du roseau, du style ou de la plume, par un merveilleux ensemble des poinçons, des matrices et des lettres.

Voici les termes mêmes de cette belle souscription, dans laquelle Gutemberg, noble citoyen de Mayence, ne daigne pas se nommer comme un simple ouvrier mécanique : « Altissimi presidio cujus nutu infantium lingue fiunt « diserte ; quique nimio sepe parvulis révélât quod sapien- « tibus celât, hic liber egregius Catholicon, dominice In- « camacionis anni MCCCCLX, almâ in urbe Waguntinà « nacionis indite germauice, quam Dei clementia tam c alto ingenii lumine, donoque gratuito, c^teris terrarum • nacionibus preferre, illustrareque dignatus es , non caff laini, stili aud penne suffragio, sed mira patronarum, « formarumque concordia proporcione et modulo impres- « sus atque confectus est. »

Uinc tibi, sancte fater, Nato cum Fiamine sacro, Laus et honor Domino trino tribuatur et uno.

Ecclesie lande libro hoc catholice plaiidé, Qui laudare piam semper non linque Mariam.

Deo gratiàs.

Dans cette souscription mystérieuse, Gutemberg, sans revendM|uer la priorité de Tinvention, donnait à entendre qu'il l'avait devinée par une inspiration du ciel dès scn enfance, et que l'Imprimerie, telle qu'il l'exerçait à Mayence, avec ses types fondus dans des matrices, n'était connue nulle part avant lui. Du reste, il gardait le silence sur Torigine de 1 ait et sur le nom du premier inventeur.

Le Catholicon ne fut probablement pas tiré à grand

us BISTOIRE DES ARTS

nombre» car il n'en existe que s^t ou huit exemplaires sur vélin et autant sur papier.

Gutemberg, satisfait d'avoir prouvé qu'il pouvait imprimer comme Fust et ScboifTer, ne dirigea pas longtemps son imprimerie, qu'il abandonna aux soins de ses ouvriers, Henri et Nicolals Becfatermuncze, Weigand Spyes et Ulric Zell. Cette imprimerie avait été transportée vraisemblablement à Elttwill, dans la résidence d'Adolphe II, électeur et archevêque de Mayenoe. Gutemberg était devenu un des gentilshommes de la maison de ce prince ecclésiastique, qui l'avait pourvu de cette charge et de la pension qu'elle comportait, par acte du 18 janvier 1465.

Quant à un autre dij)16me, daté de 1459, dans lequel Gutemberg s'engage à laisser au couvent de Sainte-Claire, de Mayence, où sa sœur Berthe était religieuse, « tons les livres qu'il a déjà imprimés ou qu'il pourra imprimer à l'avenir, » on a reconnu la fiausseté de celte pièce, fabriquée par Bodmann, archiviste de Mayence dans le siècle dernier.

Gutemberg avait donc repris, à la cour de l'archeyèque, le rang que lui assignait sa naissance ; il était honoré comme le père de Tlmprimerie, mais il ne conservait qu'un intérêt dans l'exploilation de l'établissement créé par lui. 11 mourut avant le 24 février 1468, et fut enterré dans 1 église des Récollets de Mayence, où son ami Adam Gelth lui érigea un monument, dont Tépitapbe rendait hommage à l'inventeur de l'art typographiqm^ : Artis impressorix reperlori.

Après sa mort, l'archevêque Adolplie lit gracieusement livrer au docttmr Conrad Qumery « quelques formes, instruments, outils et autres objets relatifs à l'Imprin^rie, » laissés par Gutemberg et appartenant audit docteur, qui s'engagea, par lettre en date du 21 septembre 1468, à ne se servir de ces formes et outils que dans la ville de Blayence, et même à ne les vendre qu'à un bourgeois de cette ville, par préférence à tout acquéreur étranger. Ce»

OR[GINES D£ L'IH PUIMËRIE llU

instruments, formes et outils, étaient considérés peut-être comme les monuments authentiques de Torigine de Tlmprimerie à Mayence.

Fust et Schoififer n'en continuaient pas moins leurs impressions avec une ardeur infatigable, et les progrès qa'ils firent faire à Fart typographique leur permirent de croire qu'ils Tavaient réellement inventé. Ils entreprirent une nouvelle édition de la Bible en deux volumes grand in-folio, et ils achevèrent au mois d'août 1462 celte édition, bien plus parfaite que celle qui avait inauguré Tlmprimerie. Ce chef-d'œuvre typographique, qui porte par excellence le nom de Bible de Mayence^ offre de telles différences dans la plupart des exemplaires, qu'on est tenté de supposer que les éditeurs avaient gardé en pages et en formes tout l'ouvrage composé et qu'ils faisaient exécuter des tirages au fur et à mesure des besoins de la ventç. Il existe un assez grand nombre d'exemplaires de ce livre 2>ur vélin, avec initiales peintes et dorées, qui furent probablement vendus comme manuscrits.

Gabriel Naudé raconte, dans son Addition à l'histoire de Louis'XÏ, que des exemplaires ayant été vendus de la sorte à Paris, les vendeurs furent poursuivis par le parlement, sur la plainte des acheteurs, et condanmés à la prison et à l'amende. Ce fait, qui n'a rien d'invraisemblable, est pourtant rejeté par la critique moderne, après les recherches infructueuses qu'on a faites dans les registres du parlement de Paris, pour y retrouver la trace de cette affaire. Mais on n'a pas songé que les écrivains, copistes et libraires, étaient compris alors dans la juridiction permanente de l'Université, et que TUniversité avait le droit de pom^uivre elle-même quiconque contrevenait à ses privilèges; or la vente des imprimés, comme celle des manuscrits, ne pouvait avoir lieu que sous l'autorisation universitaire. 11 est donc probable que l'apparition des Bibles de Mayence à Paris émut vivement la conununauté des écrivains et des libraires, qui voyaient dans l'invention

i20 HISTOIRE DES ARTS

nouvelle d'écrire {novtim scribendi genus) la perte de leur industrie. Ces Bibles furent accueillies partout avec le même étonnement, avec les mêmes défiances et les mêmes hostilités. Ce ne fut pas seulement à Paris qu'on accusa de magie les ?endeurs de Bibles.

Mais déjà le secret de rimprimerie n'était plus renfermé dans l'enceinte de Mayence : deux mois après Tachèvement de cette Bible, qui offrait le modèle le plus parfait de l'art typographique, la ville de Mayence avait été prise d'assaut et livrée au pillage (le 27 octobre 1462). Ce malheureux événement, à la suite duquel l'atelier de Fust et SchoifTer resta désert et inactif pendant deux années entières, eut pour résultat heureux de disséminer dans toute l'Europe les imprimeurs et Tart nouveau qu'ils avaient appris, en l'exerçant, sous le sceau du serment. Le fils même de Pierre SchoifTer, dans la souscription d'un livre (Breviarium historise Francorum, de Jean Tritheim) imprimé en 1502, assigne la date de 1462 à la propagation de l'Imprimerie hors de Mayence : Tmdem, de anno Domini 1 462, fter eosdem familiares (jusjurando ofLstrictos) indiversas terrarum protnncias divulgaia, haud parvum sumpsit incrementum.

Selon Jean Tritheim {Annal, Hinaug.), qui n'a fait que recueillir le témoignage de Pierre SchoifTer, l'Imprimerie aurait été d'abord apportée à Strasbourg ; selon la Chronique anonyme de Cologne, c'est à Cologne que le premier transfuge de l'atelier de Gutemberg serait venu s'établir. En effet, en étudiant avec soin les origines typographiques, on reconnaît, d'une majiière presque certaine, que, si les ouvriers de Fust et de SchoifTer, fidèles au serment qu'ils avaient prêté à leurs patrons, ne quittèrent Mayence qu'après le désastre de cette ville, c^ux de Gutemberg, qui n'avait peut-être pas lié les siens par le même serment, allèrent, avant celte époque et sans doute dès 1460, se fixer à Cologne et à Bamberg. Quant à Strasbourg, il y a beaucoup d'apparence que l'Impri-

merie tabellaire n'avait pas cessé cPy être en usage, depuis que Gutemberg, en 1439, avait dû révéler quelqtie diose de ses essais devant le grand-conseil. Cependant Strasbourg n'a pu produire, à Tappui de ses justes prétentions, aucune date de livre antérieure à 1471, tandis que Cologne se présente avec une édition datée de 1467, etBamberg, avec plusieurs impressions de 1461 et 1462.

Quoique Fust et Schoiflter eussent donné aux imprimeurs rexemple des souscriptions datées à la fin des livres qu'ils publiaient, leurs concurrents ne se piquaient pas de divulguer ainsi leur secret et préféraient à une satisfaction de vanité Favantage dun bénéfice assuré ; car leurs livres sans souscription, ils les vendaient au même prix que des manuscrits. Il est permis de supposer queies magistrats, à la requête des calligraphes lésés dans leur industrie, enjoignirent aux imprimeurs de signer leurs éditions, pour empêcher la fraude et pour avertir Facheteur.

On commençait à comprendre que l'Imprimerie n'était pas seulement destinée à reproduire des Bibles et des psautiers; la diminution du prix des livre» allait multiplier le nombre des personnes qui en achèteraient, et l'on pouvait déjà prévoir le temps peu éloigné où chacun pourrait avoir une bibliothèque à soi. 11 avait fallu, par degrés, faire, en quelque sorte, un public à cet art nouveau, qui n'était pas le produit d'un besoin urgent et qui semblait vouloir se borner d'abord à exécuter des Donats, des Spéculum et des livres d images pieuses. Au moment où rimprimcrie sortit de Mayence, elle n'avait pas encore mis au jour un seul ouvrage de littérature classique ; mais elle avait prouvé, par des publications colossales, telles que le Catkolicon de î460 et la Bible de 1462, qu'elle pouvait entreprendre de créer des bibliothèques entières.

]je premier classique latin qui ait passé sous la presse, cest le traité De officiiSf de Cicéron, imprimé à Mayence

i22 UlSTOlKK DES AUTS

dans râtelier de Fust et de Schoifibr, en 1465, el réimprimé» l'année suivante, par les mêmes associés. Ce volume, de format petit in-folio, composé de quatre-vingtsept feuillets à longues lignes, se termine par cette souscription tirée en rouge : Prmens Marci Tullii Ciceronis clarissimum opus^ Johannei Fust Maguntinus civis, nanalramenlo, plumait canna neque œrea, sed arte quadam perpulehra, Peln manu puerimeif féliciter effecû Finilum, anno MCCCCLXV. Ce chef-d'œuvre de typographie présente de si nombreuses variantes de texte dans tous les exemplaires sur vélin et sur papier, qu'on est forcé de croire que le tirage de chaque exemplaire donnait lieu à une correction nouvelle et que les formes de tout l'ouvrage restaient ainsi composées, même après l'achèvement du tirage général, qui ne s'élevait pas à plus de deux cent cinquante exemplaires. Ce livre est le premier dans lequel on trouve des caractères grecs, ou du moins des mots grecs th*és à la presse, avec des planches xylographiques, il est vrai, plutôt qu'avec des types mobiles.

Cette édition du traité De officiis fut, pour ainsi dire, le point de dépai-t de l'Imprimerie dé bibliothèque ; elle eut un succès si général, qu'il fallut, comme nous l'avons dit, la réimprimer l'année suivante.

Fust et Schoiffer, voyant d'ailleurs que leur art allait se répandre comme un torrent de lumières sur la face du monde, se hâtèrent de devancer partout la concurrence, en élablissant des dépôts de livres dans les grandes villes étrangères. Fust vint lui-même à Paris, pour y fonder un comptoir de librairie, accompagné d'un de ses meilleurs ouvriers (son propre fils, selon M. Auguste Bernard), Conrad Henlif, dont le nom est écrit Hanequis dans des titres français qui le dénaturent, comme tous les noms allemands étaient dénaturés à cette époque. Ce fut durant son court séjour à Paris qu il fit présent d'un exemplaire du De officiis à Louis de la Vernade, président du parlement de Toulouse. Cet exemplaire, portant une note où

ORIGINES i)Ë L'IMl^aiMBIUK {'iZ

ce fait est consigné à la date du mois de juin 14^, est conservé à la bibliothèque de Genève.

On croit que, peu de mois après» Fust mourut de la peste, qui enleva plus de quarante mille personnes dans la population de Paris. Quoi qu'il en soit, Pierre Schoiffer, à partir de l'année 1467, parait seul dans les souscripti<ms des livres qui sont sortis de ses presses, jusqu'à la fin de sa longue et active carrière de typographe. Conrad Henlif avait pris pourtant un intérêt dans la librairie qui d^>eiidait de Timprimerie de Schoiffer; c'était lui qui se chargeait de la vente des Uvres en général. Il établit à Paris un commis, nommé Uerman de Stathoen, originaire d'Allemagne, qui ne survécut pas longtemps à Jean Fust.

Ce commis étant étranger, tous ses biens revenaient au roi par droit d'aubaine ; les livres qu'il avait en dépôt furent donc saisis et vendus au proiit du roi. Conrad Haneguis et Pierre Schoiffer réclamèrent contre cette confiscation, et firent intervenir dans leurs réclamations rélecteur de Mayence et le roi des Romains, Frédéric III ; ils se rendirent eux-mêmes à Paris et trouvèrent de puissants appuis auprès du roi Louis XI, qui leur accorda enfin la restitution d'ime somme de 2,425 écus d'or, • eu considération de la peine et labeur que lesdits exposons ont pris pour ledit art et industrie de l'impression, et au profit et utihté qui en vient et peut venir à toute la chose publique, tant pour l'augmentation de la science que autrement. » Cette belle ordonnance de Louis XI est datée du 21 avril 1475.

Schoiffer et Hartequis avaient été reçus à Paris avec beaucoup de distinction et de faveur : les religieux de Tabbaye de Saint-Victor, auxquels ils offrirent en don un exemplaire sur vélin des Epistolie beati Hieronymi» imprimées en 1470, enregistrèrent ce don dans leur nécrologe et fondèrent « un anniversaire pour les honorables hoounes Pierre Schoiffer, Conrad Hanequis et Jean Fust, boui^eois de Mayence, imprimeurs de livres, et pour

leurs femmes, fijs, parents et amis. > De plus, Jean, aU)é de Saint-Vktor, les força d'accepter une somme de lî écus d'or.

Vindnstrie, art et usage de Vimpression d'écriture^ selon les termes de lordonnance de Louis XI, n'était déjà plus un mystère pour les savants de Paris : cette ville possédait rimprimerie depuis 1469. Dès l'année 1462, Louis XI, curieux et inquiet de ce qu'il entendait raconter de l'invention de Gutemberg, avait envoyé à Mayence Nicolas Jenson, un des plus habiles graveurs de la Monnaie de Tours, pour f s'informer secrètement, dit Gabriel Naudé, de la taille des poinçons et caractères, au moyen desquels se pouvoient multiplier par impression les plus rares manuscrits-, et pour en enlever subtilement l'invention, f Nicolas Jenson ne revint pas en France, et ce fut en Italie, à Venise, qu'il porta plus tard tous les fruits de sa mission typographique : il est probable qu'il s'était fait initier au secret de l'Imprimerie dans l'atelier de Schoiffeh; mais on n'a jamais su les motifs qui l'empêchèrent de rentrer dans sa patrie. Louis XI n'en fut pas moins l'instigateur des premiers essais de l'Imprimerie en France, et les premiers imprimeurs qui vinrent s'établir à Paris, sous la protection de ce roi , lui dédièrent une de leurs éditions, Roderici Zamorensis episcopi Spéculum vitae humanse, in-folio publié sans date en 1470 ou 1471.

Ces imprimeurs étaient Ulric Gering, Martin Grantz et Michel Friburger, tous trois Allemands, venus de leur pays, vers 1469, à la demande et aux frais de Jean Heynîin, dit de la Pierre y leur compatriote, recteur de l'Université et prieur de Sorbonne. Le savant professeur de rhétorique Guillaume Fichet n'avait pas été étrangère leur appel. Les trois imprimeurs associés disposèrent le matériel de leur atelier dans une salle de la borbonne et commencèrent à imprimer , sous lés yeux de Jean de la Pierre et de Guillaume Fichet , qui revoyaient les épreuves.

OhIGÎNES DE L'IMPRIMERIE i25

On imprima d'abord Gasparini Bami^ii Pergamensis epistolœ-, in- 4° de cent dix-huit feuillets non chiffrés, sans date, mais précédés d'une épître de Fichet à son ami Jean de la Pierre, qui y est qualifié j?newr de Sorbonne, dignité qu'il obtint pour la seconde fois en 1470. Les vers suivants, placés à la fin de ce volume, étabhssent d'une manière incontestable son droit de priorité parmi les impressions parisiennes :

Ut sol lumen, sic doctrinam fundis in orbem,

Musarum nutrix regia, Parisius.

Hinc prope divinam, Tu, quam Genaama novii

Ârtem scribendi, suscipe promerita.

Primos ecce libros quos haie industria finxit

Francorum in terris, aedibus atque tuis.

Hichael, Uldaricus, Martinusque/magistri,

Hos impresscnint, ac facient alios.

Cette impression fut suivie, en effet, de douze ou quinze autres, également san^ date, mais imprimées dans le même lieu, par les mêmes associés, sous la direction immédiate de Jean de la Pierre et de Guillaume Fichet, qui choisissaient les ouvrages à publier, épuraient les textes, ajoutaient des préfaces et corrigeaient les épreuves. Ces deux savants amis étaient donc véritablement les maîtres {magistri) de leur imprimerie, qu'ils défrayaient seuls. Guillaume Fichet fit de la sorte imprimer plusieurs de S9S propres ouvrages : Rhetoricorum lihri très et des recueils de lettres latines ; Jean de la Pierre publia de préférence plusieurs classiques, Florus, Salluste, Epistolx cynicx. La plupart de ces éditions sont des in-4" assez minces; le Spéculum de Roderic Sancius, évêque de Zamora, et le Sophologium de Jacques Legrand (Jucobi Magni), sont de format in-folio. Selon Naudé, le Spéculum, dédié à Louis XI, aurait précédé les Epistolae de Gasparinus. Ces différentes impressions, dans lesquelles les capitales ont été faites à-la main, offrent des caractères romains et non gotliiques, souvent inégaux et par conséquent défectueux

<2fi IlIStOniE DES AUtS

au tirage, quoii|ue le papier soil très-blanc et très-fort, quoique Tencre soit très-noire et très-éclatante.

Ainsi, dans l'espace de trois ou quatre ans, de 14d9à 1473, Ulric Gering, Martin Crantz et Michel Friburgér mirent au jour environ quinze volumes in-4* et in-folio, contenant divers ouvrages, imprimés la plupart pour la première fois. Mais, dans le cours de Tannée 1475> Jean de la Pierre et Guillaume Fichet durent se séparer de leurs Allemands, conune ils appelaient les trois associés; Fichet allait se fixera Rome, auprès du pape Sixte IV; Jean de la Pierre retournait en Allemagne : letir imprimerie fut donc fermée et le matériel dispersé.

Les trois imprimeurs ne quittèrent pourtant point Paris, en sortant de la iSorbonne ; ils fondèrent à leurs frais une imprimerie, rue Saint-Jacques, près de Téglise Saint- Benoît, dans une maison à renseigne du Soleil-d'Or^ et, après y avoir créé un nouveau matériel, gravé et fondu de nouveaux caractères, ils imprimèrent, de 1473 à 1477, plus de douze ouvrages, tous in-folio, entre lesquels une Bible latine qui porte cette suscription historique, datée de la quinzième année du règne de Louis XI (1475).

Jam trilms undecimus lustris Francos Ludovicus Bexerat, Ulrlcus, Martinus, itemque Michael, Orti Toutonîâ, banc mihi composuere figuram Parisii arle sua : me correctam vigilanter, Ysnalem in vico Jacobi Sol Aureus offert.

Ils avaient formé deux autres imprimeurs, Pierre de (Jésar on Césaris, maître es arts de l'Université, et Jean Stol, qui ouvrirent une imprimerie, non loin de la leur, rue Saint- Jacques, à Kens^gne du Soufflet-Vert , prés du ( ouvent des Jacobins.

En 1477, Ulric Gering resta seul à la tête de son imprimerie et donna plusieurs éditions, plus parfaites encore que les précédentes; il s'associa, de 1478 ai 480, avec Guillaume Maynial, et depuis, avec Berthold Rembolt. H

ORIGINES DE l;tMλn-ÎMERlE ir

avait alors transporté ses ateliers et sou enseigne du Soleil-<rOr dans une maison voisine des grandes écoles de théologie et appartenant à la Sorbonne. Quand son âge avancé lui conseilla le repos vers J 509, ce fut dans le collège de Sorbonne qu'il obtint une retraite honorable, en vertu des lettres d'hospitalité qui lui avaient été accordées ; ce fut dans ce collège qu'il mourut, le 23 août 1510, en laissant tous ses biens aux pauvres et aux écoliers. On voyait son porlrâit dans la chapelle haute du collège de Montaigu, avec une inscription qui le désignait comme un des premiers imprimeurs, unus ex primis typographis. Dans les livres qu'on doit à son association avec Martin Grants et Michel Friburger, ces frois imprimeurs s'intitulaient eux-mêmes : Industriosos impressoriae artis librarios atque magistros,

La Sorbonne et l'Université furent donc le berceau et l'asile de l'Imprimerie parisienne, qui ne tarda pas à devenir florissante et qui donna pour concurrents à Ulric Gering, Pierre Caron en 1474, Pasquier Bonhomme en 1476, Antoine Gérard en 1 480, et une vingtaine d'autres imprimeurs habiles, jusqu'en 1500.

Lorsque l'Imprimerie de Mayence vint se naturaliser à Paris, insedibus SorbonXy en 1469, elle avait déjà passé en Italie; elle s'était d'abord fixée à Venise, selon la Chronique anonyme de Cologne; à Subiaco, selon le témoignage des éditions publiées in vemrabili monasterio Smblacensù Aussitôt après la catastrophe de Mayence, en 1462, deux ouvriers, sortis de l'atelier de Fustet Schoiffer, emportèrent au delà des Alpes le secret qu'ils avaient reçu comme un dépôt, sous la foi du serment : Conrad Swynheym et Arnauld Pannartî s'arrêtèrent dans le couvent de Subiaco, près de Rome, où ils avaient rencontré des religieux allemands, amis et protecteurs des lettres. Ils parvinrent à y établir une imprimerie, aux frais de ces bons moines, et ils publièrent un Donal, sans date ; Lactance, 1465 ; le traité de Cicéron, De oralore, sans

date, et le traité de saint Augustin, De civilaU Dei, 1467, Appelés à Rome par les savants, qui recherchaient à l'envi les précieux vestiges de Tantiquité grecque et. romaine, ils acceptèrent Ihospitalité que leur offrait Tillustre famille Massimi (de Maximis) et n'imprimèrent plus que dans cette maison. Un de leurs ouvriers, Ulric Han, dlngolstad, avait déserté, peu de mois auparavant, leur atelier de Subiaco, pour venir aussi à Rome imprimer les Meditatùmes du cardinal Jean*de Torquemada (de Turrecremata), qui l'avait pris à gages. Ce recueil des Méditationes, achevé d'imprimer le dernier jour de Tannée 1467, paraissait, orné de gravures en bois, au moment où Svvynheym et Pannartz mettaient sous presse plusieurs classiques latins. Il y eut toujours entre les deux imprimeries une rivalité qui se manifestait par leur empressement à se contrefaire Tune l'autre, tellement qu'une édition donnée par Swynheym et Pannartz était presque aussitôt reproduite par Ulric Han. Ces éditions, il est vrai, ne furent jamais tirées à plus de trois cents exemplaires ; mais le prix de vente égalait à peine le prix de fabrication, qui était très-élevé à cette époque.

Depuis 1465 jusqu'en 1474, où Swynheim et Pannartz se séparèrent, ces. deux associés avaient fait sortir de leurs presses douze mille quatre cent soixante quinze volumes, la plupart in-folio : ils avaient publié pour la première fois Lactance, Cicéron, Aulu-Gelle, César, Virgile, Tite- Live, Slrabon, Lucain, Pline le naturaliste, Suétone, Quintilien, Silvius Italicus, Ovide; ils avaient même réimprimé plusieurs de ces ouvrages ; et cependant, comme on l'apprend d'une requête adressée, en faveur de ces imprimeurs, au pape Sixte IV par Tévôque d'Aleria, qui prenait une part active à leurs travaux bibliographiques, les deux associés avaient épuisé toutes leurs ressources en 1472, et ils se plaignaient alors de voif leurs magasins encombrés de livres qui ne trouvaient plus d'acheteurs. Il est à présumer que le pape vint à leur aide et leur

ORIGII^SS DE L'IMPRIMERIE V2\i

rotimil les moyens de contiouer leurs impressions ; néan^ moins, Swynheyra, fatigué de cette lutte perpétuelle con» tre la misère, abandonna rimprimerie pour ^ eonsacrer exclusivement à Tart de la gravure sur cuivre. Il mourut avant d'avoir achevé les cartes géographiques d'un Ptolé^ née qui parut en 1478 et auquel Arnold fiuddnck avak mis la dernière main.

La {dus noble émulation régnait par toute Tltalie» entre tous les savants, pour favoriser la publication des an« ciens manuscrits ; mais la vente des livres imprimés n'en était pas naoins difficile ni moins ingrate. Jean-André, évèqne d'Aleria, Antoine Gampani, évèque de Crotône, François Accolti, dit AretinuSt Mathias Palmarius,^ François Piccol(«nini, Laurent Valla, Poggio, Bessartim et d'au^ très hoQunes èminents ne dédaignaient pas de colktionner les textes, de corrige les éj^euves, dé préparer les éditions, conune de simples prêtes, et les iâiprimeurs ne se ruinaient pa& moins. Rome avait aussi, à la même époque, d'autres imi»*imeurs, aussi dévoués et aussi habiles que Svi^ynheym et Pannartz, qui soutinrent une fatale concurrence, non-seulannent contre Ulric Han, mais encore contre George Lav«r, de Wurtzbourg ^ Jean-Philippe de Ligoamine, de Messine ; Simon-Nicolas, de Lucques ; Adam Rot, de Metz ; Léonard Pffiegel, Jean Renhardy, etc. Tous ces imprimeurs, la plupart accourus d'Allemagne, se Élisaient tCNTt mutu^lement, et leurs éditions se succédaiwit avec une telle rapidité, que la (HrodiBcticm typo- ^phique n'était nullement en rappcurt avec les besoins de la consocnmation littéraire.

U y avait à Rome, en même temps, plus de vingt imprimeurs qui occupaient ensemble plus de cent presses et qui cherchaient surtout à se surpasser de vitesse dans leurs impressions.

Un d'eux, Jean-Philippe de Ligiiamine, avait fabriqué cinq mille y(4u9ies en 147&, conmie '^ le dit dans une de ses préfaces, et cet imprimeur n'était pas venud'AUema-

iriO HISTOIRE OëS arts

gne, à l'instar de ses conifères» pour répandre Tari de Gutemberg et de Schoiffier en Italie. Médecin savant, passionné pour les lettres latines, il avait quitté' Messine, sa ville natale, au bruit de la nouvelle découverte, et il s'était rendu à Rome dans le but d'y fonder un établissement typographique sous les auspices du pape Paul IL Les éditions qu'il a publiées font honneur à son goût et à son érudition. Il raroyait et corrigeait non-seulement les livres con^posés dans son ateli<^, mais encore ceux qu'Ulrie Ban et Simon-Nicolas de Luoques mettaient sous presse, tant Téraulation était grande entre les savants nn mains pour tout ce qui regardait Tbaprimerie.

Les communautés religieuses, à l'exemple du pape et des cardinaux, favorisaient ce nouvel art, qui leur promettait des bibliothèques plus faciles à former et à ai^ menter. Ainsi les moines du couvent de Saint-Eusèbe, à Rome» avaient fait venir dans leur maison George Laver, de Wurtzbourg, qui non-seulement imprima sous leurs^r yeux plusieurs grands ouvrages, mais qui eut pour correcteurs Pomponius Lsetus, PlaUna, et d'autres célèbres écrivains. On se faisait honneur d'attacher son nom à la publication d'un classique latin, et Ton se réunissait d'avoir tiré de l'oubli un précieux débris de Rome antique, (|uand on avait mis au jour quelque poète ou quelque historien encore inédit.

Les manuscrits, naguère si rares et si chers, n'avaient plus de valeur qu'autant qu'ils contenaient un texte que 1 Imprwnerie n'avait pas encore reproduit ; ceux dont on possédait déjà des éditions, étaient si généralement dédaignés, que la destruction d'un grand nombre de ces manuscnts remonte à cette époque : on s'en servait pour relier les livres, et l'on peut attribuer à cette circonstance la perte de certains auteurs anciens, que l'Imprimerie tarda trop à préserver de la barbarie du relieur. Cette dépréciation des manuscrits, qu'on jugeait inutiles, prouve - la préférence qu'on accordait généralement aux livres

ORIGINES DE L'IMPKIMEIUE iTri

imprimés. « N'est-ce pas une grande gloire pour Votre Sainteté, disait Tévèque d'Aîeria dans une épître dédicatoire aa pape Paul H, que d'avoir procuré aux plus pauvres la facilité de se former une bibliothèque à peu de frais, et d'acheter, pour vingt écus, des volumes corrects, que, dans des temps antérieurs, on pouvait à peine obtenir pour cent , quoique remplis de fautes de copistes? Sous voire pontificat, les meilleurs livres ne coûtent guère plus que le papier et le parchemin ; maintenant, on peut acheter un volume moins cher que ne coûtait autrefois sa reliure. »

Pendant que l'Imprimerie, à Home, déployait une prodigieuse activité pour sauver les chefs-d'œuvre de l'antiquité classique, elle n'était pas moins active à Venise pour jeter dans la circulation du monde lettré une énorme quantité de livres de toute espèce. C'était la science, c'était l'amour des lettres, qui présidait aux belles entreprises de l'avt nouveau à Rome; à Venise, c'était l'industrie, c'était le conunerce. Les négociants vénitiens, dont les^ vaisseaux sillonnaient toutes les mers, avaient compris que les produits de l'Imprimerie seraient recherchés sur tous les nwrchés, et, au heu de se fournir de livres, comme mardiundise d'exportation, àMayence, à Strasbourg et même à Rome, ils trouvèrent plus avantageux de favoriser létablissement des^resses typographiques dans leur ville, où ils faisaient exécuter rapidement les éditions dont ils aTaient besoin pour h chargement de leurs navires. Voilà pourquoi, durant les trente dernières années du quinzième siècle, Venise eut à elle seule plus d'imprimeurs que Rome et Paris ensemble, et publia autant de livres que toutes les villes de lltalie à la fois.

Le premier imprimeur qui ait exercé à Venise paraît être Un Français, Nicolas Jenson, graveur monétaire à i'hdtel des monnaies de Tours. Sans doute, Nicolas Jenson ne fut pas Tinventeur de l'Imprimerie, comme l'ont prétendu ses contemporains Beruardo Giustiniani et Marino

iTilî HISTOIRE DES ARTS

Sanuto, dans leiu's Histoires de Venise ; peut-être même nVt-il pas imprimé dans cette ville dés Tannée 1461 , comme on Ta soutenu d'après la date suspecte du Décor puellarum, traité de morale écrit en italien, attribué au chartreux Jean-de-Dieu, ami particulier de Timprimeur; mais on peut dire avec certitude que Jenson imprimait à Venise avant Jean de Spire, et par conséquent avant Tan^ née 1469.

Nicolas Jenson, que Louis XI avait envoyé à Biayâice, en 1462, avec mission secrète d'y chercher le secret de rimprimerie, ne le rapporta pas en France, mais alla Tex- [doiter pour son propre compte dans la ville de Venise. Ëlève de Schoififer, il s'était associé quelques ouvriers allemands, et il se donnait d'abord lui-même pour un de leurs compatriotes. « C'est en Tannée 1459, dit Jacques-Philippe Thomassino dans son Histoire de Vunivenitéde Par (ioMe,que Tart typographique fut introduit à Venise par Nicolas Jenson, Allemand. » Marino Sanuto avait dit aussi que certains Allemands (akuni Tedeschi) arrivèrent à Venise vers cette année-là, et qu'un d'eux, nommé Nicolas Jaison {Tedesco), publia le premier livre qu'on ait vu imprimé dans cette ville. Ce premier livre n'était pas probaldem^t le Décor puellarum,. qui offre la date de 1461, date d'autant plus contestée, que Ton ne trouve pas d'autre livre imprimé par Jenson, ou du moins portant son nom avec une date, avant 1471 ; mais on n'a pas réfléchi que, -partout, dans l'origine, Tlmprimerie évitait d'attacher un nom d'imprimeur ou de lieu, ainsi qu'une date, à ses éditions destinées à passer pour des manuscrits. A Venise, plus qu'ailleurs, le commerce, en s'emparant des produits de la nouvelle découverte, dut exiger qu'ils ne fussent pas revêtus d un caractère qui en aurait diminué lav^eur vénale. Nous supposons donc que Jenson a imprimé pendant plusieurs années sans signer ni dater ses impressions, jusqu'à ce que le secret de Tlmprimerie, qu'il avait reçu comme un dépôt sacré dans Tatelier de Schoiffer, eut élé

OHIGIliES DE L'IMPRIMERIE 135

dkulgiié par toute TËurope. On voit que, dans le commencement de ses travaux d'imprimeur, Jenson ne songeait pas encore à faire des livres de bibliothèque» mais qu'il appliquait, de préférence, Tart typographique à des opuscules de morale ou de dévotion, qui, par leur nature, pouvaient avoir le plus d'acheteurs dans tous les pays et dans toutes les classes sociales. Ainsi, outre son Décor puellarum, il publia d'abord sans date cinq ou six traités du même genre, en italien, sous les titres de Luctus christianorum, Palma virtutum, Gloria muiierum, etc. Ces petits livres avaient une destination analogue à celle des Spéculum humanae salvationù de la Hollande, avec celte <lifférence pourtant qu'ils ne présentaient pas de ^ures ; mais ils étaient écrits en langue vulgaire, pour être à la portée du plus grand nombre de lecteurs, tant il est vrai que les préludes de FimprimeHe ne s'adressèrent nulle part aux intérêts de la science.

J^iscm s'intitula graveur {exsculptor) et Français {Gai- Hcus) dans les souscriptions de ses livres, dès qu'il eut à Venise d^habiles et nombreux rivaux. Alors son correcteur, le savant Omnibonus Leonicenus, revendiqua hautenaent pour Janson une partie de la gloire d'inventeur : « Merveilleux inventeur de l'art typographique, dit-il dans répître dédicatoire du Quintilien de 1471, le premier de tous, il a montré, par un ingénieux procédé, non à écrire des livres avec la plume, mais à les imprimer comme avec un cachet en pierre précieuse (veluti gemma imprimantur libn ac prope sigillo). t Assurément Onmibbnus Leonicenus ne voulait parler que d'une invention particulière à Jenson, qui, en sa qualité de graveur en médailles, avait dû perfectionner le procédé de Schoiffer.

Nous serions donc tenté de croire que Jenson se servait de types gravés sur bois, avec lesquels il imprimait aussi nett^nent qu'il eût pu le faire au moyen de la gravure sur pierre fine. Notre supposition est fondée sur la souscription des Éjâtres famiUère$ de Cicéron, imprimées en

iôé HISTOIRE DES XWXS

1409 par Jean de Spire, souscription qm dédare très-explicilcmenl que ce typographe imprima, le premier à Ver Dise, avec des caractères de métal (primus in Adriaed fonnU mpressil smis urbe lil^ros). L'examen des plus anciennes impressions d^ Nicolas Jenson.e^t Um loin de contrarier Topinion que nous venons d'émettre. Ces impressions nous paraissent faites à seç» avec des planches de boisy sur un papier très-fort et très-brillanl, à Taide d'une encre un peu pâle, qui accuse. pourtant les traits ks plus délicats de la taille des lettres.

Depuis Tannée 1469, Nicolas Jenson n'a pltts le monopole de rimprimerie à Venise ; Jeau de Spire, qui est arrivé de Mayence avec tous les perfectionnements que Fart de Gutembérg et de Schoiffer avait déjà obtenus, Jeam de Spire se prépare à lutter avec les imprimeurs de Home et à fournir au commerce de Venise toutes les éditions dts classiques latins, que de toutes parts la librairie naissante réclamait à grands cris ; Jean de Spire, dans Tespaoe de quelques mois, exécute l'impression de quatre grands-ouvrages : les Ëpitres familières de Cicéron, ï Histoire mUU' relie de Pline, la Cité de Dieu de saint Augustin et les Annales de Tacite, que la mort l'empêcha d'achever ; c'est son frère, Vindelin, qui termii\e et qui publie ces deux derniers ouvrages en 1470. Dans la souscription de h Cité de Dieu, il proclame que Jean de Spire s^prit aux Vénitiens comment on pouvait écrire en trws mois, cent volumes de Pline et cent de Cicéron.

Qui docuit Venelos exscribi poisc Joanuca Mense fere trino centena Tolumina Plmi Et lotidem magni CUceronis Spira Bbellos^...'.

Dans la souscription des Annales du Tacite, il annonce que cette édition est son chef-d'œuvre (ara's gloriaprimasum). A compter des impressions de Jean Spire, l'art typographique a cessé d'être un secret, du moins à Venise, où le sénat accordait à l'habile imprimeur un privil^e de cinq

ORIGINES DE ï;iMrnrMEUIE 135

ans pour ses éditions de Cicéron et de Plincy « aUeiidn, dit F(Ht]onnaDce, que l*art de l'imprimerie est rais en lu- . miére(a/teso che Varie dello staïupare èvermta alla luce) . >^ Ce priyit^e est le pneraier qui ait été octroyé à un imprimeur. Mais la concurrence n'en devient que plus ardente : \èè imprimeurs affluent à Venise, oà ils trouvent le débil de leurs éditions, que cent navires exportent dans toutcr^ les parties du monde. Nicolas Jenson a bien vite perfectionné ses procédés, gravé, fondu de nouveaux caractéroî-, q» ne le cèdent pas à ceux de ses nvaux, et alors seiilo iDfflat il commence à exéculer une multitude a'impre?sionsplus belles que toutes celles de ses contemporains. L'Allemagne envoie encore à Venise une colonie d'ini piimeui^ qui ouvrent des ateliers, et qui en font sortir, comme par enchantement, de nombreuses, d'immense.^, d'admirables publications : Christophe Waldarfer, de Ratisbonne, donne en 1471 la première édition du Décameron de Boccace (rendu cinquante-deux mille francs à la vente Roxburghe) ; Jean, de Cologne, qui s'intitule l'honneur de sa ville natale {Agrippinx ColotUx decus)^ donne en 147 i la première édition de Térence, avec date certauie; Adam de Ambergau réimprime, en 1471, Lactance et Virgile, déjà publiés à Rome; François Renner de DailbruB,: Léonard Achats de Bâle, Nicolas de Francfort, Jean Manthen de Gerretzen et beaucoup d'autres Allemands concourent à l'envi aux prodigieux travaux de l'Imprimerie vénitienne. Ils seront bientôt remplacés par des Italiens, qui auront profité des leçons et de l'exemple de ces artistes étrangers. Un prêtre de Padoue, nommé Clément, devient imprimeur en voyant un livre imprimé, et renouvelle, par son propre génie, la découverte de Outemberg : il se vante d'être le premier Italien qui ait imprime des livres {Italorum primus libros hoc arte formavit). 11 ouvrait la route au grand AWe Manuce, qui ne s'essaya dans cet art qu'en 1494, lorsque Venise avait eu déjà plus de deux cents imprimeurs.

Nais l*Iixiprimerie était partoat active, sinon florissante ; ks élèves de Gutemberg et 4e Scboifîer s- étaient répandus» en «n instant, par tonte I'Eurq)e, eomme les construotenrs de la tour de Babel après la confdsion des langues.

Chaque ville d'Allemagne comptaât au moins un atelier typographique en activité, et cet atelier ne se fermait pds au bout de quelques mois de labeur, ainsi que la plupart de ceux que des imprimeurs nomades ouvraient tous les jours dans les villes d'Italie, où ils se nuisaient Tim à Tautre, avant de quitter successivement la place pour chercher fortune ailleurs. Voilà pourquoi le même imprimeur cpidquefois a daté de deux villes différentes deux impressions faites dans la même année. Hais combM d'éditions sans date, antérieures à celles qui sont datées! Il est ca'tain que les maîtres et compagnons de rbiq[)rimerie ne se sont décidés à dater leurs livres et à se nommer dans leurs souscriptions qu'à l'époque où leur secret était universellement connu et quand ils n'eurent plus l'espérance de vendre les livres au prix des mamuscrite.

C'est à partir de l'année 1471 que l'Imprhnerie 6e révèle de tous côtés par ces dates de livres qui souvent sont postérieures à l'introduction de l'art dans les inlks où ils ont été imprimés. Ainsi le premier livre avec ^te, imprimé à Strasbourg, est de cette même nmée 1471, que nous regardons comme l'année de l'émancipation de rimpriroerie, et pourtant il est presque certain que, depuis les essais de Gutemb^ en 1436 à Strasbourg, ses assodés avaient continué à y exercer, en secret, sur une petite échdle, il est vrai, l'art qu'il leur avait af^is. En tout cas, on imprima sans doute dans cette ville non-seulement des Spéculum et des DonaU xylographiques, mak encore des Bibles et de gros ouvrages en caractères mobiles, avant que Jean Mentel ou MenteUn eût daté de 1475 sa grande édition du Spéculum quadruplex de Vincent de Beauvais, en sept volumes in-folio, avant que ^ou

ORIGINES DE L'IMPRIMERIE i37

associé, Henri figgestein, se fût nommé seul dans la ^useriptumdo Gratiani decretum^ in-folio daté de 1471.

Jean Mentdin, qui mourut en 1478, enridii et anobli par rimpriœerie, avait exercé son art secrètement, à l'é*poque où les Bibles imprimées se vendaient comme des manuscrits. Au reste, le secret ne fut pas partout aussi fidèlement gardé, et, dès Tannée 1468, Guutber Zainer, de Reutlingen, ^i imprimait à Augsbourg, avait signé et daté ses.éditions> conune pour ri?aUser avec Ubric Zell de de Cologne et avec Albert Pfisler de Bamberg. Nous hasarderons, à ce sujet, une conjecture qui ne manque pas de vraisemblance : les ouvriers de SchoilTer, liés par serment réciproque, gardèr^t le plus longtemps possible le secret de rinventi<m ; ce secret, au contraire, fut divulgué par les ouvriers de Gutemberg, que celui-ci avait déliés de tout serment.

Dans le cours de 1 469, il n'y eut que deux villes, Venise «i Milan, qui révélèrent, par des éditions datées, rétablissement de rimprimerie dans leurs murs; en 1470, cinq ▼flies, Nuremberg, Paris, Foligno, Trévise et Vérone, puitot leurs premières éditions avec date; en 1471, il y a huit villes où Tlmprimerie iMPend ses lettres de no- Uesse en datant ses éditions : Strasbomg, Spire, Trévise, Bologne, Ferrare, Naples, Pavie et Florence; en 1472, buit autres villes : Crémone, Fivizano, Padoue, Mantoue, Hontreale, Jesi, Munster et Parme; en 1473, dix villes : Bresse, Messine, Ulm, Bude, Lauguingen, Mersbourg, Alost, Utrecht, Lyon et Saint-Ùrsio, près de Vicence ; en i474, treize villes, au nombre desquelles l'Espagne compte Valence, et 1 Angleterre, Londres; en 1475, douze villes, etc.

Chaque année, rimprimerie gagne du terrain, s'installe dans die nouvelles villes, dans de nouveaux pays, et se nationalise, sous la protection des princes, des universités, du dergé et des savants. Dès lors, et surtout en Italie, le premier livre imprimé dans une ville porte une date au-

iSS HISTOIRE DES AUTS

tbentique qai permet de fixer paûtivement celle de Tintroduction de llmprimariedaiis cette ville; mais, comme nous le disions tout à Theure, dans certains pays, dans eertaines yilles, les livres datés n'ont apparu que longtemps après rétablissement de Fart typographique, qui a commencé ordinairement par des publicatkms peu importantes, par des essais sans date. Ainsi flarkm, qui peut faire valoir des droits aussi respectad)les qae ceux de Strasboutg et de Mayence à la découverte de rin^merie, Harlem n'a pas eu délivre daté avant 1485 (Formulx no» viliorum, in-4°), époque où Jean Andriessen attacha son nom à quelques impressions insignifiantes.

Dans les autres villes de la Hollande et de la Belgique, l'Imprimerie, originaire du pays, fenctiomiait depuis nombre d'années, lorsque parurent les premiers livres avec date ; lorsque Théodoric Martens, d'Alost, publia le Spéculum conversitftns peecatorum (1473); lorsque Nicolas Ketelaer et Gérard de Leempt, à Utrecht, imprimèrent YHistoria scolastica ^ovi Testamenti (1473) ; lorsque Bruges, Anvers et Bruxelles (1476), Deift, Croude (1477), et ZwoU (1479), virent sortir de leurs presses les |Mremia^ livres datés. Un fait très-significatif prouve que la Hollande et la Belgique n'avaient rien à apprendre de l'Allemagne en fait d'art typograpliique : c'est que Témigration des imprimeurs allemands se dirige vers le Midi et non vers le Nord, c'est que tous les premiers imprimeurs qui ont exercé d'abord dans les Pays-Bas sont Belges ou Hollandais, à lexception peut-être de Jean de VVestphalie, que nous voyons à Louvain en 1474, où il imprimait avœ les caractères de Martens, d'Alost. Les Pays-Bas, loin de recevoir comme une importation nouvelle l'Imprimerie, qui sortait des ateliers de Gutembef^ et deSchoifferpour se répandre en Europe, faisaient partir en même temps une croisade d'ouvriers imprimeurs qui s'en allaient, en Angleterre, en Italie et même en Allemagne, fonder des ateliers typographiques.

ontGt^Ês m L'iMPRiMEiiiE m

l Imprimerie néerlandaise e$t donc ioeontestablevieiit fille de ses œuvres ; elle descend, en ligne direct» et san^ interruption, de Laurent Coster ; elle ignore les procédés iogônieux inventés par Gutembeig, par Sdioifler, par Fust, par les élèves de Técole mayençaise ; elle suit sa vieille routine ; elle n'a pas encore changé ses alpbabets eQ twis et en étain, dont les lettres inégales et boiteuses OB s'approchent qu'à regret et ne laissent sur le papier qu une empreinte baveuse, jaunâtre ou îaeekMre. 11 faut 1 avouer, les plus remarquables éditions de Marleas à Alost, de Colart Mansion à Bruges, des Frères de la Vie commune à Bruxelles et des imprimeurs les plus renommés des Pays-Bas, ne sont que des tâtonnements informes, auprès de la Bible et du Psautier de Mayence ; ici, le progrès et presque la pa*f<^tion ; là, une routine grossière et stagnante.

Déjà rimprimerie avait fait des pas de géant : elle s hélait emparée des principales villes de TËurope; elle avait reproduit à 1 muni tous les livres usuels, destinés aux églises et aux écoles ; elle s'attachait de préférence aux ouvrages anciens ou modernes, qui eussent été multipliés le plus souvent par les écrivains^ si 1 art nouveau n'avait pas remplacé avec tant d'avantages la calligraphie. Cet art-là n'avait pas eu d'autre raison d'être, pour ainsi dire, que lu nécessité de faire rapidement et à peu de frais un grand nombre.de copies d'un même hvre.

Telle fut la première phase de l'Imprimerie ; sa seconde pliase (Téa ks bibliothèques, et montra la véritable utilité des imprimés, qui offraient des textes corrigés à loisir et toujours de plus en plui parfaits à cliaque édition ; qui e^npéchaient la perte des chefs-d œuvre de l'esprit hwi^in, et qui populariserait la science en diminuant des ..trois quarts le prix courant des livres. Ainsi, au commencement du quinzième siècle, l'illustre Poggio avait vendu son beau manuscrit de Tite-Live, pour acheter une ^lla près Florence; Antoine de Palerme avait ei^agé son bien

i40 HISTOIRE DES ARTS

fwar ai^k on antre nianuscHt du même historien, ei^inié eent Tingt-cinq écus d'or, et, peu d'années après, TitelAve, imprimé à Rome par Swynheîm et Pannarls, en ,m Tolume tn^olio sur ?élin, ne valait pas plus de cinq écus d'or.

S«ns le règne de Louis XI, lorsque ITmprimerie était d^ mventée, sinon bien connue, un manuscrit des Concordances de la Bible, le seul qu'il y eût à tendre à Pans, chez un libraire nommé Pasdiasius, fut offert au say»it chroniqueur ^cberi Gaguin moyennant cent écus d'or, et la Bible de Mayenee avait été vendue, en 1470, sans doute eomme manuscrit, à Guillaume ToumeviBe, évêque d'Angi^rs, au prix de quarante écus d'or : ce qui prouve qae cette BiÛe passait pour une œuvre calligraphique, do mok» aux yeux de l'acquéreur, c'est que la volumineuse édition du Spéculum quadruplex de Vincent de Beauvais, imprimée par Mélchior de Stamham, dans son abbaye de Saint'-Ulrich, à Augsbourg, ne coûtait que vingt^quatre florins d'or vers 1475.

La phipart des éditions primitives se ressanlriaient d'aspect, parce qu'elles étaient imprimées généralement en gothiques ou lettres de forme, semblables à l'écriture néerlandaise, qu'cm retrouve encore dans les manuscrits hollandais du quinzitoe siècle et dans les épitaphesdu même siède, gravées en creux sur pierre ou sur cuivre. Ces caractères bizsares, hérissés <fe pointes et d'appendices anguleux, avaient conservé toute leur physionomie originelle en Allemagne et en Hollande, lorsqu'on les vit apparaître dans les essais de la typographie naissante; mais ils avaient subi déjà en France et en Italie une demi-métamorphose, en devenant lettres de somme et en se débarrassant d'une partie de leurs aspérités et de leurs traits les plus extravagants. Ces lettres de somme furent donc adoptées dans les premières impressions faites en France sons le nom de bâtarde ou de rôndef appliqué depuis longtemps à l'écriture française.

ORIGINES DE L'IMPRIMERIK 14!

Nicolas Jenson, qui était allé exercer à Venise l'art de Gutemberg et de Scboiffer» n'eut garde d'employer le gothique allemand, qui aurait choqué le bon goût des Italiens, et il se servit du caractère romain, qui n'était autre qu une élégante variété des lettres de somme. Plus tard, pour qu'il ne fût pas dit qu'un Français avait doté l'Italie d'une écriture nationale, Aide Manuce s'eflEbrça de faire abandonner le caractère romain pour Vit»lique, qu'il avait raiouvelé de l'écriture cursive ou de chanœllerip. Les lettres italiques, appelées aussi vénitiennes ou aUHneSr ne furent jamais qu'une exception dans l'Imprimerie, et. malgré la réputation des livres imprimés par les Aide avec ces lettres italiques, peu d'imprimeurs, surtout hors de l'Italie, s'avisèrent de les prendre pour modèles. Le caractère qui promettait d'avoir le plus d'avenir fut le eicéro, que Swynheim et Pannartz employèrent tes premiers, dans leur édition des EpiUelx familiares de Cicéron, en 1467 ; le caractère dit sam^augustin, qui, ai égard à sa grosseur, n'était pas réservé à une pareiUe vogue, parut pour la première fois dans la grande édition de saint Augustin, imprimée à Bàle, en 1506, par Jean d'Amerl)ach.

Au reste, dès cette époque, il y avait une innombrable, quantité de types diflerents parmi les caractères d'Iraprimme, d'autant plus que chaque imprimeur tenait à honneur de posséder des poinçons gravés exprès pour lui, et de ne se servir que de caractères fondus sous ses yeux. On peut donc considérer la plupart de ces iiiq)rimeurs comme des graveurs et fondeurs en caractères. C'était entre eux une émulation incessante, qui se traduisait par des perfectionnements en tout genre, et ces perfectionnements avaient lieu, souvent à la fois, sur plusieurs points éloignés les uns des autres; yoilà pourquoi il ^t si difôdle d'attribuer exactement à chacun ia yml d'éloges qui lui revient, et de fixer par des datés cerlaincs les principales améliorations de l'art typogi^aphiquc.

Le registre, table indicative des cahiers qui composaient le livre, fîit oommanèé, en quelque sorte, par les besoins de l'assemblage et de la reliure, d'autant plus que les cahiers ne contenaient pas tous le même nombre de feuillets, et que ces différences résultaient du caprice de rimprimeur, ou de la quantité de ses caractères, ou de la grandeur de ses presses. Le premia* livre où apparut le registre liminaire, c'est le Tite-Live, imprimé à fiGsoe en ii6d par Uiric Han. Après le registre, vinrent naturellement les signatures et les réelamesy qui avaient une destination analogue, et qui devaient faciliter le travail du brocheur et du relieur, en leur permettant de vérifier d'uB coup d'oeil le contenu des cafaiers et la jonction des pages entre eUes. Le premier livre où Ton rencontre des réclaœes, c'est le Tacite, publie à Venise par Yind^n, de Spire, en 14^ ou i4d9. Quant aux signatures, ell^ existaient déjà dans les anciens manuscrits, et la typographie n'a fait que les reproduire, dès rorigjne, lorsque toute son ambition se bornait à copier servilement le travail des caliigraphes.

Il y eut d'abord identité parfaite entre les manuscrits et les imprimés. Le typographe s'était fait un devoir, par exemple, de respecter les abréviations qui rendaient parfois récriture indécliiffrable; diaque imprimeur exprimait à sa manière ces abréviations, qui étaient devenues si nombreuses, si singulières et si fantasques, qu'on avait dû composer en 1485 un traité spécial sur la manière de les lire : Libei' dans modum legeiidi abbreviationes. Ces abréviations, d ordinaire, indiquaient par des barres h<»izontales les lettres absentes, et suppléaient par des signes de convention à des syllabes squvent répétées dans les mots. .

Comme la plume dans l'écriture faisait beaucoup de lettres mitoyennes qui s'accolaient et se liaient ensemble, on commença d'abord par graver et fondre ces doubles lettres ou dipbthongues typographiques, pour les ajouter

à l'a^thabet simple et accélérer le travail du compositeur ; plusieurs imprii^urs^ en exagérant ce système, allèrent jusqu'à introduire des mots entiers dans leurs fontes. On évitait, d'ailleurs, de se servir des diphthongues ordinaires sd et œ, qu'où remplaçait par un e simple. La ponclualion variait encore plus que tout le reste. seUm les manuscrits qui avaient été consultés et copiés par les graveurs en lettres : ici, la ponctuation était à peu près nulle ; là, elle ne désignait les repos, que par de petites l^nes obliques; souvent elle n'admettait que le point, placé tantôt en Imut, tantôt en bas, tantôt au milieu de l'espace réservé; souvent aussi elle utilisait et les deux points et la virgule. La forme de ces signes de ponctuation n'était pas non plus définitive : tel avait choisi le point rond ; tel, le point carré ; tel, Tétoile. Les i^térisques, les parenthèâîs, les guillemets, les traits d'union ne se montrent nulle part d'une manière fixe et régulière; il en est de même des alinéas, qui sont indifféremment alignés , saillants ou rentrants, suivant le goût de riniprimeur.

Le livre, en sortant des presses de l'imprimeur, n'était [tas jugé plus terminé que le manuscrit auquel l'écrivain venait d'apposer Yexplicit final; il fallait que le cor« recteur et le rubricateur y missent la dernière main : le c(»Tecteur, en repassant le texte, rétablissait à la plume ou au frotton les lettres laissées en blMtc ou mal venues dans le tirage, celles qui s'étaient écrasées sous la presse, celles qui avaient gardé trop d'encre; le rubricateur teintait, en bleu, en rouge ou en autres couleurs, les lettres initiales des chapitres, les majuscules, les rubriques et les alinéas. Les feuillets du livre étaient aussi comptés et numérotés à la main. L'édition du Tacite de Jean de Spire, publiée à Venise en 1469, est le premier livre dans lequel les chiffres des pages aient été imprimés.

Presque toutes les impressions du quinzième siècle

144 HISTOIRE DES itVTS

furent fait^ dans les formats in-folio et in-qu»rto ; mais ces formats, dont l'un représentait k feuille de papier pliée en deux, et Tautre, la feuille pliée en quatre, offraient autant de différenoes de grandeur que la feuille de papier elle-même, qui était plus ou moins haute et l^tts ou moins large, en raison des besoins de la typographie et des dimensions de la presse. Les liwes xylo^ graî>hiques avaient été de format iorquarto. L'Imprimerie de M&yeiice débuta par le format in-folio maximo, et ensuite ce format, trop incommode pour être jamais d'un usage ordinaire, fut réduit aux proportions de l'iafblio moyen et même du petit in-folio. On vit alors les formats diminuer successivement autour de Tin-folio et de l*in-quarto ordinaires. Â la fin du quinzième siède, on appr^iait déjà les avantages de Fin^octavo, qui, dans le siècle suivant, se transforma en in-seixe pour la France et en in-douze pour l'Italie.

Le papier et l'encre dont se servaient les premkrs imprimeurs semblaient n'avoir rien à attendre des progrès de l'Imprimerie; ce n'était plus l'encre rousse et pâle qui avait été d'abord employée à l'impression de la xylographie, c'était une encre noire et brillante qui pénétrait profondément le papier, encre composée conune les couleurs de la peinture à l'htiile, encore indélébile et inaltérable. Le papier, quoique jaune ou gris plutôt que blanc, quoique gyros et inégal, avait l'avantage d'être solide, ferme et sonore, de manière à pouvoir résister aux influences destructives de l'humidité, de la chalew* et de la poussière : c'était pour les bibliothèques une assurance de durée presque égale à celle du parchemin et du vélin, matière trop rare et trop (oûteuse pour qu'on la préférât au papier de chifTons.

On se contentait de tirer un petit nombre d'exemplaires sur membrane, pour chaque édition^ dont le tirage général ne dépassait pas trois cents. Ces exmt- ^laires de luxe étaient rubriques, enluminés et reliés

ORIGINES DE L'IMPRIMERIE li5

avec plus de t»oin et de ncliesse que les autres ; jUb se yendaieot jmssî à un prix bien supérieur, et ils étaient souvent offerts en présent aux souverains^ «ux princes et aux prélats, dont Timprinieur ou l'éditeur récl&mait Tappui et les bienfaits. Un exemplaire sur vélin, orné paifots de lettres toumeures en or et en couleurs, ainsi que de belles miniatures, ressemblait de tout point à un manuscrit. On n'épa»§nait pas aussi les dépenses pour ajouter à la typographie tous les ornements que la gravure sur bois pouvait lui fournir, et, dès Tannée 4475, . une foule d'éditions, surtout celles d'Allemagne, de flollaade et de Be^ique, furent enridiies éHmageSf de portraits, de sujets, de lettres'grises, d'écussons héraldiques. Le goAt des livres et des beaux livres se répandait dam toute TËurope ; le nombre des acheteurs et des amateurs allait tous les jours en augmentant; dans les bibliothèques princières, scolaires et religieuses, déjà formées d'ancienne date, on recueillait à grands frais les imprimés, comme on avait fait jadis les maimscrits, et de nouvelles bibliothèques, exclusivement composées des pïroduits de T Imprimerie, se créaient, se développaient de toutes parts dans les châteaux, dans les couvents, dans Vétude des gens de loi et dans la librairie des savants.

L'Imprimerie avait trouvé partout la môme protection, les m 'mes encouragements, la même concurrence : les typographes nomades voyageaient de pays en pays et de YiÛe en ville, avec leurs caractères, leur outillage, leurs presses ; souvent un atelier important s'ouvrait et fonctionnait dans une bourgade, pour fermer et se transporter ailleurs, après la mise en vente d'une seule édition. Enfin, telle fut l'incroyable activité de la typographie, depuis son origine jusque en 1500, que le nombre des éditions publiées en Enrope dans l'espace de ces cinquante années s'éleva à plus de seize mille.

Mais le plus bel ouvrage de F Imprimerie devait être le seizième siècle, qui proclama la réforme dans les arts,

lie HISTOiftE DES ARTS

dans les lettres, dtas les sciences, comme dans la i*digion : la découverte de Gutemberg arait jeté une noavelle lumière sur le monde, et la presse devenait Tâmede rhumanité.

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Cette notice a paru d'abord dans les Mémrde VInst.f t. 11, 1798.

lionumenta typographica, quœ artis hujus prœstantissimse oripamùf landem et abusum posteris produnt, instaurata studio et febore Jo. Christ. Wolfii. Hamburgi, 1740, 2 part, en 4 vol.

inS.

3* BE lA CxaLE. Histoire de l'Imprimerie el de la librairie. Paris, 1689, in-4.

Sam. Palmer^s. General bistory of Printing, irom Ibe first inrenfion of it the city of Mentz; to its propagation and progresg Ihfo' raost of the Kingdoms in Europe, particularly the introduclion and success of it hère in England... hondon, 1735, in-4, pi*

Paul Dupo!<t. Notice historique sur l'Imprimerie. Paris, impr. de P. Dupont, 1849, gr. in-8.

Ambr. Fnnmi Didot. Kssai sur la Typographie. Paris, 1851, in-8, pi.

Extrait de VEncyclopédie nouvelle,

H. Tbrhaux Compaws. Notice sur les Imprimeries qui existent ou ont existe en Europe. Paris, 1843, m-^ de 146 et 48 p.

J. GEOBfiE FcGGER. De Torigine et des productions de l'Imprimerieprimitive. Paris, 1759, in-8.

(Macké be Maroub».) Recherch(* snr l'origine et le premier usage des registres, des signatures; des rédames et des chiffres de pages dans les livres imprimés. Periif 1792, in-^.

Toy. nue dissertation sur le même sujet, dans le Supplément sa Catal. des livres de La Serna Santander.

6. H. M. DsPBAf . Dissertation sur l'Art typographique, contenant un aperçu historique de ses progrès durant les quinzième et seizième siècles, et des recherches sur l'influence de cet art. Uireekt, 1790, in^.

J. Mar. Guichard. Notice sur le Spéculum humanx mlvaUth m». Paris, iMO, in-8.

Fh. âkt. Delarmete. Histoire ahrégée de l'Imprimerie, oii Précis sur son origine, son établissement en France, etc. S. u . 1814, in-8.

Réimpr. dans ses Mém, hihliogr. et lUtér. et dans son r.atal. de la Bibl. de Lyon.

Et. Lauréault de Foncemagkb. Examen de M. llattaire toochant l'époque de l'établissement de l'Imprimerie en Fcaace. Yoy. cet Etam. dans le t. VII des Mém. deVAcad. des in*c. ei bell-Utt.

G. A. Grapelet. Des progrès de l'Imprimerie en France et en Italie au seizième siècle, et de son influence sur la littératare. Paris, 1836, in-8 de 52 p. *

And. GuEVibLiER. L'origine de l'Imprimerie de Paris, dissertation historique et critique. Paris, 1694, in-4.

A. Taillandier. Résumé historique de l'introduction de Tlmprimerie à Paris. Paris, 1857, in-8.

(LoTTiN aîné.) Catalogue des libraires et imprimeurs de Paris. Paris, 1789, 2 part. in-8.

WiLL. Parr Greswell. Annals of parisian typography, containing an account of the earliest typographical establishments of Paris; and notices and illustrations of the parisian gothic press. Undon, 1818, in-8, fig. en b.

— A view of the early parisian greek press; inclnding the lives of the Stephani; notices of other contemporari greekpriiitcrs of Paris. Oxford, 1853. 1 vol. in-8.

BlItLlOGRAPNIE 1M

MicH. MAifTAHiE. Uistom typographorum aMquofc parisîensium Tîtas et libros complôctens. !jOn(Htti, 4717, 2 lom. en 1 vol. in-8,

— Stephanorum historia, vitas ipsomm et libros eomplecteni. Imâim, 1709, 2 tom. en 1 Yol.iQ-8, fig.

Tb. jAKssoiin AB AuiELOVEiN. De vitis StephaB^um dissertatio. Amêielodamij 1683, m-12.

6. A. Grapelet. Robert Estienne, imprimeur royal, et le loi François l"\ uouTelles recherches sur l'état des lettres et de l'froprimerie au seizième siècle. PariSf 1839, in'-8.

AifT.-Âu6. Renoitabi». Anuales de rimprimerie des Estienne. ou Histoire de ta famille des Kstienne et de se» éditions. Paris, 1837-38, 2 part, in-8 à 2 col.

AcG. Bernabb. Les Estiemie et les types grecs sous François I«% complément des annales stéphaniennes , renfermant l'histoire complète des types grecs, suivie d'une notice sur les premières impressions grecques. Paris f 1856, in-^.

— Geofroy Tory, peintre et graveur, premier imprimeur royal, réformateur de l'orthographe et de la typographie sous François !•'. PariSy 1857. in-8.

Ed. Frère. Recherches sur les premiers temps de l'Imprimerie en Normandie.. Rouen, 1829, gr. in-8.

Voy. aussi, du même auteur, De l'imprimerie et de la librairie à Souen dans les quimième et seizième siècles (Rouen, 1843, in-8^

A. PéRicAUB. Bibliographie lyonnaise du quinzième siècle et nouveUes recherches sur les éditions lyonnaises du quinzième siècle. Lyon, 1840, in-8.

[J.-Fr. Née de la .Rochelle.) Vie d'Etienne Dolet, imprimeur, avec une notice des libraires et imprimeurs auteurs. PariSf 1779, in-8.

Akt. Henbicy. Notice sur l'origine de l'Imprimerie en Provence. Aix, 1826, in-8 de 43 p.

(Laire.) Dissertation sur l'origine et les progrès de l'Imprimerie en Franche-Comté [pendant le quinriènie siècle. DôUt 1785. in-8.

(Beaupré.) Recherches sur les commencements H les progrès

Vy^ HISTOIRE DRS ARTS

(k l'irapriinene dans le duché de Lorraine et dtns lef vilks àv Toul ot VcnJnn. iVflfi^, 1844-fô, in-8 de 487 p.

(G. F. Teissieb.) Essai philologique sur les commencements de la Typographie ù Mets et sur les imprimeurs de cette ville. mtl, 1828, in-8.

GoiiA» DB Bbibav. Becherches sur F^'tabhssement et Texerrice de l'Imprimerie à Troyes. Troye$, 1859, in-8.

P. Colomb db Batihbs. Lettres à M. Jules OIÎTier, contenant i{uelques documents sur Toriginc de rimprimerie en Dai^ifamé. Gapj 1855, in-8.

J*G. M. Paitori. Vonesia, la prima citta fuori délia Gerraania, dave si esercito l'aKe délia Stampa, dissertazione; edis. seconda. Venezia, 1772, in-8.

D. M. pELLEGBim. DeUa prima origine délia Stampa di Veiiezû) per opéra di Giovanni da Spira. Venezia, 1794, in-8.

Guc. Sardini. Esame sui principi délia francese ed italiana Tipografia ovvero sloria critica di ISic. Janson. iMCCa, 1796, 5 part, in-fol., %.

Ant.-âig. Renou4£]>. Annales de rLnprimerie «les Aide, ou Histoire des trois Manuce et de leurs éditions; 5* édit. Pari», 1854, in.8à2col.

La !'• édit. est de 1803, 2 vol. in-8.

Ang. Mar. QuiBim. Liber de optimorum scriptormn editionibus qiMB Homœ primum prodierunt post diTinumTypographiœ inventum, cum adiiotat. et diatriba prœlim. J. G. Schelhornii. Undaugix, 1761, in-4.

L.-Fr -Xav. Laire. Spécimen Typographiœ Romanœ XV senili. Bomœ, 17T8, in-8.

Voy. la critique de cet ouvrage, par J. B. Audiffredi : Leitereiipegra fiche delV abb. Nie, Ugolini, 1778, in-8: et la réplique de Uire;i779.in-$.

Au6. ILiR. Bamdimi. De Juntarum typographia ejusque censoribus, hucx^ 1791, 2 voL in-8.

LoR. GiDSTmiANi. Saggio storico-critico sulla Tipographia del regno di Napoli. Napoli, 1795, in-4.

BlBLIOORAPHUi; 155

Baiw. Diosdado Gasau^r». De prima Typographiœ HispaniciB aBlate spécimen. RmeSy 1795, in-4.

Jos. VouKOTA. Ûisertacion sobre el origen del Àrte tipografico y su introduceiou y uso ea la ciudad de Yalcncia de los Edetanos. Valenâa, 1790, p. in-4.

J.-Ffi. Née de la Rochelle. Recherches historiques et critiques «ur l'établksement de l'Art typographique en Espagne et en Portugal. Bourges, 1830, iu-8 de 88 p.

ConTEBs MaoLETON. Dissertation conceming the origin ol Printing in Ëngiand. Cambridge^ 1735, in-4.

Trad. en franc, par D, G. Imbert {Par., 1775, in-8 de 46 p.i

Jos. Ames et W. Herbert. Typographicai antiquities or and historical account of the origin and progress of Printing in the Great Brilain and Ireland; considerably augm. by Will. Herbert. Umdon, 1785-9(», 3^voI. in-4, fig.

ftéimpr. avec des addit. de Dibdin, et non terminé (Lmd.^ 1810-19, 4 T0l.in4).

JoMi Lewis. The life of mayster Willyam Caxlon of the weald of Kent, the flirst printer in England : in which is given an account of the rise and progress of the art of Prynting in Engbnd. îjondon, 4737, gr. in-8, portr.

Réimpr. dans la nouv. édit. de Typograph. antiquittes de Dibdin,

5. Seller Shigbr. Sonie account of ibe book printed at Oxford in 1468... ÎAmdon, 1812, in-8.

G. WoLFG. Panzer. Histoire de l'Imprimerie dans les premiers temps à Nuremberg jusqu'en 1500 (en allem.). Nuremb.f 1789, in-4.

6. V.. Zapt. Annales typegraphicse Augustan». Auguêtx VinlUUcorum, 1778, in-4.

G. D. Hassler. Ëxplicatio monument! typographici antiquissimi nuper reperti. Accedunt supplementa nonnulla ad auctoris historiam Typograpbiae Ulmanœ. UlmXf 1840, in-4.

Ddpdy de Montbrun. Recherches bibliographiques sur quelques impressions néerlandaises du cpiinzièmo et du seizième siècle. f^,1839, in-8, fig.

▲ht.-Aog. RcHoeAjw. NotesiirliiiireiiiGoster k roectsioa d'un ancien liyre imprimé dans les PayB^BM. Pom, 1838, in-^ de i6p.

Cette note ivait été publ. d'abord, moins complète, dans le Catal. de la Ml. d'un amateur (Par., 1819, A vol. in-8).

io$. Yak Pràet. Notice sur Colard Mansion. Parût 1829, iii-8.

G. Gautoii. Colard Mansion et lea imprimeurs brogeois du quinzième siècle. Brgues, 1851, in-^ de 44 p., fig.

Jo. Dan. HoFfifàKirr. De typographiis earumque initiis et iocrementis in regno Poloniœ et Utbuaaie. DantUâ^ 1740, in-i

MiCH. Maittaire. Annales typographici ab artis inreiitœ origine ad ann. 1557. Hag» ComiUmi 1719-25, 3tom. en StoIïr^.

Voy. aussi le Suppl. de cet ouvrage, par Mich. Denis (fùiM«, 178a, 2 vel. in-4).

GiOBG. WoLFfi Panzer. Ânuales typographici ab artis invent» origine ad annum 1536. Norimbergx, 1793-1803, 11 vol. in-4

De La Seana Santabdeb. Dictionnaire bibliographique choisi du quinzième siècle. BruxeUeSf 1805, 3 vol. in-8.

Jos. Van Praet. Catalogne des livres imprimés sur vélin, avec date, depuis 1457 jusqu'en 1472. PariSj 1813, 2 part, en 1 vol. in-fol.

Voy. aussi, du même auteur, CataL des livr, impr. iur viU% d« la Btbl. du Roi (Par., 1822-28, 6 tom. en 5 vol. gr. in-8), et CM. de livres impr. sur vél.y qui se trouvent dtms des bibl. puH. et partie. (Ibid., 1824-28, 4 vol. gr. in-8).

LuD. Hahi. Repertorium bibliographicum, quo libri omnesab arte inventa usque ad annum M. D. typis expressi ordine alpbabetico enumerantur... StuitgarU»t 1826-38, 2 tom. en 4 vol. in-8.

Frid. BoTH-ScHOLTzins. Thésaurus symbolorum ac emblma' tum, id est insigna bibliopolarum et typographorum; accedit Geor. And. Vinholdi programma de quibusdam notis et insignibos bibliopolarum et typographorum. Norimbergmy 1730, in-fol., fig. {f<on terminé.)

— Icônes bibliopolarum et typographorum de repubtiea litterariâ bent» meritorum, ab incunabulis Typographie ad nostra

usqoe iempora. NoHmbergXy 172Ô-42, 3 part, in-fol., 152 portr.

P. Cl. F. Daunou. Analyse des opinions diverses sur Torigine de l'Imprimerie. Pariiy 1801 , in-8.

Réimpr. dans le t. lY des Mém. de Vlnstit.^ section des Se. polit, et morales, et dans YOrig. de VImpr. de Lambinet.

J.-Louis-AiiAKD Baillt. Notices historiques sur les bibliothèques inciennes et modernes... PariSf 1827, in-8.

Jos. LuBOLPH. Bbunemaiini. Notitia scriptorum editorum atque ineditoram artem typographicam illustrantium, intermixtls passim observalionibus lit^erariis. Hanovrias, 1740, in-4.

Yoy. aussi, dans le t. I des Monum. typographica de J. Ghrii>l. Wolf, une Bibliotheca typographica fort étendue, et daus le 1. 1 du Catal. bibl, Bwuw.^ par J. U. Franck, une longue liste du même genre.

Yoy., dans ce volume, les chap. Cartes a joier, Pahchevin, Rr.> iroRB, etc., et leurs BiMiograpbies.

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