‹ Curiosités de l'histoire des remèdesChapitre 11 sur 13 · Cullen, Traité de matière médicale. Paris · texte numérisé non relu

Cullen, Traité de matière médicale. Paris

34. Alfred Franklin, La vie privée d'autrefois, les médicaments. Pion, Paris, 1891.

Le cœur de l'alouette, de corbeau ; Les intestins de loup ;

Les cornes de cerf, de buffle, de rhinocéros, de licorne ;

Les cornes de pieds d'âne, d'élan, de bœuf, de chèvre ;

Les dents d'éléphant, de sanglier, de loup ;

Les ossements humains ;

L'os que l'on trouve dans le cœur de cerf ;

La moelle de cerf, de bœuf, de bouc ;

Le sang humain, le sang d'oie, de canard, de hibou, de ramier, de tourterelle, de pigeon, de perdrix,de lézard, de lièvre, de chevreau, de bouc, de chien, de taureau ;

La graisse humaine, la graisse d'oie, de chapon, de poule, de canard, de bœuf^ de bouc, de chevreuil, de cerf, de lion, d'ours, de renard, de chameau, d'éléphant, de chat, de chien, d'anguille ;

L'excrément humain, la fiente d'oie, de pigeon, de cigogne, de vautour, d'âne, de cheval, de chien, de bouc, de brebis, de bœuf, de sanglier, de chameau, d'éléphant, de rat, de souris, de lézard ;

Le fiel de poule blanche, d'aigle, de perdrix, de taureau, de brebis, de chèvre, de chevreuil, d'ours, d'hyène, de tortue ;

L'urine d'homme, de femme, d'enfant, de chameau, de bœuf, de chien et de chat ;

La peau d'anguille et de couleuvre ;

Les écailles de poissons, les mâchoires de brochets, les coquillages, le cuir, les ongles, les plumes, les poils, la salive, la sueur, la cire, la laine, le castoréum, le

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musc, la civette et jusqu'à la mumie que l'on continuait de falsifier comme au temps de Dioscoride (1).

Les Anglais se servaient d'une petite mousse verte appelée Usnée que l'on recueillait sur des tôtcs de mort ; ce remède sans doute ne devait être employé que dans les cas extrêmes.

Il semble que les apothicaires du temps dussent être doués d'une puissance prodigieuse de résistance au dégoût pour pouvoir conserver chez eux toutes ces substances répugnantes ; et l'on se demande avec horreur ce que devait être l'arrière-boutique, autrement dit, le laboratoire, où l'on recueillait les matières premières destinées à la préparation des poudres, des onguents, des pommades ou graisses, des eaux distillées et des huiles.

Jean de Renou, qui écrivait vers 1607, nous apprend que si « les apothicaireries » ne possédaient rien pour flatter l'odorat, elles avaient au moins tout ce qu'il fallait pour charmer les yeux. Les médicaments en effet étaient conservés dans des boîtes couvertes de grossières pein-

(1) Veut-oa connaître le prix de quelques-uns de ces intéressants produits ?

La fiente de chien (album greecum) se ■vendait 8 deniers la l/2ouce ; les ongles d'élan, 30 sols^ le gros ; la graisse de vipère, 10 sols, le gros ; la graisse d'ours, 10 sols, le gros ; un crapeau sec, 2 sols, 8 deniers ; les dents de sanglier, 1 sol, 4 deniers le gros ; l'emplâtre de grenouilles, 2 sols, la 1/2 once; les mâchoires de brochets, 3 sols, la 1/2 oncej les poumons de renards préparés, 8 sols, la 1/2 once; le sang de bouc préparé et pulvérisé^ 1 sol 4 deniers, la 1/2 once; l'os de cœur de cerf, 2 sols 8 deniers, le gros; où donc les apothicaires s'approvisionnaient-ils' pour vendre ces fameux os de cœur de cerf à si bas prix ? Comme de nos jours il fallait surtout se méfier desfalsifications! (Un tarif pharmaceutique officielen 4759, Metsger. '

tures, représentant « des figures joyeuses et frivoles, comme de harpyes, satyres, oysons bridez, lièvres cornus et aultres telles painctures contrefaictes à plaisir pour exciter le monde à rire.... »

Parmi les remèdes les plus usités nous voulons citer :

L'eau de tortue, de perdrix ou de chapons, contre la phthisie .

L'eau de serpents, contre la ladrerie.

L'eau distillée de sang humain, contre la goutte.

L'eau de fiente humaine, contre les fistules, les rougeurs, les obscurités des yeux.

La même eau prise en breuvage, contre l'épilepsie, rhydropisie, etc.

L'huile d'os humain, contre les douleurs articulaires.

L'huile d'excréments d'enfants, contre la teigne.

L'huile de scorpions, contre les venins.

L'huile de fourmis pour faire uriner.

L'huile de briques ou des 44 vertus (composée de briques ou de tuiles fraîches pilées et mélangées à de l'huile d'olive, contre les plaies, crevasses, fissures, ulcères, morsures, etc.

La graisse d'oie, contre la goutte.

(Jean Liébaut).

L'urine de chat, contre la surdité.

La fiente humaine, contre l'inflammation des plaies.

La fiente de chèvre appliquée en cataplasme sur le ventre, contre l'hydropisie.

La fiente de brebis appliquée avec du vinaigre, contre les clous et les verrues.

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La fiente que rendent les chiens durant les jours caniculaires, prise dans du vin ou de l'eau, contre la diarrhée.

La fiente d'àne et de cheval autant crue que brûlée et incorporée à du vinaigre, contre le flux du sang.

La fiente de cigogne prise dans de l'eau, contre l'épilepsie.

Les vers de terre bouillis dans de la graisse d'oie, contre les douleurs d'oreilles.

Les limaces appliquées sous forme de cataplasmes sur le front, contre le saignement du nez.

Le fiel d'ours, contre l'épilepsie.

Le fiel de tortue, contre l'amygdalite.

Le fiel de chèvre, contre l'obscurité de la vue.

(Wecker).

Le cœur de la tourterelle avalé tout chaud, contre les fièvres intermittentes.

L'araignée enfermée vive dans une coquille de noix et portée au cou, contre la fièvre quarte.

Le toucher d'une dent de taupe vivante, contre le mal de dents.

(Sonnet de Courval).

La cervelle de lièvre, pour faire sortir promptement les dents des enfants.

Le poumon de renard contre la phthisie.

Le foie de loup contre les maladies du foie.

Le fiel de perdrix pour aiguiser la vue.

Le jus d'oignon mélangé à du miel, contre l'ulcère de la cornée.

{Jean de Renou).

Le poil de lièvre brûlé, appliqué sur les plaies, pour en arrêter le sang.

La cendre d'hirondelle contre les crampes d'estomac.

Les cendres de vieilles chaussures, contre les meurtrissures des talons.

La poudre de limaçon contre les coliques.

La poudre de fiente de souris mélangée à du jus de plantain, bien sucré, contre l'hémoptysie.

La poudre de cornes de vache, détrempée dans de l'eau de plantain contre les hémorrhagies.

La poudre de mouches dans du vin, contre tout venin.

La cervelle de chat ou de chatte, contre les ulcérations de la gorge.

La cervelle d'une corneille, contre les maux de tête. La salive humaine, contre les démangeaisons des dartres.

Le sang de vieux coq, en friction sur les gencives, contre le mal de dents des enfants.

Le foie de perdrix contre l'épilepsie.

La graisse de serpent pour fortifier la vue.

(Alexis Piémontois).

Le sang de lièvre contre les éphélides. La fiente de pigeon broyée dans du vinaigre et appliquée sur le nombril, contre la diarrhée. La graisse d'anguille contre la surdité.

(Erbesalde).

La fiente du paon contre l'épilepsie.

Le sel de cloportes et de vers de terre contre la goutte.

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Les cendres d'abeilles, pour faire repousser les cheveux.

L'huile de fourmis contre la surdité.

Le crapaud entier desséché, tenu dans la main, ou sous l'aisselle, ou derrière l'oreille, pour arrêter le saignement de nez.

La tête de vipère pendue au cou pour guérir l'esquinancie.

Le cerveau de la vipère pendu de même au cou, afin de faire pousser les dents aux enfants.

La graisse de vipère, contre la goutte, les fièvres épidémiques, la plupart des maladies des yeux, toutes les tumeurs dures et invétérées.

(Ghabas, Franklin).

Ce reptile était un remède des plus à la mode.

Le 20 octobre 1679, madame de Sévigné écrivait à sa fille : « Madame de Lafayette prend des bouillons de vipère qui lui donnent des forces à vue d'œil, »

Et ce n'est pas là un engouement momentané, car six ans après, le 8 juillet 1685, elle écrit à son fils : (1) « C'est aux vipères que je dois la pleine santé dont je jouis et que je ne connaissais plus depuis des temps si funestes pour moi. Elles tempèrent le sang, elles le purifient, elles rafraîchissent. Mais il faut que ce soient de véritables vipères en chair et en os, et non pas de la poudre ; la poudre échauffe, à moins qu'on ne la prenne dans de la bouillie ou de la crème cuite, ou quelque autre chose de rafraîchissant. Priez M. de Boissy de

(1) Franklin-

VOUS faire venir dix douzaines de vipères de Poitou, dans une caisse séparée en trois ou quatre, afin qu'elles y soient bien à leur aise, avec du son et de la mousse. Prenez-en deux tous les matins ; coupez-leur la tête, faites les écorcher et couper par morceaux, et farcissezen le corps d'un poulet. Observez cela un mois, et prenez- vous en à M. votre frère, si M. de Grignau ne redevient pas tel que nous le souliaitons tous. »

... Un remède encore très répandu, était l'essence d'urine « extrait de l'urine de jeunes gens qui boivent du vin ». Il guérissait l'apoplexie, l'épilepsie, les convulsions, etc. ; mêlé au Baume tranquille, c'était un remède souverain contre les vapeurs. Nous retrouvons Madame de Sévigné qui en faisait usage. Le 13 juin 1685, elle écrivait à sa fille : « Pour mes vapeurs, je pris huit gouttes d'essence d'urine, et contre son ordinaire, elle m'empêcha de dormir ; mais j'ai été bien aise de reprendre de l'estime pour elle, je n'en ai pas eu besoin depuis. » (1).

Voici encore quelques indications de remèdes puisées dans les ouvrages de thérapeutique les plus connus de l'époque.

Contre les taies des yeux :

« Prenez escargotz et les lavez huit foys en eau^et les faictes distiller en chapelle (alambic). Puis prenez fiante de lisarde (lézard), corail rouge et sucre candy, et avec ladicte eau, faictes les encores distillés ; puis soir et matin en mettez une goutte dedans l'œil. »

(J. Gœubot).

(I) Franklin.

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Contre le hoquet :

« Est convenable tenir souvent et longuement son haleine, se faire esternuer, fort travailler, endurer soif et longuement dormir. Aussi est bon geêter eau froide contre la face de celuy qui ha le hocquet,luy faire paour (peur), donner crainte, le courroucer ou induyre à tristesse. Car par ces choses, la chaleur naturelle révoquée au dedans est fortifiée ».

(J. Gœurot).

Contre la jaunisse :

« Prenez lombricz de terre autrement dit achées, et les lavez en vin blanc, et les feites sécher ; puis en donnez une petite cueillerée avec vin blanc ».

(ID.)

Contre la goutte :

« Prenez une oye grasse, qui soit plumée et nettoyée du dedans, puis chottons bien nourriz, hachez bien menus avec sel commun ; et soient rostiz à petit feu. Et ce qui sera distillé soit retenu pour faire onction ».

(J. Gœubot, Franklin).

Pour faire belle face :

« Prenez un jeune cigognat qui n'ait encore volé, et lui ostez les entrailles, et dedans le corps mettez une once de camphre et une dragme de ambre fin et le mettez distiller en séparant trois eaux selon leurs couleurs ; et la dernière est très bonne ».

(André le Fohbnier, Franklin).

Contre la colique :

« Est souverain remède de plonger tout le patient en huile ou à tout le moins jusqu'aux reins » .

(Jérôme de Monteur).

Pour se garantir de la morsure de toute beste sauvage :

« Il se faut lier un dyamant au bras senestre ou se pendre de l'armoise au col, ou s'oindre le corps de graisse de lion, ou porter sur soy le cœur d'un vaultour ».

(Jérôme de Monteux).

Pour fortifier la vue :

« Les choses qui confortent la vue sont l'usage de tourterelles, perdrix et petits oiselets. Item, regarder en un bon mirouer bien net et bien clair. Pour faire que les yeux des petits enfans soient de couleur vert gai, bruslez avellanes (amandes) et les incorporez avec huile en forme de Uniment, et de ce leur oignez la teste ».

(JÉnôME DE Monteux^ Fbanklin).

Pour oster la douleur, guarir les gouttes ou podagres :

« Prens un petit chien né d'une chienne braque, qui ait ouvert les yeux depuis peu de temps, et qu'il soit le plus gras qu'il sera possible, et le pèle comme un cochon, et luy oste les entrailles par le costé ; puis prens des orties pilées avec deux onces de souffre, quatre moyeux (jaunes d'œufs), et quatre onces de tormentine, et incorpore tout ensemble, et le mets dedans le corps du petit chien en cousant diligemment l'ouverture, de peur que cette composition ne sorte ; puis le fait rostir à feu tempéré, et amasse la graisse qui en sortira, et en oings les podagres ; car cela donnera grand allégement à tout spasme et douleur et même guaryson de tout le mal » .

(DoM Alexis Piémontois).

Contra la morsure de chien enragé :

« Prens des cheveux d'homme, et les mouille en fort

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vinaigre blanc, et les mets ainsi sur la morsure, pulvérisant dessus des cendres de aneto, et le continue ainsi par quatre jours, il gutirira ». (Alexis).

Contre l'affaiblissement de la vue :

« Donne à manger tous les matins du fenoil doux à un enfant, puis fait que le dit enfant lesche les yeux à celuy qui aura mal, et guarira incontinent ».

Contre la tache de l'œil :

« Prenez du fiel d'un coq blanc, broyez-le avec eau, et en mettez aux yeux, et il estera la tache, consommera les gouttes de sang estans aux yeux, et fortifie la

Contre la douleur des yeux :

« Prenez le poumon d'un chevreau tout chaud, comme on le tire du corps, et le mettez sur les yeux du malade, la douleur disparaîtra ». ^^^^^^^

Contre l'enflure des genoux :

« Prenez de la fiente de vache, du grain de froment et du vinaigre, mêlez-les ensemble et faites-les bouillir ; puis vous l'appliquerez chaudement sur la partie malade qui dessenflera immanquablement ».

Contre l'épilepsie :

« Prenez de la farine de froment que vous paitrirez avec de la rosée cueiUie au matin du jour de la Saint- Jean. Faites-en un gâteau, lequel étant cuit, vous en donnerez au malade, et il guérira ».

(iDiJi

Contre la fièvre quarte :

« Les mouches cantarides enveloppées de toiles d'araignée et pendues au col du malade, guérissent parfaitement le malade a+teint de fièvre quarte ».

(Emeby).

Contre la fièore tierce :

« Si l'on prend les yeux de grenouilles en vie et qu'on les attache pareillement au malade devant le soleil levé, la fièvre tierce disparaît » .

(ID.)

Contre la fièvre des enfants :

« Deux gros concombres placés auprès d'un enfant à la mamelle ayant la fièvre en attirent l'ardeur ».

(ID.)

Contre la colique :

« Si l'on met un canard en vie sur le ventre de la personne malade, les tranchées passent promptement et le canard meurt » .

« Les crottes de souris desséchées et réduites en poudre subtile, données au poids de cinquante grains dans deux cuillerées d'eau-de-vie canellée et un peu de sucre appaisent très promptement la colique » .

(ID.)

Contre la migraine :

« Il faut prendre la tête d'une corneille, la faire cuire sur les charbons ou autre part ; étant cuite, vous prendrez la cervelle et la mangerez ; il n'y a point de douleur de tête qu'il ne fasse cesser ».

(Mme FoUQUET).

Contre le cancer ulcéré :

« Prenez un crapaud tout vif sans luy couper quoy

DE l'histoire des REMÈDES

que ce soit, et l'appliquez immédiatement sur la playe,et vous le laisserez 24 heures ; quand vous l'ôterez, il faut prendre garde s'il est mangé ; car s'il est mangé, c'est un témoignage que le cancer est mort ; et pour lors, TOUS panserez la playe avec l'onguent noir » .

(Mme Fouquet).

Contre les morsures d'animaux enragés :

« Prenez un hareng salé et nouveau tout cru, contusezle dans un mortier, jusqu'à ce qu'il vienne comme de la pâte, que vous appliquerez eu forme de cataplasme sur la morsure ; continuez cette application pendant trois jours ».

Contre la faiblesse des nerfs :

« On la guérira aisément par l'usage du baume suivant :

Prenez des feuilles d'hysope,

— de romarin,

— de thym,

— de baume,

— de lavande,

— de laurier, de chaque une poignée, Des grains de genièvre.

Des vers de terre, de chaque quatre onces,

Quatre petits chiens nouveau-nés.

Coupez les petits chiens par morceaux, hachez les herbes et les vers de terre, concassez les grains de genièvre et faites bouillir le tout sur un petit feu dans un pot, pendant demi-heure, avec demi-livre de beurre frais, autant d'huile d'olive et autant de graisse humaine^ et un quarteron de cire jaune, passez cet onguent avec une forte expression, battez-le bien ensuite

jusqu'à ce qu'il soit froid : on le fait chauffer quand on veut s'en servir » .

(Dictionnaire de Santé).

Contre la rage :

« Employer la poudre dite de Palmarius, composée des feuilles de rue, de sauge, de verveine, de bétoine, de mélisse, de plantain, de millepertuis, de petite centaurée, d'absinthe, d'armoise, de polipode, de chaque un gros. En prendre un gros quand la morsure est récente, et trois gros quand elle est sèche. Recommandez en même temps les yeux d'écrevisses, les écailles d'huîtres prises en omelette, à la dose de deux ou trois gros par jour ».

(ID.)

Pour cette maladie, les panacées étaient innombrables. Un traité attribué à Albert de Bollstadt, au début du XVP siècle, affirme « que la dent d'une jument mise sur la teste d'ung homme enragé le garit incontinent ». Le remède classique était l'envoi du malade à la mer, pourvu qu'il pût y être plongé neuf jours au plus après l'accident.

Gui Patirij ancien doyen de la Faculté, écrit le 1er février 1657 : « On envoyé au bain de la mer ceux qui sont mordus d'un chien réputé enragé ; mais quand ils le sont tout à fait, il n'est plus temps. Il n'y a plus de remède, il faut les estouffer dans leur lit à force de couvertures, ou bien on leur fait avaler une pilule de six grains d'opium tout pur, afin qu'il n'en soit plus parlé ». A la fin du XVIIP siècle, les enragés, portés à riiôtel-Dieu, étaient placés dans la salle des fous (1). On les conduit aujourd'hui à l'Institut Pasteur.

(l) Franklin.

DE l'histoire des REMÈDES

Nous trouvons dans un Dictionnaire médical et pharmaceutique du milieudu XVIIP siècle une foule de formules dans le genre de celles-ci :

Le cœur de l'alouette huppée, lié sur la cuisse, empêche la colique ; l'alouette rôtie ou calcinée avec sa plume produit le même effet.

L'ongle ou la corne du pied de l'âne est le substitut de la corne du pied d'élan contre le mal caduc : la prise est de demi-dragme tous les jours durant un mois : le crâne en poudre fait le même effet.

La poudre de fiente d'âne, séchée à l'ombre et attirée par le nez en forme de tabac, en arrête l'hémorrhagie.

Le fiel de bœuf est spécifique pour la surdité et pour le bourdonnement des oreilles .

L'urine appliquée avec de la myrrhe apaise les douleurs des oreilles.

Le fiel de brebis, reçu sur de la laine et appliqué sur le nombril des petits enfants, leur lâche le ventre.

La tête d'un chat noir, réduite en cendres, est un remède sans pareil contre les taches, taies, ongles et autres afïections semblables des yeux ; on en soufiQe trois fois le jour dans la partie.

Un chat ouvert vivant, après lui avoir coupé la tête et appliqué tout chaud, soulage les douleurs de côté.

Le chien appliqué vif sur le ventre fait passer la colique. La goutte même passe au chien lorsqu'il lèche la partie affligée. La graisse de chien n'a point sa pareille dans la phthisie : on la mange sur du pain en forme de beurre.

Les cataplasmes faits avec des cloportes récemment écrasés sont utiles contre l'esquinancie.

La poule noire, coupée vive par le milieu, s'applique utilement toute chaude sur la tête dans la phrénésie, la céphalalgie, le délire, etc.

La poudre de crapauds desséchés, mélangée à du sucre, est excellenie contre l'hydropisie. On peut en donner jusqu'à trois ou quatre fois, pourvu qu'on mette trois ou quatre jours d'intervalle entre chaque prise, à cause de la violence du remède.

La cendre de grenouilles calcinées dans un pot arrête l'hémorrhagie du nez et des plaies (1).

Le nid d'hirondelle est spécifique contre l'esquinancie et l'inflammation des amygdales ; on en fait un cataplasme en la manière suivante : Prenez un nid d'hirondelle comme il se trouve plaqué, avec les petits s'il y en a, pilez le tout, faites-le cuire, puis passez-le par un tamis pour en faire un cataplasme qu'il faut appliquer sur la région de l'inflammation.

Le pigeon vif coupé parle milieu et appliqué chaud sur la tête, après l'avoir rasée, tempère les humeurs effarouchées, dissipe la mélancolie et la tristesse.

Le beurre d'écrevisses est un remède singulier contre la phthisie ; on le prépare en pilant des écrevisses dans un mortier avec du beurre frais (2).

Nous trouvons dans la pharmacopée de Nicolas Lémery publiée également au XVIIP siècle- et l'un des ouvrages les plus consultés, une foule de prépara-

(1) La grenouille était considérée comme un insecte aquatique.

(2) Dictionnaire Botanique et Pliarmaceutique contenant les principales propriétés . des minéraux, des végétaux et des animaux d'usage. — Le tout tiré des meilleurs auteurs, surtout des modernes. Par.***. Rouen. Imp. Pierre Dumesnil.

DE l'histoire des REMÈDES

tions curieuses, mais analogues à toutes celles que nous venons de citer.

Il donne la formule de 148 électuaires, de 206 sirops, de 273 sortes de pilules, de 204 poudres, de 31 baumes, de 5 cataplasmes, de 117 emplâtres, de 129 onguents, parmi lesquels :

L'onguent de chat, qui se préparait avec un petit chat nouveau-né que l'on coupait par morceaux et que Fou mettait dans un pot vernissé avec des vers de terre.

De 357 eaux, entre autres :

L'eau de mille fleurs, qui n'était rien autre que l'urine de vache nouvellement sortie de l'animal, on en buvait tous les matins deux ou trois verres. Elle était propre pour la goutte, pour les vapeurs.

De 134 huiles, dont une des meilleures était l'huile de petits chiens, recommandée contre la sciatique, la paralysie, pour fortifier les nerfs, etc., et dont voici la formule : Prenez deux petits chiens nouveau-nés. On les coupera par morceaux, on les mettra dans un pot vernissé avec une livre de vers de terre bien vivants... faites bouillir pendant douze heures jusqu'à ce que les petits chiens et les vers soient bien cuits (1).

Il est curieux de constater combien l'on cherchait à utihser de préférence les différentes parties du chien . Déjà du temps à' Ambroise Paré, les préparations tirées de cet animal étaient fort en vogue, comme le prouve le récit rapporté par cet habile chirurgien lui-même lorsqu'il était attaché au service du maréchal de Montéjean dans la campagne du Piémont :

(1) Nicolas Lémery, Franklin.

« Lorsque nous entrâmes à Thurin, il se trouva un chirurgien qui avoit le bruit par dessus tous de bien médicamenter les arquebuzades, en la grâce duquel je trouvay moyen de m'insinuer, et luy fis la cour près de deux ans et demy, auparavant qu'il me voulut déclarer son remède, qu'il appeloit son baume. Cependant M. le maréchal de Montéjean, qui estoit demeuré lieutenant-général du roy en Piedmoat, mourut ; adonc je remonstray au chirurgien que je m'en voulois m eu retourner à Paris, et le suppliay qu'il me tint promesse de me donner la recette de son baume : ce que volontairement il fit, attendu que je lui quittois le pays. Il m'envoya quérir deux petits chiens, une livre de vers de terre, deux livres d'huile de lys, six onces de térébenthine de Venise et une once d'eau-de-vie ; et en ma présence, il fit bouillir, les chiens tout vivants en la dite huile, jusqu'à ce que la chair laissast les os ; et après mit les vers qu'il avoit auparavant faict mourir en vin blanc, afin qu'ils jettassent la terre qui est toujours contenue en leurs ventres. Estant ainsi vuidés, les fit cuire en la dite huile, jusqu'à ce qu'ils devinssent tout arides et secs ; alors fit passer le tout par une serviette, sans grandement en faire expression : cela fait y adjouta la térébenthine, à la fin l'eau-de-vie et appela Dieu à témoin que c'estoit son baume, duquel il usoit aux playes faictes par arquebuses et autres qu'on prétendoit suppurer, et me pria de ne divulguer son secret. »

Les résultats de Vhuile de chiens étaient à peu près tous sinistrement marqués du signe négatif ; aussi plut-il un jour à sa majesté le roi Charles IX, à celle de la reine sa mère, à M. le Prince de la Roche-sur-Yon, à plusieurs autres princes et grands seigneurs, de demander au consciencieux Ambroise comment il adve-

noit qu'en ces dernières guerres, la pluspart des gentilshommes et soldats blessez de coups d'arquebuses et autres instruments, mourroient sans y pouvoir aucunement remédier, ou à bien grand peine relevoient de leur maladie^ ores que les playes par eux reçues fussent de bien petite apparence, et que les cliirurgiens appelez pour leur guérison y employassent tout leur devoir et scavoir. »

L'illustre chirurgien était trop confiant, et surtout trop modeste ; il ne se doutait pas que son esprit d'observation et de sagacité valait mieux que tout le savoir empirique, qu'il recueillait, avec une telle persévérance, des illustres médecins de la nation la plus éclairée de l'époque.

Remèdes tirés du règne minéral

En même temps que l'on utilisait les substances fournies par les animaux, on tirait un parti assez considérable des minéraux. Du treizième au dix-neuvième siècle, on ne cessa d'attribuer des vertus remarquables à une foule de pierres, particulièrement aux pierres précieuses, qui en raison de leur rarelé ne pouvaient que produire des cures merveilleuses. On en préparait des poudres pour être prises en boisson ; ou bien, on se contentait de les porter au bras et au cou ; ou bien encore on les appliquait sur les organes malades.

Les auteurs des différentes pharmacopées sont tous d'accord pour vanter les surprenants effets de l'agate, de l'améthyste, de la chrysolithe^ du diamant, de la dolomie, de l'émeraude, du grenat, de l'hyacinthe, du lazulite, de la sardoine, de l'onyx, du rubis, des perles.

de la sanguine, du saphir, de la topaze, de la turquoise, du jaspe, du gypte, du corail, de l'ambre, du cristal, de la crapaudine, de la chélidoine ou célidone, du bézoard, des briques, du sable, de la terre sigillée, du bol d'Arménie, de la pierre d'aimant, de la pierre-ponce, de la pierre d'éponge, de la pierre de poisson, de la pierre de serpent, de la pierre de croix, delà pierre hystérique, de la pierre néphrétique, de la pierre de sang, de la pierre d'aigle, de la pierre de cheval, de la pierre de loup marin, de la pierre de perche, de la pierre de brochet, de la pierre de lamantin, de la pierre de cayman, du marbre.

VAgaie pendue au cou, est souveraine contre les morsures de scorpion ; broyée et étendue sur la plaie, ou prise en breuvage, elle est efficace contre la morsure de

la vipère. .

(Wecker).

Elle chasse les vers, est bonne contre l'éclampsie, conforte la vue et calme la soif.

(Id.).

Elle fortifie le cœur, rend l'homme agréable et

Pl^S^^t- (EUAX).

VAméthisie rend l'homme vaillant, éloigne les mauvaises pensées el excite le jugement. (Ahnault)

Elle absorbe les acides en trop grande quantité dans l'estomac. ^^^^^^^^ LÉMERT).

« Si tu metz la pierre amatiste sur le nôbril elle empesche la vapeur du vin et oste ébriété et délivre l'homme de contagie. »

(Jardin de santé, Traduction de citations d'âristote).

A cause de sa propriété d'empêcher l'ivresse, Belleau représente dans une fiction Bacchus amoureux de l'améthyste, faisant cette ordonnance :

Je veux à l' advenir que ceste pierre fine, . Nourrissant dedans soy ma colère divine. Teinte de mes couleurs, engarde son porteur De jamais s'enyvrer de ma douce liqueur. Attirant les vapeurs qui d'haleines fumeuses Vont troubler le cerveau de passions vineuses. Puis je veux qu'elle rende agréable et gentil. Sobre, honeste, courtois, d'esprit prompt et subtil, Celuy qui dans le sein la portera célée, Ou dessus le nombril estroitement collée. (1).

La Chrysotithe « fait acquérir sapience et f uir folie. »

(Albert de Bollstadt).

Le Diamant chasse la peur, la mélancolie, récrée l'esprit, donne de l'assurance et fait gagner les procès. Il a surtout la propriété d'attirer les corps étrangers de l'œil.

(Wecker) .

La Dolomie « tenue soubz la langue, selon les magiciens fait dire les choses advenir : mais que le jour soit veue à la 6^ heure au temps que la lune croist. »

(Jardin de santé).

L' Emeraude guérit les vertiges, l'épilepsie ; fortifie la vue, augmente la mémoire, délivre de la lèpre, enlève les tourments de l'esprit ; fait deviner les choses,

(1) Belleau Rémy, poète célèbre, aé à Nogeut-le-Rotrou, 1S28-

si on la tient sous la langue ; neutralise toutes sortes de venins, éloigne les loups-garous.

CWEnKEn) .

Les grandes dames en mettent ordinairement au cou de leurs enfants pour les préserver du haut-mal .

Sa couleur rassemble et rallie La force des yeux afïoiblie Par trop longs et soudains regards, En repaissant de flammes douces Les rayons mornes, las ou mousses De nostre œil, quand ils sont espars.

En poudre elle guarist les morsures Des serpents, et toutes piqueures D'aiguillon qui poingt et qui cuit.

(Belleau)

Le Grenat réjouit le cœur de l'homme et enlève la tristesse.

(Constantin et Albert Legrand).

« Porté ou avalé nuict au cerveau, esmeut le sang et provoque à colère. »

(Jean de Renou).

L'Hyacinthe « faict doulcement et seurement dormir. »

(Jean Corbichon).

« Pendue au col, si vous entrez aux lieux infectés vous n'en serez point offensé. »

(Rodolphe Le Maistre). « Elle défend du foudre et de la peste. »

(Cardan).

Cette pierre entrait dans la fameuse confection d'hyacinthe ;

DE l'histoire des REMÈDES

Pierre d'hyacinthe,

Corail rouge,

Terre sigillée.

Bol d'Arménie,

Graines d'escarlatte.

Racines de tormentille,

Dictame,

Grains de citron,

Safran,

Myrrhe,

Santal blanc,

Corne de cerf râpée, Raclure d'ivoire.

Semences d'oseille.

id. d'euphorbe.

id. de pourpier.

Saphir, Topaze, Perles, Emeraude, Soie crue.

Feuilles d'or.

id. rouge.

Os de cœur de cerf,

id. citrin,

id. d'argent, Musc,

Ambre gris.

« La confection d'hyacinthe est grandement recommandée pour la guérison des maladies du cœur, et des autres parties nobles : car elle fait terminer en peu de temps toute syncope et toute palpitation de cœur^ resiouyt la faculté vitale, fait avoir le souffle doux et agréable, emporte toute mélancholie et tristesse provenant de quelque cause occulte, soulage manifestement ceux qui sont atteints de quelque maladie vénéneuse, ou contagieuse que ce soit. »

Le Lazulite ou Lapis-LazuU « estant porté, nonseulement il fortifie la veue, mais aussi tient alègre le cœur ; estant lavé et préparé comme il faut, il purge l'humeur mélancliolique sans aucun danger. Que si i'estois superstitieux, je croirois avec plusieurs autres escri vains qu'il rend aimable, riche et bien heureux celuy qui le porte ; mais passe, je n'en crois rien. »

(Jean de Renou).

L'Onyx, « quant on la porte pendue au col ou à son doigt elle esmeut la personne à tristesse et paour. »

(Jean Corbicuon).

Le Rubis « est grandement cordial et résiste à toute pourriture et venin . »

(Jean de Renou) .

Le rubis tant il est céleste, Chasse les frayeurs de la nuit, Repousse et destourne la peste.

Et l'air infecté qui nous nuit :

Met le resveur en allégresse Ennemy mortel de tristesse, Prépurgeant en toute saison L'homme de la mélancholie.

Sur l'asseurance que sa vie Ne se peut noyer de poison.

(Belleau).

Les Perles « sont grandement cordiales et propres à resjouir le cœur.

Eprouves-tu du cœur défaillance subite ? Avale en poudre fine une perle réduite.

(Ecole de Salerne).

Voilà pourquoy les alchymistes font une certaine liqueur qu'ils appellent liqueur de perles, avec laquelle ils promettent merveilles pour la guérison de plusieurs maladies, encore que le plus souvent tout leur fait ne soit que fumée, vanité de charlatanerie. Un certain barhier que j'ay cogneu autre-fois en ceste ville de Paris, appelé par un malade pour luy appliquer deux sangsues, fut si impudent de demander six escus d'or, pour sa peine, disant qu'il avoit nourry ces deux sangsues d'aucun

DE l'histoire des REMÈDES

autre aliment que de la seule liqueur de perles par l'espace d'un mois entier. »

(Jean de Renou, FRiNKLis).

La Sanguine incorporée à du miel modifie les cicatrices et les inégalités des yeux. Mélangée à du lait de femme, elle est souveraine contre les ophthalmies ; prise dans du vin elle est excellente contre la dysurie.

(Weckeb).

La Sardoine « boute hors luxure cestuy qui la porte, et le fait chaste et humble. »

(Jean Corbichon) .

« Rend courageux les plus timides, préserve des enchantements et des maléfices. »

(Jean de Renod)

Le Saphir « fait l'homme à Dieu dévot et pur. »

(Albert le Grand).

« Réconforte le cueur et le met en lyesse. Quant il est mis sur le temple (tempe), il estanche le sang qui yst (coule) du nez. »

(Jean Corbichon).

« Guérit les ulcères des intestins. ».

(Jean de Renou).

« Trempé dans de l'eau et promené sur l'œil, en chasse les ordures et les corps étrangers . »

(Wecker).

Pierre la plus précieuse Qui se trouve dans le sein De la terre plantureuse, Qui les corps vains et débiles De sueur ou de chaleur Rend prompts, dispos et habiles En leur première vigueur.

Qui sous un air empesté

Contregarde la santé

Tant la force est souveraine.

(Belleau).

La Topaze rend une poussière fort utile aux maladies des yeux.

{Wecker) .

« Vault contre frénésie et contre la mort soubdaine. »

(Jean Corbichon).

« Estant portée, tient la personne joyeuse et l'empesche de tomber en folie. »

(Jean de Renou).

« Est propre pour arrêter les cours du ventre et les liémorrhagies étant broyée et donnée par la bouche. »

(Nicolas Lkmeryj.

La Turquoise « réconforte la veue et engendre lyesse en la personne. Selon la disposition de celuy qui la porle, elle paroist plus vifve ou plus blesme ».

(De la Framboisière).

Si son porteur devient malade, Elle devient malade aussi ; S'il porte couleur jaune ou fade, Elle a le teint morne et transi :

Quelquefois mesme se crevace Perdant les beautés de sa face.

Le turquin et le lustre beau Qui farde l'honneur de sa peau, S'imprimant, tant elle est humaine De son porteur l'afïection :

S'il est sain, la Turquoise est saine.

Malade, elle est en passion.

(Bellead).

DE l'histoire des REMÈDES

Le Jaspe a la propriété d'arrêter les hémorrhagies.

(Wecker).

On lui attribue de grandes vertus pour fortifier l'estomac, pour faire sortir la pierre du rein, si on le porte attaché à quelques parties du corps ; mais on ne doit ajouter foi à ces sortes d'amulettes qu'autant qu'ils soulagent sans crainte d'un mauvais effet.

(Nicolas Lémery).

Le Gypse jouit des mêmes propriétés que le Jaspe. On a l'habitude de le mélanger avec du blanc d'œuf, de la farine et des poils de lièvre pour le rendre plus facile à administrer contre les flux du sang. (Decker)

Le Corail a une vertu astringente et réfrigérante ; il conforte l'œil et arrête le larmoiement, fait disparaître les ulcères, arrête les crachements de sang, enlève la douleur d'estomac et l'empêche quand il est posé directement sur la bouche. Broyé et mis dans la cavité d'une dent gâtée, il la fait tomber sans douleurs ; il fortifie

les gencives. . .

° (Wecker, Ayicenne).

L'Ambre calme les spasmes et les attaques de nerfs. On a coutume de mettre autour du cou des enfants un collier d'ambre qui passait pour favoriser l'évolution dentaire et pour prévenir les convulsions.

Le Cristal mis sous la langue réprime la soif. Réduit en poudre très fine et pris avec du vin blanc, il est efficace contre la dysenterie ; il fait venir une grande quantité de lait aux nourrices.

(Wecker, Nicolas de Goruam, Recettes cambrésiennes).

La Crapaudine, pierre qui se trouve dans la tête des

vieux crapauds ! guérit les ulcères, les pustules occasionnées par les bêtes venimeuses et attire au dehors toutes sortes de venins.

(Wecker).

La Chélidoine, Gélidone, pierre d'hirondelle, présente deux variétés, la rousse et la noire. « La pierre Gélidone rousse enveloppée en ung drap de lin ou cuyr de veau et portée soubz lesselle senestre est dicte valloir contre insanie et sorcenerie et aussi contre les langueurs anciennes ou la passion lunatique. Et pareillement le hault mal appelé épilencie ainsi comme dit est portée. Euax dit que elle rend celluy qui la porte faconde, bien parlant aggréable et plaisant. Et la noire, ainsi que dict Joseph^ œuvre (opère) contre les humeurs nuysables et fièvres et ires et courroux. Et lavée en eaue guérit les yeulx.Les pierres sont moult petites, en avons vende telles extraictes de l'estomach des arondeaulx du moys daoust par noz compaignons : car elles sont ainsi que on dit meilleures quand elles sont adonc extraictes et souvent tout trouvées deux ensemble en une arondelle.

La rousse guérit les lunatiques et les languissans et les forcenez quant elle est lyée en ung drap linge nect et lyée au bras senestre du malade, et aussi elle fait ceulx qui la portent très aggréables, bien parlans, facundes, amyables et ydoines. Et semblablement la noire portée donne très bonne fin à celluy qui la porte. Et est ydoine et profiîtable côtre toutes yres, i courroux des roys i princes et pour les appaiser. Gar celluy qui l'aura sera plaisant à tous et si parfera toutes choses à son arbitre et volunté : Mais à celluy a qui les yeux deuUent est broyée avec eaue, et en font oingez, i ils guérissent : Mais quant on oste les pierres de iceulx petits arondeaulx,

DE l'histoire des REMÈDES

il fault eschever, i garder que le père ou la mère ne soyent près : car elles aurôt meilleur effet. »

(Le jardin de santé).

Le Bézoard Q^X-ane concrétion calcaire formée dans l'estomac de quelques animaux tels que le bouc, la gazelle. Le meilleur vient d'Orient, mais il est d'une grande rareté et considéré comme un médicament très efficace contre les maladies éruptives et pestilentielles, les virus, etc. « Toutes fois il ne s'y faut point fier, si elle n'est esprouvée, d'autant que les charlatans supposent souvent des drogues falsifiées, pour les vrayes. Pour en faire l'espreuve, on baillera du poison à deux chiens, puis on fera avaler quant et quant à l'un des deux, quelque peu de ceste pierre en poudre : s'il advient qu'il demeure sain et sauve^ et que l'autre qui n'a point prins d'antidote meurt, on sera asseuré que la pierre est bonnOj autrement non. »

(De la Fbamboisière).

On le suspend au cou comme une amulette protectrice de tous les maux et de tous les maléfices. Jean de Troyes raconte qu'au moment de son exécution, le comte de Saint-Pol (dont on voit encore à Cambrai une grande partie de l'hôtel qu'il fit bâtir en 1442), dit au cordelier Sordun, qui l'assistait :

« Beau père, véez-cy une pierre que j'ay longuement portée en mon col, et que j'ay fort aymée pour ce qu'elle a moult grande vertu, car elle résiste contre tout venin et préserve aussi de toute pestilence ; laquelle pierre je vous prie que vous portiez de par moy à mon petit-fils, auquel direz que je luy prie qu'il la garde bien pour l'amour de mov. »

(Franklin).

Le Sable qui se trouve sur le rivage de la mer et chauffé par le soleil, suce et dessèche les eaux des hydropiques qui se sont enterrés dedans jusqu'au col.

(WECKEn).

La Terre Sigillée, sorte d'argile que l'on ne trouve que dans l'île de Semnos, est astringente.

Le bol d'Arménie, espèce d'argile ocreuse rouge qu'on tire de Perse et d'Arménie, est astringente, absorbante, antiputride.

La pierre d'aimant est astringente, elle arrête le sang.

(Nicolas Lémery).

A la fin du dix-septième siècle, la médecine utilisait encore l'aimant. Louis XIV ayant eu un anthrax en 1696, Fagon lui ordonna un emplâtre composé de litharge, de térébenthine, d'huile d'olive et d'aimant.

(Franklin).

Lapierre d'éponge se trouve dans les grosses éponges. On l'estime pour briser la pierre du rein et pour dissoudre la goutte, étant prise intérieurement.

(Nicolas Lémery).

La pierre de serpent est propre contre les morsures des bêtes venimeuses. On l'applique sur la plaie, et l'on prétend qu'elle se charge de tout le venin qui pourroit V être entré.

La pierre de croix portée sur la chair arrête le sang et augmente le lait aux nourrices. ^

La pierre hystérique appliquée sur le nombril d'une femme s'y attache et abat les vapeurs.

(Id.).

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La pierre néphrétique « estant pendue à la cuisse es tfort estimée de certaines personnes pour la guérison de la gravelle. »

(Pomet).

La pierre de sang est une espèce de jaspe ; elle est fort estimée pour arrêter le sang, pourvu qu'on l'applique sur la partie ou qu'on le presse dans la main.

(Nicolas Lémert).

La pierre d' Aigle ainsi appelée « pour ce que les aigles la vont chercher jusques aux Indes et la portent en leurs nids, pour faire plus aysément éclore leurs petits aiglons. »

(De la Fbamboisière).

Elle est astringente et propre pour arrêter les cours du ventre et les hémorrhagies, étant prise intérieurement.

(Nicolas Lemery).

La pierre de cheval se trouve dans la vésicule du fiel ou dans la vessie de cet animal. Elle est sudorifique, propre pour tuer les vers et arrêter les cours de ventre.

(ID.)

La pierre de loup marin est bonne pour la douleur de tête, étant portée sur la partie malade.

(iD.).

La pierre de Cayman est efficace contre la fièvre quarte. On en applique sur les deux tempes pendant l'accès.

(ID.)

L'usage de tous ces minéraux faisait au moins une saine diversion avec toutes les préparations répugnantes des produits animaux. On demeure toutefois dans l'étonnement devant la multitude de propriétés attribuées

aux pierres précieuses. Ceci trouve son explication dans un préjugé que l'on rencontre encore de nos jours et qui consiste à croire que des remèdes composés de substances rares et dispendieuses doivent par le fait même jouir de vertus extraordinaires. Aussi les médecins abusaient-ils parfois de l'emploi de ces substances qu'ils faisaient absorber à grands frais à leur malade. Une ordonnance de cette sorte atteignait vite une somme élevée.

Un exemple de date ancienne nous en convaincra : En 1420, Isabeau de Bavière, reine de France, âgée de 50 ans, était depuis de longues années déjà, obèse et valétudinaire : parmi les comptes de ses dépenses, nous trouvons la mention descriptive et comme la recette d'un électuaire qui lui fut fourni dans l'intérêt de sa santé.

Extrait des comptes de l'argenterie de la Reine Isabelle de Bavière, femme de Charles VI. A Thierry Régnier, marchand (changeur), demeurant à Paris, pour deniers à lui baillés par le commandement de sire Michiel de Laillet, conseiller du roi nostre seigneur, et maistre de sa chambre des comptes à Paris, c'est asavoir la somme de sept livres quinze sols tournois (1) pour les parties qui s'ensuivent :

Premièrement, pour deux esterlins et obole (2) de perles d'Orient ;

2° Un esterlin et un ferlin d'émeraudes ;

3° Un esterlin et un ferlin de rubis d'Alexandrie ;

4° Un esterlin et un ferlin de jacinthes ;

5° Un ducat d'or ;

(1) Ceci représente 150 à 160 francs de notre monnaie actuelle.

(2) Mesures de poids usitées par les orfèvres et les lapidaires.

DE l'histoire des REMÈDES

Achetés de lui, et baillez et délivrés à Regnauldin Morel, appothicaire de la Royne, pour faire un lectuaire pour la santé de la dite dame ; pour ce, par quittance du dit Thierry passée au chastelet de Paris, le mardi 30"^ jour du mois de juillet l'an 1420 ; pour ce, ci six livres quatre sols parisis.

(Paris, direction générale des Archives^ RK, n» 44, î" 9).

Nous nous sommes peut-être un peu trop longuement étendu sur toutes ces excentricités si surprenantes ; mais il nous a semblé que ce n'était point un vain et puéril amusement d'esprit de relater ces choses. Nous avons pu constater ainsi une fois de plus à quelle erreur court l'esprit humain, quand il poursuit des chimères purement spéculatives, et néglige l'aide du raisonnement basé sur les données précises d'une sage observation. Nous avons pu voir également avec quelle ténacité les erreurs et les conceptions gratuites se fixent dans la médecine, une fois qu'elles y ont pénétré.

Il n'y a pas si longtemps que de savants thérapeutistes sont parvenus à grand peine à débarrasser la médecine de tous ces remèdes ridicules ou immondes, et à nettoyer, pour ainsi dire, ces nouvelles écuries d'Augias. Malgré tout, et tant il est vrai de dire que la sottise humaine n'a pas de limites et que les préjugés sont indéracinables, beaucoup de ces remèdes justement chassés de nos ouvrages de médecine et qui auraient dû ne plus jamais y reparaître, continuent encore aujourd'hui d'être mis en usage, non seulement par d'impudents exploiteurs et quelques bonnes femmes, mais même par des personnes d'une véritable érudition.

Pour ne citer que quelques exemples récents, nous

pouvons certifier avoir vu employer au?si bien à la ville que dans les campagnes :

La graisse de chat, contre les engelures ;

L'urine do vache, contre les ophthalmies ;

La bouse de vache en guise de cataplasmes, contre diverses inflammations ;

Des cataplasmes de fiente de chien et de vers de terre, contre les entorses ;

Une tanche appliquée sur la région du foie, contre la jaunisse ; la tisane de carottes, contre la même affection ;

Un pigeon ouvert vivant et placé tout sanglant sur la tête d'un enfant atteint de méningite ;

Une boisson faite avec une décoction de grillons, contre l'anasarque ;

Des jarretières en peau d'anguille, contre les varices ;

Différentes pommades de composition secrète, notamment employées contre les panaris, et dont l'effet le plus certain est de fournir au chirurgien de fréquents cas d'amputations.

En toute occasion, nous nous sommes élevé contre une aussi absurde crédulité, mais nos observations ont été toujours inutiles. « Du moment que l'erreur est en possession des esprhs, a dit Fontenelle, c'est une merveille si elle ne s'y maintient toujours. »

Les véritables acquisitions de la thérapeutique. Remèdes tirés du règne végétal

A ceux qui ne veulent rechercher que le côté véritablement progressif de notre art, il ne faudrait pourtant pas laisser croire que la thérapeutique soit restée de

DE l'histoire des REMÈDES

longs siècles sans avoir fait la moindre acquisition sérieuse et durable. Il est utile de citer ici à côté des substances nauséabondes et complètement inactives que nous a offertes le règne animal, des produits sérieux tirés du règne végétal.

Cette source inépuisable a déjà fourni d'innombrables matériaux à la pharmacologie, mais l'emploi en était fait d'une façon empirique.

Nous avons vu les anciens croire aux signatures des plantes. Plus tard, après Hippocrate et Galien, et aussi longtemps que l'on ajouta foi au système des vapeurs et des humeurs, il fallut chercher une théorie médicatrice en relation avec ce principe humoral. De même que l'on admettait des intempéries correspondant aux quatre qualités élémentaires, chaude, froide, sèche, humide ; on considéra aussi les plantes composées de quatre qualités, et il y en eut de chaudes, de froides, de sèches et d'humides présentant en outre quatre degrés différents.

Ainsi, les plantes chaudes passaient pour atténuer, ouvrir, déterger, raréfier, digérer, attirer plus ou moins, suivant le degré de leur chaleur.

Celles qui étaient chaudes au degré, échauffaient insensiblement, comme la pivoine, la bétoine, l'aigremoine, l'absinthe, le souci, la scolopendre, la véronique, l'euphraise, la mercuriale, la bétte, la camomille, le méUlot, le lin, etc.

Celles qui étaient chaudes au 2^ degrés échauffaient manifestement, comme l'aunée, la bryone, la garance, la gentiane, la serpentaire, le souchet, l'ache, le persil, l'armoise, la mélisse, la menthe, la sauge, le romarin, le houblon, le fumeterre, le marrube, la scabieuse, la valériane, etc.

Celles qui étaient chaudes au 3^ degré, échauffaient beaucoup, comme l'aristoloche, l'iris, l'acore, le cyclamen, le cabaret, le poireau, le raifort, le fenouil, l'hysope, la sariette, le calament, l'origan, le pouliot, la marjolaine, la rue, l'aurone, Fangélique, la chélidoine, le saxifrage, le laurier, l'anis, le genièvre, le poivre, le carthame, le lupin, etc.

Celles qui étaient chaudes au 4« degré, brûlaient comme la pyrèthre, l'ail, l'oignon, la roquette, la renoncule, la moutarde, l'euphorbe, le thapsia, etc.

Les plantes froides bouchaient,, épaississaient, repoussaient plus ou moins, selon le degré de leur froideur.

Au l*^'" degré, elles refroidissaient insensiblement, comme la ronce, le trèfle, l'hépatique, le séneçon, les roses, les coings, les poires, etc.

Au 2^ degré, elles rafraîchissaient manifestement, comme le plantain, la morelle, la chicorée, etc.

Au 3« degré, elles refroidissaient extrêmement, comme le pourpier, la joubarbe, la jusquiame, la mandragore, etc.

Au ¥ degré, elles assoupissaient et faisaient perdre le sentiment comme la ciguë, le pavot, l'opium.

Le même classement pour les plantes sèches et pour les plantes humides.

Parmi les plantes purgatives, les unes étaient obligatoirement chargées de purger la bile ; les autres, la pituite.; d'autres encore, la mélancolie.

Sur quelles raisons s'appuyaient ces distinctions ? Il eut été bien difficile de les dire. Toute propriété une fois attribuée à une plante, était admise sans contrôle. Une

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telle singularité a sans cloute inspiré Du Bartas, poète du milieu du XVP siècle, lorsqu'il disail :

0 plantes qui tenez en vie nostre vie, Et qui la rappeliez quand on nous l'a ravie, Ce ne sont vos liqueurs esparses dans nos corps. Qui seulement font teste à tant et tant de morts : Ains vostre seule odeur, vostre seul voisinage, Contre dix mille assauts fortifient nostre aage, Produisant tant d'eflpets que celuy seul les croid, Qui de sa main les touche, et de son œil les void. (Guillaume de Salluste, seigneur du Bahtas).

Les savants qui prirent à cœur de réviser les assertions des anciens entreprirent une œuvre bien digne d'éloges. Mais ce ne fut qu'à la suite de la découverte de l'Amérique et des nombreux voyages dans l'Orient, ce ne fut qu'après les sérieuses études de Tournefort (1656-1708) et de Linné (1707-1778) que nous devons à la botanique scientifiquement constituée, les plus précieuses ressources de la thérapeutique.

En 1517, le sultan Selim, importait à Constantinople la fameuse graine du caféier. Originaire de l'Abyssinie, transporté ensuite dans l'Arabie, le café ne fut botaniquement décrit qu'en 1640 par Prosper Alpin. Ses propriétés excitantes, astringentes et toniques ne tardèrent pas à être connues et appréciées.

Comme pour beaucoup de substances médicamenteuses, il paraît que- c'est au hasard que l'on doit la découverte des vertus de cette graine merveilleuse.

Le supérieur d'un monastère d'Arabie, ayant appris d'un pâtre que ses chèvres, quand elles avaient brouté les baies du caféier, restaient éveillées, sautant et cabriolant toute la nuit, fit boire à ses moines une infu-

sion de café pour les tirer du sommeil qui les tenait assoupis pendant la nuit aux offices du chœur. Les effets répondirent à son attente, et depuis lors au monastère on continua à se servir de cette précieuse infusion. Inutile d'ajouter comment cet exemple fut suivi.

En abordant au Mexique en 1520 les Espagnols apprirent l'usage du cacao. Les Mexicains en préparaient une pâte alimentaire désignée sous le nom de thotcolatl qui donna aux Espagnols l'idée de créer la fabrication du clîocolat. La médecine utilise sous le nom de beurre de cacao, une huile concrète retirée de cette graine.

Vers le milieu du XVP siècle, on découvrit les propriétés stimulantes et diaphorétiques du sassafras, de la sguine et de la salsepareille.

A peu près vers la même époque Monardes introduisait en Europe le baume du Pérou et le baume de Tolu tandis que Margraf et Pisan faisaient connaître le baume de Copahu. Ces trois baumes possédaient les mêmes vertus stimulantes et anti-catarrhales.

Jean Nicot, ambassadeur de France en Portugal, nous apporta le tabac, de l'Amérique, en 1558. Dès son apparition, cette plante devint une panacée, et fut employée en poudre, en feuilles, en fumée, sous forme d'eau distillée, d'huile, de pilules, d'extrait, de cérat, de baume, d'onguent, etc. Alors on lui reconnaissait la propriété de calmer la faim et la soif, de faire dormir et rêver tranquillement, de guérir de l'abondance des humeurs, des crachements immodérés, des fluxions qui tombent sur les yeux, des maux de tête, des larmes involontaires, du rhumatisme, de la goutte et de la sciatique,de l'bydropisie, de l'asthme- de la phthisie, des

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fièvres, de l'épilepsie, de l'hystérie, bref, d'une foule d'autres affections.

Par suite des empoisonnements qu'il a occasionnés, son usage comme médicament est extrêmement restreint aujourd'hui ; et il ne sert plus guère qu'à faire passer agréablement le temps.

Clusius, en 1603, fît connaître les propriétés drastiques de la gomme-gutte, originaire àn Cainbodge.

Le même auteur, en 1605, classa parmi les stimulants aromatiques, la cannelle, que l'on découvrit dans le sud de la Floride, dans les îles Bahamas, Cuba, Jamaïque, Sainte-Croix, Guadeloupe, Martinique.

La cascarille, que l'on peut placer à côté de la cannelle, à cause de son effet stimulant, tonique, astringent et fébrifuge, fut importée des îles Bahamas, en 1630. Il en est de même de la serpentaire apportée de Virginie dans le courant de la même année.

C'est en 1640 que Parkinson indiqua l'emploi de la digitale contre l'épilepsie et contre le goitre. Ce ne fut qu'à partir de 1721 que son action vaso-motrice fut connue et qu'elle fut employée contre les hydropisies, les maladies du cœur, l'apoplexie pulmonaire, la fièvre typhoïde, etc.

En 1641, Tulpius donna une étude sérieuse sur les propriétés alimentaires et thérapeutiques du thé importé de la Chine et du Japon où on l'utilisait comme excitant digestif et tonique.

A la même époque, 1640, fut importé de l'Amérique en Europe, le quinquina, la plus belle conquête de la thérapeutique moderne, et voici à quelle occasion. La comtesse à'El-Cinchon, originaire d'Espagne, femme

du vice-roi du Pérou, étant atteinte de fièvre intermittente opiniâtre, fut guérie par un corrégidor du Loxa, qui lui administra du quinquina. La comtesse de retour dans son pays, fît connaître le précieux remède auquel elle devait son rétablissement, et fut assez heureuse pour obtenir auprès de plusieurs malades les mêmes effets qu'elle avait observés la première. De là le nom de poudre de la comtesse, et le nom latin de Cinchona, donné par Linné aux genres de cette plante. Le quinquina fut d'abord mal accueilli en France, et ce ne fut qu'après un temps assez long, que Louis XIV, parvint à le rendre populaire. En 1679, un empirique anglais du nom de Talbot réussit à débarrasser le roi d'une fièvre intermittente très rebelle, à l'aide d'un remède secret qui avait maintes fois fait ses preuves à la cour. Le roi lui acheta son secret 48,000 livres, lui fit une pension viagère de 2,000 livres et lui donna des lettres de noblesse. Ce secret n'était rien autre que de la teinture de quinquina. Depuis lors, le quinquina n'a cessé d'être un des médicaments les plus universellement employés. (1).

Au règne de Louis XIV ?,& rattache encore la découverte d'un précieux médicament : V Ipécacuanha, sur lequel Guillaume Pison attira le premier l'attention en

« Les botanistes voyageurs qui l'avaient vu employer avec succès au Brésil contre la dysenterie, le préconisèrent en Europe, mais on n'ajouta pas foi à leur affirmation. En 1686, un marchand français, nommé Grenier, rapporta du Brésil cent cinquante livres de

(1) Em. Le Maout, botanique.

DE l'histoire des REMÈDES

racines d'ipécacuanha, et s'associa pour en tirer parti, avec un hollandais nommé Adrien Helvétius, qui exerçait la médecine à Paris, et à qui il révéla les vertus anti-dyssentériques de l'ipécacuanha. Helvétius ne tarda pas à opérer des cures qui attirèrent sur lui l'attention publique ; il fut mandé auprès du Dauphin, atteint d'une d5^ssenterie, et il le guérit. Cette cure lui valut l'autorisation de faire à l'Hôtel-Dieu de Paris, des expériences publiques sur les vertus de son remède secret. Les expériences ayant réussi, le roi Louis XI V lui accorda le privilège exclusif de débiter sa précieuse racine, et lui donna en outre une récompense de mille louis. Cependant ^eZoé^iws voulait cumuler les honneurs de la science et les profits de l'industrie ; l'industriel, qui l'avait pris pour son associé, revendiqua sa part, et plaida contre lui devant le Parlement qui donna gain de cause à Helvétius. Ce fut alors que pour rendre infructueuse la victoire de son adversaire, Grenier divulgua le secret. A dater de ce jour l'ipécacuanha fut enregistré dans les livres de matière médicale, et sa vogue qu'avait préparée le charlatanisme fut consolidée par le scandale d'un procès. » 11 a conservé la réputation qu'il avait acquise auXVIP siècle etaujourd'hui on l'utilise journellement comme anti-dyssentérique, expectorant et vomitif. Les aborigènes du Brésil prétendent que cette dernière vertu a été révélée à leurs ancêtres par un chien sauvage nommé Guara ; cet animal, qliand il avait bu en excès l'eau saumâtre ou impure des lagunes ou des rivières, mâchait des racines d'ipécacuanha, qui lui faisaient vomir cette eau, et lui rendaient la santé. (1). La thérapeutique s'enrichit encore du cachou, en

(1) Em. Le Maout, botanique.

1650 ; du Colombo, en 1671 ; de l'aconit, en 1762 et vers la même époque : du poltjgala, du simarouba, du guassia amara, de la Fève de Saint-Ignace transportée des Philippines en Europe par les Jésuites qui, à cause de ses propriétés, lui donnèrent le nom à' Ignace fondateur de leur ordre ; du ratanhia originaire de Huanuco et de Lima, où les femmes s'en servent pour conserver leurs dents ; de la spigélie, de V arnica, etc.

Anciens remèdes encore en usage de nos jours

A côté de tous ces médicaments qui occupent une place méritée dans le codex actuel et dans les formulaires de pharmacologie, on retrouve encore un certain nombre de vieux remèdes qu'un respect presque superstitieux semble avoir protégés jusqu'à ce jour. S'il en est qui contiennent certaines propriétés actives, il s'en trouve beaucoup qui ne renferment que des substances inutiles et souvent incompatibles les unes avec les autres. Dans cette catégorie, nous citerons à titre de curiosité quelques remèdes restés le plus en usage :

Le baume du Commandeur de Fermes ou du Chevalier de Saint-Victor, (1690), qui, suivant son inventeur, avait la propriété de guérir en huit jours les coups de fer et de feu, à moins que la plaie ne fut mortelle. Il est composé de racine d'angélique, d'hypericum, de myrrhe, d'oliban, de baume de tolu, de benjoin, d'aloès et d'alcool.

Le Baume de Fioravanti, inventé par Léonardo Fioravanti, empirique italien né à Bologne en 1520. Ce Baume est composé de térébenthine du mélèze, de résine élémi, de résine de tacamahaca^ de succin, de styrax

liquide, de galbanum, de myrrhe, d'aloès, de baies de laurier, de galanga, de zédoaire, de gingembre, de cannelle, de girofle, de muscade, de feuilles de dictame de Crète et d'alcool.

Le Baume Feaillet ou Baume de Metz, préparé par un médecin de Metz, nommé Duclos, et mis en vente à Paris par madame FeuUlet, qui le fit appeler de son nom. En voici la formule : huile de ricin, huile d'olive, huile volatile de genièvre, huile volatile de girofle, térébenthine, carbonate de cuivre, sulfate de zinc, aloès socotrin .

Le Baume Tranquille, inventé par le capucin Aignan, en religion Père Tranquille. Il est composé de feuilles de belladone, de jusquiame, de morelle, de nicotiane, de pavot, de stramonium ; de sommités d'absinthe, d'hysope, de lavande, de marjolaine, de menthe aquatique, de menthe-coq, de millepertuis, de rue, de sauge, de thym ; de fleurs de sureau, de romarin ; d'huile d'olive.

o Quand on veut le faire encore meilleur, écrit le père Rousseau, collaborateur du père Tranquille, on y ajoute autant de gros crapauds vifs qu'il y a de livres d'huile ; lesquels il faut faire bouillir jusques à tant qu'ils soient presque brûlez dans l'huile, avec laquelle leur suc et leur graisse se mêle et augmente beaucoup l'excellence du remède «. Il passait pour guérir à peu près tous les maux, et il jouissait d'une grande vogue au XVIP siècle.

Madame de Sévigné, que nous retrouvons toujours quand il s'agit d'apprécier un bon remède, écrivait à sa fille le 15 décembre 1684 : « Je vous envoie ce que j'ai de plus précieux, qui est ma demi-bouteille de baume

tranquille. Je ne pus jamais l'avoir entière ; les capucins n'en ont plus » (1).

L'emplâtre de Vigo fut composé à la fin du X V« siècle par Jean de Vigo, de Gênes, premier chirurgien du pape Jules II. Cet emplâtre reçut d'abord le nom à' Emplâtre de Ranis, par suite de la présence de grenouilles dans sa composition. Il y entrait également des vers de terre et de la graisse de vipères. Plus tard on y ajouta du mercure, d'où le nom à! Emplâtre de Vigo cum mercurio. Dans les formulaires actuels, on a retiré les grenouilles, les vers de terre et la graisse de vipères, pour ne laisser que la cire, la poix résine, la gomme ammoniaque, le bdellium, l'oliban, la myrrhe, la poudre de safran, le mercure, la térébenthine, le styrax liquide, l'huile volatile de lavande, qui étaient compris dans la formule primitive. Les malades ne s'en trouvent pas plus mal.

L'onguent Basilicum, maturatif excitant, a été inventé par Mésué au IX° siècle. Il tire son nom de « ^KijLki(7xoç2 petit roi n, h cause de sa supériorité. On l'avait d'abord appelé Tetrapharmacum, parce qu'il contient quatre substances : la poix, la résine, la cire et l'huile.

L'onguent Canet, composé principalement de diachylon, de cire jaune, d'huile d'olive et de colcothar. C'est un astringent résolutif inventé, vers le milieu du XVIIP siècle, par le charlatan Canet.

L'onguent de la mère, inventé vers le milieu du XVIP siècle par une religieuse de Port-Royal, sœur Agnès de Sainte Thècle, tante de/. Racine. Il entre

(1) Franklin,

DE l'histoire des REMÈDES

dans cet onguent de l'huile d'olive^ de la graisse de porc, du beurre, du suif de mouton, de la cire jaune, de la litharge et de la poix noire. Il est employé comme maturatif.

L'onguent Populéum, sédatif, composé pav Myrepsus au XIIP siècle, et dont voici la formule : bourgeons de peuplier ; feuilles de pavot, de belladone, de jusquiame, de morelle ; graisse de porc.

Le Diascordium, électuaire astringent et narcotique, composé de feuilles de scordium (auxquelles il doit son nom) ; de roses rouges ; de racines de bistorte, de gentiane et de tormentille; de semences d'épine vinette; de cassia lignea, de cannelle, de dictame de Crète, de styrax calamité, de galbanum, de gomme arabique, de gingembre, de poivre long, d'extrait vineux d'opium, de bol d'Arménie, de miel rosat et de vin d'Espagne. Il a été inventé par Frascator, médecin italien, qui vivait au commencement du XVP siècle.

Le Laudanum^ qui contient de l'opium, du safran, de la cannelle, de la girofle et du vin de Malaga, fut formulé (en 1669) par Thomas Sydenham, savant médecin, né à Windfor-Eagle en 1624.

L'Eau de mélisse des Carmes, 1725.

L'Eau de Rabel, mélange d'acide sulfurique et d'alcool, 1760.

L'Elixir de Garus, qui n'est rien autre que l'Elixir de Propriété inventé par Paracelse et qu'un épicier du nom de Garus chercha à imiter, 1640. Pour faire cet Elixir, on se sert d'aloès socotrin, de myrrhe, de safran, de cannelle, de girofle, de noix muscade, d'alcool et d'eau de fleurs d'oranger.

La Poudre de Dower.

La Poudre d'yeux d'écrevisse.

Le Remède de Durande, spécifique contre les calculs hépatiques, et dont la formule (essence de térébenthine et éther) a été donnée en 1770.

Les -pilules -purgatives écossaises, formulées par Anderson, d'Edimbourg, en 1635. Elles comprenaient autrefois de l'agaric blanc, du sel de lartre, de la gomme arabique, de la myrrhe, de l'huile de ricin, du sirop de nerprun, du sel de nitre, de l'extrait de genièvre et de l'aloès socotrin. On les prépare aujourd'hui avec de l'aloès Barbades, de la gomme-gutte, de l'huile volatile, d'anis et du miel.

Les pilules balsamiques de Morton, médecin anglais, né en 1635 dans un village du comté de Sulfolk ; ces pilules contiennent de la poudre de cloportes, de la gomme ammoniaque, des fleurs de benjoin, de la poudre de safi'an, du baume de tolu et du soufre anisé.

Les pilules de Cynoglosse, composées ipar Alexandre de Tralles, et que Mésué a décrites sous le nom de leur effet : « catapotia ad catarrhum, coryzam, iussim, aliosque his succedentes affectas ». Il entre dans la composition de ces pilules : de l'écorce sèche de racine de cynoglosse, des semences de jusquiame, de l'extrait d'opium, de la myrrhe, de l'oliban, du safran, du castoréum et du sirop de miel .

Il nous paraît superflu de prolonger ces citations qui, pour la plupart, ne feraient que reproduire les spécimens des nombreuses recettes polypharmaceutiques d'autrefois. En réunissant dans la même formule une foule de substances diverses, les médecins espéraient que l'une d'entre elles au moins combattrait sûrement la maladie.

Plusieurs savants thérapeutistes, nous l'avons vu, se sont élevés contre ces étranges amalgames, et Michel Montaigne, qui pourtant n'était pas médecin, avait également écrit à ce propos : « De tout cet amas ayant fait une mixtion de breuviage, n'est-ce pas quelque resverie d'espérer que ses vertus s'aillent divisant et triant de cette confusion, et meslange, pour courir à charges si diverses ? Je craindrais infiniment qu'elles perdissent ou échangeassent leurs étiquettes et troublassent leurs quartiers. Et qui pourrait s'imaginer qu'en cette confusion liquide, ces facultés ne se corrompent, confondent et altèrent l'une l'autre ? »

Aujourd'hui que nous possédons une multitude d'agents doués d'une grande énergie d'action, le moment n'est pas éloigné où tous les praticiens reconnaîtront que l'efficacité d'une formule dépend davantage de sa simplicité que d'une trop grande complexité.

Dans l'aperçu que nous venons de donner, nous avons vu que l'art de guérir était à l'origine tout empirique, et que le hasard régnait en maître ; nous l'avons suivi à travers mille péripéties produites par les erreurs, les tâtonnements, les préjugés, les défaillances de l'esprit, les enthousiasmes irréfléchis et tous les dénigrements systématiques.

Sans connaissances anatomiques et physiologiques ou du moins avec des notions bien incomplètes et le plus souvent erronées, les anciens ne pouvaient apprécier le

véritable siège du mal^ ni la nature, ni le développement des affections morbides.

A la place de la science exacte qu'ils ne faisaient qu'entrevoir très vaguement, ils ont mis en avant des hypothèses, qui ont été le point de départ des différents systèmes que nous avons signalés. Nés des lacunes des sciences accessoires, ainsi que d'une fausse interprétation du mal physique et du remède destiné à le combattre, ces systèmes ont tour à tour entravé la marche de la science et retardé les progrès de la thérapeutique.

Principales découvertes qui ont contribué aux progrès de l'art de guérir pendant le XIX« Siècle

Sans vouloir nous étendre sur les admirables progrès obtenus dans le XIX^ Siècle, sujet qui appartient à une plume plus autorisée que la nôtre, disons seulement que la thérapeutique, pour parvenir à son état actuel, a largement profité des grandes découvertes opérées dans les sciences qui lui prêtent leur concours.

L'Anatomie normale, l'Histologie, la Physiologie, l'Anatomie pathologique et la Pathogénie, arrivées aujourd'hui à un remarquable degré de perfection, ont permis de ne plus voir dans la maladie un être distinct, un ennemi qui s'acharne sur le corps, comme on le croyait autrefois, mais un acte physiologique dévié de son type normal.

DE l'histoire des REMÈDES 145

La Physique a sensiblement agrandi le champ d'investigations de la médecine en lui apportant une foule de nouveaux appareils tels que :

Le Myographej appareil destiné à mesurer la vitesse des contractions musculaires.

(Helmholtz et Makcy).

Le Dynamomètre, destiné à mesurer la force musculaire.

Les Densimètres.

U Hémomètre, qui sert à mesurer la pression latérale

ou la tension du sang.

(Hales, Magendie, Ludwig, Vierordt, Valentin).

Le Cardiographe, qui mesure les battements du cœur.

(Marcy).

n Hémodromomètre, qui sert à mesurer la vitesse du sang.

Le Spht/gmographe, qui sert à enregistrer les pulsations des artères.

(ID.)

Le Spiromètre, qui indique la quantité d'air introduit dans les poumons.

(Hutchinson).

Le Laryngoscope, pour l'exploration du larynx.

(Garcia^ Czermak).

L'Endoscope, pour l'exploration de l'urèthre et de la vessie.

(Desormeau).

Le Rhinoscope, pour l'examen des fosses nasales.

(Czermak) .

L'Ophthalmoscope, pour l'examen du fond de l'œil.

(Helmholtz — 1851).

L'Otoscope, pour l'examen de l'oreille.

Le Microscope, instrument inventé par Janssen, opticien Hollandais, en 1590. C'est aux différents perfectionnements apportés dans ce précieux instrument que nous sommes redevables des plus belles découvertes en anatomie, en chimie et dans les sciences naturelles. Sans lui, aurait-on jamais tant parlé des Microbes, et ces intéressants animalcules ne seraient-ils pomt restés bien tranquilles dans leurs évolutions.

Le Thermomètre.

Les Appareils Electriques.

C'est encore à la Physique que nous devons l'Auscultation, la Percussion, les Cloches pneumatiques, les Ventouses, les Applications météorologiques, etc.

La Chimie, cette belle science toute Française à peine née d'hier, est intervenue également dans l'analyse de l'air, des gaz, des eaux et des lieux, dans l'alimentation, dans les analyses du sang et des différents produits de sécrétion et d'excrétion, dans les moyens de reconnaître les produits falsifiés et les poisons.

C'est à cette science que nous devons une de nos plus belles découvertes : V Ethérisation, qui délivre l'homme d'une de ses plus cruelles épreuves, la douleur.

L'idée de chercher à détruire ou à diminuer la douleur est aussi ancienne que la médecine.

Les Assyriens employaient la compression pour déterminer un certain degré d'insensibilisation. Les Egyptiens appliquaient sur la région à opérer une pierre appelée Memphitis qui, réduite en poudre et délayée dans du vinaigre, avait (probablement par un dégagement d'acide carbonique) la propriété de faire perdre la

sensibilité. Pline et Dioscoride donnent les formules des boissons variées que les chirurgiens administraient de leur temps, et nous les voyons avoir surtout recours au vin de mandragore.

L'histoire nous rappelle qn' Annibal , envoyé par les Carthaginois contre les Africains révoltés, en fit usage contre les barbares. Simulant une retraite après le combat, il abandonna sur le champ de bataille quelques vases remplis de vin dans lesquels il avait mis macérer des racines de mandragore. Les ennemis burent sans défiance cette liqueur, mais bientôt ils tombèrent dans la stupeur. Ce grand capitaine, revenant sur ses pas, dut à cet artifice une victoire facile. L'usage du vin de mandragore fut pour ainsi dire général du douzième au seizième siècle.

Un fait à noter, c'est que déjà, dès le troisième siècle, les préparations insensibilisantes étaient aussi données par inhalation, a Des éponges étaient imbibées d'un suc concentré de mandragore, de ciguë, de jusquiame, exposées au soleil et séchées. Puis, au moment de les utiliser, on les plongeait dans l'eau chaude et on les donnait à « odorer » au patient, qui ne tardait pas à s'endormir (1).

Outre la mandragore, la ciguë et la jusquiame, les propriétés stupéfiantes de l'opium, de la laitue, du chanvre indien, de la morelle, de la stramoine, de la belladone, étaient également recherchées, ainsi que les irrigations froides et l'application de la glace. Le froid, en effet, produit de l'engourdissement et de l'insensibilité. Après la bataille d'Eylau, Larrey remarqua

(1) Lagneau.

chez les nombreux blessés qu'il fut obligé d'amputer par un froid très intense, un amoindrissement notable de la douleur. On alla même jusqu'à rechercher dans le magnétisme et l'ivresse alcoolique, des moyens d'insensibilisation. Malheureusement^ ces différents agents presque toujours dangereux, étaient très inconstants dans leurs effets auesthésiques, ce qui faisait dire à VelpeaUj dans son traité de médecine opératoire publié en 1839 : " Eviter la douleur dans les opérations est une chimère qu'il n'est point permis de poursuivre aujourd'hui. » Quand tout à coup, en 1846, apparut la véritable méthode anesthésique.

Déjà, en 1798^ Beddoès, dans le but d'étudier les propriétés chimiques du gaz, avait fondé à Bristol un institut pneumatique et avait placé à la tête de son laboratoire un jeune homme très intelligent, Humphey Daoy, alors âgé de 20 ans. Par le plus singulier des hasards^ ce jeune chimiste commença par étudier le protoxyde d'azote et par de nombreuses expériences en constata positivement l'effet exhilarant et insensibilisant. Le bruit d'une aussi précieuse découverte se répandit rapidement et parvint à la connaissance d'Horace WelSj dentiste à Hartford^ petite ville du comté de Conneciicut. Il ût sur lui-même plusieurs essais, et à la suite d'inhalations de protoxyde d'azote, se lit arracher une dent^ sans qu'il en ressentit la moindre douleur. Assuré de l'efficacité de ce gaz^ il voulut tenter une expérience publique à la Faculté de médecine de Boston et choisit pour cela un malade à qui justement on devait faire une évulsion dentaire. Malencontreusement, soit par suite de la variabilité d'action du protoxyde d'azote^ soit à cause d'une préparation défectueuse, le gaz ne produisit aucun effet, et le patient poussa de tels cris^ que toute

DE l'histoire des REMÈDES

l'assemblée se mit à rire et à siffler le malheureux opérateur. Wels se retira désappointé et la tristesse clans l'âme. Quelques années plus tard, cet homme, qui avait participé à la découverte de l'anesthésie, mais qui n'avait pas été favorisé par les circonstances, oublié de tous et poursuivi par des revers de fortune, tomba dans un profond découragement et se donna la mort.

En 1842, le docteur Jackson entreprit de continuer les expériences de JDavrj et de Wels. Un jour qu'il était enrhumé et tourmenté par la toux, il se mit à respirer de l'Ether dont il connaissait les propriétés antispasmodiques, mais en ayant aspiré une assez grande quantité, il ressentit quelques effets d'insensibilisation, et le hasard fut ainsi la cause de la découverte de l'Ethérisation.

En 1846, Jackson fit part de sa découverte à un dentiste, William Morton, qui, à l'aide de ce procédé, réussit à extraire des dents sans occasionner la moindre douleur. Ceux qui en avaient été témoins, l'employèrent à leur tour, et c'est ainsi que l'anesthésie produite par l'Ethérisation tomba dans le domaine public.

Tandis que toutes ces expériences s'opéraient à l'étranger, Jobert de Lamhalle, le premier en France, constata les effets stupéfiants de l'Ether. Ses expériences furent reprises par Malgaigne, Velpeau, Roux, Laugier, etc.

Le 10 Novembre 1847, Simpson, professeur à l'Université d'Edimbourg, faisait connaître les propriétés anesthésiques du Chloroforme, et Flourens communiquait à l'Académie des Sciences, les résultats de ses expériences sur le même sujet (1).

(1) Figuier.

Aujourd'hui le Chloroforme est généralement employé pour l'anesthésie par la plupart des chirurgiens qui le préfèrent à l'Ether à cause de la facilité de son administration, de la rapidité de son action et de la plus longue durée de son pouvoir insensibilisant.

C'est à la Chimie que nous sommes redevables d'une multitude d'agents curatifs. Dans l'analyse des plantes médicinales, elle a pu réaliser le rêve Paracelse,recherchant la quintescencede chaque corps. Ces fameux arcanes sont aujourd'hui dévoilés sous la forme d'alcaloïdes, de glucosides, d'huiles essentielles et d'autres principes actifs.

Nous trouvons d'abord les principaux alcaloïdes :

Berbérine, Théobromine^ Vératrine, Bibirine, Spartéine, Pélosine, Codéine, Morphine, Narcéine, Papavérine, Chélidonine, Harmaline, Harmine^, Pipérine, Aconitine^ Aricine, Arbutine, Aspidospermine, Boldine, Cinchonine, Cinchonidine, Quinine, Quinidine, Caféine, Atropine, Nicotine, Solanine^ Brucine, Strychnine, Igasurine, Aricine, Alétrine, Anémonine, Azadirine, Atropamine, Buxine, Capsicine, Carapine, Chélidonine, Cocaïne, Colchicine, Curarine, Delphine, Ergotinine, Escrine, Duboisine, Elatérine^ Erythrophléine, Emétiue^ Ephédrine^ Eupatorine, Euphorbine, Gelsémine, Géranine, Hydrastinine, Hydrastine, Hyoscyamine,Hyoscine, Jamaïcine, Lobéline, Lantanine, Ménispermine, Mandragorine, Paraménispermine, Péreirine^ Pilocarpine, Picrotoxme, Sabadilline, Sanguinarine, Somniférine, Parthénine.

Nous voyons ensuite les glucosides : Adonidine, Arbutine, Convallamarine, Convallarine, Digitaline^

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Onabaïne, Solanine, Strophantine, Rhinanthine, Baptisine, Vemonine.

Nous avons enfin toute la nouvelle série des principes actifs, des extraits, des acides, des sels et des autres produits : Absinthine, Acétal, Acide anisique, Acide camphorique, Acide benzoïque, Acide gynocardique, Acide osmique, Acide oxynaphioïque, Acide chrysoplianique, Acide pyrogallique, Acide phénylacétique, Acide trichloracétique, Acide salicylique, Agaricine, Alaninate de mercure, Anisate de soude, Antipyrine ou Dimétliylphénylpyrazolone, Antiseptol, Antithermine, Aristol, Apiol, Aseptol, Benzanilide, Bromoforme, Bromol, Bromure d'étyle, Bromure de nickel, Bromure d'or, (Bromure de potassium, de sodium, de calcium, d'ammonium), Canadol, Cantharidine, Chloralamide, Chlorhydrate d'apomorphine, d'hydroxylamine, de kairine, d'orexine, de pilocarpine. Chlorure de méthylène, Chrysarobine, Cotoïne, Créoline, Crésalol, Crésotinate desoude, Crésylol, Croton-Chloral,Curarine, Désinfectol, Dithiosalicylale de soude, Diurétine, Embélate d'ammoniaque, Ethoxycaféine, Eucalyptol, Eugénol, Eulyptol, Euphorine, Evonymine, Exalgine (orthométhylacétanilide), Fluo-Silicate de soude, Gaïacol, Hélénine, Hippurate de chaux, de lithine, Hydracétine, Hydrasténine, Hydrate d'amylène, Hydronaphtol, Hydroquinone, Hypnal, Hypnone, Icthyol, lodol, lodure d'amyle, lodure d'éthyle, Iridine, Kairine, Kératine, Leptandrine, Lipanine, Lupuline, Lysol, Méco-Narcéine, Menthol, Métachloral, Méthacétine, Méthylal, Méthylsatol, MoUine, Morrhuol, Myrtol, Naphtaline, Naphtol (« et j3), Nitrate de pilocarpine, Nitrite d'amyle, Ortbine, Oxalate de cérium, Papaïne, Para-Cotoïne, Paraldéhyde, Peptone hydrargirique, Permanganate de zinc, Phénacétine,

Phénylméthane, Phtalate de morphine, Picrate d'ammoniaque, Pipérazidiue, Pipéronal, Podophyllotoxine, Pyridine, Pyrodinc, Quassine, Quinoline, Résorcine, Rétinol, Saccharine, Sab'cine, Salicylate de bismuth, de cérium, d'ésérine de soude, de lithine, Sahpyrine, Salol, Santoninoxyme, Somnal, Sozoiodol de mercure, de potasse, de soude, de zmc, Sulfaminol, Sulfate de spartéinc, de thalline, de vératrine, Sulfonal, Tartrate de quinoUne, de thaUine, Tellurate de potasse, de soude, Térébène, Terpine, Terpinol, Thiol, Thiorésorcine, Traumaticine, Tribomure d'allyle, Trichlorophénol, Trinitrine, Trypsine, Ural, Uréthane, Vaniline, Viburnine, Valérianate d'amyle, de cérium, de véralrine, XyloI, etc.

La Botanique, après avoir comblé la matière médicale de tant de substances utiles, nous offre encore de nouveaux remèdes, tels que : l'Adonis vernalis, l'Ailanthus glandulosa, l'Aletris farinosa, l'Alstonia, l'Ai vélos, l'Apocynum cannabinum, l'Araroba^ la Sabline rouge, le Sassafras australien, le Lilas des Indes, l'Ecorce de Baobab^ le Gurjum, le Berberis asiatica, le Boldo, le Cascara sagrada, le Coto, le Damiana, le Rossolis, l'Erigeron, l'Eucalyptus, l'Evonymin, le Gelsemium, le Géranium maculatum, la Grindelie robuste, le Guaco, le Guarana, l'Hamamelis virginica, l'Hoang-Nan, le Gynocardia, le Jatropha curcas, l'Hydrastis, le Jacaranda, le Jambul, le Jaborandi, le Jéquirity, le Juglandin, le Kaladana, le Chanvre du Canada, le Kamala, le Kava, le Kola, la Veronica virginica, le Maté, la Noix d'Arec, le Pambotano, le Picao de Praia, le Pichy, lé Piscidia erythrina, la Podophylle, le Quebracho, le Sumac odorant, le Strophantus, le Viburnum prunifolium, elc.

DE l'histoire des REMÈDES

La Zoologie, débarrassée des erreurs grossières d'autrefois, continue de fournir à l'art de guérir son modeste contingent.

A l'aide de ces connaissances obtenues par une longue expérience et une sage observation ; à l'aide des grands travaux de thérapeutique des Trousseau et des Pidoux, des Bouchardat , des Guhler, des Ferrand, des Fonssagrwes,àQS Dujardin-Beaumetz, des Hai/em et de tant d'autres savants cliniciens, le médicament est devenu entre les mains du médecin habile un agent capable de ramener scientifiquement à l'état sain les organes et leurs fonctions déviés de leur type normal.

Pour terminer, nous rappellerons les paroles de notre excellent maître, le D"" Martin-Damouretie, qui a pu entendre proclamer ses leçons, les cours les mieux faits de tout Paris :

« Dès aujourd'hui la thérapeutique s'appuyant sur une base physiologique et expérimentale, rationnelle et positive, a le droit d'être considérée comme l'égale de toutes les autres sciences. »

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