D'une mechine me ramemhre
Ki sent valoir a mal de membre :
La primerole me trihlés, Avec oint sur le mal metés .
Je me rappelle un remède qui paraît avoir de l'efficacité contre les douleurs de membres : il faut écraser des primevères et les appliquer sur le mal avec de la graisse.
80. — *Se vous volés savoir se uns hom mora u non, quand il est malades, prendés sen orine et se le metés en un vaisiel, et faites une feme ki nourise un oir malle dégoûter de son lait ens, se vous vées le lait Jloter, il mora, et se li lais se melle avec l'orine, si puet bien warir. Et a le feme s'ele est malade, prendés le lait d'une feme ausi com devant ki nourisse une puciele.
Voulez-vous savoir si un homme malade mourra ou non ; mettez de son urine dans un vase, et faites-y goutter le lait d'une femme qui nourrit un garçon à la noire chevelure ; si vous voyez le lait se maintenir à la surface, il mourra ; mais si le lait se mélange avec l'urine, le malade a des chances de guérir. Si c'est une femme qui est malade, prenez également le lait d'une femme qui nourrit une fille. (1)
(1) On trouve l'origine de ceUe expérience chez les Indiens. Ainsi les médecins de Malabar remplissent un vase de l'urine du malade et y laissent tomber une goutte d'huile pure : si la goutte s'enfonce dans l'urine et s'y arrête, le malade mourra; au contraire ils assurent avec confiance, qu'il en échappera, si la goutte d'huile nage sur la surface de l'urine. Eloy, Dict. Hist. de la médecine.
DE l'histoire des REMÈDES
La rédaction du recueil dont nous venons de donner quelques curieux extraits, porte bien l'empreinte de la rudesse et de la naïveté qu'offrait la langue romane vulgaire au XIIP siècle, et on en retrouve encore des traces dans le patois actuel du Cambrésis. Aussi toutes les recettes se ressentent de l'étraugeté de cet idiome, et l'importance médicale de quelques-unes échappe de cette façon à bien des esprits.
Monsieur Salmon, ancien élève de l'école des Chartes, qui a fait une étude spéciale de ces recettes au point de vue purement littéraire, les considère comme des remèdes populaires. Mais nous ne pouvons admettre comme populaire que le langage qui a servi aies exprimer. En effet, d'après nos recherches dans les auteurs anciens et dans ceux du moyen âge, d'après le rapprochement de leurs formules avec celles que nous venons d'énumérer, il nous est permis d'alErmer que ces remèdes n'étaient pas uniquement employés par le peuple, mais qu'ils faisaient bien partie de la science thérapeutique des médecins les plus éruditsde cette époque. N'avons-nous pas vu Dioscoride employer dans les mêmes cas des substances tout à fait analogues. Galien lui-même, à côté de recettes semblables en conseillait de bien moins rationnelles encore. Hippocrate, Pline, Lusitanus, Celse, Sérapion, Mesué, Avicenne, Ort6ase et beaucoup d'autres célébrités n'avaient point laissé de meilleures prescriptions. Après de tels maîtres, et à la suite d'une longue période de décadence, que pouvaient donc trouver de mieux les médecins du temps qui n'étaient pour la plupart que d'aveugles imitateurs.
Pour bien juger des oeuvres scientifiques, il faut avant tout se mettre à la hauteur de l'état des esprits, du milieu et de l'époque où elles apparaissent.
C'était déjà faire preuve de connaissances assez sérieuses que d'employer contre la faiblesse des yeux, le plantain qui passait anciennement pour être un excellent vulnéraire et astringent, et qui, après les travaux de Thémison, a continué longtemps d'être employé dans les affections oculaires ; de se servir contre les piqûres d'abeilles, de la mauve qui est adoucissante ; de conseiller contre les brûlures la millefeuille et le cumin, plantes styptiques et résolutives ; de recommander contre les blessures, l'aigremoine encore employée de nos jours comme astringente. La plupart des plantes : l'absinthe, l'armoise, l'ache, lé cresson, le cerfeuil, le chèvrefeuille, la chélidoine, le fenouil, le gingembre, le hêtre, la morelle, la menthe, l'hysope, le pouliot, la rue, etc., ne sont jamais conseillées à contre-temps^ mais toujours suivant l'indication de propriétés qu'on leur reconnaît encore aujourd'hui.
A côté de l'utilisation des simples, on remarque combien il est souvent question de frictions, d'applications d'onguents et d'emplâtres. Cette méthode de traitement si employée dans l'antiquité, était tout à fait de mode au moyen âge . C'était par centaines que l'on comptait les diverses espèces d'onguents et d'emplâtres. Partout où il s'agissait de pansement, on voyait figurer ces invariables topiques.
Dans son bel ouvrage sur la chevalerie, Monsieur Léon Gautier nous fait voir les mires sur les champs de bataille avec une telle provision d'onguents que l'on ne pouvait les contempler sans rire. Quelque soldat avait-il été blessé, les mires se hâtaient dé laver les plaies et de les couvrir d'onguents. Quelque malheureux avait-il un membre cassé, les mires le liaient et lui appliquaient aussitôt un emplâtre qu'ils assujettissaient avec du
DE l'histoire des REMÈDES
linge; Après cela, ils administraient une potion dormitive, et se confiaient pour finir à la bonté du Médecin céleste qui seul pouvait achever la guérison.
Quelques citations rapportées par le même auteur et tirées des : « Remèdes d'après la médecine rudimentaire », nous parlent encore de quelques-uns de ces onguents et emplâtres.
« Si metent onguement pour li miex clievauchier » .
Doon^ de Maience.
« L'emplastre mistrent^ Les bandiaux ont assis ».
Garins li Loherains.
« Le bras relient, s'ont les emplastres mis » .
Maistre Guerris.
« Puis prist un oigement k'il avoit mervillos- » .
Renaus de Montauban.
Dans les traductions que nous avons données plus haut, l'attention est également attirée sur l'emploi de certains remèdes tels que la graisse d'oie, de chapon ; les mouches ; les hmaçons ; le fiel de bœuf, de lièvre, de chèvre ; l'huile de lézard ; ainsi que sur certaines pratiques superstitieuses.
Tout cela évidemment paraît bien étrange, et l'efiicacité de ces remèdes semble plus que douteuse. Tous les peuples cependant, et leurs médecins les plus célèbres que nous avons cités, sont tombés dans ces aberrations.
Dans les siècles qui suivirent le moyen âge, et jusqu'au commencement même du dix-neuvième siècle, on alla encore plus loin dans l'erreur, et la thérapeutique tomba dans les plus grossières exagérations, cherchant, dans tout ce qu'offrait la nature, à utiliser les parties les plus répugnantes et les moins utilisables.
Avant de terminer notre appréciation sur le recueil qui nous intéresse, nous ferons observer qu'il est loin
d'être complet, et qu'une partie des recettes a dû. être égarée ; il est en effet précédé d'une introduction donnant l'explication de la théorie humorale de Constantin, Galien et Hippocrate. « Constentius et maistre Galienset Ypocras nom tiesmoignent que cascuns cors humains est fais de iiij. humeurs, et selonc ses humeurs ont ils diverses meurs : sanc, fieume, et rouge cole et mélancolie »
Ce préambule devait, selon nous, s'appliquer à un traité beaucoup plus étendu que celui que nous venons de présenter.
L'auteur Nicolas de Gorram, moine de la Métropole de Cambrai, ne nous renseigne pas à ce sujet ; mais, il est à supposer que ce moine qui tout au moins s'occupait de médecine, s'il n'exerçait pas la profession de médecin, a choisi diverses formules de traitement dans des manuscrits grecs ou latins, et les a traduites en langue romane rustique pour les faire comprendre à la foule privée de secours médicaux (1).
Quoiqu'il en soit, ce recueil abrégé constitue au point de vue médical une grande rareté, car les ouvrages de thérapeutique traduits en langue romane étaient presque inconnus au moyen âge. Les autres manuscrits n'étaient pas plus répandus. On s'en convaincra facilement, en sachant que la bibliothèque de la Faculté de médecine de Paris ne contenait au XIIP siècle, que neuf ouvrages, qui bien longtemps furent les seuls guides de nos premiers prédécesseurs sur les bancs de l'école de médecine.
(1) Au temps du moyen âge, le manque de médecins pour le peuple faisait que bien des malheureux restaient sans secours. Les nobles et les riches avaient pour eux les docteurs de Salerne, des médecins juifs et arabes ; les serfs et les manants devaient se contenter des sorciers et des sorcières.
DE l'histoire des REMÈDES
La Thérapeutique au XIV« et au XV» siècle. Paracelse et riatro-chimie.
Le XIV« et le XV« siècle n'apportèrent point de nouvelles pierres à l'édifice des sciences thérapeutiques. Au contraire, le succès qu'obtenaient alors l'astrologie judiciaire et les autres parties de la théosophie dont étaient remplis les livres arabes presque seuls consultés, fut un véritable obstacle à l'avancement de l'art de guérir.
On doit pourtant noter à cette époque le commencement des études anatomiques sur les cadavres humains. En 1315, et pour la première fois depuis seize siècles, Mundini de Zu^^i^ professeur d'anatomie' à ^oZof^ne, entreprit de disséquer publiquement deux cadavres.
Dès 1376, les dissections furent autorisées, et c'est ce qui prépara les progrès futurs .
A la fin du XV^ siècle, plusieurs événements contribuèrent à une sorte de renaissance des sciences en France. Ce fut d'abord la prise de Constantinople par les Turcs, en 1453, qui permit d'introduire dans notre pays tous les manuscrits grecs et latins que cette ville avait conservés. Ce fut ensuite l'importation de l'imprimerie à Paris, en 1470, qui donna le moyen de répandre les traductions des ouvrages anciens.
En 1493, nous voyons apparaître Paracelse, une des figures les plus marquantes, mais aussi une des plus étranges de son époque. S'insurgeant contre les dogmes dominants des écoles, il chercha à faire disparaître le vieil édifice de la thérapeutique en renversant la théorie des quatre éléments ainsi que les explications humorales, bases de toute la médecme d'alors.
Après avoir rejeté l'autorité à' Hippocraie, de Galien
et à'Aoicennej il sema dans ses ouvrages des aperçus profonds d'un grand esprit d'observation et des notions plus parfaites du corps humain ; mais il ne put se défendre de l'influence de la magie et de l'astrologie auxquelles le rattachaient ses connaissances en alchimie.
Il admit 5 ordres principaux d'influences morbifiques :
1° L'influence astrale, (ens astrale) ;
2° L'influence du mauvais régime, (ens veneni) ;
3° L'influence naturelle, (ens naturale) ;
4° L'influence spirite, (ens spiritale) ;
5° L'influence divine, (ens Dei).
Selon lui, le corps de l'homme contenait, outre les principes constituants connus, du mercure, du soufre et du sel ; les maladies résultaient de la corruption ou de la disproportion de ces éléments. Pour rétablir la santé, il fallait par des remèdes minéraux purger le minéral atteint, et c'est ainsi qu'il mit en honneur V latro-chimie ou traitement par lés procédés chimiques, et qu'il fut le promoteur d'une médecine substitutive des plus énergiques.
Ûne de ses gloires fut l'inauguration de la méthode analytique destinée à extraire les arcanes ou principes actifs des corps. Bannissant de la thérapeutique les formules complexes, les décoctions^ les sirops, etc., il les remplaça par des teintures, des essences et des extraits, en un mot parla quintescence (l)des substances médicamenteuses .
(1) « L'idée d'extraire le principe actif d'une substance, qu'on lui donne le nom d'arcane, de quintescence ou de force vive, est l'origine de toutes les découvertes récentes dont chacune a fait la fortune et la gloire de son auteur. La quinine, la morphine, la vératrine, la saotonine, etc., sont des couronnes posthumes à déposer sur la tête de Paracelse ».
Bouchut, Hist. de la mid.
DE l'histoire des REMÈDES
C'est à lui qu'on doit la création de la spécificité des remèdes propres à combattre chaque maladie en particulier. Ce fut lui également qui mit en avant cette grande vérité que certains poisons pouvaient être employés avec succès comme remèdes. Par suite, nous lui devons la connaissance des préparations du soufre, des préparations du mercure, que le premier il employa à l'intérieur, de l'arsenic, de l'aulimoine (1), du zinc, du fer, du plomb, de l'alumine, des carbonates alcalins et de l'opium.
Il condamna la saignée qui enlève ce qui est le plus nécessaire à l'entretien de la vie. D'après la même manière de voir, il proscrivit aussi les purgatifs.
(1) Aucun Agent thérapeutique ne fut l'objet de tant de controverses que l'Antimoine. Suivant une légende, Basile Valentin, moine bénédictin d'Erfurth, isola le premier, en 1510, un métal qu'il administra à des porcs, pour en faire l'essai ; ces animaux engraissèrent à vue d'œil. Après cet heureux résultat, il vint à l'idée de l'expérimentateur d'en faire prendre aux moines de son couvent, ce qui les rendit gravement malades. Basile Valentin en conclut que le nouveau métal convenait aux porcs, mais qu'il étaitnuisible aux moi- .nes, et il lui donna le nom d'Antimoine. Quelques années plus tard, Paracelse reprit l'étude de ce corps et en lit un éloge extravagant. En 1566, le Parlement de Paris, considérant l'Antimoine comme une substance délétère, en interdit l'usage. Vers 1620 fut découvert le Tartre-Stibié, qni donna lieu aux plus ardentes discussions. iJenawdot (en 1653) publia l'Antimoine justifié et \'A7itimoine triomphant. Les détracteurs de ce nouveau remède en furent exaspérés, ils y répondirent par le Rabat-joie de l'Antimoine que publia Jacques Perreau. Le Doyen de la Faculté de médecine : Guy P«<m lui-même, se mit aussi parmi ses adversaires^ et sans vouloir seulement l'expérimenter, combattit l'Antimoine avec sa verve caustique, qui le rendit si célèbre, appelant le Tartre-Stibié : Tartre-Stygié comme s'il conduisait sur les bords du Styx, tous ceux qui en prenaient. Enfin l'Antimoine finit par l'emporter, en guérissant le jeune Louis XIV, qui était tombé malade à Calais. Depuis, les Antimoniaux furent admis sans conteste dans la thérapeutique.
Des principaux novateurs dans l'art de guérir du XVI« siècle au commencement du XIX« siècle. — Les Humoristes modernes.
Pour avoir la liste complète des principaux novateurs dans l'art de guérir du XVP siècle au commencement du XIX® siècle, il faut citer, et tout en premier lieu, les Humoristes qui attribuaient la cause des maladies à l'altération primitive des humeurs dont ils déduisaient des caractères nosologiques et des indications curatives. Tout l'art de guérir se bornait à l'évacuation ou à la neutralisation des humeurs peccantes. C'est ainsi que l'effervescence de la bile était combattue par des purgatifs, et son âcreté par des narcotiques ; que les acidités de la lymphe étaient corrigées par des alcalis, des stimulants et des sudorifîques.
Nous avons déjà relaté les traces de l'humorisme dans les temps les plus reculés. Il est représenté ici notamment par Van-Helmont, Sylvius et Thomas Willis qui, à la simplicité de l'humorisme A' Hippocraie ont ajouté toutes les hypothèses des notions chimiatriques du temps.
Van-Helmont Jean- Baptiste, naquit à Bruxelles, 1577-1644. A l'exemple de Paracelse, il réduisit tout l'art de la médecine aux principes chimiques. Supprimant l'air et le feu des éléments, il n'admit comme cause pathogénique que la terre et l'eau, accordant aux humeurs dont elles sont la source des qualités de fermentation, d'effervescence, de calcination, de coagulation, d'acidité, d'alcalinité et d'épaisissement, qui jouent le rôle principal dans la production des maladies.
DE l'histoire des REMÈDES
11 reconnut l'existence de VArchée ou principe vital, qui suivant sa théorie occupait tous les organes et combattait les maladies. Très exalté et fort ambitieux, il prétendit posséder un remède à tous les maux, mais il ne sut pas lui-même en profiter. Deux de ses fils moururent de la peste ; sa femme et une de ses filles moururent par empoisonnement, et lui-même ne pût venir à bout d'une fièvre lente qui le consuma, malgré l'usage d'yeux d'écrevisses délayés dans du vin !
C'est à lui que l'on doit le traitement de la gale par le soufre et l'emploi de toutes sortes de stimulants pour provoquer l'archée aux crises salutaires.
A côté de ses découvertes de l'esprit de corne de cerf, de l'esprit de sang humain, du sel volatil huileux, on trouve jusqu'à la recommandation d'une ceinture de crapauds autour des reins, contre l'hydropisie ; et celle du sang de bouc contre l'hémoptysie.
Sylvius (François de le Boé) naquit à Hanau, Hesse, 1614-1672. 11 fut aussi un des promoteurs de l'humorisme-chimique. Selon lui, les hquides du corps humain ne contiennent que des acides ou des alcalis ; les solides ne sont que des appareils distillatoires ; et les altérations humorales ne consistent qu'en une certaine âcreté, cause générale de toutes les maladies .
Toute sa thérapeutique consistait à donner des médicaments chimiques contraires aux acides ou alcahns qu'il supposait être la cause du mal. Ainsi, par exemple, il prescrivait les purgatifs salins et les boissons acides dans les affections dues à l'effervescence alcaline de la bile ; et il administrait les absorbants dans ce qu'il appelait l'acrimonie de l'estomac, ce que nous faisons encore aujourd'hui. Puis, suivant l'indication, il recom-
mandait la saignée et les dépuratifs choisis parmi les purgatifs, les diurétiques, les diaphorétiques, etc.
Thomas- Willis naquit à Great-Bedwin, 1622-1675. Il fit faire à la médecine de grands progrès dans l'anatomie du cerveau, et s'occupa surtout du traitement de la peste et des maladies contagieuses. Partisan, lui aussi^ de la chimiatrie, il ne vit dans les sécrétions, dans les mouvements musculaires et dans la circulation, que des effets analogues à ceux de la fermentation. Sa thérapeutique se bornait à rechercher la modification des humeurs par la fermentation obtenue à l'aide des agents médicamenteux.
Le grand défaut des humoristes chimique? est d'avoir considéré le corps vivant comme un vase inerte. Ils n'ont pas tenu compte, tout d'abord, de l'influence du système nerveux qui accélère, ralentit ou suspend la marche des phénomènes chimiques dans l'économie méconnaissant le mécanisme fonctionnel et les véritables principes du corps humain, ils se sont appuyés sur des altérations humorales imaginaires, introduisant de nouveaux principes non reconnus de nos jours, le soufre, le mercure, le sel, l'arsenic, des substances acides, alcalines, putrides, causes de fermentations et d'effervescences partielles ou générales qui amenaient la maladie. Cette manière de voir ne pouvait amener que les plus fâcheux résultats en thérapeutique, puisqu'elle indiquait exclusivement l'emploi des alcalis, des acides ou de remèdes dangereux, pour empêcher la production de fermentations et d'effervescences qui n'existaient pas. Heureusement, ce système de l'humorisme chimique ne dura que quelques années, et fit bientôt place à un humorisme de plus en plus indépendant et rationnel, à mesure que
DE l'histoire des REMÈDES
se produisirent les découvertes de la circulation (1), des vaisseaux lymphatiques (2) et de la lymphe, du chyle, et que les différentes analyses chimiques et microscopiques, aidées de l'observation clinique, donnèrent la composition normale et pathologique des humeurs.
Malgré les reproches que nous pouvons faire aux chimiatres, nous leur sommes pourtant redevables d'un certain nombre de formules chimiques qui continuent d'être employées journellement.
Les Solidistes modernes
En opposition aux Humoristes se trouvent les Solidistes qui rapportaient toutes les maladies aux lésions des parfies solides de l'économie sans tenir compte de l'altération des humeurs.
Ce système revêtit plusieurs formes qui amenèrent dans la manière de traiter des différences absolues.
On compte parmi les Solidistes : Sanctorius, René Descartes, Alphonse Borelli, Laurent Bellini, Frédéric Hoffmann, Georges Baglivi, Hermann Boerhave, Haller, Cullen, Brown, Pinel, Rasori, Broussais.
Sanctorius, naquit à Capo-d'Istria, 1561-1636. Excellent observateur, il fît preuve de grande sagacité dans la découverte des maladies obscures. Dans sa réfutation des œuvres de Pline et de Dioscoride sur les propriétés
(1) Ce fut Guillaume Harvey qui découvrit la grande circulation, en 1615. La découverte de la petite circulation appartient à Michel Servet, Realdo Colombo et Cdsalpin.
(2) Les vaisseaux lymphatiques furent découverts par Rudbeck et Thomas Bartholin, en 1650. Gaspard Aselli avait découvert les vaisseaux chylifères, eu 1622.
des plantes, il signala les médicaments incertains et inutiles. Se montrant l'ennemi des empiriques, il s'éleva contre l'abus de la saignée.
La cause des maladies, suivant lui, résidait dans la superfluité des éléments retenus dans l'économie ; et la transpiration qui se fait par les pores offrait alors le plus grand secours que l'on pouvait attendre de la médecine. Il se pesa tous les jours pour surveiller les dispositions de son corps.
Très partisan de la diététique, il blâma les médecins qui prescrivaient trop d'aliments à leurs malades. Malheureusement la trop grande importance qu'il donna à la transpiration, porta les praticiens peu versés dans leur art à abuser de la méthode sudorifique.
Eené Descartes, né à la Haye en Touraine, 1596- 1650, fut l'inspirateur de l'Iatro-Mécanisme, système qui cherchait à tout expliquer par les principes de la mécanique. Il contribua à l'avancement de la médecine par ses idées philosophiques qui ramenaient tout à des lois universelles et à des causes simples.
Alphonse Borelli, naquit à Naples, 1608-1679. Il fut le véritable chef de la secte latro-Mathématicienne. Séduit par les progrès que l'apparition des sciences mathématiques avait fait faire aux sciences physiques, il espéra en tirer le même avantage pour la médecine, et soumit au calcul tous les phénomènes de l'économie vivante ; mais il ne réussit à appliquer son système qu'aux parties du corps subordonnées aux règles de la mécanique, c'est-à-dire aux os et aux muscles.
Laurent Bellini naquit à Florence, 1643-1704. Il fonda avec Borelli la secte latro-Mathématicienne qui soumettait la médecine aux lois rigoureuses et précises
DE l'histoire des REMÈDES
de la mécanique et des mathématiques. Bellini imprima k l'art de guérir une direction fausse, en considérant le corps de l'homme comme un assemblage de rouages unis en vertu des lois de la mécanique et de l'hydraulique.
La médecine serait devenue un art bien facile, si la détermination des remèdes avait pu se faire d'après des calculs rigoureux, partant de formules exactes et exprimées en chiffres.
Il oui)lia que l'homme n'est point seulement un composé de matière, mais qu'il subit l'influence d'un principe immatériel n'obéissant pas de la même façon que les corps inertes aux lois de la nature.
Frédéric Hoffmann, naquit à Halle (Saxe), 1660- 1742. Fondateur du dynamisme organique opposé au vitalisme, il considéra le corps humain comme une machine dont les mouvements s'exécutent suivant les lois propres à la matière organisée ; le sang par son action circulatoire maintenait toutes les parties du corps dans l'équilibre qui leur convenait. Il expliqua les maladies par l'excès de contraction des tissus produisant le spasme, ou par l'excès de dilatation produisant l'atonie. Sa thérapeutique comprenait les évacuants, les fortifiants, les sédatifs, les spécifiques, la saignée, les bains, etc.
On lui doit un excellent calmant : la liqueur d'Hofifman qui est un éther sulfurique alcoolisé.
Georges Baglivi, né à Raguse, 1668-1707, ne fut pas un doctrinaire systématique. Très érudit, il ramena la médecine à une sage observation de la nature, combattit les doctrines chimiques, et étudia spécialement les propriétés contractiles des parties solides du corps
humain. Pour lui, les causes de toutes les maladies consistaient dans le relâchement et dans la tension des fibres primitives de nos tissus. En thérapeutique il se montra franchement naturiste. II s'occupa de l'usage et de l'abus des vésicatoires.
Hermann Boerhave, naquit à Woorhout près de Leyde, 1668-1738. Médecin très célèbre, il tenta une vaste synthèse de la science médicale ; et, mélangeant le naturisme à! Hippocrate aux théories mécano-chimiques, il fit un éclectisme judicieux de toutes les doctrines de ses prédécesseurs.
Il admit des maladies par débilité et relâchement des fibres ; des maladies par excès de force, de rigidité et de tension ; des maladies par excès ou par défaut du mouvement circulatoire ; des maladies par vice simple et spontané des humeurs, tel que l'acrimonie du sang.
On lui doit la théorie de l'obstruction des vaisseaux par suite de tension ou d'atonie des fibres ; cette obstruction amenait différentes inflammations, traitées, en cas de tension, par les saignées, les bains, les émoUients ; et en cas d'atonie, par les irritants, les stimulants et les toniques.
Il se guérit d'un ulcère malin, en bassinant la plaie avec un mélange d'urine et de sel. Il fit en chimie une foule d'observations exactes et contribua à l'avancement de la botanique et des agents médicamenteux.
Haller, né à Berne, 1708-1777, créa la médecine physiologique en ramenant tout à l'incitabilité ou pouvoir des corps de se contracter. Pour lui, la force résidait dans la matière.
Il admit trois ordres de parties dans l'être vivant : 1° les parties irritables^ c'est-à-dire les fibres mus-
DE l'histoire des REMÈDES
culaires ; 2° les parties sensibles, c'est-à-dire les fibres nerveuses ; 3° les parties élastiqifes, ou parties non irritables ni sensibles.
Toute sa manière de traiter peut se limiter aux moyens de calmer ou d'augmenter la contractilité.
Cullen, médecin écossais, 1712-1790, ne s'occupa que des nerfs. Pour lui, la santé résultait du bon état de ces organes et la mort n'était occasionnée que par leur paralysie complète. Il admit que les impressions sur nos organes provenaient de modifications du système nerveux, et que l'excès dans ces modifications produisait Tincitabilité, puis le spasme, tandis que leur absence amenait l'atonie. Toute sa patliologie repose sur cet état spasmodique ou atonique. Ainsi l'inflammation était due au spasme des capillaires de la partie qui était le siège de quelque stimulation ; ce spasme provoquait l'action du cœur et la fièvre. Il considérait la faiblesse comme l'état dominant, et il y remédiait par des stimulants et des toniques.
Brown naquit dans le comté de Berwick, (Ecosse), 1736-1788. Il prit pour base de sa doctrine cette proposition : « La vie ne s'entretient que par l'incitation ; elle n'est que le résultat de l'action des incitants sur l'incitabilité des organes. » Toutes les maladies, selon lui, provenaient ou d'un excès de force, (affections sthéniques), ou d'un excès de faiblesse, (affections asthéniqiies). Mais^ comme il pensait que ces dernières afî'ections étaient les plus fréquentes, il recommr.ndait principalement les stimulants.
Rasori, né à Parme 1766-1837, plaçait également les maladies dans l'excès de stimulus ou de contrastimulus. Mais, contrairement à Brown, il pensait
que les maladies provenaient surtout d'un excès de stimulus et conséquemment il prescrivait les controstimulants : l'antimoine et ses préparations, l'acide nitrique, l'acide sulfurique, l'acide murialique, l'arsenic, le mercure, la ciguë, l'aconit, le laurier cerise, la belladone. Il donnait les médicaments à dose progressive jusqu'à évacuation, ce qui indiquait que le malade ne pouvait en supporter davantage ; alors il allait à dose décroissante .
On a donné à sa docirine le nom de Rasorisme.
Broussais naquit à St-Malo, 1772-1838. Il ne reconnaissait à la matière vivante qu'une seule propriété : la contractilité mise en jeu par les agents physiques, les stimulants, les excitants. Si l'excitabilité était trop faible, il y avait débilité ; si elle était trop forte, l'irritation s'en suivait ; renfermée dans des limites convenables, il y avait équilibre et par suite état de santé.
Selon lui, la débilité étant un cas exceptionnel, il ne voyait dans les afTections que de l'irritation. Dans les parties irritées, les liquides arrivaient en trop grande abondance, et il se produisait une exagération des actes de la chimie vivante et par suite de l'inflammation.
Il créa la méthode antiphlogistique qui fut suivie d'une manière si abiisive par ses adeptes. Avec lui, s'épuisèrent tous les marais à sangsues de la France !
L'erreur fondamentale des Solidistes est de n'avoir admis que les parties solides du corps, comme siège des maladies. On est étrangement surpris de les voir soutenir une semblable théorie, lorsqu'ils étaient à même de constater que les liquides entrent en une très large proportion, dans la composition normale du corps, et que ces liquides, comme l'avaient prouvé les Humoi^istes,
DE l'histoire des REMÈDES
étaient également le siège de bien des troubles physiologiques. Les Solidistes ont beau s'appuyer sur les altérations des solides que l'on met à découvert dans les autopsies ; ces altérations sont des états que présente la période ultime des maladies, mais qui n'indiquent nullement quel a été le point de départ du mal. D'ailleurs, à côté des maladies occasionnées par une lésion organique, il y a, par exemple, des névroses sans altérations matérielles ; il y a des diathèses et des maladies organiques latentes, qui ne donnent lieu à aucun trouble de la santé, tels que les athéromes de l'aorte, certains anévrismes, des abcès et des hydatides du foie, certaines tumeurs fibreuses, etc. D'autre part, les altérations des liquides sont également constatables sur le cadavre. On ne peut nier que la plupart des poisons, des venins, des virus, des miasmes, des principes contagieux attaquent les liquides avant que les solides ne soient atteints. Il est certain que le liquide de l'estomac, le suc intestinal, une fois troublés, sont la cause de bien des affections. Il en est de même de la résorption des liquides destinés à être excrétés, tels que l'urine, la bile, etc.
Les médecins qui n'acceptèrent que l'impressibilité comme siège des maladies, telles que l'excès ou le manque de contractilité, le spasme ou l'atonie, etc., mettaient en avant des théories plus ingénieuses que scientifiques et plus faciles à comprendre qu'à prouver.
Les partisans du système iatro- mathématique et mécanique en ramenant tous les phénomènes de la santé et de la maladie aux simples mouvements d'une machine matérielle, méconnaissaient l'existence d'un principe sans lequel il est impossible d'expliquer la vie ; et ils
devaient aboutir aux erreurs de tous les systèmes exclusifs.
Mais il faut reconnaître que tous ces systèmes erronés sur beaucoup de points ont cependant concouru au progrès de la physiologie, du diagnostic et de la manière de comprendre certaines maladies. La thérapeutique elle-même en a reçu une connaissance plus approfondie de l'usage des toniques, des excitants, des stimulants, des contro-stimulants, des antispasmodiques, des antiphlogistiques et de la diététique.
Les Animistes et les Vitalistes
Après les Solidistes, apparurent avec Stahl les Animistes, refusant de rapporter toutes les actions organiques aux simples lois de la physique, de la chimie et de la mécanique, et expliquant les phénomènes de la vie et de la maladie par l'action de l'âme.
Ce système n'amena pas de grands progrès dans la thérapeutique, car l'intervention, de l'âme dans les productions des phénomènes physiologiques, semblait rendre inutiles les observations et les constatations expérimentales.
Il ne faut pourtant pas oublier de faire remarquer que Stahl fut, comme physiologiste,, le promoteur de la théorie du Phlogistique ou feu latent. Il admettait qu'un principe de combustibilité était disséminé dans les molécules du corps, et que ce principe se dégageait par la combustion. Cette théorie donna lieu à la création des maladies phlogistiques ou inflammatoires avec production d'hypérémie ou de chaleur dans le corps. Tous les médicanaents destinés à combattre ces différents états :
DE l'histoire des REMÈDES
la saignée, la diète, l'eau, les acides, reçurent le nom ù'Antiphlogistiques qu'ils ont conservés.
Les Yitalistes de l'école de Montpellier, disciples de Bordeu et de Barthez qui, comme les animistes, refusaient à la matière seule le pouvoir de produire les phénomènes physiologiques, l'attribuèrent à une force spéciale distincte à la fois de la matière et de l'âme et qu'ils appelèrent le Principe Vital.
Bien que leurs considérations fussent purement spéculatives, la thérapeutique leur dut d'être débarrassée de tout le fatras de la polypharmacie qui l'étouffait.
L'homéopathie
Nous ne pouvons terminer l'énumération des principales doctrines thérapeutiques, sans dire quelques mots d'un nouveau genre de superstition médicale, l'homéopathie .
Il n'y aurait certainement pas à s'en occuper, si elle n'avait aussi bruyamment prétendu s'ériger en système universel, immuable, infaillible, et si elle n'avait recueilli les suflfrages de certaines gens que leur intelligence aurait dû mettre plus à l'abri d'une pareille mystification. « En effet, comme l'a écrit le professeur Bouchut, ce n'est pas dans les classes pauvres ou ignorantes de la société qu'elle trouve des adeptes (1) :
(1) Le D' Munaret, dans son intéressant et savant ouvrage : « Le Médecin des villes et des campagnes », nous en laisse deviner Tex plicalion : « Celte variété de médicastres, dit-il, en parlant des fanatiques de la doctrine hahnemanienne, peut obtenir des dupes^ à la ville, mais ils ne réussissent pas, dans les campagnes, à capter la crédulité d'un public qui se laisse prendre plutôt par les yeux que par l'imagination. «
ses clients et ses patrons sont justement des personnes riches, éclairées, mais toujours avides de nouveautés, quelles qu'elles soient ; ce sont aussi des gens qui souvent se vantent de leur incrédulité, des esprits forts se riant du merveilleux et des miracles. Ces personnes ne croient pas au surnaturel, mais elles croient, avec l'homéopathie, qu'un novemdécillionième de silice ou de charbon végétal, trituré d'une certaine façon, a des propriétés thérapeutiques plus puissantes qu'un caillou ou qu'un gros morceau de braise. » (1).
Samuel Hahnemanne (2), l'auteur de cette fiction, prétendit que les substances les plus propres à guérir une maladie, étaient justement celles qui produisaient chez l'homme bien portant les symptômes de cette maladie. Le quinquina, par exemple, guérissait de la fièvre, parce qu'il la provoquerait chez un homme sain. La belladone ferait disparaître la scarlatine, parce qu'elle amène une éruption semblable à celle de cette exanthème. A l'axiome: contraria^ contrariis,curantur, il opposa l'axiome : similia, similibus, curantur. Selon lui, deux maladies semblables ne peuvent exister au même degré dans un organe, et la maladie artificielle qu'on fait naître avec les médicaments, détruit la maladie spontanée. La maladie artificielle disparaît à son tour, comme par enchantement, en cessant le médicament qui la produit. Pour arriver à ce résultat, il suffit d'administrer les médicaments à des doses infinitésimales, par la raison qu'exerçant immédiatement leur action sur l'organe malade, ils n'ont besoin que de bien peu de force pour agir suffisamment. D'après ce principe,
(1) Bouchut, histoire de la médecine.
(2) Hahnemanne [Samuel), naquit à Meissen, Saxe, 1755-1843.
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on administre des quartillionièmes, des quintillionièmes.... des nonidécillionièmes parties d'une goutte de certains médicanaents en en mettant une goutte dans cent gouttes d'eau, puis une goutte de ce mélange dans cent autres gouttes, et ainsi de suite jusqu'à la trentième atténuation. Que l'on se figure ce que peut produire cette dernière goutte, puisque l'on n'a déjà plus que la dix-millième partie d'une goutte à la seconde dilution ! Aussi les homéopathes proclament-ils sans hésiter la parfaite innocuité de leurs médicaments, et c'est avec des armes aussi ridiculement inoffensives qu'ils prétendent combattre les maladies aiguës qui peuvent compromettre immédiatement l'existence. Non contents de cela, et voulant rendre leur médication aussi agréable que bénigne, ils rejettent, d'une façon absolue, les vomitifs et les purgatifs, les emplâtres et les vésicatoires, les sangsues et la saignée, les cautères et les moxas .
Pour Hahnemanne, il n'y a pas de maladies, il n'y a que des malades et des symptômes. Il ne s'occupe aucunement des causes morbifiques qui s'évanouissent toujours, dit-il, avec les effets de la cause artificielle du médicament. Avec lui, pas n'est besoin de connaissances anatomiques, physiologiques et pathogéniques ; inutile même d'avoir recours aux lumières du diagnostic ; la simple notion des phénomènes extérieurs de la maladie est suffisante. Un malade vomit, par exemple ; il faut combattre le vomissement. Mais ce phénomène se présente dans des affections souvent bien différentes ; n'importe, on combat le vomissement sans souci de la cause.
" C'est ainsi qu'un homme éminent, occupant, il y a quelques années, un poste élevé dans le gouvernement de son pays, a payé de la vie sa foi dans l'homéopathie.
Cet illustre personnage, atteint de hernie étranglée, se mit tout à coup à vomir de la bile, puis des matières jaunes, liquides, stercorales ; il fit appeler un médecin homéopathe^ qui administra des globules contre le vomissement. Mais ces infiniment petits ne produisaient pas de soulagement, et, dans un état désespéré, le malade fit appeler un chirurgien. A peine celui-ci eût-il examiné les matières rendues, qu'il devina la nature du mal, et portant son examen sur l'abdomen, il découvrit une hernie étranglée. Malheureusement, l'étranglement avait duré si longtemps, que le mal en était arrivé à un point où toute opération était inutile. Sa mort fut la conséquence de cette erreur. » (1).
D'enthousiastes partisans de la nouvelle doctrine allemande ont eu la prétention d'établir des statistiques comparatives pour faire valoir les résultats de leur méthode. Mais du moment que, ne s'attachant qu'aux symptômes des maladies, ils ne reconnaissent pas l'utilité d'en rechercher les causes et de faire un diagnostic précis, sur quelles bases et sous quel contrôle peuvent s'appuyer ces statistiques ?
Nous ne ferions que répéter ici ce que nous avons dit sur l'empirisme ancien, que l'homéopathie a de beaucoup surpassé. N'avons-nous pas vu que le même symptône reconnaissaitunefouledecauses, réclamant un traitement différent ; que des affections latentes amenaient la mort sans symptômes apparents. Ou trouver, dans l'homéopathie^ des remèdes contre ces derniers cas ? D'autre part, ne savons-nous pas que la maladie est toujours désignée sous le même nom, quel que soit le degré de sa
(1) Bouchut, histoire de la médecine.
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gravité ; ne savons-nous pas qu'il est aisé même de faire passer pour des maladies dangereuses les pins simples affections. Que d'embarras gastriques guéris sous le nom de fièvres typhoïdes ! Que de simples accidents nerveux pris pour des méningites aiguës ; que d'angines pultacées confondues avec la dipbthérie, de pleurodynies avec la pleurésie ! Beaucoup de maladies enfin présentent des symptômes dont le malade est loin de soupçonner la signification ; mais un médecin plus soucieux d'une fausse réputation que de son lionorabililité, peut à loisir en tirer parti pour se créer une vogae menteuse qu'accréditera partout le malade subitement guéri d'une affection, dont on lui avait fait redouter la fausse gravité.
Il faut cependant, pour être impartial, reconnaître que l'homéopathie n'est pas sans compter des succès ; tous les systèmes en comptent à leur actif. Il est de ces maladies que dissipe tout simplement la nature, aidée de la diète, du repos et de quelques boissons rafraîchissantes. Dans ces sortes de cas, l'expectation suffît, et l'homéopathie avec ses globules et ses teintures inertes, n'est rien autre qu'une expectation déguisée.
Dans certaines circonstances^ les effets de l'imagination, imprimant à l'organisme un mouvement intime, suffisent pour dissiper certaines douleurs ou pour guérir quelques névroses.
« Une dame du haut monde, M™^ de B..., se sentant souffrante, fait venir son docteur, un homéopathe, et demande une potion qui la guérisse assez vite pour lui permettre d'aller le soir au bal.
« Le docteur écrit son ordonnance ; la femme de chambre va chercher la potion et la remet au mari, qui,
goûtant peu ce genre de médication, trouve plaisant de jeter le contenu de la bouteille et de le remplacer par de l'eau filtrée.
« Madame boit, se trouve beaucoup mieux et va le soir au bal. Le docteur y était justement ; il frappe M. de B... sur l'épaule.
« — Eh bien ! incrédule, lui dit-il, nierez-vous encore les effets de, notre médecine? M. de B..., riant aux larmes, lui raconte sa supercherie.
« — Hé ! mon Dieu ! fait l'homéopathe, vous n'aurez pas rincé la bouteille, voilà tout ; une goutte suffisait (1) » .
L'exposition la plus succincte de la méthode â'Hahnemanne sufiît pour en montrer les contradictions et l'absurdité. Que penser du reste de celui qui, renversant l'ancien adage : potest minus, quod potest majus, vient s'écrier : potest majus, quod potest minus ; et qui plus est, dans ses écrits, accuse du crime de lèse-humanité, tous ceux qui ne sont pas de son avis ! 11 n'est pas possible de croire un novateur ne considérant comme remèdes que les substances qui ne peuvent être des instruments de santé qu'à la condition d'être des instruments de maladie, et qui pour guérir les maladies doivent absolument produire des affections semblables, lorsque de son propre aveu, la nature n'en produit jamais.
Aussi, la plupart des homéopathes, laissant aux empiriques purs la véritable doctrine dCHahnemanne, n'ont-ils conservé de ce système que le nom ; et les plus sensés d'entre eux savent parfaitement s'adresser, dans le traitement delà plupart des maladies,
{!) jF. Magnard.
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à toutes les sources rationnelles qu'indiquent le bon sens, l'expérience et une solide instruction. Nous n'en voulons pour preuve que l'aveu de l'un de leurs auteurs : « Il se présente des affections auxquelles tout médecin éclairé doit opposer^ au besoin^, les ressources de toutes les méthodes » (1).
Conséquences de la divergence des systèmes. Remèdes bizarres tirés du règne animal
La divergence de tous les systèmes que nous venons de rapporter fut une cause d'erreurs innombrables, et jamais peut-être l'esprit humain ne tomba-t-il au point de vue de notre art, en de plus profondes aberrations.
Pour s'en convaincre, il suffit de consulter les pharmacopées et les ouvrages de thérapeutique des temps modernes (2). Tous, ils contiennent une foule de
(1) M. le D' T. Oriard, l'homéopathie mise à la portée de tout le monde.
N"" ÉDiT ; 1891.
(2) 1. Sérapion, Practica dicta Breviarium. Liber de Simplici medicina dictus circà iiistans. Venetiis, 1A97.
2. Simon de Gênes^ Glayis Sanationis. Expositioglossee marginalis ad Âlexandri iatri libres médicinales. Lugdmi, 1504.
3. Vale'rius CorduSj Dispensalorium Pharmacorum omnium quse in usu potissimum sunt. Norimbergœ, 1535.
4. Jehan Gœurot, Docteur en médicine et médicin du Roy, l'Entreteuement de vie. Paris, 1541.
5. Avicenne, Liber Canonis, de Medicinis cordialibus. Venetiis, 1544. — De removendis nocumentis quœ accidunt in regimine Sanitatis. Venetiis, 1547.
6. Myrepse Nicolas, Medicamentorum opus, in sectiones quadraginta octo digestum. Bâle, 1549.
recettes grossières et ridicules qui ont été en usage jusqu'au commencement de notre siècle.
C'est principalement dans la partie de la matière médicale qui traite des animaux que l'on rencontre des excentricités plus ridicules encore que certaines imaginations des anciens.
On en vint à utiliser :
Les punaises, les mouches, les moucherons, les cantharides, les coccinelles, la calandre des blés, le