Concordance des Prophéties de Nostradamus, etc., p
se termina à son avantage... ; mais les amis du mort firent courir le bruit qu’il y avoit eu fraude dans le combat... Le duc d’Épernon obtint la grâce de Biron et la fit entériner au parlement... Depuis le jour du combat jusqu’à celui de la grâce, Biron fut obligé de se cacher. Pour éviter d’être reconnu, il se déguisa en porteur de lettres et alla voir un vieil astrologue nommé La Brosse, logé près du Luxembourg, se donnant pour le valet d’un gentilhomme dont il lui portoit l’horoscope... La Brosse lui dit qu’il étoit un homme de qualité... ; que ce devoit être son horoscope. Lord Biron nia : « Mon fils, dit » l’astrologue, je vous dirai que celui de cette nati- » vité parviendra à de grands honneurs et dignitez. . .
» où il sera heureux jusqu’au point d’être roi s’il » n’y avoit un caput al gol. » Biron voulut savoir ce que c’étoit que ce caput al gol. La Brosse fut enfin contraint de lui répondre : « J’entends, puisque » vous le voulez savoir, que votre maître en fera » tant, qu’il aura un jour la tête tranchée sur un échafaud. » Là-dessus, Biron se jeta sur l’astrologue et le battit tant, qu’il le laissa presque mort dans sa guérite. ..
« Un autre astrologue, nommé César, qui passoit pour le plus habile du royaume, ne lui dit jamais autre chose, si ce n’est qu’il seroit si heureux dans tout ce qu’il entreprendroit, qu’il ne s’en faudroit que le coup d’un Bourguignon par derrière, qu’il ne fût roi. Le bourreau de Biron fut, en effet, un Bourguignon.
Prédictions
Centurie ni. Quatrain H1.
Les armes batre, au ciel, longue saison,
L’arbre au milieu de la cité tombé,
Vermine, rongne, glaive, en face tison,
Lors le monarque d’Hadrie succombé.
« De Prade, auteur d’une Histoire de France imprimée à Paris chez Augustin Besoigne, en 1683, fait mention d’un grand nombre de signes prodigieux qui précédèrent le meurtre de Henri le Grand, et, entre autres, que la pierre qui ferme la cave où reposent les rois à Saint-Denis se trouva levée ; qu’une image à Boulogne répandit des larmes; qu’on vit paroître dans l’Angoulmois, dont Ravaillac étoit originaire et natif, une armée de dix à douze mille hommes, conduite par un chef de grande apparence, marcher plus d’une lieue en bon ordre et se perdre dans une forêt. (Voir le Mercure francois.)
» On avoit accoutumé de planter, tous les premiers jours du mois de mai de l’année, au milieu de la cour du Louvre, le Mai, au son des trompettes et des hauts-bois, des violons et de tous les autres ins truments dignes des maisons royales... L’arbre verd et feuilleux qu’on avait planté pour le Mai dans la cour du Louvre, tomba de lui-même le jour qu’on l’avoit planté... : c’est icy la preuve de la vérité du 2e vers : « L’arbre au milieu de la cité tombé... » L’année précédente, une étoile parut au ciel en plein
i. Concordance des Prophéties de Nostradamus, etc., p. 149.
midy. « Lors le monarque d’Hadrie succombé, » c’est à dire que, quand tous ces signes arriveroient, la mort d’Henri le Grand, que Nostradamus nomme dans sa première centurie le grand Hadrie, arriveroit bientôt après. Nostradamus fait bien plus, car il spécifie comme quoi ce grand monarque finiroit ses jours, quand il dit glaive, c’est-à-dire par un couteau. »
L’auteur d’un livre entièrement dirigé contre Nostradamus ', qu’il accuse de mensonge, et qu’il déclare incapable, à cause de son ignorance en astronomie, de dresser l’horoscope de personne, nous révèle cependant quelques erreurs du grand astrologue :
« En ladite année (1553), au mois d’octobre, tu avois dit qu’il seroit une maladye portant grand cschaufement, en sorte que tant plus on bevroit que tant plus l’on seroit altéré et inflammé : je panse qu’en ce pays non y ha eu aucun que l’aye mieux sentie que toy, pour avoir beu le vin vieulx tout pur, car tu ne te contantes boire par toutes les bonnes maisons, mais vas boire par toutes les tavernes et cabaretz comme un bon pion. Je retorne à tes abus et ignorances. Au mois de janvier 1555, tu dis la pleine lune le 7 à 6 minutes du matin : pourquoy dis-tu à 6 minutes, ignare? car la pleine lune sera ledit jour après 8 heures du soir et non à 6 minutes
1. Déclaration des abus , ignorances et séditions de Midi. Nostradamus. Avignon, P, Roux, 1538, in-4°.
PRÉDICTIONS
du matin. Incontinant après, tu dis que tu n’oses déclarer ce qu’adviendra ceste année : pourquoy uzoys-tu de telles ruses? sinon affin que l’on t’envoyasse quérir à la cour; car aussy tu disoys : « Le » Roy se gardera de quelcun ou plusieurs qui ne » pourchassent que de faire ce que je n’ose mettre » par escrit, selon que les astres accordez à l’oc- » culte philosophie demonstrent. » Tu entendoys bien que le Roy voudroit sçavoir la vérité.
» El ainsi tu seras frustré de tous tes ambages et folles menaces que tu fais à tout le monde, le voulant espouvanter par tes cryeries, comme tu fais en ton Almanach de l’an 1356, quand tu dis : « Heu- » reuv qui marchera et ne marchera par terre, et » plus heureux qui rien ou peu aura! » N’est-ce pas une belle prédiction? Mais tu ne voulois estre de ces heureux que rien ou peu, car tu avoys si bien fait par tes tromperies et séditions, que tu avoys eu troys ou quatre cens escus. Que vouloys-tu dire audit Almanach de l’an 1556, au moys de janvier, disant : « Nox incubât atra se dira à plein midi. » Tu vouloys que l’on sceuse que tu avoys leu Virgile. Et après ne parloys-tu pas honnestement, quand tu disoys : O dii talem averlite pestem et superii servate globciml Tu diras que c’est la faute de l’imprimeur, ainsi qu’elle peut estre ; mais tu en as bien fait de si lordes. »
Georges Buchanan 1 rapporte que :
1. Au quinzième livre de l’ Histoire d’Ecosse, cité par Goulart. Thrésor d' histoires admirables, t. II, p. 31t.
« David de Betoun, archevesque de Saint-André et cardinal enEscosse,ne pouvant supporter Georges Sophocard, homme sçavant, lequel s’opposoit à ses desseins, trouvamoyen de le faire attraper l’an 1546, et quoi qu’on remonstrast, l’ayant tenu prisonnier durant quelques jours, il l’envoya à la mort. Georges prest de rendre l’âme à Dieu, en présence de son juge et de la partie, le cardinal, le contemplant en fenestre de parade, commence à dire à ceux qui estoyent plus près de lui : « Voyez-vous bien ce car- » dinal qui me regarde d’œil superbe et despiteux, » d’un lieu éminent? Dedans peu de jours il en sera » renversé non moins ignominieusement que pour » ceste heure il y repose arrogamment. » Quelques semaines après la mort de Georges, le fils du comte de Rothuse, ayant eu grosse querelle contre le cardinal, résolut, avec quelques gentilshommes ses partisans, d’en avoir raison (comme ils parlent) et de l’exterminer. Il n’y avoit comme point d’aparence en tout ce dessein. Néantmoins ce seigneur, suivi de six autres seulement, vint en la ville de Saint- André, où estoyent encore dix autres de son parti, trouva moyen de surprendre et se saisir du chasteau avant jour, entre dedans la chambre du cardinal, et le tue à coups de poignard. Or, d’autant que ceux de la ville s’esmouvoient pour venir à son secours pour les arrester, il fit attacher le cardinal tout sanglant aux mesmes fenestres d’où il avoit regardé le supplice de Georges Sophocard. Ainsi les plus eschauffés se retirèrent tout confus : et plusieurs au-
PRÉDICTIONS
très adorèrent en silence le grand juge du monde, scellant de façon si authentique l’arrest de sa vengeance paravant prononcée par l’innocent. »
« Le récit d’un fait mémorable, dit Goulart 1 citant Zuingger 2, occasionna certains de demander à quelque personnage ami du docteur Craton, médecin de l’Empereur, que ce pouvoit estre. Icelui leur raconta que l’on trouvoit ès annales de la ville de Prague, que Charles IV, devant qu’estre eleu roi des Romains, alla trouver un Tartare aveugle, grand prédiseur, et qui ne respondoit par jour qu’à une question. Charles, sans dire qu’il estoit, salue cet aveugle en ces termes : « Bien te soit si tu es de Dieu : » sinon, je ne te souhaite nul bien. » L’aveugle « respond : « Je suis de Dieu, et au réciproque : » Bien te soit, Charles, marquis de Moravie, qui » dois bien tost estre roi des Romains ! » Ayant devisé ensemble, Charles s’enquit de ses successeurs au royaume de Boheme. L’aveugle, prenant du papier, y marqua douze lettres en douze mots barbares : I. C. U. S. A. L. G. ü. L. E. M. A, dont il donna l’interprétation tout à l’heure par l’expression des noms propres en chacune lettre : Jean, Charles, Venceslas, Sigismond, voila Icus; puis Albert, Ladislas, George, llladislaus, Louys, Ferdinand, Maximilian, Albert. Ces huit font Algulema. La dernière lettre ne se rapporte pas à l’his-