‹ Curiosités des sciences occultesChapitre 96 sur 198 · Traicté curieux de l’Astrologie , etc., p · texte numérisé non relu

Traicté curieux de l’Astrologie , etc., p

dérale, les uns de princes, les autres de marchans, les autres de chifetiers, et les autres de bribeurs ; un genethliaque oseroit-il jurer, mais oseroit-il s’imaginer que tous ces enfans auront une mesme destinée et qu’en certaines révolutions annuelles ils viendront tous à posséder de grands héritages, avec les plus hautes charges de l’État, et qu’à mesme temps ils porteront tous des couronnes royales et jouiront tous d’une égale et parfaite félicité? Certes, un tel genethliaque seroit bien capable d’estre roy, empereur et pape, et papegay tout ensemble, par imagination. »

L’auteur d'un ouvrage anonyme *, publié au seizième siècle, oppose à la prétendue influence des astres sur la destinée des hommes les grandes catastrophes où moururent le mêmejour tant d’individus, nés cependant sous des influences bien diverses.

« La ruine de la maison du Bourcelet, à Lyon, dit-il, demeure trop fameuse pour avoir pitoyablement assommé et suffoqué les trois jeunes et généreux seigneurs de Senecé, Corberon et Cercy en un moment, en une mesme chambre et en un mesme lit, desquels toutefois les naissances n’estoient tant justement rencontrez, que la planete meurtrière les regardast de mesme infortuné endroit et de mesme œil impiteux. »

Il continue, et remarque que les astronomes baby-

1. Manticc ou Discours de la vérité de divination par astrologie, s. 1. ni. d., in-4°, f° 36. On croit que l’auteur de ce discours est Ponthus de Tyard, qui le fit imprimer à Lyon chez Jean de Tournes, en 1558.

ASTROLOGIE

Ioniens, égyptiens et autres ont été loin de connaître tous les astres, et que cependant, les étoiles dont la connaissance leur échappa, doivent, tout aussi bien que celles qu'ils connurent, avoir de l’influence sur les destinées humaines. Dès lors, comment pouvaientils prédire les destinées des hommes?

Goulart ‘raconte que, le pape Jules III étant mort le 23 mars 1553, « dix-huit jours après, Marcel Gervin lui succéda, par la faveur de quelques cardinaux, qui respectoyent son érudition ; mais il ne subsista en ce siège que vingt-deux jours, au bout desquels il fut estouffé d’apoplexie, aagé de cinquante-cinq ans. Son père, Richard Cervin, grand astrologue judiciaire, lui avoit prédit qu’il parviendrait au plus haut degré de dignité ecclésiastique : au moyen de quoi Marcel, faisant estât de telles prédictions, et devenu homme fait, souvent importuné, par Cassandre Bencia sa mère, de vouloir entrer en mariage, l’en esconduisit obstinément, et lui dit qu’il ne vouloit point cercher de fortune plus illustre que celle qui lui avoit été présagée par les estoiles hors mariage, et au ccelibat, qu’il ne changerait nullement aux liens du mesnage. Mais son père oublia de lui dire que son papat ne durerait que trois semaines. Il reste toujours quelques mots à dire ès prognostics de ces espions du ciel. Au demeurant, l’histoire remarque que ce per-

1. T hrésor d’histoires cdmirables et mémorables de nostre temps recueillies de plusieurs autheurs , mémoires et avis de divers endroits, par Simon Goulart, Senlisien. Genève, Samuel Crespin 1610-1614, 4 tomes en 2 vol. in-8°.

sonnage donnoit quelque espérance de faire mieux que ses devanciers, et que n'ont fait ceux qui lui ont succédé, si d’aventure il ne se fust esbloui, estant, monté si haut... Esleu pape, il ne voulut point changer de nom, et dit à ceux qui l’en importunoient : « Je ne changerai ni de nom, ni de manière de vivre. J’ai esté et serai Marcel. » A l’aventure redoutoit-il quelque changement en sa condition s’il changeoit de nom, car les estoiles ne l’eussent plus reconnu. Les historiens parlent beaucoup de lui, encore qu’il n’ait gueres vescu en son siège. »

Le même compilateur a encore recueilli les anecdotes suivantes sur les astrologues :

« Antiochus Tibertus, astrologue, ayant prédit de soy-mesme, qu’il feroit male fin, se mesla un jour de dire à un grand seigneur italien, nommé Pandolfe Malateste, qu’il seroit banni. Ce seigneur, irrité de telle prédiction, fait emprisonner l’astrologue, auquel on fit le procès, et fut exécuté à mort. » (P. Jove, en ses Éloges.)

« Berthelemi Codés, astrologue, ayant prédit qu’il seroit tué, et à certain nommé Copon, qu’il commettroit un meurtre, un seigneur italien fit tuer quelque temps après, par Copon, cet astrologue. » {Idem.)

« Muleasses, roi de Thunes, durant son séjour à Naples, où il faisoit dépense démesurée et menoit une vie estrange, estant aussi adonné à l’astrologie judiciaire, prédisit que bientostil seroit débouté de son royaume, et que quelque grand malheur le menaçoit. Tost après, Ancida, son propre fils, le déjetta de son

ASTROLOGIE

trône, et lui fit crever les yeux. » ( Hist . de nostre temps.)

« En la sédition esmeue à Florence, contre la maison de Médicis, l’archevesque de Pise fut prins et pendu aux fenestres du palais : ce qui lui avoit été prédit longtemps auparavant par certains astrologues, desquels il s’estoit enquis quelle devoit estre la fin de sa vie. » (Simon Mayol, évesque de Volterre, en ses Jours caniculaires, colloq. 1.)

C. Pithovs 1 rapporte que « Corneille de la Pierre, jésuite, sur le 19° verset du 19° chapitre du livre des Actes, après avoir noté que plusieurs, par les arts curieux dont il est parlé en ce lieu, entendent l’astrologie des genethliaques, adjouste qu’il a veu à Rome plusieurs grands personnages qui ont été misérablement déceues par ces astrologues, qui promettoient à l’un une longue vie, à l’autre un cardinalat, à l’autre un souverain pontificat; promesses qu’ils ont expérimentées trop vaines, à leur grand dommage ; en sorte qu’estant frappés de maladies mortelles et incurables, il estoit impossible de les faire résoudre, ny de les disposer à la mort, sur la fiance qu’ils avoient en leurs horoscopes. Ainsi mouroient malheureusement à l’improvisée : qui fait voir que c’est une tromperie du diable, lequel, par ces devinements, dresse des pièges aux âmes, afin de les attraper et de les engloutir comme un loup ravissant. Sur quoy ce personnage leur crie : Réveillez-vous

1. Traicté curieux de l’Astrologie judiciaire , cité plus haut, p. 49.

prélats, fils des hommes! Jusques à quand aimerezvous la vanité et cercherez-vous le mensonge? »

Heurtevyn 1 raconte que « l’an 1382, à Londres, un charlatan d’astrologue fit crierparla ville, et avertit que, la veille de l’Ascension, personne ne sortît de sa maison, si préalablement il n’eût dit cinq fois Pater noster et desjeuné, à cause d’un brouillard pestilentiel qui adviendroit ce jour; outre qu’il avoit prié qu’on le gardast cependant, et qu’il fust puny (se fiant par adventure en la sottise des citoyens), s’il advenoitque la pronostication fust mensongère, car il avoit prédit tous ceux-là devoir mourir, qui contreviendroient à son ordonnance; donc, plusieurs, adjoustans foy au conseil de ce mocqueur, n’allèrent ce jour-là à là messe, et ne vouloient sortir qu’ils n’eussent rompu le jeûne. Le lendemain, le mensonge estant découvert, on prit mon astrologue, on le mit sur un cheval, et pour bride, il eut la queue du mesme cheval; puis, on lui lia au col deux marmites, que les Anglois appellent Jor dattes, avec une queue, en signe qu’il l’avoit mérité par ses bourdes, et ainsi futpourmené par la ville. »

Suivant un malin interprète de songes 2, certain astrologue se tira d’affaire plus adroitement, si l’histoire qu’on en fait est véritable, a-t-il soin d’ajouter : « Un astrologue aïant averti un prince de mettre

1. L’ Incertitude et tromperie des astrologues, par Barth. Heurtevyn, Parisien. Paris, 1619, in-8°, p. 45.

2. Remarques sur plusieurs songes de personnes de qualité. Amsterdam, Jacques Lejeune, 1690, in-12, p. 99.

ASTROLOGIE

ordre à ses affaires, parce qu’il devoit mourir dans trois jours, ce prince lui demanda s’il avoit prévu de quelle mort lui-même devoit mourir, et sur ce qu’il l’assura qu’il mourroit d’une fièvre chaude, le prince lui dit : « Eh bien! pour faire connoître la vanité » de ta science, tu seras pendu tout à l’heure.» Comme on s’étoit déjà saisi de ce malheureux astrologue pour le conduire au supplice : « Voïez, monseigneur, dit-il » au prince, si ma prédiction n’est pas véritable, » tâtez-moi le pouls, et vous sentirez si je n’ai pas la » fièvre? » Cette subtilité lui sauva la vie. »

Un almanach facétieux 1 faisait, pour l’année 1772, ces singulières prédictions :

« Les gens soumis à Mars sont les buveurs, enlumineurs de museaux, ventres à poulaines, brasseurs de bierre, botteleurs de foin, porte-faix, faucheurs, recouvreurs, crocheteurs, emballeurs, bergers, bouviers, vachiers, porchiers, oiseleurs, jardiniers, grangiers, closiers, gueux de l’hostière, gagne deniers, dégresseurs des bonnets, emboureurs de bats, loqueteurs, claquedents, croquelardons, généralement tous portant la chemise nouée sur le dos, seront sains et allègres, et n’auront la goutte aux dents quand ils seront de noces...

» Gens soumis à Vénus, comme catins, marjolets, bragards, naplés, échancrés, ribleurs, rufiens, cai-

1. Quel temps fera-t-il ce matin , ce soir, demain , etc. ? Présages utiles aux laboureurs, voyageurs, chasseurs, promeneurs, etc., suivis des prédictions de l’ombre de maître Rabelais, pour l’année bissextile 1772. Paris, in-2-i, p. 85 et 87.

gnardiers, chambrières d’hôtellerie; nomina mulierum desinantia in ere , ut lingère, tavernière, buandière, fripière, seront cette année en réputation. Mais le Soleil entrant en Cancer et autres signes, se doivent garder de chaudes et cuisantes influences en pays bas. Bien peu de pucelles auront aux mamelles lait. » Le Traité des jugements des thèmes génethliaques \ donne des prédictions, qui se sont réalisées : « L’an 1787, au cinquième de la Balance, les affaires se troublent et inclinent à mutation de prince régnant dans la quatrième demeure, dans laquelle concourent à la fois le génie de la France et le quadrat de l’horoscope : du même temps toutes les planètes passent par leurs quadratures.

» L’an 1860, très grande félicité et domination du royaume françois, portée à son comble, d’autant que le monde est parvenu, à cette époque, au 5e degré du Scorpion, qui est le trine de la France.

» Dix ans auparavant, l’an 1850, remarquez l’occurrence de l’épi dans la figure de la France. Ce concours de circonstances propices dans la figure universelle et dans la particulière, promet les plus grandes prospérités à la France. »

Un autre astrologue 1 2 a fait les prédictions suivantes, qui engageaient moins sa responsabilité et qui peuvent être véritables en tous temps :

1. Ms. delà Bibl. de l’Arsenal, n° 207, cité plus haut, p. 77.

2. L’Astrologue incogneu, ou le spéculateur universel des Èphémérides célestes, prédisant tous les bonheurs et les malheurs, par Questier. Paris, Ballagny, 1649, in- 8°, p. 91.

ASTROLOGIE

NOVEMBRE

Maudiras-tu toujours celuy qui vit en paix ?

Ta langue n’a-t-elle pas assez vomi d’injures ?

Crois-tu que tes discours augmentent nostre paix?

Non, car nous savons bien chastier les parjures.

« France. Diane ayant repris ses cornes argentées, pour nous faire voir sa beauté lumineuse, avec un froid assez gaillard, mais aussitôt changé, les maladies cesseront quelque peu, pour recommencer. Je prie le Créateur de conserver les vieillards.

» Espagne. Nous aurons, dès l’abord de ce premier quartier, un temps variable, froid et couvert, capable d’amasser quantité d’infirmitez ; mesme les marchands auront bien de la peine aux champs.

» Allemagne. Vénus prenantsoin de cette fraction, ne veut pas manquer de nous envoyer des pluies et des neiges, engendrant quantité de maladies : l’on devroit se mettre en prières, afin d’implorer le secours divin.

» Angleterre. Sus, quittons les armes et embrassons la paix, afin de vivre unanimement avec nos frères. Il y aura peu de maladies, toutefois les vieillards se doivent choyer ; les goutteux, avec les femmes enceintes.

» Escosse. Nostre désir seroit de jouyr d’une agréable tranquillité, mesme il semble que ce quartier nous le promet; aussi, aurons-nous de fortes maladies qui en seront deslogées sans trompette.

» Irlande. Cette l,e fraction nous promet un temps

qui doit estre beau et gay, mais un peu maladif, qui toutesfois n’entraînera presque personne de marque ny de qualité. Soyons vigilans et nous serons sages. »

Dans le Traité des jugements des thèmes genethliaques \ on lit cette prédiction singulière :

« Ce qui augmente la nature critique de l’an 1800 (pour la religion chrétienne), c’est que dans une époque semblable arriva la catastrophe du déluge... Mais le danger passera, et le monde s’applaudira comme s’il avoit trouvé une religion plus vraie et plus pure, parce que Jupiter, avec la neuvième demeure, passera alors par l’horoscope. Mais, à dire le vrai, les mœurs seront corrompues et les siècles deviendront de plus en plus pervers, d’autant que l’Univers parcourra alors le signe du Scorpion, demeure de Mars, signe, violent, trompeur, fallace et propice à faire incliner l’espèce humaine aux vices infâmes qui précédèrent le déluge. Principalement, sous Vénus, dominatrice du globe dans 150 ans, les choses seront pacifiées par le secours d’une femme pieuse. C’est ce que promet l’occurence du corps de Vénus, et 150 ans encore après, à moins que la destinée universelle ne prévale entre la destinée particulière, la foy chrétienne redeviendra aussi florissante que sous Constantin. »

Au dire d’un astrologue moderne, « les sages de l’Égypte ont fait ces prédictions pour le temps où toutes

Page 1