QUELQUES MOTS D’INTRODUCTION
Nous pouvons dire au moins avec autant de justesse qu’un écrivain bien connu à propos de ses petits livres : ce que nous disons, les Journaux noseraïent l’imprimer. Nous serons donc bien cruels et bien insolents? non pas, au contraire, impartiaux. Nous n'avons pas d'amis, c’est un grand point, et pas d’ennemis. — Depuis M. G. Planche, un paysan du Danube dont l'éloquence impérative et savante s’est tue au grand ICE des sains esprits, [a critique des journaux, tantôt niaise, tantôt furieuse, jamais mdépendante, a, par ses mensonges et ses camaraderies effrontées,
dégoûté le bourgeois de ces utiles guide-ânes qu'on nomme comptes-rendus de Salons!).
Et tout d’abord, à propos de cette mpertmente appellation, le bourgeois, nous déclarons que nous ne partageons nullement les préjugés de nos grands confrères artistiques qui se sont évertués depuis plusieurs années à jeter l’anathème sur cet être moffensif qui ne demanderait pas mieux que d'aimer la bonne peinture, si ces messieurs savaient la lui fare comprendre, et si les artistes [a [ur montraïent plus souvent.
Ce mot, qui sent l'argot d’atelier d’une lieue, devrait être supprimé du dictionnaire de Ia critique.
Il n'y a plus de bourgeois depuis que le bourgeois — ce qui prouve sa bonne volonté à devenir artistique, à l'égard des feuilletonistes — se sert lui-même de cette injure.
En second lieu le bourgeois — puisque bourgeoiïs il y a — est fort respectable; car 1l faut plaire à ceux aux frais de qui l'on veut vivre.
Et enfin, 1l y a tant de bourgeois parmi les artistes Qui ‘11 vaut mieux, en somme, supprimer un mot qui ne caractérise aucun vice parenté
@) Citons une belle et honorable exception, M. Delécluze, dont nous ne partageons pas toujours les opinions, mais qui a toujours su sauvegarder ses franchises, et qui sans fanfares ni emphase a eu souvent le mérite de dénicher les talents jeunes et inconnus.
de caste, puisqu 1l peut s'appliquer également aux uns, qui ne demandent pas mieux que de ne plus le mériter, et aux autres, qui ne se sont Jjamais doutés qu'ils en étaient dignes.
C'est avec le même mépris de toute opposition et de toutes criailleries systématiques, opposition et criatlleries devenues banales et communes{), c’est avec le même esprit d'ordre, le même amour du bon sens, que nous repoussons lom de cette petite brochure toute discussion, et sur les jurys en général, et sur le ; Jury de penture en particulier, et sur la réforme du jury devenue, dit-on, nécessarre, et sur le mode et la fréquence des expositions, etc. D'abord il faut un Jury, cecr est clair — et quant au retour annuel des expositions, que nous devons à l'esprit éclairé et libéralement paternel d’un ror à qui le public et les artistes doivent la jouissance de six musées (la Galerie des Dessins, le supplément de Ia Galerie Française, le Musée Espagnol, le Musée Standish, le Musée de Versailles, le Musée de Marine), un esprit juste verra toujours qu’un grand artiste n’y peut que gagner, vu sa fécondité naturelle, et qu'un médiocre n’y peut trouver que le châtiment mérité.
O Les réclamations sont peut-être justes, mais elles sont criailleries, parce qu'elles sont devenues systématiques.
Nous parlerons de tout ce qui attire les yeux de la foule et des artistes; — Ia conscience de notre métier nous y oblige. — Tout ce qui plaît a une raison de plaire, et mépriser les attroupements de ceux qui s'égarent n’est pas le moyen de les ramener où ils devraient être.
Notre méthode de discours consistera simplement à diviser notre travail en tableaux d'histoire et portraits — tableaux de genre et paysages — sculpture — gravure et dessins, et à ranger les artistes suivant l’ordre et le grade que leur a assignés l'estime publique.
8 mai 1845.