VICTOR ROBERT
Voilà un tableau qui a eu du guignon; — il a été suffisanfment blagué par les savants du feuilleton, et nous croyons qu'il est temps de redresser les torts. — Aussi quelle singulière idée que de montrer à ces messieurs la religion, la philosophie , les sciences et les arts éclairant l'Europe, et de représenter chaque peuple de l’Europe par une figure qui occupe dans le tableau sa place géographique! Comment faire goûter à ces articliers
quelque chose d’audacieux, et leur faire comprendre que l'allégorie est un des plus beaux genres de l'art?
Cette énorme composition est d’une bonne couleur, par morceaux, du moins; nous y trouvons même la recherche de tons nouveaux, de quelques-unes de ces belles femmes qui figurent les diverses nations, les attitudes sont élégantes et originales.
Il est malheureux que l'idée baroque d’assigner à chaque peuple sa place géographique ait nut à l'ensemble de [a composition, au charme des groupes, et ait éparpillé les figures comme un tableau de Claude Lorrain, dont les bonshommes s’en vont à la débandade.
M. Victor Robert est-il un artiste consommé ou un génie étourdi ? Il y a du pour et du contre, des bévues de jeune homme et de savantes intentions. — En somme, c’est à un des tableaux les plus curieux et
les plus dignes d'attention du Salon de 1845.