‹ Curiosités esthétiquesChapitre 8 sur 123 · ROBERT FLEURY · texte numérisé non relu

ROBERT FLEURY

M: Robert Fleury reste toujours semblable et égal à lui-même, c'est-à-dire un très-bon et très-curieux peintre. — Sans avoir précisément un mérite éclatant, et, pour ainsi dire, un genre de génie mvolontaire comme les premiers maîtres, 1l possède tout ce que donnent la volonté et le bon goût. La volonté fait une grande partie de sa réputation comme de celle de M: Delaroche. — II faut que [a volonté soit une faculté bien belle et toujours bien fructueuse, pour

qu’elle suffise à donner un cachet, un style quelquefois violent à des œuvres méritoires, maïs d’un ordre secondaire, comme celles de M. Robert Fleury. — C’est à cette volonté tenace, infatigable et toujours en haleine, que les tableaux de cet artiste doivent leur charme presque sanguinaire. — Le spectateur jouit de l'effort et l'œil boit [a sueur. — C'est [à surtout, répétons- -le, le caractère principal et glorieux de cette peinture, qui, en somme, n'est nt du dessin,

quoique M. Robert Fleury dessine très- -spirituellement, ni de la couleur, quoiqu 11 colore vigoureusement; cela n’est ni l’un ni l'autre, parce que cela

n’est pas exclusif. — La couleur est chaude, mais la manière est pénible; le dessin habile, mais non pas original.

Son Marino Faliero rappelle imprudemment un

magnifique tableau qui fait partie de nos plus chers

souvenirs. — Nous voulons parler du Marino Faliero de M. Delacroix. — La composition était analogue; mais combien plus de liberté, de franchise et d’abondance !..

Dans l’Auto-da-fé, nous avons remarqué avec plaisir quelques souvenirs de Rubens, habilement trans-

formés. — Les deux condamnés qui brülent, et le,

vieillard qui s’avance les mains jointes. — C’est encore là, cette année, le tableau le plus original de M. Robert Fleury. — La composition en est excellente, toutes les mtentions louables, presque tous les morceaux sont bien réussis. — Et c’est [à surtout que brille cette faculté de volonté cruelle et patiente, dont

nous parlions tout à l'heure. — Une seule chose est choquante, c'est la femme demi-nue, vue de face au premier plan; elle est froide à force d'efforts dramatiques. — De ce tableau, nous ne saurions trop louer l'exécution de certains morceaux. — Ainsi certaines parties nues des hommes qui se contorsionnent dans les flammes sont de petits chefs-d'œuvre. — Mais nous ferons remarquer que ce n’est que par l'emploi successif et patient de plusieurs moyens secondaires que l'artiste s'efforce d'obtenir l'effet grand et large du tableau d'histoire.

Son étude de Femme nue est une chose commune et qui a trompé son talent.

L'Atelier de Rembrandt est un pastiche très-curieux, mais il faut prendre garde à ce genre d’exercice. On risque parfois d'y perdre ce qu’on a.

Au total, M. Robert Fleury est toujours et sera longtemps un artiste éminent, distingué, chercheur, à qui il ne manque qu'un millimètre ou qu'un milligramme de n'importe quoi pour être un beau génie.

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