‹ Curiosités historiquesChapitre 13 sur 15 · EN FORME DE SERMENT · texte numérisé non relu

EN FORME DE SERMENT

Faite à Saint-Malo le 8 Septembre 1791.

Écoutez-nous, François, et d'un œil éclairci Voyez si vous devez nous voir en ennemis.

Épouses, mères, sœurs, françaises et chrétiennes, Notre premier devoir est d'être citoyennes.

L'amour de la Patrie est gravé dans nos cœurs; Nous ne formons de vœux que pour votre bonheur. Dieu, la Religion, l'Amour et la Nature Nous serrent par des nœuds dont la trame est si pure ! Comment pouvoir douter de tous ces sentimens ? L'honneur et la vertu n'en sont-ils pas garants ?

ADRESSE DES DAMES MALOUIXES

Mous désirons, dit-on, la mort du Démocrate : Mais qu'on nous dise au moins quel est l'aristocrate Qui pouvant de la guerre aflfronter les horreurs. Dans ces jours malheureux répondroit de son cœur. Et verroit sans frémir, par la guerre civile. Par le fer ou le feu, détruire sa famille?

Eh! qui ne trembleroit, ou pour les jours d'un père. Ou pour ceux d'un époux, ou d'un fils, ou d'un frère ? Allumer dans le sang la haine et la fureur.

Et répandre en tous lieux le carnage ët l'horreur;

frère se baigner dans le sang de son frère ; Le fils, dans ses fureurs, assassiner son père! Nous préserve le Ciel de former de tels vœux! Notre sort dût-il être encor plus malheureux! Mais, vous, écoutant moins vos haines, vos caprices. Jugez-nous désormais avec moins d'injustice.

Pour vous plaire il faudroit que vos Concitoyennes, Rougissant à vos yeux du titre de Chrétiennes, Bifidèles à Dieu, rebelles à leur Roi, De la seule Assemblée acceptassent la Loi; Renonçant pour jamais au nom de Catholique, Adoptassent alors celui de Schismatique.

Ne vous en flattez pas; ce sexe infortuné

ADRESSE DES DAMES MALOUINES

Peut VOUS faire rougir, cruels, de Topprimer. Encensez les tyrans qui subjuguent la France, Et recevez de nous des leçons de constance.

Sachez que la vertu, dans le sein du malheur Féconde l'espérance, ennoblit la douleur.

On nous menace , on croit qu'en fermant tous nos

Des apostats vainqueurs nous suivrions Texemple... Ah! Cessez d'insulter, amis, à notre foi.

De Dieu seul sur ce point nous recevrons la Loi, Faut-il de notre sang sceller notre croyance ? Nous ne balançons pas. Qu'importe que la France, Meurtrière de tant d'illustres malheureux.

Ajoute notre mort à ces crimes affreux; Vous n'entendrez de nous ni plaintes ni murmures; La Foi vers son auteur élève la Nature.

Hé! Peut-on regretter des jours remplis d'horreur. Dont la perte conduit à l'éternel bonheur ?

Non, non ; vous nous verrez constantes et soumises. Rappeler parmi vous les beaux jours de l'Église; Ces jours qu'à chaque instant on vous entend citer. Et dont chaque moment semble vous éloigner.

Respectant dans leurs Rois Timage de Dieu même,

[temples

ADRESSE DES DAMES MALOUINES

Et leur obéissant comme à TÊtre Suprême, On vit de tous les temps , sous des Princes payens, L'amouF-de la Patrie animer les Chrétiens.

Sous le joug des tyrans, sujets toujours dociles, Se soumettant en tout à toute Loi civile.

Au culte des faux Dieux voulut-on les contraindre ? On les vit affronter la mort, loin de la craindre; • Tourmentés par le feu, par le fer et par Teau, Par leur ferme constance, étonner leur bourreau. C'est ce que fut alors l'Église primitive.

Semblable est notre amour; notre foi non moins vive. Grand Dieu, maître des Rois, à qui nos cœurs

[s'adressent, Témoin de nos combats et de noble faiblesse, Notre force est en toi, daigne nous soutenir; Daigne nous protéger, nous ne pourrons périr. Nos cœurs sont les autels et les temples augustes Ou nous osons t'offrir nos vœux ardens et justes. Nous sommes à tes pieds, ô Seigneur immortel ! Reçois en ce moment nos serments éternels.

D'être à tes saintes loix, en tous les tems soumises; Toujours d'esprit, de cœur, unies à ton Église, Par les loix de l'État lorsqu'elle se voit trahie,

ADRESSE DES DAMES MALOUINES

De préférer la mort à cette Apostasie; D'être fidèle au Roi que ton amour insigne Donne à ce peuple ingrat qui n'en étoit pas digne. Oui, oui; nous le jurons à ce Prince chéri.

Et puisse notre exemple être en tous lieux suivi. Que dans toute la France éclate pareil zèle, A se montrer au Roi de plus en plus fidèle !

Citoyen, jusqu'ici connu par la valeur, Seriez-vous insensible à la voix de l'honneur ? A votre Souverain cessez d'être rebelle; Gloire, intérêt, devoir, vers lui tout vous rappelle. La naissance vous place au rang de ses sujets; Reprenez, il est tems, le beau nom de Français. Que ces vils scélérats jaloux de votre gloire. Cessent dans tous les lieux de vanter leur victoire! Depuis deux ans, courbés sous leurs indignes fers, Reprenez votre nom aux yeux de l'Univers. Aux pieds de votre Roi déposez votre hommage; Que tous nos ennemis en écument de rage !

Et prenez pour devise à compter d'aujourd'hui : L'honneurseulnousappelle, etl'amournousconduit.

Lettre de René Filoutin.

Lettre de René Filoutin

DÊBARaUÉ A PARIS, L'AN let DE LA LIBERTÉ

MÔN CHER PÈRE ET MA CHÈEE MIrE,

Voas me demandez ce que je fais à Paris depuis i8 mois que j'y suis. Hélas! j'aurai bien du mal à vous le dire, car j'ai changé de métier ^presque tous les mois. Lorsque je fus arrivé^ on étoit en train de faire la Révolution. Il me restoit 12 francs sur les dix écus que vous m'aviez donnés pour faire mon voyage.

Ne sachant où aller, je me suis mis avec une bande de gens qu'on nomme la Nation; la pre-

LETTRE DE RENÉ FILOUTIN

mière nuit on me prit mes deux écus: j'étois inconsolable. Mes camarades m'ont mené à un endroit qu'on appelle la Ville, et on me donnoit 20 sols tous les jours pour courir les rues par bandes de 40 à 50; ce n'étoit pas là une belle vie. Je cherchois à me placer et j'entrai chez un abbé, qui m'a fait apprendre à raser et à friser. Un beau matin il me fit venir et me dit que la Nation venoit de lui voler tout son bien, et qu'il ne pouvoit plus me garder. Je lui dis que la Nation avoit aussi douze francs à moi, que c'étoit tout ce que je possédois et que, s'il me renvoyoit, j'allois mourir de faim ; car alors on n'avoit plus les 20 sols de la Ville.

Il me plaça par pitié chez un marchand, qui fit banqueroute un mois après, et qui ne me paya pas.

J'entrai ensuite au service d'un seigneur, qui s'enfuit une belle nuit on ne sait où, parce qu'il étoit Aristocrate. Jugez un peu du danger que j'ai couru, moi qui le rasois tous les jours ! Si j'avois gagné sa maladie, il auroit fallu me sauver aussi, parce qu'on les pend tous, ou qu'on leur coupe la tête ; et où aller ? Je n'avois pas le sol.

LETTRE DE RENÉ FILOUTIN

Un autre gros seigneur me prit à son service et me mena à son château, à six lieues de Paris, J'étois là comme le poisson dans Teau, bien vêtu, bien nourri, bien pjiyé, rien à faire que de lui donner quelques assiettes quand il étoit à table, et je montois derrière son carrosse quand il alloit chez ses voisins. Au bout de trois mois, nous revenons à Paris; pour mon malheur, tout le monde étoit en joie, les rues de Paris étoient illuminées, et c'étoit des fêtes continuelles. On me dit que c'étoit parce que la Nation de Versailles avoit décidé que nous étions tous égaux, quej'étois autant que Monseigneur le Duc, mon maître; que nous alUons être tous heureux et faire ce qui nous plairoit, sans en rendre compte à personne, parce que tout le monde étoit libre.

Il me prit donc fantaisie d'en profiter : je ¥OU* lois aller voir un de mes camarades qui demeuroit bien loin, et je dis au cocher qu'il n'avoit qiî*à prendre le carrosse et les chevaux pour m'y mener. Ne voilà-t-il pas qu^il se moque de moi ? Dame ! je ne suis pas endurant, moi ; je me suis fâché, et nous nous battons . Monseigneur qui nous regar-

LETTRE DE RENÉ FILOUTIN

doit par sa fenêtre, demanda ce qu'il y avoit entre nous, et le cocher lui dit. Là-dessus il m'appelle, me donne quelque argent et me dit d'aller rendre les habits que je portois, et de m'en aller. J'eus beau dire que j'étois libre, qu'il n'étoit pas plus que moi, et que la Nation l'avoit dit; il fallut m'en aller après avoir été bien battu.

Comme je rase assez bien, faute de moyens, j'entrai chez un perruquier du Palais-Royal, pour mon pain; il s'appeloit le perruquier du Club de 1789; je ne sais ce que cela veut dire. Il y avoit environ huit jours que j y étois, et ne voilà-t-il pas qu'il prend une folie à toutes ses pratiques, le même jour, de se faire couper les cheveux jusqu'audessus des oreilles, et de ne plus mettre de poudre, précisément comme font les galériens? Et me voilà encore sans ouvrage et sur le pavé !

J'étois désolé. J'allois sans savoir où je me trouverois, et je me trouvai sur un pont, qu'on appelle le Pont-Royal, mais qui va changer de nom, car tout est bientôt changé ici ; c'est, dit-on, la Révolution qui le veut. Il étoit mi-nuit et je ne savois encore où je coucherois. Mon Dieu ! que je suis

LETTRE DE RENÉ FILOUTIN

malheureux, m'écriai-je ! Un petit moine habillé de blanc, de petits yeux, avec une tête qui n'avoit pas plus de cheveux qu'il n'y en a sur mon genouil, passoit par là. Qu'avez-vous, me dit-il, mon garçon ? Hélas ! mon Père, je ne sais plus quel métier faire; on m'avoit dit que Paris étoit le meilleur pays du monde, qu'on étoit sûr d'y faire fortune en peu de temps. Voilà bien des métiers que je fais, et je meurs de faim et de froid, sans savoir où je coucherai. lime mena avec lui, me mit coucher dans un petit grenier, et m'appela à cinq heures du matin. Il me donna ordre d'aller chercher un habit noir chez le bedeau de S. Jean-le- Menêtrier ; une paire de bas chez une ravaudeuse, rue des Marmouzets ; une culotte chez un frippier, rue des Mauvaises paroles ; une perruque chez un perruquier, rue du Pont-au-Change ; un rabbat et une culotte, chez une Madame, rue du Pet-au- Diable. A huit heures du matin, mon petit singe fut complètement habillé. Je crus qu'il se déguisoit ainsi parce qu'il avoit fait quelque mauvais coup ; mais j'ai sçu depuis qu'il vouloit jouer le rôle d'Abbé sur le théâtre de la Nation, parce qu'il

LETTRE DE RENÉ FILOUTIN

n'aime pas les prêtres. II me donna dix-huit sols pour ma journée, et me dit de l'attendre à sa porte jusqu'à son retour; il arriva à cinq heures, me fit reporter toutes ses nippes, et me congédia en me disant qu'il alloit reprendre son habit de moine, parce qu'une sorcière, qui lui écrit toutes les semaines, lui avoit dit qu'il étoit très-bien déguisé sous l'habit de la Religion, et qu'il n'avoit plus besoin de domestique. Il me promit pourtant de me faire entrer, par le moyen de ses amis, dans la Révolution, et il me dit de revenir le voir dans troisÉ jours. Je ne manquai pas ; et il m'apprit que j^étois engagé au service de la Constitution. Je le priai de me donner l'adresse de cette Dame, pour que j'allasse sur le champ la remercier; il me dit que cela n'étoit pas nécessaire, et qu'à compter àti 27 de ce mois, j'aurais 40 sols par jour pour me trouver tous les jours à l'Assemblée, avec une soixantaine de camarades: Notre devoir est de claquer des mains à tout rompre, quand un Monsieur, qui est d'un certain côté, nous fait signe.

Je ne suis pas encore bien au fait de ce travail; il n'y a que deux jours que j'ai pensé me faire

LETTRE DE RENÉ FILOUTIN

chasser, parce que je me suis avisé de claquer des mains pour approuver un certain gros abbé, qui avoit dit des choses fort raisonnables; on avoit bien donné le signal, mais c'étoit pour le huer. Je commence à présent à ne plus m'y méprendre et j'espère m'avancer avec le temps; dès que je serai bien au fait, on m'a promis de me faire chef de ligne : c'est pour instruire les autres, pour appuyer à propos, ou pour faire du bruit lorsqu'il faut empêcher certaines gens de parler, etc., etc.

Il y a bien des choses à apprendre pour y parvenir, mais on a quatre francs par jour; ensuite, quand on est bien instruit dans le sens de la Révolution, on va faire des motions au Palais Royal ou au Jardin des Tuileries. Tout le monde nous entoure, on les prêche; on leur dit le plus de mal qu'on peut du Roi, de la Reine et des Princes, et on leur dit que cela va bien; on crie après les Aristocrates; et les places sont de douze livres par jour, sans compter les petites gratifications, quand on a été assez heureux pour faire insulter un Évêque ou un Noble, par ceux qui ont écouté ce qu'on leur a dit. Mais on m'a

LETTRE DE REXÉ FILOUTIN.

assuré que ma fortune sera faite, aussitôt que je serai en état d'imaginer une Conspiration, un plan de Contre-Révolution, ou autre chose que je ne sais encore... On se met deux ou trois à accuser un Aristocrate, c'est-à-dire un homme riche, d'avoir voulu attaquer la Constitution, ou enlever le Roi, ou bien d'avoir fait des enrôlemens, d'être un accapareur de Bled ou d'Argent, etc., etc., etc. Là-dessus, le Comité des Recherches vous fait haper mon homme ; on le met en prison ou bien on le fait pendre par le peuple, et voilà vingt-quatre mille livres de gagnées. Vous voyez que je commence à être en bon chemin de fortune. Il y a tant de places à donner dans la Révolution, que c'est un vrai Pérou, quand on a un peu le fil de la chose, et du bonheur; car tous ne réussissent pas. Il y a v. g. gros à gagner, à aller prêcher la Révolution bien loin, chez des gens qui ne la connoissent pas, mais c'est un métier bien périlleux; il y en a eu plusieurs qui ont été pendus.

On dit aussi qu'on fait de bonnes affaires lorsqu'on est choisi pour aller faire révolter des sol-

LETTRE DE REN^i FILOUTIN.

d«its contre leurs officiers, et des paysans contre leurs seigneurs, et surtout si on brûle à propos les châteaux, sans qu'on sache d'où cela vient : cela s'appelle égarer le peuple pour éclairer les châteaux. Mais il faut bien de l'esprit pour accomplir les commissions : on nous envoyé là tout cousus d'or, et vous sentez bien que le porteur retient sa part, outre les gages qu'on lui donne.

J'aurois fait un bon coup huit jours plus tôt : Ces Messieurs ont imaginé, pour se divertir, de fliire représenter des envoyés de l'autre monde, pour leur venir foire des comphmens; et, pour faire croire que cela étoit vrai, ils ont choisi des gens que presque personne ne connaissoit; tous ont gagné chacun deux louis d'or, pour paroître seulement un quart d'heure, et encore on étoit habillé de toutes couleurs à un grand magasin de fripperic, qu'on appelle les Menus : Quel coup j'ai manqué!

Je tâcherai de me rendre habile dans mon nouveau métier; je suis trop dégoûté d'en changer si souvent; et aussitôt que j'aurai pu me faire un petit butin, je retournerai au pays, pour y vivre

LETTRE DE RENÉ FILOUTIN

en honnÊte homme, avec vous, mes frères et sœurs, que je salue de tout mon cœur.

Je suis avec un très profond respect, mon cher Père et ma chère Mère,

Votre fils,

FiLOUTIN.

Sabats Jacobites.

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