‹ Curiosités littéraires et bibliographiquesChapitre 13 sur 89 · DORCI, OU LA BIZARRERIE DU SORT · texte numérisé non relu

DORCI, OU LA BIZARRERIE DU SORT

Se serait-on trompé jusqu'à présent sur le compte du fameux comte ou marquis de Sade? On vient de publier un ouvrage inédit de lui : Dorci, ou la Bizarrerie du sort, qui rendrait certainement des points au vertueux Bordelais Berquin.

On ne se figure pas un récit du lugubre gentilhomme sans flots de sang, fêtes dans un souterrain, pendaisons, empoisonnements, fustigations avec des fouets aux lanières de fer, etc., etc.

Au lieu de cela, Dorci n'offre que des scènes de sensibilité et de morale : le lait a remplacé le sang. Voyez le début :

De toutes les vertus que la nature nous a permis d'exercer sur la terre, la bienfaisance est incontestablement la plus douce. Est-il un plaisir plus touchant, en effet, que celui de soulager ses semblables? Et n'est-ce pas à l'instant où notre âme s'y livre qu'elle approche le plus des qualités suprêmes de l'être qui nous a créés ?

Très bien, bon marquis, bravo!

Pourtant, comme le tempérament ne perd jamais ses droits, on trouve encore dans Dorci, par un restant d'habitude, un cadavre, une jeune fille égarée dans une foret, une petite prison ; mais tout cela timidement présenté, et comme avec des gants blancs.

Et puis, quelles belles tirades ! quels honnêtes sentiments! Voulez- vous connaître le marquis de Sade bénisseur? Ecoutez-le :

0 sainte humanité ! fille du ciel et reine des hommes, dois-tu donc permettre qu'une source de remords et de chagrins soit la récompense de tes sectateurs, pendant que ceux qui t'outragent sans cesse triomphent en t'insultant sur les débris de tes autels?

Inimaginable !

Encore une biographie à refaire !

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