L'ASSASSIN
Rien de nouveau ici-bas, — pas même la note violente émise par M. Jean Richepin dans sa Chanson des Gueux.
Bien avant lui, c'est-à-dire il y a dix ans, Amédée Rolland avait écrit le petit poème de l'Assassin, où se trouvent des vers qui ne le cèdent à personne pour la brutalité et le réalisme :
J'avais bu, j'ai tué; mais c'est le sang qui grise!
Une fois que le vin du crime est répandu,
On en veut, il en faut. — Le vieux s'est défendu;
J'allais pour le voler... c'est ce qui l'a perdu.
J'avais bu : j'ai tué le vieux à barbe grise.
Un enfant reposait à côté de son lit; Il s'est mis à crier : j'ai tué le petit. J'aurais bien mieux aimé que l'enfant n'eût rien dit;
Mais j'ai tué l'enfant, de crainte de surprise.
Aux cris désespérés, une femme accourut... Elle pouvait sortir pour qu'on les secourût; Il fallut bien alors que la femme mourût.
Et tant de sang pour rien! Je fis une bêtise.
Si j'avais travaillé pendant trente jours francs, J'eusse à la fin du mois amassé trois cents francs. Ce n'est pas un métier de tuer des enfants!
Voilà les résultats de la fainéantise.
Si l'on m'avait appris à lire, que sait-on?
J'aurais fait, comme un autre, un honnête garçon.
Le vin falsifié n'enseigne rien de bon :
Il est couleur de sang et vous bestialise.