L'ALMANACH DES SPECTACLES
Si jamais vous rencontrez sur les quais ou en vente publique V Almanach des spectacles du libraire Froullé, gardez-vous bien de le laisser échapper !
C'est un curieux ouvrage. Il n'a paru malheureusement que pendant les deux années 1791 et 1792. L'année suivante, le libraire Froullé fut condamné à mort et exécuté.
Vous pâlissez, Monsieur Tresse !
\J Almanach en question est écrit d'un style inusité. Voici quelques-unes des indications que j'y relève :
Le Théâtre des Muses ou de l'Estrapade^ rue de l'Estrapade, à côté du Panthéon. « Bâti et dirigé par un tourneur de chaises, qui achète des pièces moyennant quarante sous l'acte. »
Le Théâtre de la Concorde, rue du Renard-Saint- Merri. « La salle est petite, mais assez jolie; la rue est si étroite qu'une voiture n'y peut pas entrer, ce qui ne laisse pas d'avoir son agrément lorsqu'il pleut à verse. »
Le Théâtre du Délassement-Comique , le premier à gauche en arrivant sur le boulevard par la rue du Temple. « La salle est obscure, étroite, longue, incommode, et on respire un air infect, qui provient de la mauvaise huile des lampes. M. Colon, principal directeur; Manon , marchande de graillons, co-directrice. »
Aimables confidences !
Cette première pdriode de liberté dramatique n'aboutit pas seulement à des théâtricules , comme ceux que fait connaître YAlmanach du sieur Froullé. Elle vit cclore aussi quelques projets grandioses, — entre autres celui d'un théâtre de neuf millions.
C'était la demoiselle Montansier, qui avait imaginé de réunir dans un seul édifice tous les genres de spectacles.
Ses prospectus inondèrent pendant quelque temps les rues de Paris. Mais neuf millions! Ce ne serait pas un obstacle aujourd'hui. Alors on se contenta de répondre à M^^^ de Montansier par ces deux vers de La Fontaine :
Ma commère, il vous faut purger Avec quatre grains d'ellébore.
VOYAGE EN VERS SUR LE GHExMIN DE FER DU NORD
Le poète N. Martin a publié entre autres choses un Voyage sur le chemin de fer du Nord, tout en vers, véritable tour de force, guide rimé très exact, avec l'indication de toutes les stations.
Ce volume a paru à Lille en 1869.
Mais il y a autre chose dans le bagage littéraire de Nicolas Martin; il y a des études très bien faites sur les écrivains de l'Allemagne, des ballades traduites, des épopées domestiques d'un ton sincère et ému.
N. Martin a fait lui-même son épitaphe, comme il convient :
Je ne fus qu'un petit poète ; Mais, si de mes poèmes courts Il est un seul vers que répète Une lèvre chère aux amours, Sous l'herbe verte où je repose Me viendront des parfums de rose.
Ux\ VOLUME DE X. MARMIER
Ce malin, j'ai ouvert un petit volume anonyme, daté de 1874, et tiré à cent vingt exemplaires.
Mes yeux sont tombés — et restés — sur cette charmante pièce :
A la Ghaudeau, voilà longtemps, J'étais jeune; j'avais vingt ans.
Tout souriait à ma retraite, Rêves d'amour et chants de fête, Azur du ciel, cristal de l'eau, A la Ghaudeau.
A la Ghaudeau je reviens vieux.
Tête grise, esprit soucieux; Cherchant, le long de la pelouse, Cherchant, au bord de la Seymouse, Les jours de mon printemps si beau, A la Ghaudeau.
A la Ghaudeau, si le destin Avait borné mon long chemin, Peut-être que j'aurais sans cesse Conservé ma verte jeunesse Sous les ombrages du coteau, A la Ghaudeau.
A la Chaudeau vivez, amis, Heureux d'être où Dieu vous a mis; Et quelquefois, en son absence, Pensez à celui qui ne pense Qu'à venir s'asseoir de nouveau A la Chaudeau.
Or, voulez-vous savoir quel est l'auteur de ces jolis vers et de ce petit livre non signé?
C'est l'académicien qui a prononcé, à l'Institut, l'éloge de M. ïhiers, — c'est M. Xavier Marmier.
CATALOGUES ET CATALOGUISTES
Les jugements des libraires.
Dans un catalogue d'autographes dont il annonce la vente pour la fin du mois, M. Eugène Charavay accompagne chaque nom de deux ou trois mots explicatifs, — comme c'est d'ailleurs l'habitude.
C'est ainsi qu'il dit :