LA CORRESPONDANCE DE BALZAC
Plus je relis la Correspondance de Balzac, plus je tombe en des étonnements sans fm.
Il écrit à M""" de Hanska au fond de la Pologne; il écrit à la duchesse de Castries, à M""" Zulma Carraud, etc., etc.; — et savez-vous ce qu'il trouve à dire à ces femmes plus charmantes et plus intelligentes les unes que les autres?
Il leur annonce qu'il vient de corriger six feuilles des Illusions perdues; qu'il lui reste à finir Béatrix et à refondre les Chouans; qu'il est en train de conclure avec Werdet pour une troisième édition du Médecin de campagne; que Souverain le tourmente pour avoir la fin à' Un début dans la vie; qu'il est enfin parvenu à renouveler les billets de ce corsaire de Chlendowsky ; qu'il lui faut encore trois jours avant de donner le bon à tirer des Petites Misères de la vie conjugale; que les épreuves de la Maison Niicingen se sont égarées dans un déménage-
ment ; qu'il a un rendez-vous avec la Revue de Paris pour une grosse affaire, etc., etc.
Il leur parle de Dutacq, de Dujarier, de son imprimeur, de son brocheur, de son marchand de papier, de tout ce qui le regarde, de tout ce qui le concerne, de tout ce qui l'occupe.
Il veut qu'on le plaigne, qu'on l'admire, — qu'on l'admire surtout! et qu'on sache bien qu'il est un héros de travail, mais non pas un héros obscur et silencieux. Il lui faut les bénéfices de son labeur effréné. Son courage sonne de la trompette, sa volonté allume trente-six bougies.
Un naïf, malgré tout cela.
J'ai bien dit, oui, Balzac, un naïf.
Cela serait un peu long à démontrer, mais on en viendrait à bout.
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