L'ÉLOGE DU MAQUILLAGE
Je lisais V Éloge du Maquillage, par Charles Baudelaire. C'est décidément un travail fort curieux et fort savant.
Baudelaire vante le maquillage dans son style solide et précis. Il repousse beaucoup de ce qui est naturel et veut une part plus large à l'artifice.
Je suis conduit, — dit-il, — à regarder la parure comme un des signes de la noblesse primitive de l'âme humaine. Les races que notre civilisation, confuse et pervertie, traite volontiers de sauvages, avec un orgueil et une fatuité tout à fait risibles, comprennent, aussi bien que Fenfant, la haute spiritualité de la toilette. Le sauvage et le baby témoignent, par leur aspiration naïve vers le brillant, vers les plumages bariolés, les étoffes chatoyantes, vers la majesté superlative des formes artificielles, de leur dégoût pour le réel, et prouvent ainsi, à leur insu, l'immatérialité de leur âme.
Tout cela sent fortement le paradoxe, mais cela amuse en étonnant.
L'éloge du maquillage amène, sous la plume de Baudelaire, l'éloge de la mode. Toules les modes sont charmantes selon lui, ou ont été charmantes.
La poudre de riz lui plaît infiniment; son usage a pour hut et pour résultat de « créer une unité abstraite dans le grain et la couleur de la peau, laquelle unité, comme celle produite par le maillot, rapproche immédiatement l'être humain de la statue, c'est-à-dire d'un être divin supérieur ».
Voici maintenant pour le fard, et pour les paupières noircies et allongées :
Quant au noir artificiel qui cerne l'œil, et au rouge qui marque la partie supérieure de la joue, bien que fusage en soit tiré du même principe, du besoin de surpasser la nature, le résultat est fait pour satisfaire à un besoin tout opposé. Le rouge et le noir représentent la vie, une vie surnaturelle et excessive ; ce cadre noir rend le regard plus profond et plus singulier, donne à l'œil une apparence plus décidée de fenêtre ouverte surfinfini; le rouge qui enflamme la pommette augmente encore la clarté de la prunelle, et ajoute à un beau visage féminin la passion mystérieuse de la prêtresse.
On ne discuterait pas avec plus de solennité les plus hautes questions sociales.
ET BIBLIOGRAPHIQUES VAù
Les conclusions de Baudelaire sont celles-ci : que le maquillage n'a pas à se cacher, à éviter de se laisser deviner ; — qu'il peut, au contraire, s'étaler, sinon avec affectation, du moins avec une espèce de candeur.
Ainsi est-il.