UN COMPTE RENDU DE JULES JANIN
Nous avons aujourd'hui d'excellents chroniqueurs de théâtre, des critiques savante et spirituels; — mais oii sont les triomphants feuilletonistes du lundi, les feuilletonistes d'autrefois ?
Qui est-ce qui oserait aujourd'hui rendre compte d'une pièce comme le faisait Jules Janin en 1832?
J'ai le feuilleton du Journal des Débats sous les yeux. La pièce était un mélodrame qui s'appelait Jenny Durand.
Jenny aime M. Alfred, M. Alfred aime Jenny. Quand M. Alfred a dit à Jenny : « Je t'aime, Jenny ! » Jenny a répondu à M. Alfred : « Vous êtes fiancé à M^'° Louise, Alfred.» A quoi Alfred a répondu : « Cela ne fait rien, Jenny. » Mais Jenny a dit à Alfred : « Cela fait beaucoup, Alfred. » Alors, survient la mère d'Alfred, qui dit : « Cela fait beaucoup, Alfred. » Puis, Alfred dit : « Adieu, Jenny ! )>
Jenny va retrouver Alfred chez le père d'Alfred, pour l'engager à l'oublier, elle, Jenny. Mais, dans
l'intervalle, Alfred revient chez Jenny, et lui dit : « Je ne puis pas t'oublier, Jenny ! » A quoi elle répond : « Oublie-moi, Alfred ! » Puis il lui dit : « Je veux t'enlever, Jenny ! » Elle répond : « Puisque tu le veux, enlève-moi, Alfred! » Et Alfred enlevait Jenny, quand sont rentrés le père de Jenny, qui a dit : « Ne me l'enlevez pas, Alfred ! » et la mère de Jenny, qui a crié : « Ne nous quitte pas pour Alfred, Jenny ! »
On a sifflé Alfred, on a sifflé Jenny !
Amusantes folies !
C'était le bon temps alors, — le temps des escapades romantiques !