II® SÉRIE
bons D®c^2urs—
Aucune corporation n’a peut-être été plus caricaturée, aucune n’a plus excité la verve des imagiers ou l’inspiration des artistes que la corporation médicale.
En dépit des hautes théories spiritualistes, l’homme se souvient de ses misères pathologiques, et sa guenille lui est toujours précieuse. En dépit qu’il en ait, il se tourne toujours vers le médecin, l’heure venue, et il le conjure de suppléer à l'insuffisance de ses prières lorsqu’il sent autour de lui battre les ailes de la mort.
Le médecin reste alors le maître de la situation. Il commande et on lui obéit avec empressement. Plus tard, le danger passé, on rit des alarmes vaines ; le médecin n’est plus le sauveur auquel on a voué une éternelle reconnaissance, mais le vulgaire .créancier qui réclame ses honoraires, et qu’on ne lui paye point. On lui trouve alors toutes sortes de défauts; il n’a pas eu grand mérite à guérir un malade qui, assurément, aurait guéri tout seul; il a ordonné une médication ruineuse et surtout il a multiplié d’inutiles visites ; il s’est montré âpre au gain, que sais-je encore? Bref, il devient le bouc émissaire, et pour un peu on l’accuserait d’avoir introduit la maladie dans la maison.
Cette cupidité du médecin, tous les caricaturistes l’ont traitée
CUftlOSITÉS MEDICO-ARTISTIOUËS
avec amour. Voici par exemple une estampe du temps de Louis XIII qui montre le docteur refusant ostensiblement un écu, mais acceptant par derrière une lourde bourse. La légende est encore plus mordante; Tel refuse d'une main qui le voudroil lenir de Vautre. Le document a peu de valeur au point de vue artistique, car le dessin
Tel refuse d’une main qui le voudroit tenir de l’autre.
en est bien défectueux, mais il prouve que, déjà avant Molière, les Diafoirus étaient tenus par le public en piètre estime.
Ce sont les Hollandais qui ont caricaturé le moins les docteurs et brossé les meilleures toiles en leur honneur. Nos lecteurs connaissent dé^à la Dame malade, de Gaspard Netscher : la Femme lujdropi(iue, de Gérard Dow, etc. (1). Voici deux documents dans
(1) CL Curiosités Médico- Artistiques, L’e série.
NOS BONS DOCTËURS....
la même note : une Visite de médecin, de Jan Steen, où tous les personnages ont le sourire aux lèvres : la malade, pas bien malade, qui découvre un sein charmant; le médecin Tant Mieux, qui n est pas ennemi de la plaisanterie et conte quelque grivoiserie à la maman amusée; par terre, l’inévitable vase de nuit près duquel
Jean Steen. — La Visite du médecin (La Haye).
le chien monte la gardé.
Puis, c’est la Dame et son médecin que Van Mieris place dans un intérieur confortablement bourgeois. La patiente souffre visiblement, la pâleur de ses traits est mise en relief par le fichu blanc, la collerette blanche et la fourrure blanche qu’elle porte. Quant au praticien, il est plus attentif à l’examen du pouls qu’au charmant visage de sa malade. Le tout forme un ensemble mièvre et délicat, un peu factice, assurément, suivant la mode de l’école de Gérard Dow.
V'an Mieuis. — Dame cl son médecin (Musée imi)érial, Vienne),
Que le vieux mari cacochyme court à la garde-robe, le docteur, d’allures très dégagées, portant beau, mis avec une suprême élégance, fait une cour en règle à la jeune femme. Il n’a aucune peine à lui fàTire partager sa flamme, comme on disait alors, et, sous couleur de lui tâter le pouls, il lui débite des fadaises sentimentales et
Mais revenons aux compositions satiriques ou caricaturales. Voici l'Amour médecin, ou mieux le Médecin amoureux. Pendant
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autres. Le vieux surprend leur conversation derrière un paravent.
Le rôle passionnel joué par les médecins est un préjugé enraciné. Il est entendu qu’ils abusent de leur situation privilégiée et que les bonnes fortunes leur sont coutumières. Molière s’est fait l'interprète de cette légende lorsque mettant Sganarelle en présence de la belle
nourrice Jacqueline, il lui fait dire : « Ah I nourrice, charmante nourrice, ma médecine est la très humble esclave de votre nourricerie, et je voudrais bien être le poupon fortuné qui tétât le lait de vos bonnes grâces. » Le faiseur de fagots, changé en médecin, a vu tout de suite dans cette transformation l’occasion unique de conquêtes faciles. Nos confrères savent, hélas ! que la réalité est moins riante que la légende, et que l’exercice de la profession n’incite guère à la bagatelle.
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Par contre, il arrive souvent que le médecin s'emploie à réparer de son mieux les fautes des pécheresses, témoin ce médecin de village grossièrement caricaturé dans une estampe populaire, et qui donne au papa déconcerté cet excellent conseil : « Croyez -moi, mariez-la. » C’est qu’en effet la donzelle de la maison porte une