PÉLION
^ Or voise (aille) tout à lavanture î Car puisque on vient de tous lieux, Nos moutons sen vendront bien mieulx En Bethléen et aultre part.
Québec. — Est-ce un nom indien? est-ce un nom normand? les avis sont partagés.
f Nous sommes portés à croire, est-il dit dans les tiansaotions de la Société littéraire et politique de Québec (avril 1835), c que Québec est un nom français. La terminaison en bec n*est point rare dans les noms de lieu en Normandie, d'où venaient la plupart des premiers colons du Canada ; elle signifie prom on fotre. Les bommes qui aban- 'donnent leur patrie pour s'établir dans d'autres contrées sont fort enclins à transporteries noms de leur vieux pays dans le nouveau. 11 est probable que le nom de Québec a été transporté de quelque lieu maintenant inconnu en Normandie, à la capitale du Canada. Ce qui semble confirmer cette conjecture, c'est que sur le sceau du comte de Suffolk, capitaine employé par Henri Y dans les guerres de France, -on trouve gravé ce même nom de Québec. Il faut supposer que quelque village normand de ce nom avait été le théâtre des exploits du conte, et que Henri Y le lui donna à titre de récompense. >
D'un autre côté, Champlain,'qui est une autorité, puisque c'est lui qui fonda la ville de Québec, dit au livre III de ses Voyages de la nouvelle France, p. 115 : t Trouvant un lieu, le plus étroit de la rivière, que les habitants du pays appellent Québec, j'y fis bâtir et édifier une habitation, et défricher des terres, et faire quelques jardinages. » Or, ce qui achève de donner gain de cause à l'étymologie indienne, c'est que Charlevoix nous informe que Quebéio, en algonquin, veut dire rétrécissement, ce qui explique pourquoi on avait donné ce nom au lieu le plus étroit de la rivière,
BAnAGouiW, p£TnA, Penaud. — Le premier de ces trois mots qui a passe duns la langue française pour parler
d'un jargon barbare, est, selon M. Éloi Johannof qui kiméme empruntait cette étymologie à un auteur du XVI** sièole, formé du celtique hara, qui veut dire pain, et de gfwtn, qui signifie vin. C'est une des expressions que les étrangers s'attachent à retenir pendant leur séjour en Basse-Bretagne, parce que leurs besoins de prc" mière nécessité s*y trouvent liés. De retour chez eux, les mêmes mots, auxquels ils avaient tous les jours été le plus redevables, leur servent à frapper notre langue de ridicule et à l'appeler un jargon barbare, un hëragonin. . , c'est proprement le procès de l'ingratitude contre la bienfaisance.
C'est ainsi que les mots breldns, pétra, penaud, adoptés également par les Français, sont aujourd'hui devenus dans leur bouche des qualifications injurieuses, pour insulter aux gens de Ip campagne. Pétra ou pénos est la réponse que nous faisons aux questions que nous n'entendons pas : ce qui correspond au français: Que ditesvous ? Et comme les Bretons et les Français, parlant deux langues entièrement différentes, ont beaucoup de peine à s'entendre, les mots pétra et pénoa doivent nécessairement venir très-souvent dans la bouche des premiers, de même que celui de haragouin dans celle des seconds. Mais en désignant les gens de la campagne et ceux que l'on méprise, sous le nom de pétraa; un imbécile, un sot, un homme interdit, embarrassé, sous celui de penaud; une langue, un jargon quelconque, sous la dénomination de haragouin, l'on voit que c'est tomber dans un étrange abus des mots, pervcrlir la vraie signification des terme«; leur donner un sens entièrement opposé dans l'usatce ordinaire et s'exporer par là aux plus grandes méprises *.
« Latour-d Auvergne, Or/</.'np«<7au/o:V*.
BiiAsoN Tient du mot allemand hlusen, sonner d*un instrument à vent, parce que c'était au son du cor que dans les tournois la lice s'ouvrait aux combattants. Quant aux couleurs du blason, leurs noms viennent de l'arabe, suivant Court de Gebciin ^
GtMule, de Ghulj rouge, rose. — GhuHstan, empire des roses.
AzuTt^'ô aiul, couleur du ùiel, bleu.
Sinophy de tm, herbe, verdure, et de hla, blé naissant et d'un beau vert.
Sable, de zehelj, Jsi6e2, noir : -^ martre zMine, martre noire.
Hakabd. — C'est a M. Libri > qu'est due l'étymologio de ce mot. Comme les précédents, elle est arabe. Aiar dans cette langue veut dire difficile^ Les termes azari, ad asarum, ludum azari, se rencontrent dans plusieurs ouvrages italiens du moyen âge >, qui traitent d'un jeu à trois dés, et ils expriment les points les plus difficiles à obtenir. Le hazard est donc Péditeur responsable de tout ce dont il est difficile pour nous de découvrir l'auteur, c'est-à-dire la cause. Quant à la lettre h, elle remplace une autre lettre arabe, qui est sans équivalent daa'^ notre langue.
i Monde primitif ,
• Hittoirê dêt maikémaUguet en italien tom. I, ptg. 189.
> D«ns uo commeDlâlr» fort eurieux, publié k Venise e» 1477, sur la Divine comédie du Danle, on trouve l'épitbèle de azart, appliquée à certains nombres qu'on peut amener avec trois dés. Les expressions ad azartun^ ludum aiari se trouvent aussi dans les statuts de Goastalla, publiés par AflTo en i785»etdans d'antres statuts cités dans le Glossaire de Charpentier, à l'article axarrum.
Algèbre. — Ce mot est dû aussi aux Arabes qui avaient nommé cette science él djaber el'mogahelah, c'està-dire la science des restaurations ou des rétablisBements, des proportions et des solutions, en vertu de la règle par laquelle on opère le passage ou le rétahUssement d*une quantité qui était négative et qui devient positive, étant transportée ou rétahlie dans Tautre membre de l'équation. C'eàt pourquoi, au moyen âge, en chirurgie, algèbre voulait dire l'art de restaurer ou de rétablir les membres démis ou fracturés ; et aujourd'hui môme en espagnol et en portugais, aîgebrista signifie chirurgien.
Moutarde. — Il est à peu près certain que moutarde vient de moult arde, muXtiJim ardens, qui brûle beaucoup. Toutefois on a soutenu que moutarde venait de moult tarde, contraction de mouH me tarde, devise des ducs de Bourgogne, et que comme Dijon faisait un grand commerce de c ce baume naturel et restaurant d*Àn^ douilles, » comme dit Rabelais, on y avait remplacé le mot de sénevé (sinapis) par la devise de ses souverains. On a même étayé cette interprétation d'un passage des Bigarrures de tabouret, relatif à la moutarde de Dijon, et que nous allons citer pour rétablir les faits.
c La moutarde n'y est pas meilleure ny plus fréquente qu'ailleurs. L'origine donc de ce dire n'a pas pris sa source de là, mais a commencé sous le roy Charles VI, en raU d38i, lorsque luy avec Philippe le Hardy, son oncle, fu^ rent au secours de Louys, comte de Flandres, où les Dijonnois, qui de tout temps ont esté très fidèles et très affectionnez èrivers leurs princes, se montrèrent si zélés, que, de leur propre mouvement, ils envoyèrent, mille hommes conduits par un vieil chevalier jusques en Flandres. Ce que reconiwi'ssnnt, ce valeureux duc leur donna
plusieurs privilèges, et notamment voulut qu'à jamais la ville portât les premiers chefs de ses armes , lui donna sa devise qu'il fit peindre en son enseigne, qui estoit : Moult me tarde. Mais comme cette devise estoit en rouleau, de la façon qu'encore aujourd'hui elle esteslevéeen pierre à la porte de l'église des Chartreux à Dijon, plusieurs qui la voyent, môme les François, né prennant pas garde au mot de me, ou dissimulant de le voir par envie, allèrent dire qu'il y avoit movHarde, que c'ostoit la troupe des mouslardiers de Dijon. *
Tabourot va trop loin. Il devait se borner à établir que le mot moutarde ne dérive pas de la devise des ducs de Bourgogne, mais il porte atteinte au commerce de Dijon, lorsqu'il donne à entendre que sa célébrité gastronomique vient tout simplement d'une mauvaise interprétation de cette même devise. Heureusement l'archéologie est venue au secours des illustres moutardiers de cette ville. Il est incontestable que la réputation de la moutarde de Dijon a devancé de deux cents ans l'introduction de la devise des ducs de Bourgogne dans ses armes. La preuve en est écrite en toutes lettres dans nombre de manuscrits qui remontent au douzième siècle.
Cocagne. — L'indigo n*a commencé à être connu en France que vers la fin du seizième siècle. Jusqu'alors on y teignait en bleu avec des coques de pastel; c'est à la culture et au commerce du pastel que le pays de Lauraguaîs dut le nom de pays de Cocagne ^ à cause du grand nombre de coques qui s*y faisaient, et des bénéfices considérables qu'on en retirait. Cocagne s'écrivait autrefois Coqvaigne.
Lî païs s: a non Côqui'gnô Ki plus i dort plus i graigne.
ÉTÎMOLOGIES, ETC. 95
Cent le fabliau de Goquaigne.
Florin. — Ce mot vient, suivant les uns, de Florence, suivant d'autres, des fleurs de lys qui étaient gravées sur les monnaies. Quoi qu'il en soit , ce mot devint un nom générique donné en b!en des pays à des monnaies réelles d'or ou d'argent, et à des monnaies fictives ou de compte.
MÉRINOS.— Méiino, en espagnol, est le nom d'une fonction équivalente u peu- près à celle de maire. De là, ce nom a été donné aux conducteurs des trpupeaux qui vont de contrée en contrée chercher leur pâture, et aux cantons qu'on leur accordait. Plus tard, on a appelé, par ellipse, ganado merino, un troupeau mené par un menne, et ensuite ovejaa mérinos , les brebis mérinos, lana merina, la laine mérinos, et enfin meriiw seul cette race connue qui a tant" gagné à son croisement avec une race africaine,
La Paulette. — C'est sous François I" que l'on commença à vendielcs charges dejudicature. Un giand nombiecîe gens r.ches, affamés de rang et d'emploi, mirent là •leur argent comptant. Ces charges devinrent une mine d'or qui dans la suite a produit des sommes immeuFCF, sans qu'il en ail coûté au roi rien de plus que des gages plus ou moins forts^ dont il s'est remboursé par le moyen de la 'Paillette, C'est ainsi que l'on appela, du nom de Charles Paulet qui, en i604, en fut l'inventeur et le premier fermier, le droit que l'on obligea les gens de robe et de finance de payer au roi tous les ans^ pour pouvoir, dans l'année, disposer de leurs charges, et être dispensés de la règle dite de» quarante jours. Auparavant, il fallait que les résignants survécussent de quarante jours à leurs démissions • autrement leurs charfi:es étaient dévolues
au fisc ^ On dipaît pauht^ pour payer l'impôt de la paulette, '
Queux, COQ. — C'e&t du latin cogutM que viennent ces deux mots dont le premier est tombé en désuétude et dont le second n'est employé qu'à bord des navires, et qui tous deux veulent dire cuisinier.
Anciennement, dit Ménage, on appelait grand queux de France celui qui avait la surintendance sur tous les officiers de cuisine de la maison du roi.
c Souvent avenoit, dit Joinville, quand il benoiez rois (le saint roi, Louis IX) estoit à Vérnon, que il descendoit en la Méson-Dieu à heure de mengier, et il servoit les povres, de ses propres mains, des viandes que il avoit fet appareiller par ses queux, »
Ce fut Louis IX qui créa cette charge. Tune des premières de la monarchie.
Le personnel des cuisines se composait de quatre ihattresqueux, quatre hôteurs, quatre potagers, quatre pâtissiersbouche, quatre porteurs, deux avertisseurs qui s'informaient de l'heure à laquelle le roi voulait être servi, quatre porte-fauteuils et tables-bouche, trois galopins chargés de piquer les viandes, etc.
Daoug AN. — Ce mot breton, qui littéralement signifie àeux chants, est le nom qu'on donne aux maris outragés. Voici, sur cette expression et sur le mot français qui en est la traduction, l'explication piquante que donne M. Johanneau dans un mémoire intitulé : Origine étymologique et mythologique du mot celtique daougan, qui signifie cocu; du mot français cocu, et d'un usage singulier relatif à ces deux nûms injurieux, La naïveté à ses privilèges ; c'est à ce titre
i L'abbé Leg«ndre, Maurs et eoutumet des Fronçait.
que nous sollicitons, avec M. Johartneûu, l'indulgence du lecteur.
« Un ussge singulier et extraordinaire que j*ai appris, dit-il, dans les voyages que j'ai faits, il y a environ un an, pour la recherche des antiquités celtiques et druidiques, dans rintérieur de là France, vient confirmer l'étymologie et Torigine que je donne des noms de daougdn et de cor m. Dix à douze personnes deCléry, près d'Orléan^ réufties pour me donner des renseignements, m*ont assuré que d'après un usage ancien, dans la commune rurale de In môme ville, le soir ou le lendemain des noces, je ne me rappelle pas lequel des deux, les père et mère des époux, après les avoir conduits dans la chamhre nuptiale et fermé la porte sur eux, fasaîent asseoir le nouveau marié le derrière dans un bassin plein d'eau, lui faisaient chanter trois fois le Chant du toq, cocorikê^ faisaient mettre la mariée à genoux devant lui et lui faisaient répondre trois» fois, cocodè, qui est le chant de la poule après qu'elle a fondu. Cet usage, presque incroyable, est cependant dans l'esprit de l'ancienne religion druidique ; car il me paraît Une suite du culte du coq et de la poule des Gaulois, considérés comme le symbole, l'un de la puissance virile, l'autre de la fécondité de la femme, et tous les deux comme une image de ce qui se passe dans l'union conjugale. Il est en outre en rapport avec le nom latin gaîli des Gnnhis, et confirme ce' que j'ai avancé ailleurs, que Ce nom ne signifie que les coqs dont nous révérons encore le symbole dans la cocarde en forme de crête de coq, et dans les coqs au-dessus de nos clochers pyramidaux *. t
Le Sahara. — Le Sahara est une vaste contrée plaie, dont la majeure partie est sablonneuse, improductive et
4 Cahier WiU
inhabitée. Quant à son étymologie, voici ce qu'en disent les lettrés (t'olha) :
c On appelle Sehaur ce moment presque insaisissable qui précède le point du jour (fedger)y et pendant lequel nous pouvons encore, on temps de jeûne, manger, boire, fumer. L'abstinence la plus rigoureuse doit commencer, dés qu'on peut distinguer un fil blanc d'un fil noir.
c Le sehaur est donc une nuance entre la nuit et le point du jour qu'il nous est important de saisir, de préciser, et sur laquelle a dû se porter l'attention de nos marabouts. Un d'entre eux, Ben el Djiranii, en partant de ce principe que le aehaur est plus facilement et plutôt appréciable pour les habitants des plaines, dont rien ne borne l'horizon, que pour les habitants des montagnes, enveloppés qu'ils sont dans les plis du terrain, en a conclu que du nom du phénomène on avait formé celui du pays ou il était le plus particulièrement apparent, et qu'on l'avait nommé Sahara, le pays du sehaur, »
L'auteur du Sahara algérien^ à qui nous empruntons cette étymologie, fait remarquer avec raison que, quoique l'orthographe ne soit point la même, puisque l'un des *deux mots commence par un Ç (n'àd) et l'autre par un S (m), et que |)ar conséquent cette explication ne soit pas d'une grande sévérité grammaticale, elle ne laisse pas d'être fort ingénieuse. Elle semble d'ailleurs confirmée par l'étymologie du Tell. L'opinion la plus accréditée est que le mot tell vient de tellus, terre cultivable; mais Ben el Djirami n'est pas de cet avis, A l'entendre, tell vient de tali, dernier , et signifie la contrée qui est en arrière du Sahara, et où le aehaur ne paraît qu'en dernier. Enta tellia ou sah^araovi ? Es-tu des gens du Tell ou des gens du Sahara (de la terre cultivable ou du désert), signifie selon lui : Es-tu des premiers ou des derniers à voir te sehaur ?
ÈTYMOLOGtES, ETC\ M
Cette même interprétation est donnée dans un ouvrage de Fekheur el R'àsi, qui ajoute que tali et tell, le dernier après le dernier, veut dire la mer, à cause de sa position en arrière du Tell *,
Bal.— Ce monosyllabe est celtique; c'est un mot primitif qui désignait le «oleiî, et par conséquent: I^Tout ce qui est beau et brillant, comme le soleil; «o Tout ce qui est éleré, comme lui; 8» Tout ce qui est rond. Sous chacun de ces points de vue, ce mot est détenu la source d*ttne multitude de familles dans la langue française, en se prononçant, suivant le« peuples, bat, bel, bol, el avec Télisfoo de la voyelle : hla, hle, blo. De là, il résulta dix branchj^ dérivées de cette seule racine , d'oir résultent une vingtaine de divisions : 1^ les noms de quelques plantes el animaux; 2^ bel, désignant la beauté ; So bal, de- Ycnti hla, nom de diverses conletirs, des mots blanc, bleu, blond, etc.; ¥ bail, nom relatif à la puissance, à la conservation et à la perfection; 8* 6al, relatif à Télévation, d'où balcon, halmtrade; ^ bal, relatif à faction physique de «^élever en s*élançant, d*où bal, ballet, ballade, bala^ doire, baliste; 1* bal, désignant la grosseur, d*oû baleine, bloc; 8% etc. K
CÂiitette. — On donne ce nom^ qui est celui du fou de Louis XIÎ et de François I^'^ comme Tétymologle dé caillelte, femme bavarde; mais Ce mot est plutôt celtique t Dans cette langue, Caillach signifie femme ^.
ft V»y«f Ui SéhAta al0ériêd^ èM4éi géograpiti^téi n iUtl»ll« 4068 et historiques sur la régioii ail sad des élabUsseaimli fran'^ çafs efi Atférie) ouvrage rédigé suf lei docdnfenls rècdeitlts par les Mini es M. te llentenaat-tioknNil Bâumas, direetear eeotrtft dM tâêltÉê mOmê k Al|^, el ycUlé «Vit r<lil«flMli«ii étt tti* Distredela guerre. Paris, ^84», ia-ê.
< <o>riée td >e ila» Monde prim^t4fi
s Voyes une note de ta jùlie fille de Pér^t de Walllïr Scott;
iOO CURIOSITÉS PHILOLOGIQUES, ETC.
Homme de paille. — Celle expression ne viendrait-elle pas du mannequin que Ton brûlait quand le condamné était en fuite ?
Ministre, synonyme de pasteur. On 1 1 dans Lamonnoyc que Rabinot, l'un des premiers disciples de Calvin, donnait ses leçons dans une salle nommée la ministrerie , et que de là on rappelait monsieur le minisire. Cet auteur ajoute que ce fut ce qui donna à Calvin l'idée de nommer ministresles pasteurs de son église.
Péquin. — Ce nom était donné par les allemcinds aux Albigeois ; n'est-ce pas parce qu'ils les considéraient comme païens, de paganus? Il vient bien plutôt des mauvais solda Is-picquicrs qu'on appelait picqvini ou pekeni et dont parle Du Cange.
RoDOMoNT. — Le comte de Bojardo chercbait, pour un personnage do son poëme l' OWandotnnamorato, un nom conforme au caractère qu'il voulait lui donner. Celui de Bodoniont se présenta à lui pendant une cbasse, et lui sembla si heureux qu'il en conçut une joie excessive. De retour chez lui, il fit sonner, en signe de réjouissance, toutes les cloches du village ^
Testament. — L'étymologie de testameulum , testatio mentis, donnée par Juslinien , est spirituellement reprise par Vinnius qui s'écrie : e Imbécilo ! et ewcrementtim ^ient-il de eœcretio mentis?
TiNTAMARBE. — Ou trouvc daus les vieilles chartes du Berry, que Jean, fondateur de la chapelle de Bourges, rencontra un jour un grand nombre de vignerons dans un état si misérable qu'il en eut pitié et les interrogea amicalement. Il apprit d'eux qu'on les faisait travailler jusqu'à 15 et J6 heures par jour. Il ordonna qu'ils n'eus-
« V. La l|lonnoy6,(;/oiiatr# k la saiiedes IS'oëU Bourguigmmi.
ÉTYMOLOGIES, ETC. lOl
sent à se rendre au travail qu'à six heures du matin, et qu'ils pussent s'en revenir à six heures du soir. Pour que cette promesse - ne fût pas illusoire , lo duc enjoignit à ceux qui étaient le plus près de la ville, et qui, par conséquent, entendaient les premiers sonner l'heure, d'en prévenir leurs voisins qui devaient l'annoncer aux plus éloignés, c Tellement, dit l'auteur de ce récit, qu'en toute la contrée s'entendait une grande buée et clameur, par laquelle chacun était fmalement averti qu'il fallait faire retraite en sa maison. » Tous donnaient cet avertissfement en tintant avec une pierre des^ sus leur mare (nom d'un instrument de labour), d'où il serait possible que depuis on eut appelé tintamarre, en général, tout ce qui rappelait un bruit de ce genre ^
Des noms propres. — Les Espagnoles ne prennent pas le nom de leurs maris.*
— Les Indiens américains portent pour la plupart le nom de quelque animal, comme le serpent bleu, le petit dindon, le gros ours, etc. ; et leurs signatures dans les actes relatifs à des cessions de terres, etc., consistent dans la représentation, figurée à la plume, des animaux dont ils portent les noms.
— En Angleterre, ce serait commettre une inconvenance que d'appeler une demoiselle miss, sans y joindre son nom de famille ou son prénom. Jusqu'au xviue siècle chez nous, les bourgeoises mariées étaient appelées mademoiselle.
— La plupart des villes, dans l'antiquité, avaient deux noms, dont l'un était tenu secret et n'était confié qu'à très-peu de personnes, et l'on n'osait pas le proférer en public; car c'était alors une superslition universellement
1 Pasqoier, Rech&rehit de la Franct,
loi CURIOSITÉS PHILOLOGIQUES, ETC.
répandue que tontes les invocations des ennemis contre ane \il)e n'aTatent de force et de puissance qu'autant que son véritable nom y était exprimé. Le nom propre et secret de Rome était Vaïentia, mot latin qui signifie force, comme le mot grec Roma. C'est à cet usage que se rapporte le passage suivant de Macrobe : t Les Romains Toulurent conserver secrets le nom du dieu sous la tutelle duquel était Rome, et le nom latin de la ville. Les peines les plus sévères étaient portées contre quiconque violait ce
— On a beaucoup reproché stvtji Grecs modernes d'avoir dublié les noms glorieux des villes de la Grèce antique. L*étode du grec moderne a fait justice de ce reproche. L'erreur vient de ce que chaque pays prononce les langues mortes à sa mode : après s*étre bien indigné de ce que les descendants d'Epaminondas avaient changé Thèbes en Skéy force a été de reconnaître que c'était nous, au contraire, qui avions changé Sivé en Thèbes^, attendu que c'est ainsi ou k peu près que se prononce Thehai. Si les Grecs modernes sont coupables,ce n'est pasdedéfigurcr les noms de leurs ancêtres; c'est, comme nous tous, d'eatropier les noms étrangers. C'est, par exemple, d'avoir mé* taiMorphosé Famiral gèntns Doria en Sertorius, confondant le litre Ser (Meêêer) avec le nom Doria^ Seràoria, Sertùna^ Sertùrius, Il est vrai qucles Vénitiens n'étaient pas en reste, eux qui d'Egrippoê ont fait Négrepont. Nos marins, non plus, ne se sont pas fait faute d'estropier les noms grecs, eux qui ont changé YécmW Belopouio9 (petite aiguille)^ en BeUe-Pouki, et l'ile de Samothrace en Smite-Malidroche.
— A (Joëlle époque le^ papes commencèrent -ils k chart*
gër dé nom à leiir avènement au trône pontifical ? Henri,
* dans son Histoire eecléStastlque, prétend que ce fat Ser-
ÊTYMOLOGÏES, ETC. 103
gelY qni, l6 premier, changea de nom ; mais Texaltation de Serge date de 1009, et Onuphre dit que cet usage est dû à Jean Xil, en 956, qui ne voulut pas conserver le nom païen d'Octavien : ce qu'il y a de certain, c'est que les évèqitfs ravaient déjà adopté dès la fin du vu» siècle. Fra Paolo, de son côté, attribue cette coutume aux i)apes allemands, dont les noms barbares sonnaient mal aux oreilles des Italiens, f Les papes, dit^il, Vont continuée depuis, pour marquer qu*ils échangeaient leurs affections privées contre d'autres plus nobles. > Ainsi font les personnes qui se vouent à la profession monastique. Depuis le pontificat de Benoit IX, en 1035, on ne compte qu'un seul pape qui n*att point changé de nom, c'est Adrien YI qui obtint la tiare en 15^3»
— Après le pas d'armes, les combattants soupaient à la même table. On avait soin qu'elle fût ronde, pour éviter toute dispute sur le rang et la préséance : de là est venu le nom des chef^alien de Ja table ronde»
Origine des noms dbs Etats-Unis. -— L'Etat du Af<iifi« fat ainsi nommé, en 1638, d'après la province du Maine en France, dont Henriette-Marie, reine d'Angleterre, était alors duchesse. Neiv^Hampshire devint le nom du territoire accordé par la compagnie de Plymouth au capi« taine J. Masson, qui était en même temps gouverneur de Portsmouth dans le Hampshire en Angleterre. Vermont vient du français {Mont-Vert); Massachuêetts^ d'une tribu d'Indiens, voisine de Boston: Rhode-hlandivii ainsi nommé en mémoire de l'île de Rhodes dans la Méditerranée; NetcA^ork prit la désignation de ^'owel^York pour faire honneur au duc d'York et d'Albany, à qui le territoire avait été concédé; la Pensyhanie rappelle le chef des Quakers, William P^nn; la Delaware, lord de La IVar qui mourut dans la baie ainsi nommée avant l'Etat lui-même :
la Mary-Land, Henriette-Marie, épouse de Charles 1er, la Firginie, la reine Tteri/e^ Elisabeth; la Caro/tne^CAar- - tes IX, roi de France (ce nom français date de 1564), et la Géorgie^ Georges III (1772) ; Alabamaest le nom de la principale rivière de cet Etat (4817). La Louisiane reçut cette désignation en Tbonneur de Louis XV ^ comme la Nomelle-Orléans devait son nom au régent duc d'Orléans. Tennessee signifie cuiller tordue ; Kentucky est un nom de rivière ; Ohio, Ariansas, Missouri, Mississipi^ Cownecticut et Illinois aussi ; Indiana vient de ses premiers occui)ants, les Indiens ; Michigan est un nom de lac ; la Floride enfin fut ainsi appelée par Juan Ponce de Léon, qui la découvrit en 1572, lé dimanche des Rameaux^ en espagnol, Pascua florida (Pâques fleuries) *.
Des noms propres. — Une opinion émise, il y a dix-hutt à vingt ans, dans un recueil littéraire ne fait pas remontef l'origine de la plupart des noms de famille français au delà du XI le siècle. A celte époque d'affranchissement, lesserfs^ à mesure qu ils cessaient d'être des choses, sentirent le besoin de constater cette position nouvelle par un nom qui leur appartînt en propre, qui ne fût pas seulement un nom de baptême commun à tant d'autres, et auquel s'ajou* tait le nom du seigneur.
L'auteur de ce système divise ces noms de famille en cinq catégories :
10 Ceux des affranchis industriels : — Chaussier, Pelletier, Serrurier, Taillandier, Fabre (Fèvre, Fébure), Charpentier, etc..
2® Ceux des affranchis agricoles : — Du Pré, de la Vigne, du Val, du Guy, de l'Orme, du Mas, du Puy, de la Fon*laine, etc.,.
i Reim0 britannique, mai iSil.
' o<* Ceux des affranchis appelés à des fonctions bourgeoises, ou même mercenaii-es : — Le Bailli, le Prévôt, le Maire, le Doyen, etc...
' 40 Ceux des gens qui, n'ayant ni industrie ni terres, se sont a{4)elés de leur forme ou de leur caractère : — te Court, le Grand, le Noir, le Blond, le Roux, le Camus, le Doux, le Courbe. . .
5<> Ceux des gens qui ont gardé simplement leur nom de baptême, et Vont transmis à leurs enfants -. — Martin, Gervais, Lucas, Guillaume, etc..
■ L'origine de ces noms s'explique d'elle-même ; mais ils en est d'autres, composés de mots qui ne sont pas restés dans la langue, et leur signification peut être curieuse à connaître. Nous allons en citer quelques-uns, en choisissant de préférence cçux qui pourront donner lieu à quelque rapprochement piquant, que nous demanderons au lecteur la permission de ne pas faire nous-même.
Ahnaud, mauvais sujet, débauché, du mot Àmûutf Àrnatite, b]:igand d'Albanie.
AuBER, AuBERT, haut baron^ homme de cœur, do haute stature. — Haubert, cotte de maille que revêtait à sa majorité le possesseur d'un ^ei de haubert,
Partonopeus s est bien armés,
Cauces (chausses) de fer a bien tailliés.
Et bien de soie appareillés,
A blanc atiberc, menue-maillée,
Elme (heaume) et escu, et fort espié (épieu);
Mais il n'a c'une seule espée.
[Partonopeus de Bloi» *.)
i PçëfM du xue Ù€cl9, édité par M. Grapelet.
Babdou, homme qui fait le badin; lourdaud. — On le prend encore pour paysan dans le patois d'Orléans. U pourrait bien venir du grec iSa/îc^ûç, îùurd,
Lablacue, Blache , plantation de jeunes chênes et de châtaigniers assez espacés pour qu'on y puisse labourer,
BoTEBEL, crapaud.
Ce mesel (misérable) Comme il ressemble au boterel.
' (Fabliau du jongleur d'Ehj « .]
Bbifaut, gros mangeur, glouton; -adonné d'abord aux enfants mal élevés, et aux chiens de chasse (v.Lafontaine),
Qu'est-donc la toile devenue?
— Certes, fait-il, je l'ai perdue.
— Brifaut ! vous l'avez brifaudée.
(Fabliau de Brifaut.)
Camdëille, chandelle.
Cablier, charpentier.
Carnot, créneau. (Carnot ét^it ingénieur.)
Cabrel, carreau, gros trait d'arbalète, flèche à fer triangulaire. — Projectile lancé avec les balistes(Méon) ; — place publique ; lampe (Rochefort.)
Chaptal, chef, capitaine.
Choron, chœurs, chants en chœur. (Le i-apport est singulier. Choron était directeur d'une école de chant dont Dupré entre autres faisait partie.)
De vièle sot et de rote (il savait vielle et violon). De lire et de saterion (psaltériou) De harpe sot et de choron...
Robert Wace, Roman de Brus,
i du XI ye siècle.
ÉTVIiOLOGIES, ETC, i07
Croy, \il, lâche, mauvais.
Qui croy sert; croy gazardon ateu;
(Qui mauvais sert, mauvaise récompense attend).
DupoNGHEL, dm petit pont, bac, bateau! *
Fauquet, Fauchet et probablement Faucheb, crapaud, faucheux (l'araignée), faucille, faux, toute arme tranchante.
Fétis, beau, charmant, fait avec art et goût,
FRAIfCHlSC .
Qui ne fu ne (nij bnme, ne bise, Aios (mais) fut corne la neige blanche ; Courtoise estoit, joieuse et franche ; Le nez avoit long ettretis (bien fait].
Jex vers (yeux bleus) rians sorcils/i^(i«.
(Roman de la Rose,)
Gaultier^ Gautier, Gonthier, forestier, bûcheron. — GauU ou gaut, bois, forêt. — De là Marcilly-en-Gault... — Gaultier signifiait aussi brigand qui se cache dans les bois. Rabelais parle quelque part d'un bon gantier. Les Gaulois à la solde des Empereurs s'appelaient gonthani, 'Franc Gautier voulait dire franc larron.
De tous estatz le plus entier.
C'est la vie de franc gautier.
{Dialogue du mondain )
Grignon, croûte de pain.
m CURIOSITÉS PHILOLOGIQUES, ETC.
Jaîhin.
Quand voirrons-nous^ sur le haut d'une scèAe, Quelque janin, ayant la bouche pie' ne, Ou de farine ou d'encre, qui dira Quelque bon mot qui nous réjouira .
Ronsard^ Bocage rmfal ,
Malfilatre , mauvais beau-fils. On disait ^Xàire pour beau-fils, comme maràXrz et parâtre pour beau-père et belle-mère.
MoLÉ , fait au moule.
Aubris fu biaus, eschevis (grand) et moles,
Gros par espaules, graisles par le baudré (ceinture);
N'eut plus bel homme en soissante cités.
{Garin le Loherain,)
Molière, moulin.
MoNGE, moine.
Pasquier, oiseau de proie.
Ayez l'esparvier ramaget (sauvage).
Que aucuns appellent pasquiers, Bien l'aurez si bien le quérez, Duquel prendrez les perdriaux, Et de may les gros alocaux (alouetles).
Gace de la Bigne, (/<?s Déduits de la chasse»
PRUDHOMMË,PRUDaoN.PRouDHoN, hommoprudcnt, maître de maison.
De prèudome est, en toz endroi* Bons li envers et li endroit.
Preùdome pas ne sont tôt cil Qui baissent l'uel et le sorcil.
Gautier de Coinsi, Sainte -Léocadt,
ÉTYMOLOGIES, KTC. 409
RoMiRU, pèlerin qui a été à Rome, ou qui on est revenu *.
Chez les Romains tous les noms de famille S3 terminaient en ius; cette règle e. t sans exception : car quoiqu'il y ait des gens qui prennent pour des noms de famille les surnoms par lesquels les deux favoris d'Auguste {Agrippa et 3/it(pmos) nous sont connus , il est certain néanmoins que l'un s'appelait Cilnius et l'aulre Vipsanius. Pour Poppœus et Perducœus, il est vrai que c'étaient des noms de famille ; mais c'est une exception qui sert à confirmer la règle, car il est piobablequeces deux ï)om?> s'écrivaient d'abord avec un t et se prononçaient comme Pompeius, puipque la diplithongue de leur pénultième s'écrivait originairement par un a et un i, comme on peut le voir par une infinité d'inscriptions.
On peut donc compter que tous les noms qui se terminent en ti(s sont des noms de famille, excepté les neuf suivants : Âppius, Caïus, Lucius, Marius, Numérius, Publius, Servius, Tibcrius et Mclius, qui sont des prénoms. Au reste, ces derniers étaient peu nombreux ; Varron nous apprend que les Romains n'en avaient guère plus de trente. Ainsi l'on peut assurer que tous les noms qui ne sont pas de ce nombre et qui ne se terminent point en iM«,sont des surnoms. Mais parmi ceux-ci, dont le chiffre dépassait de beaucoup celui des noms de famille, il y en avait qui portaient le même caractère de désinence, et qu'il est assez difficile de distinguer sans une connaissance approfondie des familles romaines.
Quoique les Romains n'.eussent ordinairement qu'un nom de famille, et un seul prénom, avec un ou plusieurs
i Ceux des lecteurs qui ne Irouvcraient pas relie nomenclalure assez longue, peuvent consulter le Vl<- voLimedu MA^aùn piito' retquf.
surnoms I il su trouve néanmoine des cas où la môme personne a deux noms de famille, ou du moins le nom d'une famille et le surnom béréditaire d'une autre. Cet usage avait lieu en trois occasions : !<> lorsqu un citoyen passait d'ttue famille dans une autre par l'adoption ; ^o lorsqu'un esclave était affranchi par son maître ; 3o lorsqu'un étranger obtenait le droit do bourgeoisie romaine par le crédit de quelque citoyen.
Dans le premier cas, celui qui était adopté était obligé de prendre le nom> le prénom et même le surnom de celui dont il devenait par là rbéritier; mais il conservait tou* jours quelque marque de son origine, et avait soin d'ajouter aux noms de la famille où il entrait, celui de la famille où il était né, ou du moins un des surnoms héréditaires qui servaient à en distinguer les branches; car l'usage varia sur ce sujet suivant les temps.
On se contenta d'abord de joindre à ce» nouveaux noms celui de sa propre Camille, mais d'une manière un peu changée, et seulement en forme de surnom, comme on peut le voir dans une foule d'exemples, et entre autres par celui d'Auguste, qui de C. Octavius, se nomma C. Jutius Cœsar Octaviantf«, dès que CaBsar l'eut adopté. De môme jEmilius, adopté par P. Cornélius Scipion se fit appeler P. Cornélius Scipio MmïWanus, et Mutius, fils adoptif de P. Licinius Crassus, devint P. Licinius Mutianus,
On se piqua ensuite de conserver le nom de son origine dans son état naturel, et sans aucune altération. Enfin^ on se relâcha jusqu'à ne retenir de sa première famille que le surnom de la branche où l'on était né, témoin P. Cornélius Scipio, et M. Junius Brulus, adoptés^ l'un par Q. Cœcilius Metellus Pius, et l'autre par Q. Servilius Caepio, qui ne se nommèrent point Cornellanns ni Junianus, mais simplement Q. Metellus Scipio et Q. Ca^pio Bru tus.
Il en était à peu près de môme dans le cas de l'affranchissement ; car, quoique les esclaves n'eussent point de nom de famille, comme ils avaient une espèce de surnom qui servait à les distinguer entre eux, ils conservaient ce surnom lorsqu'ils étaient affranchis, et le joignaient au nom et au prénom de ceiui à qui ils étaient redevables do la liberté, comme on peut le voir par les deux affranchis de Cicéron, M. Tullius Tiro, et M. Tullius Laurea, et par le l)oëte Livius Jndronicus, affranchi de M. Li^vius Salinator.
Lorsque c'était à la sollicitation de quelqu* un qu*ib étaient affranchis, ils joignaient au nom de famille de celui qol leur donnait la liberté, le prénom de celui qui la leur procurait, et se formaient une dénomination composée de leur surnom d'esclave, du nom de celui qui les affranchissait, et du prénom de celui à qui ils en avaient l'obligation.
Enfin la même chose se pratiquait lorsqu'un étranger obtenait le droit de cité ; et l'on peut dire que ce dernier cas tenait des deux autres : de l'adoption, en ce qu'il fallait, en quelque manière, être adopté par le peuple romain, et même être reçu dans une des 35 tribus dont il était composé, pour être fait citoyen ; et de l'affranchissement, en ce qu'on était par là affranchi de tous les impôts qui pe« saientsur ceux qui n'avaient pas l'honneur d'être citoyens ^
Surnoms. — C'est au x^ siècle que s'introduisît en France l'usage des surnoms tirés du rang, ou de quelque qualité morale ou physique : tels que Hugues Vàbbé^ Hugues le blanc ^ Hugues /e noir ; Robert le fort, etc..
Les sobriquets jouent un grand rôle dans les correspon-
1 OEutretàe Boindin,!. H, p. 103 à lâi.— V. art. Sotni proprei, par M. Edouard Fournier, dans VEncychpédie du xii* aîècle'
dances diplomatiques d'autrefois. C^était Venfance de l'art : on a depuis perfectionné beaucoup les moyens d'écbapper aux indiscrétions ; mais au fur et à mesure que les procédés s'améliorent, la sagacité augmente en proportion . et ne peut-on pas prévoir un jour où les nations ^ jouant cartes sur table, la diplomatie sera obligée de se. retirer du jeu ?
Voici la clef des principaux sobriquets employés dans la correspondance d'Henri lY et de Villeroy, son ministre, a vecle président Jeannin, ambassadeur de France près les Etats de Hollande :
Les Français. — Les gens du bouton.
Le roi de France. — Le Sergent, le Mari de la Ro^e^ le Père de l'Œillet, le Maître de Bouton, le Maître de l'Espérance, lePèreduRouge, le Père duBlanc, le Père duGris,
Le prince de Condé. ^- Le Vert.
M. DE Villeroy, secrétaire d*Etat des affaires c(rawgères. — L'Espérance.
Le président Jeannin, ambassadeur de France. — Le Sycomore.
' M. DE Bozenval, idem, — . La Ramée.
M. DE BussY, %d. — L'Ecorce.
L'ËMPiRi: d'Allemagne. — Le Bal.
' L'Empereur. — Le Brave.
Les PRINCES d'Allemagne. —Les gens du pourpoint.
Le roi d'Espagne. — Le Mari de l'Etalon, le Poulain.
Les archiducs. —La Buglose.
Le marquis de Spinola. — Luc.
Don Diego d'Ibarra. — Olibrius.
Les ministres d'Espagne. — Les gens de la jument.
L'infante d'Espagne. — Le grand cheval.
Le roi d'Angleterre. — Le fruit, le père de la poire, lô verger.
' Les Anglais. — Les asperges.
Le prince de Galles. — La poire.
Le comte de Salisbury. — La framboise, . Le duc de Savoie, — Le serpent.
Les états de Hollande. — Les Anies^ les gens de la fleur.
Le prince Maurice. «~ L*orme.
Le comte Guillaume. — L'aune,
Barneveld. — Le charme.
La licue avec les états. — Le Faro.
Après la clef de cette correspondance, nous allons en donner un échantillon : nous remprunterons à une dépèche de M. de Villeroy au président Jeannin. . f Je vous prie d'y penser, estant certain, si la Buglose voulait nous croire, que nous la rendrions jouissante bientost d'un repos très assuré, et n'auroit cause de redouter les coups de pieds de la Jument ; mais elle est trop craintive et engagée au Poulain pour franchir ce saut. Néanmoins il faut penser à tout ; car certes je n'espère pas que le Mary de l'Estalon change de propos, car il s'est trop avant engagé au sujet de cette souveraineté. L'on dit que le Sycomore doit prendre garde aux pieds et aux mains de Winnood, comme celuy qui entretient une entière et fidèle correspondance avecleCbarme, et quisçait les secrets du grand trésorier d'Angleterre qui conduit ces subtilités. Si les autres quittent l'article susdit, nostre Sergent ne déclarera les tenir pour libres comme ils dési- 'rent ; car il a entendu que la promesse que le Sycomore a faite sur cela soit attachée au conseil qu'il leur a donné de sa part, ne voulant en façon quelconque favoriser la proposition du Verger, i
Pendant les deux derniers siècles cet usage de surnoms |)assa de la diplomatie dans les salons, et des dépêches dans
les correspondances mondaines; on peut s*en convaincre par les lettres de Mme de Se vigne et par celles de HamiUon*
Titres. — Les plus anciens des titres, tombés aujourd'imi en désuétude £ont ceux de patrice et de cothêul^ dont les envoyés de l'empereur Anastase remirent les brevets, l'an 308, à Clovis. Pépin le Bref fut aussi nommé patrice de Rome en 754 par le pape Etienne IL Vingt ans plus tard, Charlemagne reçut la même distinction des mains du sénat et du peuple romain. Il en fut de même de l'empereur Henri III, qui, lorsqu'il alla se faire couronner à Rome en 1046, obtint, ainsi que Pépin le Bref, cette distinction pour lui et tous ses successeurs.
Le titre de Consul ne fut pas non plus porté seulement par Clovis en France. En 904, dans une donation du comté d'Astarac à son troisième fils, Garcie Sanche, le Courbé, duc de Gascogne, se qualifie ainsi. Vers la même époque, le duc d'Aquitaine, Guillaume le Pieux, s'intitule, comte, consul, palatin et marquis. Nous voyons dans le Cartulaire blanc de Sainte-Marie d'Auch ce même titre attribué aux comtes de Fezenzac, d'Armagnac et d'Astarac. Il serait aussi facile que superflu de multiplier les preuves à l'appui. Les titres de comte et de consul étaient tellement confondus auxxi® et xii^ siècles, qu'on remplaçait aussi le titre de vicomte par celui de proconsul^ témoin Bernard- Aton, vicomte de Nîmes en I03S, et Raimond Trincavel, vicomte de Béziers, en H65.
-Ce besoin de distinctions nobiliaires avait pris un tel développement, et on le satisfaisait avec une telle liberté, qu'un petit-lils'et frère de maniuis, Pierre Bermond de Sauve, ne se contentant plus d'emprunter des titres aux Romains, alla en chercher jusque chez les Perses, et eut la fantaisie sans exemple^ et, nous le croyons, sans imitateur, d«
ÉTYMOLOGIËS, ETC. U5
66 qualifier dans des actes daté» de 1074 et de i077, de mlrape de Sauve.
Plus de deux siècles avant ranuée 1349 où, par suite de la donation du Daupbiné à la France, le fils atoô du roi fut appelé Dauphin^ ce titre appartenait à Guigues lY, comte d^ Albon et de Viennois,— >Gi(f^ amei qui vocatur
Quant au titre depri»c« (non souverain), on le voit porté en 753 par Ëbbes, en S03 par Turpion, priwe* d*Aubus* son; end55parËrmengaud, comte de Rouergue, qui s intitule prince et môme prince magnifique; en 1035 par Bernard-Aton, vicomte de Nimes et d*Albi, qui, dans le même acte où il se qualifie proamÊul, prend deux fois le titre de prince. Hais tout cela sent singulièrement Tusurpation.
Le titre de amtùr^ qui fut usité dans une partie de la France au moyen âge, et qui n'existe plus aujourd'hui que dans les monuments de cette époque et dans la mé* moire des érudits, a été l'objet d'un mémoire de M. de Gaujal auquel noua n'empruuterons que son résumé, renvoyant à la source même, c*est-à-*dire au tome 1^ des Mémoirei de la iociétë des Antiquaires (nouvelle série), ceux qui seraient désireux de plus amples détails.
Le résumé de ce travail est donc que le titre de camtor, qui était très-*répandu dans le xi® siècle, doit remonter bien avant cette époque ; qu'il fut connu depuis la Catalogne jusqu'à la frontière des comtés d'Angoulème et de la Marche /qu'il se trouva par conséquent circonscrit dans les contrées de la Langue d*Oc; qu'il ne fut établi non plus que dans les pays où il y avait des comtes ou bien des vicomtes ; qu'il signifiait comte inférieur ; qu'il donnait rang après les vicomtes et avant les barons , qu'il fut porté par les frères cadets d«fs vicomtes; que néan-
moins c'était d'abord na titre dérivant de fonctions ; que les comtors formaient la cour des comtes, comme les ducs et les comtes-pairs formaient la cour du roi ; qu*il est vraisemblable aussi qu'ils assistaient les comtes dans leurs antres fonctions, (elles que le commandement des troupes, l'administration civile, etc. ; que, plus tard, leur titre de* vint, comme tous les autres, un titre de dignité héréditaire; que dè< le xii^^ siècle, on trouve des terres titrées de comtories et assujetties aux lois générales des fiefs ; enfin « que le titre de comtor, soit dans son état primitif, soit avec la modification qu'il subit, eut une durée qui dépassa six siècles.
Un titrequi fut pendant trois siècles l'apanage du clergé , celui à'archir-comte, porté exclusivement depuis 581 par les archevêques et les évêques, fut adopté par les laïques à l'époque où la mort de Charles le Chauve remit la Fran che-Comté aux mains de Bozon, roi de Provence (879). On y établit cinq comtes, ceux de Yarasque, de Hontbéliard, Scodingue, d'AmonsetdePort, dont l'un fut élevé au-dessus des quatre autres avec le titre d'archi-comte.
Le titre d'arcfti-dtic existe encore en Autriche ; mais il est éteint en France, qui.en avait un dès Tannée 959 ; et en 1 195, pour récompenser son cousin Gilbert de Bourbon « comte de Montpensier, de la part qu'il avait prise à la conquête du royaume de Naples, Charles YIII le créa archiduc de Sesse par lettres patentes du 4 de mai. L'archiduché d'Autriche était antérieur de quarante-deux ans.
Le titre singulier — pour nous^ du moins, — de rîe/iehomme fut décerné en 1395 par Charles le Bel, roi de France et de Navarre, à son cousin Alfonsede la Cerda, qui, bien que petit-fils du roi de Caslille, Alfonse X, vécut et mourut à Lunel dont il était baron.
Au nombre des litres oubliés, il faut placer celui de
ba^on-baronnant qui paraîtrait n avoir existé que dans le Querci, et dont aujourd'hui nous ne connaissons pas bien la valeur.
Le titre de Sire, qui se donnait aux chevaliers, était affecté spécialement à certains possesseurs de grands fiefs, tels que les Sires d'Albret, en Gascogne, devenus roi de Navarre, et les Sites de Pons en Saintonge. Ce titre servit à distinguer les barons vassaux directs de la couronne , des barons vassaux de ducs ou de comtes.
Il serait inutile de faire mention du titre de Dom, abréviation de Dominus, s*il n eût jamais été porté que par les moines ; le fait, sous ce rapport, est trop connu pour trouver place ici. Mais ce qui Test moins c'est qu'au xi^ siècle il s'établit dans le Rouergue un hôpital, chef-lieu d'un ordre religieux et militaire, qui, outre ses devoirs envers les malades et les pauvres, s'imposait l'obligation de fournir des guides aux voyageurs qui avaient à traverser les hautes montagnes situées au nord de cette province. Or cette maison qui avait de grandes possessions non-seulement dans le Rouergue, mais dans l'Auvergne, s'appelait la domerie d'Aubroc, et avait pour chef un ilom qui était toujours un -grand personnage, tel que les cardinaux d'Armagnac, de Mazarin, de Noailles.
Quant au titre ordinaire de dom, il se donnait plus spécialement à l'abbé dans les maisons religieuses. Domp-ahbé damp-abhé se rencontrent fréquemment dans les écrits du moyen âge ; et des abbés ce titre passa aux saints, et même aux lieux.
Dom Front, dom Loup^ dom Martin, dom Pierre ; . Domp Juliien, domp Rémi, domp Yaast, domp Vallier ;
Dam Benoît, dam Martin, dam Pierre ;
Damp Leu, d<imp Martin, etc..
Damoiseau qui, dans son acception ordinaire, ne vou-
lait dire que jeune gentilhomme, fut prU, comme titre seigneurial, par un seigneur à qui Tévèque de Metz avait donné Commercy en fief. Telle est l'origine du titre de damoiseau iouverain de Conmiercy que nous vo^fons prendre dans la suite au cardinal de Retz, qui le tenait de. sa grand'mère Marie de Launoy , dans la maison de laquelle ce fief avait passé.
Vidume^ comme dam et dammeau^ vient de dammuê. Les vidâmes {vice domini) étaient les représentants des évèques pour les &eî& entraînant obligation de service militaire. L'évàque de Beau vais, Philippe de Dreux^ qui prit le titre de Yidame de Gerberoy, en méoonnmssait donc la valeur et Tétymologie; mais Tévèque, qui était beaucoup plus hoDune de guerre que d'église, lorsque la &mille de ce Yidame s'éteignit en 1193, reprit tout, titre et forte* resse.
La même nécessité qui avait créé sous les évéques des vidâmes^ créa sous les abbés des advoeati (avovéij) qui finirent comme cela arrive presque toujours, par se reo« dre indépendants et par s'emparer de l'autorité qu'ils ne possédaient que comme délégation temporaire. L'empereur Henri II était avoué du Monastère de Saint^Gall, et Char* lemagne, dit-on, avoué de Saint-Pierre de Rome,
Le mot latin capitaîis donna naissance au titre de captai de Buch, terre conâdérable et qui conférait de ^idnds privilèges dans la ville de Bordeaux.
Pai-mi les compagnons d'armes de Bertrand du GueacUn en 1364, nous voyons ce souldic de Lestrade, dont la terre était, coinme la précédente, en Guyenne.
Juveigneur en Bretagne désignait le putné dans ses rapports féodaux avec l'atné. Les Roban étaient juveigneurs de Porhoët.
Nous terminerons cette momenclature par un titre com-
posé de deux mots qui semblent 8*exclure, celui de hawr^ geois nobte. Ce titre bizarre, les consuls de Perpignan avaient, depuis le xiii<^ siècle, le droit de le conférer, et il donnait les privilèges de la noblesse. Tous les ans, le seizième jour du mois de juin les cinq consuls en exercice convoquaient les bourgeois-nobles qui avaient été premiers ou seconds consuls, et dans cette réunion qui ne devait pas compter moins de quatorze membres, on créait à la majorité des voix et parmi les personnes ayant les qualités requises, deux bourgeois-nobles, qui, par ce seul fait, jouissaient, eux et leurs descendants à perpétuité, de tous ks avantages de la noblesse.
Expressions perdoes ti néologisme. Par raisonnement comme par bumeur, nous sommes ennemi des persécutions, et nous nous sentons toujours disposé à mettre notre signature au bas de toutes les demandes d^amnistie. C*est dans ce sentiment que nous re^n-oduisons ici une liste de condamnés dont Charles Pou gens réclame la réhabilitation. Hfttons-nous d'ajouter que ces transportés heureusement ne l'ont été que hors du vocabulaire, et que c'est des arrêts de l'Académie que nous en appelons à la décision du peuple souverain. La Fontaine l'avait fait avant nous ainsi que Marmontel, tous deux à l'Académie, l'un quand on faisait le dictionnaire^ l'autre quand on parlait de le refaire.
Voici, extraits de V Archéologie française de Ch. Pougens, quelques-uns des vieux mots que nous paraissent mériter cette réparation :
Accointer, v, a. Aborder, entrer en liaison. Nous avons a^icointance,
i Personnes les saluait ni accoinlait, Montaigne, 1.111, ch.l2 *.
Mù CURIOSITÉS PHILOLOGIQUES, ETC.
ÂccoRTEssE, S. f, Gentillcsse, humeur agréable, finesse, agrément.
Nous possédons l'adjectif accart^ et Voltaire s'est servi du mot accortise dans la phrase suivante : c L'accortise italienne calma la vivacité française. > Siècle de Louis XI Fy ch. 37.
Maintenant, lequel vaut le mieux de ces deux mots?—' Que les gens de lettres décident, en employant Tun ou l'autre.
ADVKRTAycE, S. f. Attention, sollicitude^ précaution, prudence.
c Elles (les richesses) ne valent pas une adœrtance et sollicitudes pénibles. > Montaigne, 1. III, ch. 9,
Puisque nous avons son composé inadvertance J,»^
Amoitir, V. a, Rendre moite, humide.
Ung petit ruisselet passoit Qui le pays amoitissoit.
Al. Chartier, p. S9S.
Aniveux, adj. Courageux, colère, prompt à s'animer. Qui marque le courage, la colère, l'animosité.
e II commença à se promener furieusement à graAds pas... mettant parfois la main sur sa dague, et d'une façon si animeme que je n'attendois autre chose qu'il me vînt colleter pour me poignarder.» Mém, de ViUeroyy t. II, p. 366-6.
Anonchalir (s), V. pr. Se refroidir, devenir languissant, insensible.
€ Sou amy lui fera... mille petites bichçchotteries où elle prendra grand plaisir, que nul mary sauroit faire ; et s'il le sçavoit bien avant qu'il fust marié, si l'a il oublié, pour ce qu'il «ationc/ialit. f (Les quinze joye9 de mariage. édit. Le Ducliat, p. 67.)
AssA. GiE, y. a. Rendre sage.
t Je ne croi point qu'il y ait poing ni point qui sceut MSagir une femme si elle ne le met en sa teste. • Desper-» neTs,C(mteê,ly 595.
' Blândice, s. f. Caresses, paroles obligeantes, flatterie.
f Recognoissans bien en premier lieu que toutes les blancfoces d'Espagne ne sont qu'autant de pièges à leur liberté. » Sully, II, c. 20.
' CiTADiNAGE^ S. m. Droit de cité.
c , Aultrement ne sera cru et réputé pour citoyen, non ôbstant son acte et lettres de citadinage, » [Stat, de la ville d'Arles.)
Confluer, v. n. Couler ensemble; joindre ses eaux ; arriver en foule.
c Comme plusieurs torrents qui canpuent ensemble tout à Coup sur une même place. »
Amyot. Plut., OEuv, mor. t., II, p. 434.
DÉFRUiTER (se), V, réfl. Perdre ses fruits,
f C'est l'arbre qui test se dé fruité, >
{Romande la Rose.)
Desservice, s. m. Mauvais service, mauvais office.
€ Le roy avoit desployé sa miséricorde envers une infinité de rebelles dont il n'avoit jamais receu que des desservices, i Pasquier.
Dévouloir, V. a. et n. Cesser de vouloir, avoir une volonté contraire.
c Car ce que l'un vouloit une semaine, Vanirele dévouloii, et si vous monstrerai la raison. > Froissart, Chron, V, m, c. 95.
Ménage prétend que ce fut Malherbe qui introduisit
m CURIOSITÉS PHILOLOGIQUES, ETC.
dans la langue le verbe dét>ouloir. Cette opin'on a été adoptée par Marmontel. c />erou/oiV, proposé par Malherbe, pour dire cesser do vouloir, n*a pas été reçu; mats que deux ou trois bons écrivains Teussent adopté, il faisait fortune, et la langue y gagnait un mot clair et précis. > Marmont., Elém, de litt,
DiFFLuçR, V. n. Se répandre, s'écouler de toutes parts.
c Mais si on les sent un peu de loing, ce qu il y a d*évaporation terrestre se perd et diffim à l'environ. » Amyot. Plut., Prop, de table,
DissENTiEux, adj. Qui engendre le trouble, les dissensions.
t Pour ne guérir le cerveau au préjudice de l'estomach, et empirent le cerveau par ces drogues tumultuaires et dissentieuaes. » Montaigne, l. ii, ch. 37.
Dissentir, v. a. et n. Différer de sentiment, d'opinion; refuser son consentement.
e Afin qu'il vienne consentir ou dissentir le retrait. • Et Pasquier, Rech,^ t. VIII, c. 58.
Empateliner, V. a. Caresser, séduire par des manières souples et artificieuses.
( Il Ta si bien mitouinée, f Et si bien empatelinée, f Qu'il a fait ce qu'il a voulu. >
R. Belleau, t. Il, p, 138.^
Enpruiter, y. a. Garnir de fruits, ensemencer.
c Terres sans estre cultivées et enfruitées. i La Thau-* massière, Coût, de Berryy art. 14, p. ÎÎS.
Cette demande en réhabilitation, nous l'appuierons d'une grande autorité en matière de sens commun, celle de Voltaire. Voici ce qu'il dit au sujet de deux mots sur
ÉTYMOLOGtES, ETC. m
lesquels, à défaut de rAcadémie, le public fui a donné à moitié raison :
c A^roiNTÉ, rasippoiNTl — Soit que ce mot vienne du laiifl, punctunij ce qui est très-vraisemblable, soit qu il vienne de rancienne barbarie, qui se plaisait fort aux oin, êmn, coin, loin, foin, hardoin, alhoitin, grouin, poing, etc., il est certain que cette expression, bannie aujourd'hui mal à propos dtt langage, est très-nécessaire. Le naïf ÂmyoielVénergiqne Montaigne s'en servent souvent. Il n'est pas même possible jusqu'à présent d*en empîoyer un antre. Je lui appomiai ThMel des Uraios; à sept heures du soir je m'y rendis; je fos désappointé. Gomment expliquerez-tons en un seul moi le manque de parok de ceîtti qui devaii venir à Fh6td des Urstns à sept henres du soir, et l'embarras de celui qui est venu, qui ne trouve personne? A-t*fl été trompé dans son attente? C'est d^nne longueur insupportable, et n'exprime pas précSiément la chose. Il a été désappointé ; il n'y a que ce mot. Servesvous-en donc« vous qui voulez qu'on vous entende vite ; vous savez que les circonlocutions sont la marque d'une langue pattvre. Il ne faut pas dire : Vous me de^e% cinq piéceê de douze sous, quand vous pouvez dire i Vous me devez un écu<
> Les Anglais ont pris de nous ces mots appointé, dés^ appointé, ainsi que beaucoup d'aiitres expressions trèsénergiques ; ils se sont enrichis de nos dépouilles, et nous n*osons reprendre nôtre bien K »
Et hahent sua fata libeUi, Si les livres ont leiir bbiinj^ Ou mauvaise étoile, de quel droit les mots échajiperaiént-i ils à cette fatalité? Nous venons d^en citer un certairt îîombre qui ont été proscrits, Dieu sait pourquoi, et certes
1 DictiôfMMtrê philosophique*
il ne nous eût pas été difficile d*cn donner une liste beaucoup plus longue* Les mois nouveaux sont soumis aux mêmes caprices du sort. Combien, avec les meilleures recommandations possibles, ont eu de la peine à pbtenir ou sollicitent vainement encore le droit de cité, tandis que d'autres, qui en étaient moins dignes, ont été admis sans conteste !
Ainsi , par exemple, lauteur du livre de fa Sagesse^ Charron^ a créé le mot étrangeté ^. Il est dans toutes le$ bouches; n'importe, il n'est pas dans le^dictionnaire.
Montaigne, qui était un grand néologue — ne pas con • fondre néologtte avec néoiogiste, mot que nous voudrions bien voir admettre, afin de distinguer l'abus de l'usage, — Montaigne, entre autres expressions nouvelles, a employé celle d'incuriosité.
C'est à Desportes, né dix ans avant Malherbe, que nous devons le mot pudeur^ dont son neveu Régnier se servit si peu.
Avant Malherbe on ne connaissait point les mots tiîstdieuXy sécurité, gracieux, incendie, transfuge, ambition^ Mer, insulter. Le mot ambitionner eut beaucoup de 'peine " à s'introduire, et les difficultés qu'il éprouva vérifièrent ce mot de Balzac : c S'il n'est pas français cette année-ci, il le sera Tannée prochaine. *
On étonnerait bien des gens en leur apprenant que PATRIOTE, POPULARITÉ, sont dcs mots du xvi^ siècle qui ont reparu à la fin du xvin«; que démagogue se trouve dans Bossuet, camaraderie dans Mme de Sévigné ; qu'enfin presque toutes ces locutions, qu'on croit nées d'hier, ont été employées dans un sens tout moderne, l'une par un
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ETYMOLOGIES, ETC. , \2'6
I^ampblétaire de la Fronde, Tautre par Biaise de Vigcre, CD 1577,
On doit à Mercier le mot luxueux, que ses conlemporains lui reprochent ; à l'abbé de Saint-Pierre la renaissance sinon l'invention du mot bienfaisance, et à Denis Sauvage, écrivain des xv" et xvi^ siècles, celui de jubis-