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LOI DES CORRELATIONS ORGANIQUES

Une correlation nécessaire lie toutes les fonctions les unes aux autres.

La respiration, quand elle se fait dans un organe respiratoire circonserit, ne peut se passer

de la circulation, car il faut que le sang arrive «

dans l'organe respiratoire, dans l’organe qui re-

@oit l'air, et c'est la circulation qui l’y porte; la

circulation ne peut se passer de l’irritabilité, car

c’est l'irritabihité qui détermine les contractions

du cœur, et par suite les mouvements du sang , l'irritabilité musculaire ne peut se passer, à son tour, de l’action nerveuse.

Et si l’une de ces choses change, 1l faut que toutes les autres changent.

Si la circulation manque, la respiration ne peut plus être circonscrite ; il faut qu'elle devienne genérale, comme dans les #nsectes : le sang n’allant plus chercher l'air, il faut que l'air aille chercher le sang.

Il y a donc, comme je l’ai déjà dit (1), des conditions organiques qui s'appellent ; 1l y en a qui s'excluent.

Une respiration circonserite appelle nécessairement une circulation pulmonaire; une respiration œénérale rend une circulation pulmonaire inutile et l'exclut.

(1) Voyez ci-devant : Éloge historique, p. 48; et chapitre sur la 50ologie, p. 116.

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Tout se règle et se détermine par des rapports nécessaires.

Le mode de respiration est dans une dépendance

ment de la circulation, laquelle porte le sang

à l'air ou à l'organe qui reçoit l’air ; la force des

mouvements est dans une dépendance constante

deétendue de la respiration, car c’est la respira- | tion qui rend à la fibre musculaire son irritabilité épuisée.

La quantité de respiration décide partout de la vigueur, de la rapidité, et même de l'espèce du mouvement.

Le mouvement qui demande le plus d'énergie musculaire est celui du vol, et l'oiseau à une respiration double. Le mammifère a des mouvements plus bornés, et il a une respiration simple. Le reple a des mouvements plus faibles encore, et 1l h à qu une respiration incomplète.

L'oiseau respire par ses poumons et par tout son corps. L'air, après avoir traversé les poumons, qui sont percés comme un crible, se rend dans les cellules de l'abdomen, dans les cavités des

os, etc. Ce n’est donc pas seulement le sang des Ÿ.

poumons, c’est le sang de tout le corps qui respire.

Le mammifère n'a qu'une respiration simple, « car iln°y a que le sang de ses poumons qui respire, 1 ses poumons sont clos; mais cette respiration. simple est complète, car tout le sang du corps ; passe par les poumons avant de retourner aux + parties. 5

Enfin, les reptiles n’ont qu'une respiration in— complète; leur circulation pulmonairen’est qu’une fraction de la circulation générale ; il n’y a qu une partie de leur sang qui respire, ou qui, revenu des parties au cœur, passe du cœur aux poumons avant de retourner aux parties.

Aussi les reptiles n’ont-ils qu’un sang froid, que des mouvements lents et interrompus par de longs repos; ils sont tous soumis à la torpeur hibernale, etc.

- D'un autre côté, les poissons ont une circulation pulmonaire complète; mais ils n’ont qu’une respiration aquatique, c’est-à-dire imparfaite, « puisqu'ils n’ont, pour respirer, que la petite L.

quantité d’air contenue dans l'eau.

C’est tout le contraire de ce qui vient d’être dit des reptiles, lesquels ont une respiration aérienne ou parfaite et une circulation pulmonaire incomplète.

Or, ces deux choses se compensent l’une par l'autre : une respiration aérienne ou parfaite par une circulation pulmonaire incomplète, et une circulation pulmonaire complète par une respiration aquatique ou imparfaite.

Les poissons n'ont donc qu'un sang froid, comme les reptiles; ils n’ont que des mouvements qui demandent peu d'énergie musculaire, etc.

Il y a donc, dans les animaux vertébrés, quatre degrés déterminés de respiration : la respiration double des oiseaux; la respiration simple, mais complète des mammifères; et la respiration incomplète, et incomplète par deux moyens différents, des reptiles et des poissons.

“Et 1] y a quatre espèces de mouvements qui correspondent à ces quatre degrés de respiration: le vol de l'oiseau, qui répond à la respiration double ; la marche, le saut, la course des mammiféres, qui répondent à la respiration éomplète, mais simple ; ie rampement du reptile, mouve-

ment par lequel l’animal ne fait plus que se trai-

ner à terre; et le nagement du poisson, mouvement pour lequel l'animal a besoin d’être soutenu dans un liquide dont la pesanteur spécifique est presque égale à la sienne.

Il en est de la digestion comme des mouvements. Plus la respiration est étendue, plus la digestion est rapide. La digestion la plus rapide est celle de l'oiseau, la digestion la plus lente est celle du reptle; l'oiseau nous étonne par la fréquence de ses repas, le reptile nous étonne par la longueur de ses Jeûnes, etc.

Tout, dans l'oiseau, est fait pour le vol. Il lui fallait une aile d’une grande surface pour frapper l'air; 1l fallait à cette aile de grands muscles pour la mouvoir ; 1l fallait à ces muscles des os très larges pour leur insertion. Et l'oiseau à un sternum qui se développe en lame saillante, en crête; il a un muscle pectoral énorme, etc.

Voilà pour l'extérieur. A l’intérieur, ila une respiration double, une chaleur animale, une

LOIS DE L'ORGANISATION ANIMALE. 157 énergie musculaire qui répondent à cette respiration ; et, pour cette respiration double, il a des poumons percés comme un crible, des cellules aériennes qui sont comme des appendices de ses poumons, etc.

Et tout cela ne suilisait pas encore. Mes expériences ont montré que l’encéphale se compose de trois parties essentiellement distinctes (4) : le cerveau proprement dit, siège exclusif de l'intelligence; le cervelet, siége du principe qui règle ou coordonne les mouvements de locomotion ; la moelle allongee, siège du principe qui règle les mouvements de respiration.

Or, dans l'oiseau, la partie de l'encéphale qui, relativement à l’encéphale des autres animaux

- vertébrés, domine, est précisément celle qui règle où coordonne les mouvements de locomotion, c'est le cervelet.

Toutes les parties, toutes les fonctions, toutes

& les modifications des parties et des fonctions, sont

# (1) Joyez mes Zliecherches expérimentales sur les propriélés et les fonctions du système nerveux, etc. Seconde édition, Paris, 1842.

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done faites les unes pour les autres, et toutes

pour un but donné.

On vient de le voir, en particulier, pour la respiration, pour le vol, etc. Il est aisé de le faire voir pour la digestion. |

Ce n'est pas non plus, en effet, une chose arbitraire que le régime d’un animal. Ce n'est pas par hasard que des dents tranchantes coïncident avec un estomac simple ; des dents plates, avec un estomac multiple; des dents plates, un estomac multiple, avec un régime herbivore, etc. Une seule de ces choses, suppose nécessairement toutes les autres, ou les exclut toutes. Un animal à intestins longs, à estomac multiple, à dents plates, est nécessairement herbivore. Un animal carnivore à nécessairement des dents tranchan-— tes, un estomac simple, des intestins courts ; il a de plus, et tout aussi nécessairement, des doigts divisés, mobiles, pour Saisir sa proie ; il a, Jusque

dans le cerveau, un instinct particulier qui le

pousse à se nourrir de chair.

Jamais un pareil instinct, jamais une dent tranchante et faite pour découper la chair, ne

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Se ou

LOIS DE L ORGANISATION ANIMALE. 159 coexisteront, dans un même animal, avec un pied enveloppé de corne ; car ces choses sont incompatibles et se contredisent; car l'animal qui les offrirait ne pourrait subsister.

Pour qu'un animal puisse subsister, il faut que toutes ses fonctions se coordonnent entre elles de manière à rendre son existence possible. Il y à donc entre toutes les fonctions une harmonie nécessaire,

Les lois des corrélations organiques, bien vues,

sont les conditions mêmes de l'existence des êtres.

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