ESPÈCES VIVANTES
Le premier objet de l'ouvrage est la comparaison des espèces fossiles avec les espèces vivantes ; et cette comparaison porte principalement sur deux classes des animaux vertébrés, les mammi" fères et les reptiles.
L'auteur commence cette histoire comparative des espèces des anciens mondes et des espèces du monde actuel par les pachydermes; il continue par les ruminants, les carnassiers, les rongeurs, les édentés, les cétacés; il finit par les reptiles.
Le résultat fondamental de tout Touvrage est qu'aucune (1) espèce fossile, du moins dans les deux classes des mammifères et des reptiles,
(I) Oq presque aocnne. Voyez ce que je dis plus loin do. quelques espèces, par exemple des bcmfs et des chevaux fossiles, qu'on n'a pu disUnguer encore par des caraclèrcs bien sûrs dea bœufë et des chevauœ d'aujourd'hui.
n'a son analogue parmi les espèces vivantes, ou, en d'autres termes, que toute espèce fossile est une espèce perdue. J'ai déjà fait voir(l) comment, pour arriver à ce résultat, il a fallu que l'auteur revtt toutes les espèces fossiles, qu'il les comparât toutes, et une à une, à toutes les espèces vivantes, comment il lui a fallu reconstruire, et faire renaître, en quelque sorte, toutes ces espèces perdues, de leurs débris èpars, et enfin à quelles lois précises, rigoureuses, presque infaillibles, il a soumis l'art admirable de cette recon* struction.
Pour ne pas revenir ici sur ce que j'ai déjà dit(â), et de l'esprit qui règne dans ce grand ouvrage, et de la méthode qu'y établit l'auteur, et des lois générales auxquelles cette méthode Ta conduit, je m'attacherai surtout ici à un autre point, celui de la comparaison particulière et détaillée des espèces fossiles avec les espèces vivantes (3).
(1) Voyex ci-devant VÉloge hUîorique, p. 45 et buIt. (3) Voyez ci-devant VÉloge historique, p. 45. (3) J'examinerai, plus loin, les rapports des espèces fos* sJles avec les couches du globe*
SITR LES OSSRNEStTS FOSSILES. 219
Je commence, avec M. Cuvier, par lesjoarAî/-
dermes.
Cette famille, si naturelle, des pachydermes avait été presque entièrement méconnue par Linnœus. Storr, qui Tavait beaucoup mieux sentie, la caractérise par cette définition : mammi- Jh'es à sabots , à plus de deux doigts. Mais sans parler de YanoplotlihHuin, genre fossile qui n'a que deux doigts seulement, et qui n'en est pas moins un vrai pachyderme, il est évident, à consulter Tensemble de la structure, que les soUpèdes doivent être réunis anx pachydermes ordinaires. Le nombre des doigts ne peut donc pas plus être pris en considération dans cette famille que dans les autres. H. Cuvier la définit : animaux à sabots, Tion ruminants.
Jusqu'à lui, Tordre ou la famille des jjochydermes ne comprenait que cinq genres : les éléphants, les rhinocéros , les hippopotames, les tapirs et les cochons, H. Cuvier y fait rentrer deux autres genres , les chevaux et les damans : il en détache un de celui des éléphants, les masto^ dontes; deux de celui des cochons, les pécaris et
les phiocochœres; et il en ajoute six entièrement inconnus, les palœothériums , les anoplotheriums, les lophiodoTis^ les anthrojcothèriums , lesc/uBropo^
tamps et les adapis ; ce qui porte , en tout , le nombre des genres de parhydeimes , découverts ou décrits par lui, à seize.
Considérés dans leurs rapports avec les révolutions du globe» les pachydermes fossiles forment deux groupes, savoir : les pachydermes des terrains meubles et d'alluvion , et les pachyde^-mes des carrières de pierre à plâtre, si abondamment rassemblés dans les environs de Paris.
Les premiers sont les éléphants, les mastalon" tes, les hippopotames, les rhinocéros^ les che^ vaux, etc., fossiles. Les seconds sont les /wApot/iériums, les anojjlothériums, les lophiodons, les anthracothéi*iums , les chœropotames , les adapis.
Toutes les espèces du premier de ces deux groupes sont aujourd'hui perdues, mais la plupart de ses genres subsistent. Il n'en est pas de même du second, où tout, genres et espèces, est également perdu.
son LES ossëmrnts fossiles. 221
Ici, comme dans le reste de son ouvrage, Tauteur ne s'est nullement astreint ni à un ordre ri^ goureusement géologique , ni à un ordre rigoureusement zoologique. En plaçant, par exemple, \es pachydermes des terrains meubles avant les pachydermes des carrières à plâtre, il renverse
Tordre géologique ; en les séparant les uns des autres, il rompt, jusqu'à un certain point, Tordre zoologique ; mais, ce qui était bien autrement important , il conserve Tordre de ses recherches et de ses découvertes.
En effet, c'est par Tétude des éléphants, des
rhinocéros, des hippopotames fossiles, que M. (^u-
vier a commencé la démonstration de ce grand
fait, que des générations entières d'animaux ont
été successivement détruites par les catastrophes
du globe ; et cette démonstration, il Tavait déjà
fort avancée avant de connaître les pachydermes
fossiles des environs de Paris, (( avant de se dou-
u ter, comme il le dit lui-môme, qu'il marchait
« sur un sol rempli de dépouilles plus extraor-
« dinaires que toutes celles qu'il avait vues jus-
<t qne-là, » •
!2ââ IIECHERCHËS
Je viens de dire que Yliistoire des pachydermes fossiles commence par les pachydeiines des terrains meubles et d'alluvion. Le premier de ces animaux qui ait été étudié par M. Cuvier, sous ce nouveau point de vue de la comparaison des espèces fossiles avec les espèces vivantes, est Téléphant.
Jusque-là , presque tout était également inconnu sur ce singulier quadrupède. On ne savait, du moins avec quelque précision, ni sMI n'y avait qu'une seule espèce d'éléphants, ni s'il y en avait plusieurs, ni, à plus forte raison, si les ossements fossiles se rapportaient ou non aux espèces vivantes.
La première distinction vraiment spécifique de ces animaux, celle qui se fonde sur la structure de leurs dents molaires, remonte seulement à Camper. Blumenbach avait aussi vu cette difTérence de la forme et du nombre des plaques des dents molaires, qui distingue Yéli-phant d'Afrique de Yèîèphant des Indes ; mais tout se réduisait encore là ; et c'est à M. Cuvier que l'on doit la détermination de toutes les au-
très difTérences, tirées des os du crâne, de ceux de la face, de ceux du squelette entier.
On sent, en effet, que ce n'était qu'après avoir Tait connattre Fostéologie des espèces vivantes, que ce n'était qu'après avoir rigoureusement démêlé ces espèces elles-mêmes, qu'il pouvait se livrer avec sûreté à Tétude des os et des espèces fossiles.
n montre que les deux espèces vivantes, celle des Indes et celle d'Afrique, se distinguent par tout leur squelette , et surtout par leur crâne, leurs dents, leurs oreilles, etc. Ainsi l'espèce des Indes a la tête longue et le front plat ou même concave, tandis que celle d'Afrique a la tête ronde et le front convexe ; la première a les plaques de ses dents molaires en forme de rubans ondoyants ou festonnés, la seconde a ces mêmes plaques en losanges ; celle-ci a ses défenses plus grandes , ses oreilles plus larges que la première, etc.
Quant A l'espèce fossile , ou mammouth des Russes, elle se distingue essentiellement des deux espèces vivantes, et en particulier de respère de?;
^^i UECliRnCIIES
Indes, dont elle est pourtant la plus voisine, par ses molaires dont les rubans sont plus étroits et plus droits, par les alvéoles de ses défenses qui sont plus longs, par sa mâchoire inférieure qui est plus obtuse, etc.; enOn, l'individu entier, découvert en 4806, sur les côtes de Sibérie, nous a appris qu'elle avait deux sortes de poils, une laine rousse, grossière, touffue, et des crins roides et noirs (1).
Ajoutez qu'on ne trouve les os de cette dernière espèce qu'à l'état fossile, et que l'on ne trouve jamais, au contraire, à cet état fossile les os d'aucune des deux autres espèces. L'espèce fossile est donc une espèce perdue. Ajoutez encore que ses os, répandus dans presque tous les pays du monde, se trouvent toujours dans les mêmes couches que ceux des mastodontes, des rhinocéros, des hippopotames. Toutes ces espèces
(f) Les 08 qui furent montrés à Paris, vers le commencement du dix-septième siècle, par an chirurgien de Beaurepaire, nommé Maturier, comme étant les os du roi Teutobochus; ces os, sujet fameux des longues disputes d'Habicot et de Riolan, sont aujourd'hui au Mu^^cuni. Ils n'appartiennent pas à Véléphan(, aint^i que l'arnil cm Riolan, mais au maslodonle.
SUn LES OSSEMRNTS FOSSILES. 325
sont donc du même âge , de la même époque ; et toutes, comme nous le verrons bientôt, sont également perdues.
Parmi ces espèces, celle qui se rapproche le plus de Yéléphani est le mastodonte. Il en avait la taille, la forme ; il avait des pieds de même structure; il avait comme lui une trompe» de longues défenses; mais il en différait essentiellement, et par la direction même de ces défenses, courbées en sens inverse de celles de Téléphant, et surtout par ses dents molaires , qui , au lieu d'être formées de lames transversales, offraient une couronne simple et toute hérissée de tubercules ou mamelons.
Le mastodonte est le plus grand des animaux
fossiles. C'est à propos de cet animal que Buffon
a écrit ces mots remarquables : « Tout porte à
croire que cette ancienne espèce, qu'on doit
regarder comme la première et la plus grande de
tous les animaux terrestres, n'a subsisté que
dans les premiers temps, et n'est point parvenue
jusqu'à nous. »
ââ6 RECHERCHES
Cependant Daubenton avait cru pouvoir rapporter une paitie de ses os à Viiéphant, et une autre partie à V hippopotame . W, Hunter fit voir que le mastodonte difTère sensiblement de Tun et de Tautre de ces deux animaux ; Camper montra qu'il se rapproche plus du premier que du second ; mais W. Hunter tomba dans une double erreur, d'abord en confondant le mcuiodante avec le mammouth^ et ensuite en le prenant, à cause des tubercules de ses dents, pour un animal carnivore; et c'est encore Camper qui, le premier, a eu le mérite de combattre et d'ébranler cette double erreur.
Enfln, M. Cuvier a complètement démontré que le mastodonte n'est ni l'éléphant, ni Thippopotarae, et que, quoique plus rapproché du premier, il s'en distingue néanmoins essentiellement par ses mâchelières , et non seulement à titre d'espèce, mais à titre de genre.
Ce genre comprend même déjà jusqu'à six espèces. La plus célèbre est le grand mastodonte^ ou ï animal de lOlâo^ qui n'a laissé de ses os que dans l'Amérique septentrionale.
Une autre espèce , longtemps confondue avec celle-ci, en a été distinguée par M. Cuvier ; c'est le mastodonte à dents étroites , dont on retrouve les os dans les deux continents. Des quatre autres espèces , deux ont appartenu à TAmérique et deux à FEurope.
Le genre des éléphants ne nous avait montré qu'une espèce détruite. Le genre entier des mastodontes est perdu.
Celui des hippopotames , qui ne possède Jusqu'ici qu'une seule espèce vivante, en compte déjà plusieurs fossiles. La première, ou la plus grande, et la seule d'ailleurs dont on eût quelques notions imparfaites avant H. Cuvier, différait à peu près autant de l'espèce vivante, que l'éléphant fossile diffère des éléphants vivants. Une seconde , le petit hippopotame fossile , en différait beaucoup plus. Les autres sont encore pen connues. Les os d'hippopotames accompagnent dans plusieurs endroits ceux des éléphants et des mastodontes; mais ils sont beaucoup plus rares ; le Val d'Arno supérieur est même jusqu'ici
le seul lieu où Ton en ait trouvé avec quelque abondance.
Après le genre des hippopotames, vient celui A^^ rhinocéros. Ici, comme pour les éléphants , comme pour les hippopotames, Tostéologie et la distinction des espèces vivantes sont toujours les deux points de comparaison auxquels se rapporte toute l'étude des ossements et des espèces fossiles.
On connaît aujourd'hui jusqu'à quatre espèces vivantes de rhinocéros. La première est le rhinocéros btcœme du Cap, lequel n'a que des molaires, et point d'incisives ; la seconde est le r/u-nocéros unicome des Indes, lequel a des incisives séparées des molaires par un espace vide; la troisième, le rhinocéros de Svviafra, paraît former comme une espèce intermédiaire entre les deux précédentes , car elle a deux cornes comme le rhinocéros du Cap , et elle a des incisives comme celui des Indes. La quatrième est le rhinocéros jinicome de Java.
Voilà donc quatre espères vivantes : deux unicornes, savoir, le rhinocéros des Indes et celui de
SUR LKS OSSE!«ENTS FOSSILES. 229
Java ; et deux bicornes, savoir, le rhinocéros du Cap et celui de Sumatra. Le nombre des espèces fossiles n'est pas encore clairement établi. La plus célèbre, celle dont les narines sont séparées par une cloison osseuse, se trouve en Sibérie et en différents endroits d'Allemagne. La seconde, celle dont les narines ne sont point séparées par un os, n'a été jusqu'ici trouvée qu'en Italie. Elles étaient Tune et l'autre, à deux cornes, et elles paraissent avoir manqué toutes deux d'incisives. Quant aux autres espèces, au nombre de deux ou trois, elles ne sont indiquées encore que par quelques fragments.
C'est à l'espèce à narines cloisonnées qu'appartenait le rhinocéros entier, retiré de la glace sur les bords du Wilhouï, en 1770. Ce rhinocéros était couvert d'un poil épais, à peu près comme Télèphant fossile, ce qui semble prouver qu'ils ont pu, l'un et l'autre, vivre au nord. «Ainsi, dit à tt cette occasion M. Cuvier, les contrées froides <c qui entourent le pôle aurait donc eu, à l'épott que qui a précédé la dernière révolution du « globe, de grands pachydermes , romme elles <* ont aujourd'hui de grands ruminants, le bœuf
!250 nECHKRCHËS
« musqué, le bison, Tëlau, le cerf du Canada, le a renne, de grands carnassiers , Tours blanc, le « morse et tant de grands phoques. )»
On ne connaît encore que la mâchoire inférieure de Vilasmothèrium, genre fossile de Sibérie, découvert par M. Fischer, genre entièrement perdu comme le mastodonte, et dont, A en juger par cette mâchoire , la taille et la forme devaient se rapprocher beaucoup de la taille et de la forme du rhinocéros.
Le genre des chevaux a laissé une grande quantité de ses os, mêlés à ceux d'éléphants et de rhinocéros. On ne peut donc pas douter qu*il n'y ait eu aussi des chevaux fossiles ; cependant on n*a trouvé jusqu'ici aucune différence ostéologique entre ces espèces fossiles et les espèces vivantes ; et ce qui n'est pas moins singulier, c'est qu^on n'en trouve non plus aucune, du moins assez Qxe, assez tranchée, pour être réellement caractéristique, entre les diverses espèces vivantes, du genre cheval : le cheval, Vâne, le zèbre, le couag^ ffa, etc.
SUR LES OSSEMENTS FOSSILES. ^^i
Le genre des ctKhons n'a point encore montré de ses os dans des couches aussi anciennes que les éléphants, les chevaux, les rhinocéros. H. Cuvier n*en donne pas moins Tostéologie de ce genre y car son livre a partout deux objets également im* portants : Tun, la détermination même des espèces fossiles, et Tautre, les règles, les éléments, les moyens de cette détermination, c'estr4-dire les lois générales de rostéologie comparée, lois sur lesquelles repose en effet, comme je Tai déjà dit (I), toute cette détermination.
C'est uniquement aussi pour établir ce grand ensemble de faits et de lois ostéologiques , que M. Cuvier.donne la description du daman^ car on n'a point trouvé non plus de ses os parmi les ossements fossiles. Le daman, petit animal d'Afrique et d* Arabie, passait pour un rongeur. M. Cuvier montre que c'est un vrai pachyderme , et même celui de tous qui se rapproche le plus du rhinocéros.
Un genre non moins singulier que celui du da-
(I) Voyei €&-deT8ift,raillde Chtêohgie comparée, "p. 187 .
raan, et dont Tostéologie n'était pas moins inconnue, est celui des tapirs. On en compte aujourd'hui trois espèces vivantes : deux d'Amérique et une des Indes ; et M. Cuvier décrit plusieurs cmimaux fossiles voisins des tapirs (i).
Ces éléphants, ces rhinocéros, ces hippopotames fossiles, etc., ces mastodontes, etc., tels étaient les pachydermes des terrains meubles. On voit que toutes leurs espèces sont distinctes des espèces vivantes; qu'elles sont toutes perdues, détruites, et qu'elles ont toutes été détruites à la même époque et par la même catastrophe, car leurs os se trouvent partout dans les mêmes couches, et partout réunis et mêlés ensemble.
Les pachydermes fossiles, que nous allons voir, sont tous, au contraire, d'une autre époque, d'une époque beaucoup plus reculée ; et presque tous
(1) Quant à son tapir gigantesque, on sait aujourd'hui que c'est un animal très différent des tapirs. Ce gratui tapir de M. Cuvier est le Dinotherium giganteum^ duiit MM. de Klipstein et Kaup nous ont fait connaître la tëte« M. Cuvier n'en avait guère connu que les dents mulalrcs.
StU LES OSSEMENTS FOSSILES. 253
ont été découverts par M. Cuvier dans ces platrières des environs de Paris, devenues pur là si fameuses. Ce sont les palceothériîi7ns, les aiwplotheriums, les lophiodons, les anikrdcothèriums ^ les chœropotameSy les adapis.
Les os de tous ces genres, ou plutôt de toutes ces espèces, car la plupart de ces genres en ont plusieurs, les os de toutes ces espèces étaient mêlés, confondus ensemble. Il a fallu commencer par les démêler; il a fallu rapporter ensuite chaque os à son espèce; il a fallu reconstruire enfin le squelette entier de chacune d'elles; et c'est ici que se montre dans toute sa force la méthode imaginée par l'auteur pour cette reconstruction.
En fait d'espèces fossiles, les dents sont toujours la première partie à étudier, et la plus importante ; car on détermine par les dents si l'animal est Carnivore ou herbivore, et même, dans quelques cas, à quel ordre particulier d'herbivores ou de carnivores il appartient. M. Cuvier, ayant donc rétabli la série complète des dents qui se trouvaient les plus communes parmi celles qu'il avait recueillies, vit bientôt qu'elles prove-
234 RECHERCHKS
naient de deux espèces difTérentes , dont Tune était pourvue de dents canines saillantes, et dont Tautre en manquait.
La seule restitution des dents donnait donc ainsi deux espèces de pachydermes : Tune, & canines saillantes, est lepalœothhnum: l'autre, sans canines saillantes, ou à série de dents continue, est Xanoplothèrium. De plus, cette seule restitution montrait déjà, dans chacune de ces espèces, le type d'un nouveau genre ; deux genres voisins des tapirs et des rhinocéros, mais deux genres entièrement perdus, car aucun pachyderme vi* vant ne reproduit , même ginériquement , leur système dentaire.
Et telle, d'un autre côté, était la rigueur des lois zoologiques suivies par Tauteur que, les dents lui ayant donné deux genres distincts, il ne pouvait douter que toutes les autres parties du squelette, la tète, le tronc, les pieds, toutes parties mêlées et confondues entre elles et avec ces dents, ne fussent aussi de deux genres différents. Il prévit donc aussitôt, pour chacun de ces genres, une tête, un tronc, des pieds d*une
forme particulière, comme il leur avait trouvé un système dentaire propre ; et il ne tarda pas à trouver tout ce qu'il avait prévu.
Les dents étant rétablies, il fallait s'occuper de la restitution des tètes ; et bientôt il fut évident qu*il y en avait aussi de deux genres. Les pieds sont, après les dents et la tète, les parties les plus caractéristiques du squelette ; et leur restitution donna de même deux genres. Il ne restait donc plus qu*i rapporter chaque pied à sa tète, et chaque tête à son système dentaire.
Or, la restitution des pieds de derrière en avait donné de deux sortes, les uns à trois doigts, et les autres à deux seulement ; et la restitution des pieds de devant en avait pareillement donné de deux sortes, les uns i trois doigts, les autres à deux. S'aidant. tour à tour, de Tanalogie générale des espèces qu'il reproduit avec les espèces vivantes les plus voisines, et des rapports particuliers de proportion et de grandeur des diverses parties dont il s'agit, les unes avec les autres, H. Cuvier réunit d'abord les pieds de derrière à
25fi IIECHRRCHES
deux doigts à ceux de devant qui en ont deux ; il réunit ensuite les pieds de derriëpe à trois doigts à ceux de devant qui en ont trois aussi; et toujours guidé par la même analogie, par les mêmes rapports, il réunit les premiers au système dentaire sans canines saillantes, et les seconds au système dentaire à canines saillantes. Il réunit successivement ainsi, pour chaque genre, tous les os du crâne, du tronc, des extrémités; il refait, enfm, leur squelette entier ; et à peine ce grand travail est-il terminé, que, par un hasard singulier, un squelette à peu près complet de Tund'eux, trouvé à Pantin, vient conQrmer tous les résultat§ déjà obtenus. Dans ce squelette, si heureusement découvert, tous les os étaient réunis, joints ensemble, comme les avait réunis H. Cuvier ; et la nature n'avait pas agi autrement que n'avaient agi, et les lois admirables saisies par lui, et s«i sagacité merveilleuse.
Une première espèce de chaque genre étant ainsi reconstruite, et, en quelque sorte, de nouveau rendue à la lumière, leur nombre no tarda pas às'accroitre : M« Cuvier compta bientôt jus-
SCU LES 0<iSRÎiENTS l'OSSILES. 257
qu'à cinq espèces A'anoplothériums^ et jusqu'à onze ou douze pcdœothériums.
Tous les anoplot/iériums sont des environs de Paris. Le plus commun était de la taille d'un âne; un autre était de la taille d'un cochon ; un troisième de la taille d'une gazelle ; un quatrième, de la taille d'un lièvre ; le cinquième était plus petit encore.
Parmi lespalœoihérivms, il y en avait, à Paris seulement, jusqu'à sept espèces : une de la taille du cheval, une de celle du tapir, une de celle du mouton, une de celle du lièvre, etc.; une autre espèce, découverte près d'Orléans, égalait à peu près le rhinocéros, etc.
Le palœotbérium qui, à Paris, s'accompagne toujours de l'anoplothérium, s'accompagne, presque partout ailleurs, d'un autre genre non moins remarquable, et qui, par une opposition singulière, manque absolument à Paris, le lo])hiodon. Ce nouveau genre se rapprochait aussi beaucoup des tapirs, comme le palaBOthérium, comme l'anoplothérium; il est, comme ces derniers, entièrementperdu, et, comme eux, déjà riche en espèces.
258 RFXHGRCHES
M. Cuvier en fait connaître jusqu'à douze, toutes de France.
Le genre ctuBropotame^ le genre adapis, ne comptent chacun qu'une espèce. Le genre anikror cothhium en compte deux, dont une approchait du rhinocéros par sa taille. Les deux premiers genres sont des environs de Paris ; Le troisième a été trouvé d'abord près de Savone« et ensuite en Alsace et dans le Velay.
Avec ces nombreux pachydermes, première population des mammifères terrestres, M. Cuvier a recueilli quelques débris de carnassiers du genre des chiens, de celui des genettes, de celui des ratons, etc. ; une chauve-souris du genre des vespertilions ; une espèce de sarigue, voisine de la marmose ; deux rongeurs, Tun du genre des loirs, l'autre de celui des écureuils ; jusqu'à six espèces d'oiseaux de divers ordres ; des crocodiles, des
trionyx^ des émydes; et quelques espèces depois-sons d'eau douce.
Mais, pour nous en tenir ici aux seuls packy*
dermes^ lesquels forment la partie, sans aucune comparaison, la plus importante de cette antique population du globe, voilà près de quarante espëces» et jusqu'à cinq genres entièrement perdus ; et, ce qui n*est pas moins notable, aucune de leurs espèces ne se trouve mêlée avec les espèces de la population des éléphants et des mastodontes. Ces deux populations appartiennent donc à deux âges essentiellement distincts.
Les rvamnanis^ dont M. Cuvier fait succéder Tétude à celle des pachydermes, nous ramènent aux animaux des terrains meubles ; ce n'est, en effet, que dans ces terrains que leurs os abondent. Deux genres surtout s'y montrent en grand nombre, les cerfs et les bceufs»
M. Cuvier commence toujours par Tostéologie et la détermination des espèces vivantes ; il passe ensuite aux espèces fossiles. La plus célèbre de ces espèces, dans le genre cerf, est le cerf à bois gigantesque^ si commun en Irlande , et par cela même connu pendant quelque temps sous le nom dV/em fossUe d'Irlande^ mais retrouvé depuis en
240 hl^OHKRCHKS
Angleterre , en Allemagne , en Italie et en France, etc.
Avec cette grande espèce, dont la taille surpassait même celle de l'élan, vivaient deux espèces très voisines du renne ; la première , des environs d'Étampes et de la caverne de Breugue, la seconde, de Scanie ; une espèce de daim gigantesque, trouvée dans la vallée de la Somme et en Allemagne ; une espèce de chevreuil, à peu près de la taille de celui d'Europe, trouvée à Montabusard ; enfin, les ce^ifs des brèches osseust»s de Gibraltar, de Cette, de Nice, etc.
Le genre des bamfs compte huit espèces vivantes : le bœuf commun, Taurochs, deux espèces distinguées pour la première fois Tune de l'autre par M. Cuvier; le buffle, dont une variété à longues cornes est Tarni , le bison, le buffle à queue de cheval, le buffle musqué, le buffle du Cap, et le bœuf des Jongles.
Les espèces fossiles sont moins nombreuses. On n'en connaît encore que trois : une très voisine de Taurochs , l'autre du bœuf commua , et la troisième du buffle musqué.
SUR LES OSSEMl-^NTS FOSSILES. iH
Les brèches osseuses donnent quelques débris d'une espèce de mouton ou S! antilope : c'est Vantihpe ou mouton de Nice. Tous les autres genres de ruminants, les chèvres, les girafes , les chameaux, les lamas, les chevrotains, n'ont point encore montré de leurs os à l'état fossile
C'est dans les cavernes d'Allemagne, d'Angleterre, de France, etc., qu'abondent surtout les restes fossiles des carnassiers.
Après avoir débrouillé la détermination, jusque-là si confuse, de leurs espèces vivantes, M. Cuvier décrit les espèces fossiles des carnassiers : quatre espèces d'ours, Yours des cavej-nes^ l'espèce de toutes la plus nombreuse , Yours arctotde, Yours intermédiaire^ et Yours à dents cornprimées; une hyène, presque aussi abondante que l'espèce d'ours qui l'est le plus; deux tigres ou panthères, un loup, un renard, une mouffette, deux belettes, un glouton, etc.
Les rongeurs fossiles sont peu nombreux. Les
grandes couches de terraius meubles n'ont même
donné jusqu'ici qu'une grande espèce de castor^
242 RFXHERCHKS
nommée irogonihh^ium par M. Fischer; les brèches osseuses montrent deux espèces de lagomys, deux espèces de lapins^ des campagnols^ des rats y etc.
L'ordre des édeniés n'a que deux espèces fossiles, mais gigantesques : le mégalonyx , de la taille des plu» grands bœufs , et le migathèrium , de la taille des plus grands rhinocéros. Ces deux énormes espèces sont d'Amérique. Une phalange onguéale , trouvée dans un canton de l'ancien Palatinat, non loin du Rhin, en indique une troisième voisine du pangolin^ et tout aussi gigantesque que les deux autres.
Ici flnit la population des terrains meubles. Les cétacés appartiennent tous à des couches essentiellement marines ; et il en est des mammifères dits amphibies^ c'est-à-dire des p/ioques et des morses^ comme des cétacés.
Un premier groupe de ces mammifères marins, dont l'ostéologie et les espèces vivantes ellesmêmes étaient encore si peu connues, un premier groupe a prérédé tous les mammifères terreslre.*<.
SLR LES OtiSËMËNTS FOSSILES. 445
Ses dépouilles ont montré à M. Cuvier des os de dauphins^ de lamantins^ de morses. Un second groupe a succédé aux palœothériums ; H. Cuvier y a reconnu un dauphin^ voisin de Vèpaulard; une baJeine, voisine des rorquals; et tout un genre entièrement perdu , les ziphius^ voisin des cachalots et des hypéroodons,
J*arrive aux reptiles, M. Cuvier étudie successivement les crocodiles^ les tortues^ les lézards, les batraciens ; il finit par la famille si extraordinaire des ichthyosaurus et des plesiosaui^us.
Les crocodiles fossiles sont très nombreux. M. Cuvier en décrit jusqu'à quinze espèces, dont quatre appartiennent au sous-genre des gavials : le gavial de Monheim^ crocodilus priscus de Sœmmerring, le gavial de Caen^ et les deux^oviols de Honfleur; les autres sont des a'ocodiles proprement dits, tels que celui de Sussex, celui d'Argenton, etc.
Les tortues fossiles sont plus nombreuses encore que les crocodiles; il y en a déjà jusqu'à seize ou dix-sept espèces, dont plusieurs tryonix, plusieurs émydes ou tortues d'eau douce, plu-
sieurs chèlonées ou tortues de mer, et quelques tortues terrestres.
La famille des batraciens n'a qu'une espèce fossile, la salamandre gigantesque cTOEningen^ ou le prétendu homme fossile^ V/wmo dilue ii testis de Scheuchzer.
L'ordre de reptiles qui offre les espèces fossiles
les plus extraordinaires est celui des sauriens. D'abord, la plupart étaient gigantesques. Une première, le grand saurien de Monheim, le facerta gigantea de Sœmmerring, le goésaurus de H. Cuvier, avait jusqu'à douze ou treize pieds de longueur; une seconde, le mosasaurus^ le gi^and saurien des carrières de Maestricht, pris longtemps pour un crocodile, en avait plus de vingtquatre ; et une troisième, vraiment gigantesque, le mégalosaurus^ en avait plus de soixante-dix. Voili donc un lézard qui surpassait les plus grands crocodiles, et qui approchait même, par sa taille, d'une baleine. On sait qu'il a été découvert par H. Buckland, dans les bancs d'oolithe de Stonesfield près d'Oxford.
M. Cuvier fait connaître encore quelques dt*bris de monilors fossiles de Thuriiige, d'un grand
saurien de Honfleur, d'un saurien gigantesque des carrières de Caen, etc.
Le genre des ptérodactyles^ ou lézards volants, n'est plus remarquable par sa taille, mais il Test singulièrement par une structura des plus bizarres : une queue très courte, un cou très long, un bec d'oiseau, enfin un doigt très prolongé, et qui ne se prolongeait ainsi que pour porter une sorte d'aile. Il y a deux espèces de piérodactyles : une de la grandeur d'une chauve-souris, l'autre un peu plus grande. Il est inutile d'ajouter que le genre est entièrement perdu.
Mais quelque chose de plus étrange encore en fait de structure, c'est ce que présentent les deux autres genres de sauriens également perdus, les ichthyosaurus et \q% plésiosaurus . les premiers, réunissant tout à la fois un museau de dauphin, des dents de crocodile, une tète et un sternum de lézard, des pattes de cétacé, mais au nombre de quatre, et des vertèbres de poisson ; et les seconds joignant à ces mêmes pattes de cétacé une tète de lézard, et un cou d'une longueur si démesurée qu'on y compte plus de trente vertèbres.
Vichthyosau}*us et le plèsionauniH ont été trou-
i iH RECHERCHES
vés, pour la première fois, en Angleterre ; ils ont été retrouvés depuis en Allemagne et en France. I^ découverte du premier de ces deux genres est due à Éverard Home, et celle du second à M. Conybeare. On connaît déjà jusqu'à quatre espèces d'ichthyosaurus^ et jusqu^à cinq ûe plésiotaums.
Ces reptiles si nombreux et si variés, ces crocodiles, ces tortues, cette énorme salamandre, ces sauriens bizarres ou gigantesques , tous ces reptiles, joints à des crustacés, à des mollusques, à des zoophytes, àdes poissons, à des mammifères marins, formaient la première population animale qui ait couvert le globe ; la seconde est celle des palœotheriums; la troisième est celle des mastodontes ; la quatrième est la population actuelle.
Il y a donc eu, sans compter Tépoque actuelle, trois populations animales distinctes : celle des reptiles, celle des palœothériums, celle des mastodontes; et, après chacune de ces populations, la mer est venue s'emparer du sol que cotte population occupait, pour le céder ensuite à une population nouvelle; car constamment des couclu*s
marines succèdent à des couches terrestres, constamment des animaux qui ont vécu dans les mers succèdent & des animaux qui ont vécu sur la terre sèche.
Tel est Tensemble des espèces fossiles reconstruites par M. Cuvier. On connaît déjà les lois précises sur lesquelles se fonde cette reconstruction. La plus élevée de ces lois est le principe de la corrélation des formes, principe au moyen duquel on peut, jusqu'à un certain point, comme je l'ai déjà dit (1), conclure de chaque partie toutes les autres; car chaque partie se rapporte nécessairement à toutes les autres, et toutes à elle.
Ainsi, et pour citer encore un nouvel exemple de cette grande loi des corrélations oryaniqxies, la forme des dents , et même, dans certains cas , la forme d'une seule dent, donne celle du condyle de la mâchoire; la forme de ce condyle donne celle de la cavité glénoide qui le reçoit ; ce condyle, cette cavité, donnent l'arcade zygo-
(I) Voyez ci-devant V Éloge historique, p. 48, et le chap. sur la Zoologie, p. 116. Voyez surtout le chap. sur V^natomte comparée» p. 16t.
matique, la fosse temporale, où s'implantent les muscles qui meuvent cette mâchoire. La forme de toutes ces parties, c'est-à-dire le mode de manducation , donne Testomac , les intestins , c'est-à-dire le mode de digestion ; celui-ci doniif* le mode de préhension ou la forme des pieds; car, si ranimai est herbivore, il n'a besoin de ses pieds que pour supporter, soutenir son corps, il peut avoir des pieds à sabots ; et s'il est Carnivore, il a nécessairement besoin, au contraire, de pieds divisés, de doigts pour saisir sa proie , pour la déchirer.
En allant donc ainsi d'une partie à une autre, on saisit les rapports qui lient chacune d'elles, d'abord, à celle qui la suit, et puis, de proche en proche, à toutes les autres, jusqu'aux plus éloignées, sans que jamais, sans que nulle part, ta chaîne des rapports se rompe ou se lâche. De chaque partie, et de la partie la plus insignifiante en apparence, on peut donc conclure toutes les autres, on peut conclure l'animal entier.
Par exemple, cet ongle de pangolin trouvé dans l'ancien Palatinat, cet ongle énorme démontre, à lui seul, une espèce perdue ; et de cet ongle
seul on pouvait conclure, comme le dit très bien M. Cuvier, toutas les révolutions du globe.
En effet, cet ongle donne nécessairement un doigt, et ce doigt un membre, et ce membre un tronc, et ce tronc un crâne, une tôte, proportionnés entre eux, c'est-à-dîre un pangolin gigantesque, c'est-à-dire une espèce perdue, c'està-dire des révolutions, des bouleversements éprouvés par le globe, et qui ont détruit cette espèce. Mais je me borne à rappeler ici ces grandes lois, sur lesquelles j'ai beaucoup plus insisté ailleurs (i), et qui étonnent moins encore, peutêtre, par leur généralité que par leur caractère d'évidence.
(1) Voyez Y Éloge historique, p. 48; le chapitre sur la Zoologie t p« 116; le chapitre sur Vanatomie comparée, p. l&l.
â50 IIËCUËRCHES
RAPPORTS DES ESPÈCES FOSSILES k\ZC LES COUCHES DU GLOBE.
Les rapports des couches du globe avec les êtres qu'elles recèlent constituent la base de toute la théorie de la terre.
M. Cuvier lui-même s'exprime ainsi : a Cesi a aux fossiles seuls qu'est due la naissance de la (( théorie de la terre : sans eux, Ton n'aurait peut- « être jamais songé qu'il y ait eu, dans la for- « mation du globe, des époques successives, et « une série d'opérations différentes. Eux seuls « donnent la certitude que le globe n'a pas touc( jours eu la môme enveloppe, par la certitude ce où Ton est qu'ils ont dû vivre à la surface avant c< d'être ensevelis dans la profondeur. »
La vie n'a pas toujours existé sur le globe. Les rapports des couches du globe avec los
SUR LES OSSEMENTS FOSSILES. 2ol
êtres organisés marquent le point où elle a commencé ; ils montrent de plus, que, depuis qu'elle existe, elle a souvent été troublée par des catastrophes terribles ; ils montrent enfin qu'à chacune de ces catastrophes, elle a pris de nouvelles formes, c'est-à-dire que les espèces alors subsistantes ont disparu, et qu'il en a paru de nouvelles.
I^ vie, considérée d'une vue générale, a donc eu ses phases de développement, ses progrès, ses interruptions, ses reprises.
Commençant notre revue des couches du globe
par les formations les plus anciennes, les ffranits^
les gneiss^ les marbres et les schistes primi-'
tifs , ces antiques fondements de Venveloppe
actuelle du globe (1), nous remarquons que, dans
cette première époque, la vie ne se montrait point
encore.
Passant aux terrains de transition, nous voyons paraître des zoophytes, des mollusques, des cruS"
(i; EipresBlons de M- Cnvier.
i O^ nfiCHERCHCS
tùtès, peut-être même des os et des squelettes de poissons.
Traversant les couches de houille, ces restes des premières richesses végétales qui aient orné la face du globe fl), et arrivant au schiste cuivreux placé sur ses couches, nous découvrons , parmi d'innombrables poissons d'un genre aujourd'hui inconnu, les premières traces des reptiles ; remontant jusqu'au ca/caer^ dit du Jura^ nous voyons la classe des reptiles prendre tout son développement ; et ce n'est que dans le calcaire grossier qui repose sur les argiles placées au-dessus de la craie^ que commencent à se trouver des os de mammifères : encore appartiennent-ils tous à des mammifères mmnns^ à des dauphins inconnus, à des lamantins^ à des morses.
Les couches qui ont succédé au calcaire grossier sont donc les premières où se montrent des mammifères terrestres. Là est toute cette population si remarquable de pachydermes découverts par H. Cuvier dans les gypses^ mêlés de calcaire, des environs de Paris : les palœothériums^ les
(I) Eiiprosâions de M. Cuvier.
SlîR LES OSSEMENTS FOSSILES. 255
lophiodons, les anoplothériums les anthrajcathé-^
riums, etc., etc.
Nous avons vu plus haut qu'avec (^^pachydermes vivaient des carnassiers, des rongeurs^ des oiseaux, des crocodiks et des tortues, des poiis- «oiu, etc.
Toute cette population, que M. Cuvier appelle d'âge moyen^ a été détruite : de grands dépôts de formation marine en recouvrent partout les débris ; et à ces dépôts appartiennent quelques cétacés déjà plus semblables à ceux de nos jours, un dauphin, voisin de Vépaulard^ une baleine, voisine des rorqtuUs, etc.
La mer dans laquelle vivaient ces cétacés, s'étant retirée, laissa la place à une population nouvelle, à celle dont les dépouilles remplissent les couches sablonneuses et limoneuses de tous les pays connus, population composée d'éléphants ou nutmmouths^ de rhinocéros, d'hippopotames, de mastodontes, d'innombrables chevaux, de plusieurs grands ruminants, de carnassiers de la taille du lùm, du tigre, d^ïhyène, de Yours, dknormes «fcw^«, le mégathérium, le mégalonyr, de
â.%4 BBCHEIICHES
rongeurs^ etc., etc., a population dont le carar- « tëre, dit H. Cuvier, ressemble, même dans l'exa trème aord et sur les bords de la mer Glaciale « d'aujourd'hui, à celui que la seule zoue torride a nous oiTre maintenant ; et toutefois, âjottte4-il, « aucune espèce n'y était absolument la même. »
Telle est la population qui nous a été conservée dans ces amas de terres, de sables, de limons, dans ce diîutium^ comme l'appelle H. Buckland, débris immense de la dernière dès cathstropheà du globe^ lequel recouvre partout nos grandes plaines, remplit nos cavernes, obstrue les Tentes de nos rochers, etc.
Parmi tous ces animaux perdus de Varant-dernier âge de la vie sur le globe, M. Cuvier n'avait trouvé aucun dëbrisdequadrumane. Ony atrouvë, depuis, quelques os de singes, nommément la niâefioire d'un gibbon (1).
M. Cuvier n'y avait trouvé, non plus, aucun débris d'homme ; et l'on n'y en a point trouvé depuis.
( f ] Cette mùctioirc de gibbon a été trouvée, par M. Larlet, dnii^ le depùi, ^\ riche en ossements fossiles, de Sonsaa» dépnrtcnienl du Gers.
SLR LES osseme:<ts fossiles. 2r>r>
A ne compter donc qae tes âges ou suci^essions d'animaux terrestres, trois âges, trois populations distinctes ont précédé, comme je le disais tout à l'heure, la pojmlation actuelle : la première est la population des i^eptiles gigantesq^ies ; la seconde est celle des palœotJiérhmis ; la troisième, celle des mammouths, des mastodontes, des mÀgathériums; et, ce qui n'est pas moins digne de remarque, entre chacun de ces âges, entre chacune de ces populations, la mer est venue recouvrir la terre, et y a laissé des traces manifestes de son séjour (i).
Ainsi, aux reptiles ont succédé les mammifères mai'ins^ des dauphins, des lamantins, àesTnarses; aux palcBothériums , des mammifères marins encore, de& dauphins, des baleines, des ziphius, etc. ;
(1) Et je ne parle ici que des grandes irruptions de la mer : les irruptions partielles ont été bien plus fréquentes. Vo^rez^ dans la description du bassin de Paris, de MM. Cuvier et Brongniart, toute cette succession de terrains placés entre le diiuviuni et la craie, terrains alternativement remplis des prodoUa de Teau douce et des produits de l'eau salée, et qui. par là, marquent si exactement toutes les irrupHon$ successives de la mer* auxquelles, depuis la déposition de la craie, cette partie du ghbe a été sujette.
256 RBCHERCIIRS
et quant à ces couches de dibmum^ riches des dépouilles des mammouths, des mégaihériunis , des mjostodonies, elles portent avec elles la preuve de rinondation immense qui a détruit les êtres qu'elles recèlent.
11 y a donc eu, dans la nature animale, une succession de variations, et même MXiQ progression déformes. Car les premiers animaux qui paraissent sont des zoophytes, des mollusques^ des crustacés^ des poissons; les reptiles ne viennent qu'ensuite ; les mammifères ne viennent qu'après les reptiles; et ces mammifères ont déjà paru jusqu'à deux reprises différentes que Yhomme ne se montre point encore : il ne se montre que dans la population actuelle.
Ajoutez que tous ces mammifères terrestres sont distincts de genre ou d'espèce des animaux actuels, et qu'il y a encore ici une progression : presque tous les animaux de l'âge des pal<eothériums, comparés à ceux d'aujourd'hui, diffèrent de genre ; au contraire, les animaux de l'âge des mammouf/is, comparés toujours à ceux d'aujour-
d'buî, ne diffèrent plus que d'espèce; mais tous, ou presque tous, différent di espèce (1).
(1) Parmi les espèces de l'époque da nuxmmoutht il n'y a de doate que pour les chm>aux, pour les 6<bii/«, et pour quelques espèces de eerf$ : pour tous les autres animaux, la différence spécifique est certaine ; et encore tous remarqueres qu'il ne s'agit ici que de la comparaison des squelettes. Or, nommément pour les chevaux, l'identité du squelette n'est pas une preuTe absolue de l'Identité de l'espèce. On n'a pu découvrir Jusqu'ici, comme Je l'ai déjà dit, aucune diffê-' renée spécifique entre le squelette de l'àne et celui du cheval ; et cependant Vâne et le cheval sont deux espèces distinctes et bien tranchées.
258 RËCHEBCUES SUIt LES OS^^ËNENTS FOSSILES.
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