‹ Cuvier. Histoire de ses travaux (volume 2)Chapitre 260 sur 265 · A MADAME LA COMTESSE DE GENLIS · texte numérisé non relu

A MADAME LA COMTESSE DE GENLIS

Je ne suis plus amant de la nature; je la quitte pour vous, madame, qui faites plus et qui méritez mieux. Elle ne sait que former des corps, et tous créez des âmes. Que la mienne n'est-elle de cette heureuse création ! Taurais ce qui me manque pour plaire» et tous jouiriez avec plaisir de mon inûdélité. Pardonnez-moi, madame, ce moment de délire et d'amour. Je vais maintenant parler raison.

Voire charmant Théâtre m'a fait autant de plaisir que si j'étais encore dans l'âge auquel vous l'avez consacré. Vieux et jeunes , grands et petits, tous doivent étudier ces tableaux si touchants où les vertus données par l'éducation triomphent des vices et des ridicules. Chaque trait porte l'empreinte de votre âme céleste. Vous l'avez peinte en chaque scène , sous un emblème différent el sous la morale la plus pure. Une connaissance parCaite du monde, toutes les grâces de l'esprit et du style ont conduit aussi vos pinceaux; et, quoique vous n'ayez pas parlé de Dieu, je crois néanmoins aux anges. Vous êtes un de ceux qu'il a le mieux doués. Recevez, en celte qualité, toutes mes adorations; nul mortel ne peut vous en offrir de plus sincères.

> Tirée de la Correspondance de Grimm, tome X, page m (éditioq de ISSO).

LETTRE VHP'.

A l'impératrice de RUSSIE.

De Parit, le 4B décenbre 4rsi.

Madame^

J'ai reçu , par M. le baron de Grimm , les superbes fourrures el la très riche colleclion de médailles et grands médaillons que Votre Majesté Impériale a eu la bonté de m'envoyer. Mon premier mouvement , après le saisissement de la surprise et de l'admiration , a été de porter mes lèvres sur la belle et noble image de la plus grande personne de l'univers , en lui offrant les très respectueux sentiments de mon cœur.

Ensuite, considérant la magnificence de ce don, j'ai pensé que c'était un présent de souverain à souverain, et que, si ce pouvait être de génie k génie, j'étais encore bien au dessous de cette tête céleste, digne de régir le monde entier, et dont toutes les nations admirent et respectent également l'esprit sublime et le grand caractère. Sa Majesté Impériale est donc si fort élevée au dessus de tout éloge , que je ne puis ajouter que mes vœux à sa gloire.

Cet ouvrage en chaînons, trouvé sur les bords de l'irtisch, est une nouvelle preuve de l'ancienneté des arts dans son empire; le Nord, selon mes Epoques, est aussi le berceau de tout ce que la nature, dans sa première

1 Tirée de l« Corretpondance de Grimm, lome XI, page 70.

SS4 LETTRES BiTBaSBS.

force, a produit de plus grand, di mes vœox seraient de Yoir cette belle nature et les arts descendre une iieconde fois du Nord au Ifidf aous l'étendard de son puissant génie. En attendant ce moment, qui mettra de nou- Toaux trophées sur ses couronnes, et qui ferait la réha* bilitation de cette partie croupissante de l'Europe, je vais conserver ma trop vieille santé sous les zibelines et les herminea, qui dès lors resteront seules en Sibérie, et que nous aurions de la peine à habituer en Grèce et en Turquie.

Le buste auquel M. Popdon travail)^ n'exprimera jamais aux yeux 4e ma grande Impératrice les sentintenbi vifs et profonds dont je suis pénétré j soixante et (quatorze ans imprimés sur ce marbre ne pourront que Iç refroidir encore. Je demaqda la permission de le faire accompagner d'i^ne effigie vivante j mon fils uni<{ue, jeune ofQcier aux Gardes, le porterait aux pieds de son auguste personne : il revient de Vienne et du camp de Prague, où il a été bien accueilli, et puisqu'il ne m'est pas possible d'aller moi-même faire mes remerclments à Votre Majesté Impériale, je donnerai une partie de mon cœur k mon fils, qui partage déjà toute ma reconnaissance; car je substitue ces magnifiques médailles dans ma famille comme un monument de gloire respectable à jamais. Tout Paris vient chez moi pour les admirer, et chacun s'écrie sur la noble munificence et les hautes qualités personnelles de ma bienfaitrice : ce sont autant de jouissances Routées à ses bienfaits réels; j'en sens vivement le prix par l'honneur qu'ils me font, et je ne finirais jamais cette lettre peut-être déjà trop longue^ si je me livrais à toute l'efi'usion de mon &me, dont tous les sentiments seront k jamais consacrés à la première et l'unique personne du beau sexe qui ait été supérieure k tous les grands hommes.

LETTRES DIVERSES. SSK

C'est avec un très profond respect, et j'ose dire avec Tadoralion la mieux fondée, que j'ai Thonneur d'être, madame , de Votre 1(1^^^^ bmiériMo le ^i^ humble , etc.

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