DE L’ÉCHELLE CONTINUE DES ÊTRES
Rien n’est plus célèbre en histoire naturelle que X échelle des êtres , imaginée par Ronnet.
Leibnitz, inspiré par une vue philosophique, semblait avoir prédit la découverte du polype .
« Les hommes, avait-il dit, tiennent aux ani- « maux, ceux-ci aux plantes, et celles-ci aux « fossiles... La loi de continuité , avait-il dit en- « core, exige que tous les êtres naturels ne forte ment qu’une seule chaîne, dans laquelle les « différentes classes , comme autant d’anneaux, « tiennent si étroitement les unes aux autres, « qu’il soit impossible de fixer précisément le ce point où quelqu’une commence où finit, toutes « les espèces qui occupent les régions d’inflexion « et de rebroussement devant être équivoques et
« douées de caractères qui se rapportent égale-
HISTOIRE NATCRELLE
« ment aux espèces voisines. Ainsi l’existence de « zoophytes, par exemple, d’ animaux-plantes , « non seulement n’a rien de monstrueux, mais il « est même convenable à l’ordre de la nature « qu’il y en ait (1). »
Enfin, il avait ajouté ces paroles remarquables : « Telle est chez moi la force du principe a de continuité , que non seulement je ne serais « point étonné d’apprendre qu’on eût trouvé des « êtres qui, par rapport à plusieurs propriétés, « par exemple, celles de se nourrir ou de se « multiplier, pussent passer pour des végétaux à « aussi bon droit que pour des animaux, et qui « renversassent les règles communes, bâties sur « la supposition d’une séparation parfaite et ab- « solue des différents ordres des êtres simultanés « qui remplissent l’univers, j’en serais si peu « étonné, dis-je, que même je suis convaincu « qu’il doit y en avoir de tels, et que l’histoire « naturelle parviendra à les connaître un jour, « quand elle aura étudié davantage cette infinité « d’êtres vivants que leur petitesse dérobe aux
(1) Lettres de Leibnitz. Voyez Y Appel au public de Kœnig, Appendice, p. 45.
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« observations communes , et qui se trouvent « cachés dans les entrailles de la terre et dans « l'abîme des eaux (1). »
Or, ces êtres annoncés par Leibnitz, ces êtres qui devaient tenir également de l’animal et du végétal , les expériences de Trembley, bien plus étonnantes que l’espèce de prédiction de Leibnitz, semblèrent enfin les avoir découverts.
Le polype, si admirablement étudié par Trembley, pousse des bourgeons comme une plante;
il se reproduit par section, par bouture, comme une plante ; il est donc, tout à la fois, animal par sa mobilité, par sa sensibilité, par la manière dont il se nourrit, et végétal par la manière dont il se reproduit et se régénère. Le chaînon qui lie le règne végétal au règne animal, ce chaînon qui jusque-là avait manqué à la chaîne continue des êtres, ce chaînon était donc trouvé.
La découverte des propriétés singulières du polype est assurément une des plus belles que
(t) Lettres de Leibnitz. Voyez Y Appel au public de Kœnig, Appendice , p. ifi.
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l’histoire naturelle ait jamais faites. Mais ce qui frappa surtout Bonnet dans cette découverte , c’est qu'elle ne semblait être que la conséquence d’un principe déjà posé, du principe de la continuité des êtres .
C’est donc à ce principe que s’attacha Bonnet. Cette échelle , si je puis ainsi dire, métaphysique , qu’avait proposée Leibnitz , Bonnet voulut la transformer en une échelle réelle et matérielle.
Il rangea donc les êtres sur une seule ligne , eu allant du plus simple au plus compliqué, ou du règne minéral au règne végétal, du règne végétal au règne animal, du règne animal à l’homme ; et, cette ligne unique, il voulut , de plus, qu’elle fût partout continue, c’est-à-dire qu’elle n’offrît nulle part des interruptions, des hiatus, des sauts .
Deux idées principales le dirigèrent donc : l’une, que les êtres ne formaient qu'une seule ligne; l’autre, que cette ligne était partout continue.
Or, de ces deux idées, l’une ne pourrait pas plus être soutenue aujourd’hui que l’autre. Les
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êtres, et pour nous borner tout de suite au règne animal, qui seul nous occupe ici, les animaux ne forment pas une seule ligne, ils en forment mille.
Si vous remontez des espèces inférieures vers les supérieures, vous trouverez autant de lignes de complication que vous trouverez d’organes. Si vous considérez le système nerveux, vous mettrez les insectes au-dessus des mollusques; si vous considérez la circulation, les sécrétions, etc., vous mettrez les mollusques au-dessus des insectes ; si vous considérez la respiration, Y oiseau aura le pas sur le mammifère; si vous considérez l’intelligence, le mammifère aura le pas sur Y oiseau ; le reptile est au-dessus du poisson par la respiration, il est au-dessous par la circulation, etc., etc.
Il n’y a donc pas de développement graduel, uniforme, de la totalité des organes . La gradation se fait tantôt par une partie, tantôt par une autre. Imaginez une série par les sens, une par la circulation, une par la respiration, etc. ; aucune ne sera tout à fait semblable. Si vous prenez la respiration, Y insecte et Y oiseau l’emporteront sur tous les autres animaux, car ils ont, 1’ un et
JilSÏOlüE NATl «ELLE
l’autre, la respiration la plus étendue possible, une respiration générale, une respiration double; voilà donc Y oiseau placé tout près de 1 "insecte : prenez à présent la circulation, et tout cet ordre sera renversé ; Y insecte et Y oiseau seront placés aux deux bouts opposés de Y échelle, car l’un a la circulation la plus complète possible, et l’autre n’en a point du tout.
Supposer une seule ligne de gradations organiques, c’est supposer un seul plan de structure. Mais il y a plusieurs plans de structure, et c’est pourquoi il y a plusieurs gradations parallèles.
Il y a des plans de structure qui sont inverses. La respiration générale et la respiration circonscrite sont, en tout point, des structures inverses, etc., etc.
En cherchant Y unité dans les organes, les naturalistes se sont trompés. Ce n’est pas dans les organes que réside Y unité , c’est dans les fonctions. Et encore ne faut-il regarder ici que les fonctions générales et essentielles.
Or, les fonctions générales et essentielles sont
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au nombre de quatre : la sensibilité, le mouvement, la nutrition, la reproduction.
Ces quatre fonctions se retrouvent partout, car il n’y a pas d’animal possible sans elles. Ce sont là, si je puis ainsi dire, les conditions absolues de l’animalité ; mais il y a mille moyens de satisfaire à ces conditions.
La question de Y unité de ligne dans Y échelle des êtres se résout donc en celle de Y unité de structure, question dont on s’est beaucoup occupé aussi, et jusque dans ces derniers temps, et dont l’examen fera l’objet d’un autre chapitre.
Je viens à la seconde idée qui a dirigé Bonnet dans la formation de son échelle des êtres. Il veut que cette échelle soit partout continue.
Pour passer d’une espèce à l’autre, d’un groupe à l’autre, d’une nature à l’autre, sans saut , sans hiatus , il lui faut donc des espèces qui tiennent des deux espèces, des deux groupes, des deux natures qu’il veut rapprocher. C’est ce que Leibnitz avait appelé espèces équivoques , et que Bonnet appelle, tour à tour, espèces mitoyennes ou passages.
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Or, ces passages proposés par Bonnet, ces passages qui sont le point fondamental de sa théorie (et de quelle théorie? de la théorie, peutêtre, qui a le plus exercé d’influence sur la partie philosophique de l’histoire naturelle pendant un siècle), ces passages peuvent à peine être rappelés aujourd’hui d’une manière sérieuse.
« Le polype, dit Bonnet (1), unit les plantes a aux insectes. Le ver à tuyau conduit des in— « sectes aux coquillages. La limace touche aux « coquillages et aux reptiles. L’anguille forme « un passage des reptiles aux poissons. Le pois- « son volant est un milieu entre les poissons et a les oiseaux. La chauve-souris enchaîne les oi- « seaux avec les quadrupèdes (2) . »
Le polype, selon Bonnet, fait donc le passage du régné végétal au règne animal . Or, si l’on
(1) Je m’en tiens toujours à la seule partie de son échelle des êtres qui concerne le règne animal. Il convient d’ailleurs lui-même que : « Si le polype nous montre le passage du « végétal à l’animal, on ne découvre pas également celui du « minéral au végétal. » Considérations sur les corps organisés, p. 175. OEuvres de Bonnet, Neuchâtel, 1779.
(2) Principes philosophiques sur la cause première et sur son effet, p. 220. Voyez aussi sa Contemplation de la nature, 5e partie.
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entend dire par là que le polype , à 11e considérer que la simplicité de structure, est l’animal qui se rapproche le plus de la plante, on a raison. Mais si l’on entend dire que le polype est une espèce mitoyenne , équivoque , qu’il est moitié animal, moitié végétal, 011 se trompe. Lq polype est animal et n’est qu’animal. 11 sent, il se meut, il digère-, etc. Il se reproduit, à la vérité, par bouture , comme la plante ; mais cette propriété même il la partage avec des animaux d’une structure bien plus compliquée, et dont le caractère exclusifcl' animalité ne saurait être mis en question , par exemple , avec des vers (le lombric ou ver de terre , les ncùides ou vers d'eau douce), animaux qui ont un estomac, des intestins, une circulation complète, des artères, des veines, un système nerveux distinct, etc. , etc. La salamandre , qui est un animal vertébré, un reptile , reproduit sa queue et ses pattes, et les reproduit autant de fois qu’on les coupe. Le polype n’est donc pas un être équivoque; c’est un animal dont la structure est plus simple que celle des autres, et voilà tout.
Il est curieux de voir sur quelles b aies fra-
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o iies Bonnet se fonde pour établir les autres passages.
Ainsi, par exemple , la limace fait passage des coquillages aux reptiles, parce qu’elle rampe; Y anguille, des reptiles au x poissons, parce qu’elle a un corps allongé; le poisson volant (Yhironclelle de mer, etc.), des poissons aux oiseaux, parce qu’il peut s’élever et se soutenir dans l’air ; la chauve-souris , de Y oiseau au mammifère , parce qu’elle vole, etc.
C’est donc toujours par une circonstance extérieure, et qui ne fait rien au fond des structures, à la nature intime de l’animal, que Bonnet se décide.
Toute la structure intérieure , profonde, sépare la limace , qui est un mollusque, du reptile, qui est un animal vertèbre : meme cette action de ramper, qui leur est commune se fait par des moyens très différents dans le reptile et dans la limace; la limace rampe par la simple contraction d’un disque charnu placé sous le ventre, le reptile par le jeu de vertèbres à facettes articulaires très compliquées, etc. L’ anguille, qui a les nageoires , les branchies , les vertèbres , etc. , des
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poissons , n’a rien du reptile; 1 u poisson volant , qui est un vrai poisson, n’a rien de Y oiseau; la chauve-souris , qui est vivipare, qui a des mamelles, qui allaite ses petits, qui a une respiration simple, etc., vole, il est vrai, et n’en est pas plus oiseau pour cela, car elle vole par des moyens tout différents de ceux de Y oiseau (1).
A considérer la nature intime des choses, il n’y a donc nulle espèce mitoyenne , équivoque , nul être mi-parti de deux natures diverses. Les prétendus passages de Bonnet n’en sont donc point; et si Bonnet les propose pour tels, c’est qu’il s’en tient à Y extérieur , à la surface des êtres ; c’est que, comme il le dit lui-même, «il sa borne à « contempler et n’entreprend pas de disséquer (3).» Et ce dernier mot dit tout : c’est qu’il n’est pas anatomiste, ou qu’il néglige de l’être.
(1) L 'oiseau vole par tout son bras, et n’a de doigts qu’en vestige ; la chauve-souris vole par des doigts très développés, au contraire, et réunis l’un à l’autre par des membranes.
(2) Contemplation de la nature, 2* partie, p. 37.
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UNITE DE STRUCTURE. — UNITE DE COM- POSITION. — UNITÉ DE TYPE. — UNITÉ DE PLAN.
Y a-t-il unité de structure ? En d’autres termes, en ternies plus simples et dégagés de toute abstraction , tous les animaux ont-ils la même structure ? Évidemment non.
Le polype (1), qui n’a pas un seul organe distinct, dont l'estomac n’est qu’une simple cavité, creusée dans la substance commune et homogène de son corps, le polype n’a pas la structure du mollusque (2), lequel a des organes des sens, des yeux, des oreilles, un système nerveux, un cerveau , une circulation complète, des artères, des veines , plusieurs cœurs , des glandes sécrétoires, etc. Le mollusque, qui n’a pas de moelle épinière, dont le cerveau n’est qu’une petite
(1) Le polype à bras, par exemple.
(2) Du poulpe , de la seiche , par exemple.
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masse de substance nerveuse , etc., le mollusque n'a pas la structure de l'animal vertébré , qui a une moelle épinière, un cerveau composé de plusieurs masses distinctes, et dont chaque masse a sa fonction propre , Tune étant le siège de l'intelligence, l'autre du principe qui règle les mouvements de locomotion, une troisième du principe qui règle le mécanisme de la respiration, etc. (1); le mollusque qui n’a pas de squelette n’a pas la structure de l’animal vertébré qui a un squelette ; X insecte qui n’a pas de circulation n’a pas la structure des animaux qui ont une circulation, etc., etc.
Y a-t-il unité de composition? Pas plus qu’uni té de structure.
Il y a des animaux (2) qui n’ont point d’organes distincts, dont toutes les fonctions, la nutrition, la sensibilité, le mouvement, se font par une substance homogène et commune. Tout
(1) Voyez mes Recherches expérimentales sur les propriétés et les fonctions du système nerveux dans les animaux vertébrés , seconde édition. Paris, 1842.
(2) Par exemple, le polype , etc.
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est si homogène dans le polype, que chaque partie de l’animal reproduit l’animal entier, que ranimai, retourné comme un doigt de gant, continue à vivre : dans son état ordinaire il respirait par sa face externe, il digérait par sa face interne; dans ce nouvel état, qui est l’inverse de l’autre, il respire par sa face interne qui est devenue l’externe, il digère par sa face externe qui est devenue l’interne.
Il y a des animaux, au contraire, les animaux vertébrés, par exemple, dont toutes les fonctions, jusqu’aux plus délicates , se spécialisent et se localisent. La sensibilité se localise dans le nerf, la contractilité dans le muscle; chaque sensibilité spéciale dans chaque nerf des sens; l’intelligence elle-même se localise dans une partie déterminée de l’encéphale, etc.
Si, par unité de composition , vous entendez un même nombre de matériaux , c’est-à-dire, tic parties constitutives de chaque appareil ou de chaque organe, ce même nombre de matériaux ne se retrouve nulle part.
Les animaux dont tous les sens se réduisent au toucher , n’ont pas le même nombre de matériaux
PHILOSOPHIQUE
que ceux qui ont des yeux, des oreilles, un organe pour l’odorat, un pour le goût; les animaux qui n’ont pas de squelette n’ont pas le même nombre de matériaux que ceux qui en ont un : et parmi ceux qui ont un squelette, ceux qui n’ont que quelques vertèbres (1), n’ont pas le même nombre de matériaux que ceux qui en ont des centaines (2) ; ceux qui n’ont pas de membres (5) n’ont pas le même nombre de matériaux que ceux qui en ont, etc., etc.
Y a-t-il unité de type? Dire qu’il n’y a qu’un seul type , c’est dire qu’il n’y a qu’une seule.forme du système nerveux, car c’est la forme du système nerveux qui décide du type (4), c’est-à-dire de la forme générale de l’animal.
Or, peut-on dire qu’il n’y ait qu’une seule
(1) La grenouille , qui n'en a que neuf.
(2) Le boa , le python, etc.
(3) Les cétacés , parmi les mammifères , n’ont pas de membres postérieurs; les serpents, parmi les reptiles, n’en ont point du tout.
(4 ) Le système nerveux est proprement le modèle primitif, le type du corps entier. Voyez ci-devant V Éloge historique, p, 20, et le chapitre sur la Zoologie, p, 93.
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forme du système nerveux ? Peut-on dire que le système nerveux du zoophyte soit le même que celui du mollusque; le système nerveux du mollusque, le même que celui de Y articulé ; le système nerveux de Y articulé, le même que celui du vertébré ? Et si l’on ne peut pas dire qu'il n’y ait qu’un système nerveux, peut-on dire qu’il n’y ait qu’un seul type ?
Enfin, y a-t-il unité de plan?
Le plan est la position relative des parties. On conçoit très bien Yunitè de plan sans Yunité de nombre : il suffit que les parties, quel qu’en soit le nombre, gardent toujours, les unes par rapport aux autres, les mêmes positions données. Mais peut-on dire que le vertébré, dont le système nerveux est placé sur le canal digestif, soit fait sur le même plan que le mollusque, dont le canal digestif est placé sur le système nerveux? Peut-on dire que le crustacé, dont le cœur est placé par-dessus la moelle épinière, soit fait sur le même plan que le vertébré, dont la moelle épinière est placée pardessus le cœur, etc.? La position relative des parties est-elle gardée? N’est-elle pas, au contraire,
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évidemment renversée? Et s'il y a renversement dans la position des parties, y a-t-il unité de plan!
Tous les vertébrés forment un seul plan. Le nombre des parties a beau varier, les parties subsistantes conservent toujours leur position relative, leur ordre.
Le cœur est double dans le quadrupède , dans Y oiseau; il se compose d’un seul ventricule et de deux oreillettes dans la plupart des reptiles; il ne se compose que d’un seul ventricule et d’une seule oreillette dans les poissons. Mais ce cœur, dont le nombre des cavités varie, et varie du double au simple, conserve toujours sa position donnée; il est toujours placé sous le canal digestif; le canal digestif est toujours placé sous la moelle épinière.
Rien ne varie plus, dans les animaux vertébrés, que le nombre des os, mais les os subsistants conservent toujours leur ordre. Le crâne a toujours la même position par rapport au rachis, le rachis par rapport aux membres, toutes les parties des
membres les unes par rapport aux autres. Le nom-
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bre total des vertèbres ; la forme particulière de chaque vertèbre, tout cela peut varier, et varie eu effet, et varie beaucoup ; mais les vertèbres, quel qu’en soit le nombre, se rangent toujours en série, en suite, forment toujours un rachis , une épine du dos , une colonne vertébrale, un ensemble de parties, enfin, dont la disposition générale est toujours la même.
Le plan , c’est-àdire \&position relative des parties, se conserve donc dans les vertébrés : il se conserve de même dans les mollusques, dans les articulés , dans les zoophytes ; mais il change du vertébré au mollusque , du mollusque à Y articulé , de Y articulé au zoophyte ; et c’est pour cela qu’il y a quatre plans, comme il y a quatre types, dans le règne animal, et non un seul plan, un seul type.
l'IULOSOl'IUULE.
IMPOSSIBILITÉ DE CERTAINES COMBINAI- SONS ORGANIQUES. — NÉCESSITÉ DE CERTAINES INTERRUPTIONS DANS L É- CHELLE DES ÊTRES.
Ceux qui veulent une échelle continue des êtres supposent toutes les combinaisons organiques possibles.
a Toutes les combinaisons, dit Bonnet, qui ont « pu s’exécuter avec les mêmes particules de la « matière, ont été exécutées et ont produit autant « d’espèces différentes. D’autres particules, join- « tes à celles-là, ont donné naissance à de nou- « velles combinaisons, et conséquemment à de « nouvelles espèces. Par là tous les vides ont été « remplis, toutes les places ont été occupées ( I ) .»
La limite des combinaisons ne dépend donc,
(1) Principes philosophiques sur la cause première et stir son effet, p. 227.
HISTOIRE NATURELLE
selon Bonnet, que du nombre des particules. Et la cause de son erreur est ici évidente. C’est qu’il veut combiner les parties organiques d’après un calcul abstrait. <
Mais les combinaisons organiques ne sont pas libres ; tous les rapports y sont déterminés, nécessaires. Certaines parties s’appellent, d’autres s excluent : tout ce qui est incompatible ou contradictoire s’exclut nécessairement.
Toutes les combinaisons, possibles pour l’esprit, ne le sont donc pas physiologiquement ou physiquement.
L’instinct qui pousse un animal à se nourrir de chair et de sang exclut un canal digestif d’herbivore ; un estomac simple, et fait pour digérer la chair, exclut des dents à couronne plate et faites Pour broyer des substances végétales, etc.
Et si, d une part, toutes les combinaisons ne sont pas possibles, il y a, d’autre part, des combinaisons obligées. Des dents d’une certaine espèce appellent nécessairement des intestins d’une ceitaine espèce; des dents à couronne plate ap-
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pellent nécessairement un estomac et des intestins d’herbivore ; un estomac et des intestins de carnivore appellent nécessairement des dents tranchantes, etc.
Je l’ai déjà dit, un estomac de carnivore appelle nécessairement un cerveau fait pour être le siège d’un certain instinct, de l 'instinct qui porte l’animal à se nourrir de chair. Mais ce n’est pas tout : il faut, de plus, que ce cerveau ait un certain développement, car il faut à l’animal carnivore, et qui doit se rendre maître de l’herbivore, un certain degré d’intelligence dont l’animal herbivore peut, à la rigueur, se passer. Le cerveau d’un carnassier, qui serait réduit aux^roportions du cerveau d’un rongeur, serait un cerveau qui ne suffirait pas.
Il y a donc des combinaisons impossibles, et il y a des combinaisons nécessaires.
Par conséquent toutes les complications n’existent réellement pas, puisqu’il y a des combinaisons impossibles , ni toutes les simplifications ,
puisqu’il y a des combinaisons nécessaires .
lü.
HISTOIRE NAT I HELEE
Par conséquent encore , si les combinaisons sont bornées, il y a nécessairement des interruptions, des hiatus.
Encore une fois, vouloir qu’il n’y ait pas des interruptions, des hiatus, c’est vouloir que toutes les combinaisons soient possibles.
Or, de cela seul que certains organes s excluent , il y a des combinaisons impossibles ; et. de cela seul qu’il y a des combinaisons impossibles, il y a des hiatus.
l’IIILOSUlMllüL'E.
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