‹ Cyprien le vendu, comédievaudeville en un acteChapitre 14 sur 26 · ENSEMBLE · texte numérisé non relu

ENSEMBLE

A voire sort, Je m'intéresse, etc.

FLEvar et adèle.

A notre sort, il s'intéresse.

Le vœu le plus cher à son cœur;

11 nous le répète sans cesse,

Cest d'assurer notre bonheur.

(U Colonel rature dan» 1< »«Ji>».)

SCÈNK VUI.

ADÈLE, FLEURÏ.

FLEURY, a part.

Mou respectable Colonel a effectué sa retraite... Victoire ! je triomphe ! je suis maître de la place !

ADÈLE , a part.

En présence de cet homme , je me sens confuse, tremblante... Il faut pourtant lui apprendre... Allons, de la fermeté !

FLEURY , a lui-même.

Lu petite est craintive, sans détour... il faut Féblouir, lui jeter de la poudre aux yeux... F.n avant les belles phrases ut les grauds senti meus! (Haut.) Mademoiselle , je n'ai qu’à me louer de votre onde, eu celte circonstance, puisque, grâce à lui, il ni’esi permis de vous révéler toute l'étendue de mon In itiant amour.

ADÈLE

Monsieur...

FI.EURY.

Oui , Mademoiselle , je vous aime sincèrement, et aucun sacrifice, croycz-lc bien, ne me coûtera pour assurer votre bonheur. (A part.) Et payer mes dettes !

ADÈLE

Cessez, je vous prie. Monsieur, de m'entretenir d'une affection que je ne puis, que je ne dois point partager.

FLEURY, 4 pari.

Diable! diable! cela se gâte! (a part.) Quoi ! Mademoiselle , vous repousseriez mon amour !.. Ah ! ce serait par trop affreux !.. Non , vous ne vous montrerez pas aussi sévère, aussi cruelle... Rien ne s'oppose à notre union ; j’ai le consentement de votre oncle.

ADÈLE

Je le sais , Monsieur; mais vous u'avet pas encore reçu le mien.

SClîNE IX.

FLEUHÏ. «®* ADÈLE.

Daignez me l’accorder. Je vous en conjarc , Mademoiselle, et mon existence ne sera pas assez longue pour tous récompenser, vous bénir.

ADÈLE

Je ne puis vous satisfaire , Monsieur ; ce mariage est impossible.

FLEURY

Comment , impossible ?

ADÈLE

impossible, je vous le répète ; mon cœur ne m'appartient plus !

FLEURY

Ciel! que m'apprenez-vous ?

ADÈLE

La vérité , Monsieur.

Al* : Un page MHi( I* jeune AJéle.

Prête a périr de faim et de misère ,

Un homme alors daigna me protéger;

Mourante, hélas I je vis ma pauvre mère,

Grâce a ses soins , surmonter le danger.

Je vous le dis, et vous devez me croire ,

Je ne veux pas effacer de mon cœur Le trait touchant qui s’offre a ma mémoire,

Au souvenir de mon libérateur.

FLEURY

Votre libérateur... Que signifie?..

ADÈLE

Je ne rougis pas de vous l’avouer , ma mère et moi nous avons eu nos jours d'angoisses , de privations, et sans la générosité d’un brave et bonuéte jeune homme, qui fut touché de notre misère, ma pauvre mère, Monsieur, serait morte, morte faute de pain !.. Et j’irais oublier, à celte heure, moi, celui qui s’est si noblement sacrifié pour elle?.. Oh ! mais, s’il en était ainsi , je serais la plus vile, la plus méprisable des femmes!

FLEURY

D’après les espérances que M. DurviUc m’avait fait concevoir, je croyais fermement. Mademoiselle, obtenir votre main.

ADÈLE

Renoncez -y donc désormais , Monsieur ; car si mon oncle a résolu de m’unir à vous, j'ai juré de mou côté rie n'étre jamais qu’à l'homme généreux qui s’est dévoué pour sauver ma mère mourante... Et quoiqu’éloignée de cet homme.

Monsieur, quoiqu’ignorant le Ucu de sa retraite, depuis deux ans , je n’en tiendrai pas moins mon serment

FLEURY

Quel trait prodigieux de constance !

ADÈLE

Ma conduite, il me semble, n’est que louable!

FLEURY

Jusqu'à un certain point , rependant

ADÈLE

Je ne vous comprends pas , Monsieur.

FI.EURY.

Il est peu vraisemblable, veux-je dire, que relui qui a su s'emparer de votre esprit agisse avec tant de procédés , de délicatesse , et qn’à votre exemple il sc morfonde dans nn langoureux amour... ,c

Ab ! je suis bien certaine qu'il pense toujours à moi !

FLEURY

Vous le jugez, je le vois, avec indulgence.

ADÈLE

Je le juge comme il le mérite.

FLEURY

Vous reviendrez un jour, probablement, de votre erreur, Mademoiselle j à l'heure où je vous parle, votre bien aimé passe peut-être d’heureux instans avec de joyeux compagnons ou avec de tendres maîtresses...

ADÈLE

Vos indignes suppositions ne changeront rien à mes volontés. Monsieur...

FLEURY

Sur mon âme, j’envie le sort du fortuné mortel à qui vous conservez un cœur aussi pur, aussi candide.

ADÈLE

Trêve à vos railleries. Monsieur... vous pouvez ne pas être â même d'apprécier mes sentimens, mais vous n'avez pas le droit de les tourner en dérision!..

fleury, a part.

Cela sc gâte de plus en plus!.. (Haut.) Est-ce un crime , Mademoiselle , de m'intéresser à votre tranquillité , à votre avenir ?

ADÈLE

Assez , Monsieur, assez... je ne veux pas vous écouter davantage... souffrez que je me retire.

FLEURY

Déjà?...

ADÈLE

J'entre an bal.

FLEURY

Vous ne me refuserez pas je pense, Mademoiselle , l’insigne faveur d'étre votre cavalier.

ADÈLE

Soyez-lc, Monsieur.

FLEURY

Je suis trop honoré d’une telle bienveillance. (A part.) J’ai été battu, mais patience, le Colonel n’a pas dit son dernier mot...

ADÈLE

Eh bien ! mais je vous attends , Monsieur.

FLEURY

Pardon , Mademoiselle.

(Il lui donne ta main et fis entrent au bal.)

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