‹ Cyrano de BergeracChapitre 23 sur 94 · ACTE IV SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

ACTE IV SCÈNE PREMIÈRE

GRANGER, PAQUIER, CORBINELI GRANGER Tout est endormi chez nous d'un somme de fer; tout y ronfle, jusqu'aux grillons et aux crapauds. Paquier, avance ton échelle: mais que c'est bien pour moi l'échelle de Jacob, puisqu'elle me va monter au paradis d'amour.

(i) Plaisanterie.

PAQUIER Je crois que voici la maison... Ah ! je suis mort! C'est ma faute, je ne lui avais pas donné assez de pied.

11 tombe, ayant appuyé son échelle sur le dos de Corbineli.

GRANGER Monte encore un coup, pour voir si elle est bien appuyée.

Il l'y met encore et monte.

PAQUIER

J'ai peur d'avoir donné trop de pied. Comment, je ne rencontre point de mur! (// nage des bras dans la nuit , pour toucher le mur.) Notre machine tiendrait-elle bien toute seule? Domine, plantez vous-même votre échelle, je n'y oserais plus toucher.

GRANGER

Vade rétro, mauvaise bête; je l'appliquerai bien moimême. Je pense que j'y suis, voici la porte; je la connais aux clous, sur chacun desquels j'ai composé jadis maintes bonnes épigrammes. Scande (i), pour essayer si elle est ferme.

PAQUIER

Ah ! misérable que je suis ! on vient d'arracher les dents à mon échelle. (Corbineli transpose l'échelle d'un côté et d'autre avec tant d'adresse que Paquier, faisant aller sa main à droite et à gauche, frappe toujours un des côtés de l'échelle, sans trouver d'échelons.) Miséricorde ! mon échelle vient d'enfanter. Qui l'aurait engrossie? Ne serait-ce point moi, car j'ai monté dessus? Mais quoi ! l'enfant est déjà aussi gros que la mère.

GRANGER Tais-toi, Paquier ! J'ai vu tout à l'heure passer je ne sais

(i) Monte.

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