‹ Cyrano de BergeracChapitre 45 sur 94 · A MONSIEUR GERZAN SUR SON « TRIOMPHE DES DAMES · texte numérisé non relu

A MONSIEUR GERZAN SUR SON « TRIOMPHE DES DAMES

Après les éloges que vous donnez aux dames, résolument je ne veux plus être homme. Je m'en vais tout à l'heure porter ma chandelle au père Bernard (i), afin d'obtenir de ce pitoyable saint ce qu'impétra l'empereur Héliogabale du rasoir de ses empiriques : puisque les miracles qu'exhale tous les jours cette précieuse momie sont si nombreux, qu'ils regorgent par-dessus les murs de la Charité e dans votre Parnasse. Il n'est pas impossible qu'un bienheureux fasse pour moi ce que la plume d'un malheureux poëte a bien fait pour Tirésias; mais, en tous cas, c'est à me faire tronçonner, d'un coup de serpe, le morceau qui me fait porter un caleçon. La sotte chose, en effet, de ne se masquer qu'au carnaval ! Je ne l'eusse, par ma foi. pas cru. si vous ne m'eussiez envoyé votre livre. Oh ! que Notre-Seigneur savait bien ce que vous diriez là-dessus, quand, à la confusion de l'homme, il voulut naître d'une femme : sans doute il connaissait la dignité de leur sexe. C'est aussi une marque évidente de l'estime particulière qu'il en a faite, de les avoir choisies pour nous porter, ne s'étant pas voulu fier de notre jeunesse à nous-mêmes ; mais la nature aussi nous fait connaître, au partage de ses

i Le tombeau de Claude Bernard, dit le pauvre prêtre, mort en odeur de sainteté en 1641, faisait alors des miracles et attirait beaucoup d'offrandes à l'hôpital de la Charité des Hommes, fondé en 1602., dans le faubourg Saint -Germain, par la reine Marie de Médicis (Lacr.).

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