LA MALADIE
Mon grand Ami, je suis malade (3), J'ay les yeux caves et batus, La face terreuse et maussade, Les genoux maigres et pointus; Ceux qui me voient par la rue, Plus jaune que vieille morue (4), Ganetter en Amant fourbu ; Estiment que c'est la Vérolle Qui me fait aller en bricolle, Et m'enyvre sans avoir bù.
Les beaux jours ne me sont donnez Que pour m'éclairer sur la selle, J'ay tousjours la roupie au nez ; J'ay l'embonpoint d'un escarcelle (5).
Morfondu, baveux et transi, Quand je viens me montrer ainsi A la Beauté qui me travaille, Je détourne son œil vainqueur, Et lui fais aussi mal au cœur (6) Qu'un morveau contre une muraille.
« (1) Il accompagnait ces deux qualitez (abstinence du vin et modération dans les repas) d'une si grande retenue envers le beau Sexe, qu'on peut dire qu'il n'est jamais sorty du respect que le nostre luy doit... » (Le Bret).
(2) Les stances Le Pauvre Malade ont paru pour 'a première fois dans l'édition originale du premier volume (sans tomaison) du Recueil dit de Sercy (1653) ; elles commencent : Magdelon, je suis bien malade ; — - niais, chose curieuse, dans le Recueil de Diverses Poésies non encor imprimées : A Amsterdam [Dieppe), 1661, elles ont pour titre : Lu Maladie, avec ce premier vers : Mon grand ami, je suis malade. Ce grand ami n'est autre que Henry Le Bret, il est vraisemblable que, du vivant de Cyrano, on a modifié le début et l'allure générale de la pièce, si ce n'est l'auteur lui-même, qui se serait chargé de ce soin. Le Recueil de Dire/ ses Poésies nous aurait conservé le texte primitif. En tout cas, la pièce de 1653 est bien signée de son initiale : C Nous donnons ici le texte de 1661.
(3) Var. du Rec. de Sercy : Magdelon, je suis bien malade.
(4) Var. du Rec. de Sercy : Jaune comme vieille morue.
(5) Ces quatre vers du Rec. de Sercy manquent dans le Recueil de Diverses Poésies non encor imprimées.
(6) Ces cinq vers sont naturellement modifiés dans le Rec. de Sercy : Morfondu, baveur, et transi [Si j'allois visiter ainsi [Vostre Beauté qui me travaille [J'offenserois vostre œil vainqueur, [Et vous ferois plus mal au cœur...