Darier, Pratvpie dermatologique, 1. 1, p
Conformément à cette manière de voir, qui est également la niMre, nous étudierons les moditicalions cellulaires rencontrées au cours des états intlammatoires ainsi compris. Nous y ajoutons les réactions inflammatoires que présentent accessoirement des aüections non inflammatoires primitivement. C’est ainsi qu’une tumeur des mieux caractérisées telle qu’un épithélioma peut être accompagnée de lésions inflammatoires soit qu’elle se soit développée sur une inflammation cutanée antérieure telle que brûlure, lupus ou syphilis, soit qu’ulcérée elle soit le siège d infections secondaires capables de produire des réactions inflammatoires, un tissu de bourgeons charnus par exemple, soit encore que les productions néoplasiques irritent par ellesmêmes les tissus voisins qui réagissent à leur égard suivant le type inflammatoire (1).
Tout processus inflammatoire comprend donc deux termes ; l’action de la cause nocive, la réaction des tissus irrités. Il semble que l’on devrait étudier parallèlement les actions pathogènes et les réactions qu’elles provoquent.
Cependant, de ces deux termes, nous n’étudierons, comme nous l’avons dit dans notre introduction, que le second. En eftet, notre travail a pour but l’étude élémentaire des modifications cellulaires, c’est-à-dire l’étude de ces modifications envisagées éléments par éléments. Or que l’irritabilité d’une cellule soit provoquée par une excitation d’ordre chimique, physique
t. Les réactions inflammatoires déterminées par les proliférations néoplasiques, épithéliales principalement, sont un faitsur lequel on Insiste trop peu. Plusieurs auteurs semblent même considérer que les tissus normaux disparaissent simplement devant l’envahissement cancéreux. Si cela est fréquent pour les métastases, dans des organes pauvres en cellules conjonctives indifférenciées comme le foie, de cellules épithéliomateuses devenues hautement infectantes, il n’en est pas de même habituellement au niveau des tumeurs primitives do la peau. Le tégument lutte en etîet contre les éléments cancéreux, comme il lutte contre des parasites ou des corps étrangers. La réaction inflammatoire qu’il pré.sente alors tend et arrive souvent à la production d’une sclérose qui entrave le proci'ssus néoplasique et parfois même détruit, au moins partiellement, les cellules infectantes. L’ulcus rodens enestun des plus remarquables exemples.
CYTOLOGIE DES INELAMMATIONS CUTANÉES
OU biologicjue, elle sc manifeste sensiblement de la même manière. 11 en est des cellules en bistologie comme en phjsiolo- £Tie. L’irritation d’une cellule nerveuse, par exemple, qu’elle soit obtenue par une piqûre, un courant élccliaque ou une substance caùstique produit toujours et ne peut produire qu une sensation lumineuse, sonore ou douloureuse suivant qu il s agit d’une cellule visuelle, auditive ou sensitive. Lu outre l’intensité de la sensation perçue est, dans certaines limites, eu raison de l’intensité de l'irritation.
Les modifications morphologiques qui sont 1 expression anatomique des états fonctionnels sont commandées de même par Fintensité des irritations éprouvées quelle qu’en soit leur cause. Aussi envisagerons-nous les modifications cellulaires, en ellesmêmes sans tenir compte de leur cause déterminante.
Remarquons cependant que si toutes tes cellules de type idei> tique réagissent de même façon à des irritations d’égale intensité, quelle que soit leur nature, elles ne sont pas également sensibles à l’action des divers irritants. En eüet l’irritation d’une cellule comporte deux facteurs ; l’irritabilité de la cellule et un agent irritant.
L’irritabilité est une faculté complexe dans laquelle il faut distinguer la sensibilité et l’aptitude û réagir.
La réaction cellulaire est, nous l'avons vu, uniquement cori’élative cà l’intensité de l’irritation et indépendante de la nature de l’agent irritant. IMais la sensibilité de la cellule est impressionnée plus ou moins vivement suivant la nature de l’agent irritant. Une piqûre, un courant électrique, une substance caustique peuvent irriter une cellule visuelle ou auditive, mais combien ne seront-elles pas davantage impi'essionnées par une onde lumineuse ou sonore ! La sensibilité cellulaire n'est pas seulement une condition nécessaire de l’irritabilité, c’est encore un coeflicient positif ou négatif ciui amplifie considérablement ou amoindrit l’intensité de l’irritation déterminée par la cause pathogène. Ainsi nous comprenons que suivant la nature de l’excitant ce ne soient pas les mêmes variétés cellulaires qui réagissent et qu’i'i chaque inflammation cutanée puissent correspon-
dre des modalités réactionnelles ditlerentes. En outre les divers facteurs étiologiques ne provoquent pas seulement des réactions cellulaires ; ils produisent encore des altérations nécrosantes ou dégénératives, variables dans leur nature physique et chimique, dans le degré de leur intensité, dans l'étendue et le mode de leur distribution.
C’est par reiisemhle de ces modifications cellulaires réactionnelles et dégénératives que se trouvent constitués des tableaux histologiques assez particuliers pour permettre, à eux seuls, le diagnostic de nombre d’affections, diagnostic que l’on doit toujours confirmer, quand cela est possible, parla mise en évidence de l’agent pathogène. Des notions générales que nous venons d’exposer, il résulte que les diverses formes cellulaires rencontrées au cours des inflammations dérivent (exception faite pour les éléments parasitaires) des cellules de l’organisme et que leurs états morphologiques varient en raison de leurs modalités fonctionnelles.
Nous étudierons donc successivement chaque type cellulaire en le suivant depuis son origine jusqu’à son état normal et delà dans toutes les modifications réactionnelles ou dégénératives que nous avons pu observer. Mais avant d’étudier une cellule épidermique ou conjonctive en particulier il y a lieu d’exposer quelles sont les lois générales qui président aux évolutions cellulaires dans les états pathologiques.
Nous en devons la connaissance à l’enseignement de notre maître M. Dominici. Indépendamment de Domiuici, Durante est arrivé à concevoir de semblable manière les flexions morphologiques que sont susceptibles de présenter les cellules.
Tout récemment, dans son Essai stt?- la pathologie générale des conducteurs nerveux^ Durante (1) a exposé sa conception. Nous ferons de larges emprunts à son travail.
Depuis les travaux d’ilertwig il est admis que les « cellules
1. Durante. Essai sur la pathologie générale des conducteurs nerveux, liulletin de ta Société de l’internat des hôpitaux de l^aris, février
« embryonnaires, an début toutes identiques égalementcapables « de remplira un faible degré toutes les fonctions, sont, en tant « qu’éléments vivants essentiellement aptes à réagir aux moin- « dres excitations... Si une cellule... se trouve constamment inci- « tée par un facteur prédominant toujours identique, elle réagira « constamment de même, et, parmi les nombreuses fonctions « qui constituent l’activité vitale de cet élément, l’une d’elles « s’exercera principalement. La cellule acquiert ainsi... une « fonction principale, qui devient pour elle un caractère dis- M tinctif des autres cellules placées dans d’autres conditions...
a Une fonction s’établissant dans une direction constante « entraînera des modifications cellulaires constantes.... La cel- « Iule trouve donc son expression morphologique dans une struc- « ture qui est caractéristique pour la nature spéciale de sa « fonction i (Durante, loc. cit.).
11 existe dans la peau normale, comme l’a montré Dominici, des cellules indiflérenciées soit libres, soit unies en syncytium, soit fusionnées en plasmodes. Au cours des inflammations, de telles cellules évolueront et se difiérencieront à l’instar des cellules embryonnaires suivant les incitations auxquelles elles seront soumises et la fonction à laquelle elles se seront, par suite, adaptées.
Mais la plupart des cellules de la peau 'sont déjà plus ou moins hautement différenciées. Comment vont-elles se comporter ?
Remarquons avec Durante que « dans toute cellule adulte il y « a à considérer séparément :
« a) Le protoplasme non différencié et le noijau représentant « 1 élément vivant de la cellule auquel sont dévolus les rôles de « nutrition, de défense et de reproduction de l’individualité cel- « lulaire...
« ô) Les substances différenciées élaborées parle protoplasme
« pour assurer le fonctionnement le meilleur... Elles occupent
« une place d’autant plus importante que l’élément est plus hau-
« tement diüerencié. Mais elles n’ont pas à proprement parler
« de vie propre, en ce sens qu’elles ne se nourrissent, ne se Rubens Duval „
CYTOLOGIE DES INELAMMATIONS CUTANÉES
« réparent, ne prolifèrent pas par elles mômes. Simples pro- « duiis chimiques de sécrétion pi-otoplasmirjue, elles sont fora niées, entretenues on répaiées constamment par le proto- « plasme qui leur donne naissance. ..
« Chaque fois qu’une cellule est touchée dans sa nutrition ou a atteinte dans son fonclionnemeiit, le protoplasma végétatif, en « tant qu’élément vivant, réagit activement, tandis que les c substances difiérenciées ne jouent qu’un rôle passif ». Elles peuvent même disparaître « proportionnellement à l’hyperpla- « sie et à l’hyperactivité du protoplasme ». Qu’elles disjiaraissent même complètement, et cela est fréquent, voici la cellule redevenue à l'état indifférencié, apte à évoluer de nouveau et à s’adapter à de nouvelles fonctions.
Certaines modifications cellulaires ont donc trait à une adaptation fonctionnelle nouvelle. De telles modifications sont justement appelées par Dominici et par Durante des métamorphoses. C’est ainsi qu’un lymphocyte peut se métamorphoser en plasmazelle ou en éosinophile (Dominici).
Suivant une loi générale du transformisme, la facilité d’évolution et d’adaptation à des conditions nouvelles est d’autant plus grande que la différenciation est moindre. Aussi ces métamorphoses ne sont guère possibles que poui’ des éléments non dillérenciés ou revenus à l'état indifférencié. Ce retour à 1 état indifférencié, Durante le nomme Régression cellulaire. « Elle est carac- « ractérisée, dit-il, par une activité anormale du protoplasme ((• végétatif, coïncidant, en général, avec, une diminution ou une « disparition dos substances difiérenciées ; par une tendance de « la cellule à perdre sa difi'érencialion, à reprendi'e un état « indifférent, |)uis à donner naissance à de jeunes cellules « embryonnaires ».
D admet que « selon la cause déterminante ou son intensité, la « régression est parfaite ou imparfaite, totale ou partielle.
« Elle est imparfaite lorsqu’il y a simple perte de la dilléren- « ciation et transformation de l’élément en une masse |)rotnplas- « inique intlivise {régression plasmodiale).
« Elle est parfaite lorsque, poursuivant sou cycle, le proto-
« plasiiie se subdivise en jeunes cellules embryonnaires {régres- « sion cellulaire proprement dite).
« Dans la régression lolale l’ensemble de la cellule subit cette « modification. Mais dans certains cas, surtout lorsqu il s’agit « d’éléments volumineux, comme la fibre musculaire, par « exemple,, seule une portion du protoplasme voisin du noyau « subit la régression, tandis que le reste demeure différencié « (l'égression partielle) ».
Pour nous, qui considérons le plasmode comme le stade le moins diUérencié et qui voyons dans le morcellement du plasmode en cellules distinctes une ébauche de diiiérenciation nouvelle, nous considérons la régression plasmodiale comme parfaite. C’est là du reste une question de détail. Voyons plutôt la signification de cette régression cellulaire.
« La régression cellulaire, explique Durante, est essentielle- « ment un phénomène de défense et d’adaptation ; de défense « car le protoplasme végétatif est la seule partie de la cellule « susceptible de réagir activement contre les agents pathogènes « et de réparer les pertes subies. VŸ adaptation car la cellule perd « d’autant plus son autonomie qu’elle est plus hautement diffé- « renciée ; l’élément revenu à un état plus purement protoplas- « mique.... est plus apte à se plier a ses nouvelles conditions « d’existence ».
Après avoir subi une régression soit totale, soit surtout partielle, une cellule peut revenir à son état de différenciation antérieure au lieu de se métamorphoser. Ce retour à l’état de diiiérenciation primitive est X^régénération.
Les irritations intlammatoires au lieu de transformer le fonctionnement d'une cellule peuvent le modifier simplement. A l’hyperfonctionnement correspond V hypertrophie ou hyperplasie. Inversement la fonction peut cesser de s’accomplir sans que l’élément soit incité à une nouvelle adaptation fonctionnelle ou alors qu’il est trop dilférencié pour pouvoir s’y plier. La suppression de la fonction a [lonr conséipiencc X atrophie. Enfin la fonction persiste mais ne peut s’accomplir suivant la normale. Les produits de diiiérenciation élaborés de manière défectueuse ou
atypique donnent à la cellule des caractères nouveaux, constituant ainsi (las dystrophies.
L’hypertrophie et l’atrophie pures répondent à des degrés dans l’intensité d’un fonctionnement qualitativement normal ; dans les dystrophies c’est la qualité même du fonctionnement qui est intéressée. Il peut y avoir à la fois excitation et déviation de la fonction, c’est ainsi qu’au cours de certaines altérations de la couche cornée de l'épiderme il peut y avoir hyperproduction de substance vicieusement kératinisée. G est encore ainsi que les cellules conjonctives, modifiées suivant le type tuberculeux, sont à la fois hypertrophiées et dystrophiées.
Avec les dystrophies nous voyons apparaître un phénomène nouveau parmi les rnodificationscellulaires que l'inflammation est susceptible de provoquer. En effet les régressions elles régénéra lions cellulaires, les atrophies, les hypertrophies, les métamorphoses mêmes donnent des types cellulaires analogues à ceux que l’on peut trouver à l’état normal. Leur situation, leur abondance, l’époque de la vie où on les rencontre peuveut être pathologiques, mais la cellule elle-même n’est pas pathologique. Il est anormal de trouver dans la peau adulte un myélocyte, mais un myélocyte n’est pas en lui-même un élément morbide.
Les dystrophies, an contraire, déterminent la formation de types cellulaires qui n'ont pas leurs représentants dans l’organisme normal. Ce sont des cellules malades, des cellules lésées dans leur fonctionnement et celui-ci aboutit à l’élaboration de substances anormales.
Un stade de plus, la cellule n'est plus atteinte seulement dans sa fonction mais aussi dans sa vitalité. Ce n’est plus seulement la composition chimique des produits qu’elle élabore qui est modifiée, c’est aussi celle de son propre protoplasme ; aux dystrophies se relient ainsi les déyénérescences. Elles aboutissent le plus souvent ii la mort de l’élément. Mais il s agât h\ d une mort pathologique qui diflère essentiellement de la mort naturelle de la cellule qui a achevé son cycle vital. Lecadavre cellulaire {lorte les traces du jirocessus morbide antérieur.
Une cellule épidermique arrivée au terme de son cycle vital.
CYTOLOGUî DES INFLAMMATIONS CUTANEES
meurt de sa mort naturelle et la lamelle cornée anucléée qui en est le cadavre est en conformité avec le plan de structure de la peau normale. Les corpuscules du molluscum conlagiosum sont aussi des cellules épidermiques mortes mais dont le cadavre conserve l’empreinte du processus pathologique qui a déterminé leur dégénérescence et leur mort.
Dans la dégénérescence il ne faut pas voir seulement une lésion cellulaire mais aussi un certain effort impuissant de réaction cellulaire. Quelquefois cette réaction même ii’apasle temps de s’ébaucher et l’agent pathogène peut frapper de mort, d’emblée, un élément sans qu’il ait eu le temps d’opposer la moindre résistance ; c’est la nécrose.
Ainsi donc, si nous reprenons la série des modifîcalions éventuelles que peut subir un élément dilférencié, au cours d’un processus inflammatoire, nous voyons qu’il peut être atteint soit dans sa fonction seule, soit à la fois dans sa fonction et dans sa vitalité.
Dans le premier cas la fonction peut être exagérée, l’hyperlonclionnement produit l’hypertrophie ; ou diminuée, l’atrophie ou plutôt l'hypotrophie résulte alors de l’hypofonclionnemeut ; ou troublée et le fonctionnement anormal entraîne alors la dystrophie ; ou enfin supprimée et c’est la régression cellulaire qui peut être suivie soit de régénération cellulaire quand la cause pathogène a cessé d’agir, soit de métamorphose par adaptation à une nouvelle fonction.
Dans tous ces cas il y a réaction cellulaire active, processus de défense. Cependant dans les dystrophies le phénomène n’est pas purement réactionnel, il y a un certain degré d’altération. Le trouble était jusqu’ici uniquement fonctionnel ; il intciessc la vitalité même de la cellule dans les dégénérescences. Aux réactions cellulaires actives sc combinent les altérations passives, ébauchées dans les dystrophies, prépondérantes dans les dégénérescences. Toute réaction vitale peut être supprimée, la cellule n’a même pas le temps de présenter de phénomènes de dégénérescence, elle est tuée d’un seul coup, frappée de nécrose ; l’altération passive existe seule,
CYTOLOGIE DES INl-’LAMMATIONS CUTANÉES
Les réactions cellulaires pures, individuellement pliysiologiques dans leur fonctionnement et normales dans leurs états morphologiques ne ditfèreront donc au cours des diverses inflammations que par leurs modalités topographiques, quantitatives et qualitatives ; les altérations cellulaires, au contraire, portent davantage l’empreinte de la cause pathogène et peuvent acquérir parfois, mais rarement, certains caractères de spécifité. Encore est-il que cette dernière proposition ne peut guère s’appliquer qu’aux cellules épidermiques.
Nous pouvons résumer ces diverses modifications dans le tableau synoptique suivant :
Suractivité ( fonctionnelle f
Hypehi'hopiiie aboutissant à
cO
eu
eu
Multiplication de la cellule différenciée.
Hyperproductiondes produits de différenciation.
Inactivité ( Athophie (stade de repos — forme larvaire — ou fonctionnelle) acheminement vers une dégénérescence).
. { Multiplication de cellules
de la lonction < .
, 11-/ indifférenciées,
de reproduction t
Suppression delà fonction
Retour à la différenciation primitive
différenciation
nouvelle
RÉCÉNÉIIATION CliLLULAlllE.
Métamouphose.
Perturbation ' de la fonction*
3 légère
DYSTIlOlMlIli.
lente, progressive DiiCRNunEsct-NCK soudaine, définitive Nkchose.
GVTOI.OOIE DES INFLAMMATIONS CUTANÉES
Aux cellules propres de la peau s’ajoutent, au cours des processus inflammatoires des éléments immigrés qui envahissent le territoire enflammé et prenant l’offensive renforcent l’action défensive des premières. De ces éléments, les uns, tels que les leucocytes polynucléaires, sont déjà différenciés comme agents de défense. Ils ne peuvent donc au cours des états inflammatoires (|u’ôtre sollicités davantage dans le sens de leur différenciation acquise ; aussi ne présentent-ils aucune régression, aucune métamorphose ; ils doivent triompher de l’ennemi ou périr. Leur suractivité fonctionuclle ou leur dégénérescence et leur mort voilà leurs seules modalités évolutives possibles.
D’autres cellules importées, telles que les mononucléaires du sang et de la lymphe, ne présentent au contraire aucune différenciation. Ce sont des cellules jeunes douées d’une grande vitalité et susceptibles de se plier aux évolutions les plus diverses. Leurs métamorphoses sont aisées etse rencontrent fréquemment. Incorporées au tissu inflammatoire, ces cellules se comportent alors suivant le type cellulaire auquel elles se sont conformées et peuvent en présenter toutes les évolutions régressives ou progressives, les modifications fonctionnelles ou les altérations morbides.
Polynucléaires et mononucléaires ne pénètrent d’ailleurs dans la zône enflammée que s’ils y sont déterminés par des substances exerçant à leur égard un chimiotactisme positif, aussi leur présence ou leur absence, leur abondance, leur proportion relative sont subordonnées à l’intensité et à la qualité des actions chimiotactiques e.xercées parla cause pathogène.
Le chimiotactisme n’intéresse pas seulement les éléments figurés du sang et de la lymphe mais aussi, par phénomène réflexe, les plasmas qui transsudent des vaisseaux dilatés. Ceux-ci agissent én diluant les substances toxiques, en les neutralisant, en arrêtant la vitalité des agents pathogènes, en stimulant les cellules défensives de l’organisme et cela grâce au chlorure de sodium, aux antitoxines, à l’alexine, aux sensibilisatrices, aux opsonines etc... contenus dans le sérum ; tandis que la fibrine séparée du sérum par la coagulation emprisonne
clans ses mailles les agents pathogènes et s’oppose à leur envahissement.
Les modifications réactionnelles des sérums n’ont pas d’expression morphologicjue et échappent l’anatomopathologiste. Mais il constate l’œdème, la dilatation et la congestion des vaisseaux sanguins, l’ectasie des vaisseaux lymphatiques, mais il apprécie l’importance de l’apport plasmatique, des réseaux fibrineux et cela lui fournit de nouveaux renseignements sur le processus inflammatoire qu’il observe. Aussi doit-il les consigner au même titre que les modifications cellulaires.