ACTE I, SCÈNE V
HENRIETTE
Un portrait de femme, j'en suis sûre, une de ses passions ; eh bien ! es-tu encore tentée de le recevoir ?...
Elle fait un pas vers le fond.
HORTENSE
Oh! non! mais, j'ai bien envie de regarder ce portrait... est-ce mal?
Henriette, revenant en scène.
Mal, au contraire... cela te guérira !
HORTENSE, souriant.
Tu as aussi envie de le voir?
HENRIETTE
C'est possible !
HORTENSE
D'ailleurs, l'original estsaus doute à Madrid, je ne le compromets pas...
Elle retourne le médaillon.
toutes deux, ensemble.
Ciel!
IIORTENSE.
Mon portrait !... mon portrait!
HENRIETTE
Ton portrait ! chap. 2. C'est de la magie !
IIORTENSE.
Pour le moins ! car je n'ai jamais fait mon portrait.
HENRIETTE
N'importe, il existe... C'est bien toi... tes yeux, ta bouche , tout , jusqu'à ce petit signe que tu as près du cou.
HORTENSE
Mais je n'ai jamais posé.
HENRIETTE
Quand je te dis qu'il y a de la sorcellerie. Air : Vaudeville de Turenne.
Pour nous déjà j'ai peur, à juste titre,
Ce CHiPiTiB deux, franchement, Me fait trembler pouc le dernier chapitre ; Dans les romans, c'est, dit-on, l'effrayant I
b ARANDA.
iiortense, regardant toujours le portrait. Nous on sommes loin !
Mais pas tant !
Car le premier, auquel on s'accoutume, Conduit à l'autre... et l'autre... au dénouement ! Il eût été, je le crois, plus prudent De ne pas ouvrir le volume!
(Deux heures sonnent.) Ah ! mon Dieu !
hortense, effrayée du cri d'Henriette.
Encore quelque chose?
HENRIETTE
Eh ! non... deux heures qui sonnent, et Gahriel qui m'attend !
HORTENSE
Tu me quittes! lu t'en vas déjà?
HENRIETTE
Déjà' mais il y a plus de deux heures que je suis ici, et que nous causons.
HORTENSE
Tu crois!... c'est si amusant! reste encore?
HENRIETTE
Je ne peux pas! Gabriel m'a bien recommandé d'être près de lui à la sorlie de l'audience. Il a plaidé ce malin une affaire très-importante, il sera en nage, je no veux pas qu'il s'enrhume...
Henriette va prendre son schall et son chapeau sur un fauteuil, au fond.
Cela regarde son valet de chambre!...
HENRIETTE
Du tout, cela me regarde. Il a besoin de moi, il a besoin de m'embrasser pour le consoler, s'il a perdu, ou pour se réjouir avec moi s'il a gagné... Oh ! il aura gagné, j'en suis sûre!
HORTENSE
Et tu me laisses ainsi dans la position la plus difficile... ce comte d'Aranda qui va revenir.