D'Aubigné
La librairie est trop chère en France ; et , dans la librairie , les pièces de théâtre sont cotées à nn prix exorbitant. lit succès que les publicatications nouvelles ont obtenues est une preuve que les lecteurs ne manquent pas aux publications; mais tous peuvent-ils y atteindre? A ces lecteurs qui ont peu d'argent , que faut-il? des livres^à.bon marche'.
Des livres, et non pas tous ces recueils incomplets, désordonnés, qui n'ont le tems ni d'instruire ni d'intéresser; lambeaux épars de Sciences, de Littérature, d'Histoire , sans homogénéité d'idées , sans but ni portée , semblables aux restes d'une bibliothèque incendiée, dont la flamme a respecté çà et là quelques feuillets ; espèce de ruine qu'on édifie, an lien d'élever un monument.
Le monument, le voici :
C'est tout le théâtre de l'époque, dans tous ses écarts; dans toutes ses réactions , à toutes ses hauteurs. C'est la Tragédie, le Drame, le Vaudeville; c'est Casimir Delavigne, Dumas, Scribe; c'est l'œuvre et l'homme : celui-là avançant, celui-ci reculant; c'est notre époque de doute et d'incertitude vue sous tous ses points de Yue. Publication complète dans son ensemble, complète dans ses détails, donnant à la fois tout un siècle et tout un drame. Point de littérature pillée dans les encyclopédies étrangères, dans les livres passés ; point de petites histoires avec la suite au prochain numéro. C est la littérature vivante , nationale, éprouvée la veille ; c'est la pièce tout entière enfermée dans une feuille, et n'en dépassant jamais deux publiées ensemble; toujours toute une pièce, qui peut descendre à quatre socs et ne monte pas au-dessus de huit. Comprenez- vous? pour quatre sous : Estelle, Être aimé ou mourir, Pauvre Jacques; pour huit sous: Antony , les En/ans d'Edouard, Marino Faliero , Catherine Howard et le Gamin de Paris , la Duchesse de la Vaubalière , et tout ce qui se jouera. Ce qui est passé n'est pas de notre domaine*.
Nous créons dans toute sa puissance l'appel au lecteur , l'appel à vingt mille lecteurs. Épreuve terrible où enfin le style , la raison , la vraisemblance, entreront pour quelque chose ; où l'on ne vivra et mourra que de soi, sans qu'une actrice vous sauve , sans qu'un comédien vous tue , sans amis au balcon ni claqueurs an lustre. Ce sera une révolution- Eh ! ne voyez-vous pas d'ailleurs que le succès est à nous , et à nous seuls durable et logique ? Examinez tous les genres de littérature: romans, histoire, sciences, tous courent au drame ; il faut du drame au lecteur , du drame pour expliquer une émotion , pour apprendre la date dune découverte , pour corriger une faute de chronologie ; tout ment à sa nature pour plaire au public, tandis qu'il n'y a que nous qu'il appelle, car il n'y a que nous qui sommes le drame , le vrai drame, le seul drame, gai , triste, tendre , terrible , le drame complet.
Ce n'est plus ici la diversité de talens d'un auteur, ce n'est plus celle des pièces d'un théâtre ; c'est la diversité des rtcux cents talens, celle de vingt théâtres ; c'est un spectacle perpétuel et varié , où les places sont à huit sous et à quatre sous: bonnes places, ma foi, meilleures que les banqnettesde nos salles : l'été, nn gazon avec de l'ombre; l'hiver , un fauteuil au coin du feu. Il me semble que tout le monde y viendra.
* Le Magasin Théâtral , qui continue sa publication , a édité en trois ans i3 volumes in-8° à deux colonnes, contenant aSo pivecs nouvelles. Prix de la Collection, pour Paris comme pour la province, en prenant le» \'S vommes : 74 francs.
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