SCENE X
M- DE BERINGHFN, HENRIETTE, ROQLELAURE, MmeDE LESDIGUIÈ- RES , RAVAiNJNE et les Dames d'Hon-
ROQUELAUItE , aux dames d'honneur.
Venez , mesdames ; l'ordre de I\ImC de Maintenon est que vous conduisiez vousmême ma nièce auprès d'elle.
iienriette. Quoi! mon oncle !...
ROQUELAURE. Oui, tedis-je... c'est elle qui se charge de ton établissement, qui te msrie ce soir. .. (apercevant d'Aubigné) et justement !.. voilà ion prétendu.;.
m. MUETTE , regardant Ravanne. Se peut-il?..
rwanxe , à part. Qu'entends-je?.. quel bonheur !..
ROQUELAURE , descendant pres de d' Aubigne et lui serrant la main. Ah ! mon cher d'Aubigné... mon neveu!..
tous LES autbes. Son neveu!..
Mme DE LESDIGUIÈRES , à part. C'est Henriette !
R VVAMVE , bas à Mme de Lesdiguicres.
Ah ! madame queje suis à plaindre!...
si vous saviez !..
Mme DE LESDIGUIÈRES, bas. Je Sais
tout!., laissez-moi faire (Haut.) De mieux en |mieux , monsieur d'Aubigné ; je ne vous complimentais que du mariage, et maintenant c'est de la fiancée... qui doit partager votre bonheur... car depuis longtemps sans doute elle recevait, elle encourageait vos hommages...
HENRIETTE , s'en défendant. Mais mon Dieu non, madame... du tout. .. je puis bien vous assurer...
d'auriGNÉ , s'en défendant aussi. Et moi aussi... je proteste que jamais , jusqu'à ce moment...
Mme de lesdiguières. Encore mieux!..
C'est donc un coup de sympathie... autrement M. d'Aubigné est trop délicat pour épouser une jeune personne sans être aimé d'elle... et contre son gré...
d'aubigxÉ, vivement. Ah!,., dans ce cas-là. .. (A part.) Au fait , c'est un espoir.. (Haut.) Parlez, aimable Henriette ; et si je vous déplais , ne vous gênez pas... là... sans façon.. .
Henriette. Monsieur!...
ROQUELAURE , lui coupant la parole. Par exemple! .. je voudrais bien voir qu'elle ne t'aimât pas... elle serait donc la seule femme d'ici ? car je suis sûr que cette union-là va faire diablement de malheureuses à la cour... il en est plus d'une qui enragera de dépit, qui en séchera de jalousie...
D'AUBIGNÉ. Veux-tu bien finir!
ROQUELAURE. Non, non... tu as beau faire le modeste. Moi je tiens à ce que ma nièce t'apprécie. Je suis enchanté de te voir entrer dans ma famille. Ce mariage-là va me remettre en faveur; ta sœur m'a promis, pour mon présent de noce, d'apaiser le roi ; et ça me dispensera de cette maudite absolution , que M",c de Lesdiguières a eu la cruauté de ne pas vouloir nie faire obtenir, elle à qui rien n'était plus facile, à qui ça coûtait si peu!..
Mmo DE LESDIGUIÈRES , à part. Ah !.. il
me fait penser... oui... L'abbé Méroni, peut-être!., ce rendez-vous qu'il m'a demandé...
roquelaure. Eh! mais, à propos
comment, Ravanne, encore ici? vous qui devez amener le cardinal...
HENRIETTE, avec élunuement. Qu'entends-je? — C'est monsieur qui s'est chargé...
ravanne. Mademoiselle...
ROQUELAURE. Oui, mon enfant, lui aussi , il aura contribué pour quelque chose à ton mariage.
HENRiETTe, à part. Ah! c'est affreux ! (Haut avec dépit.) Je ne serai pas ingrate, et je le prie d'agréer tous mes reinercîmens.
RAVANNE. Ciel!
ROQUELAURE, à d'Aubigné. Hein!
quand je te disais qu'elle t'aime... tu vois... aveu indirect.
d'aubigné, à part. Elles m'aiment donc toutes. . . On n'a pas plus de malheur que moi !
ravanive , à part. Que semble-t-elle croire!., ah!., quoi qu'il arrive, dussé-je me perdre, je parlerai. .. (Haut.) Mademoiselle. .
ROQUELAURE, se retournant. Hein?
Mme DE LESDIGUIÈRES, bas à Ravanne.
Arrêtez...
ravanne, bas. Comment?
Mme de lesdiguières, bas. Je vous sauve., j'empêche le mariage.. Attendez-moi.
roqlelaure. Que rien ne retarde la satisfaction universelle.
d'aubigné, à part. Elle est jolie la satisfaction...
Mme DE lesdiguières, avec ironie. Je me retire... monsieur d'Aubigné m'en saura gré.. Au moment d*un acte si solennel, il doit avoir besoin de se recueillir, et, en attendant le cardinal , il peut toujours se confesser... à M. de Roquelaure.
ROQUELVURE.Qu'est-cequeça veut dire?
d'aubigné, à part. C'est clair... elle se moque de moi.
Mme DE LESDIGUIÈRES , bas à Ravanne.
Venez, et je réponds de tout!
Air :