‹ D. F. E. AuberChapitre 1 sur 2 · D. F. E. Auber · texte numérisé non relu

D. F. E. Auber

M. Auber ne devrait appartenir à ses biographes et au public qu\^ dater du jour — ou plutôt de la soirée — oCi Taeteur Huet , s'a-

vançant vers le Irou du soufilcur, après les trois saluls d'iisjge, dit : « Messieurs ijui^pf vous êtes en veine li i/ululgeHce^ la picc*; u que nous avons eu l'honneur de repréi»CQter devant vous est do • BI. Bouilly. La musique est le premier ouvrage de M. Âubcr. »

Mais, lorsqu'il taisait jouer le Séjour militaire h Feydeau, le mu* sicieu, incobnu à la foule, avait déjà une notoriété fort grande parmi les artistes. Homme du monde, homme d'esprit, homme de talent» en livrant sa parlilion etsun nom nu public, il n'rtail point un inconnu, il ne di'ljiilail point ; il ne faisait que monter sur un plus grand théâtre. C'était l'iionneur d'une situation tout à tait exceptionnelle; c*en était aussi le danger, ainsi qu'on le verra plus loin.

Avant d'étudier M. Auber dans ses tâtonnements de compositeur, qui furent pour lui des amusements de salon * de faciles triomphes oà rhomme aimable et ^cherché trouvait son compte, prenons-le — quitte à revenir sur nos pas — au li'udemain de la Bergère châtelaine^ son premier grand succès, le premier échelon lumineux

de cette échelle de Jacob, qui allait aboutir h une renommée européenne paar le compositeur français cl parisien par excellence.

A l'époque où M. Auber se faisait avec courage sa place dans l'école française, dont il est aujourd'iiui le chef glorieux et respecté, Héroid n'avait encore donné que la Clochette, et Boieldieu, rassemblant ses forces suprêmes, travaillait silencieusement à la Dame àlanehe, ne se séparant de son chef-d'œuvre que pour remanier et ajuster à la scène française son opéra russe des Voitures wfrsêes. — De ces trois hommes lequel dépasse les deux autres? Question délicate que leurs admirateurs ne se sont peut-être jamais adressée ! Elle n'est pas inutile au moment où le génie de Uossini va éclairer le crépuscule de l'un et l'aurore des deux autres. >

Boieldieu et Auber ont une qualité qui leur est commune — une seule — beaucoup d'esprit , et ils ont mis tout cet espri,^ dans leur mosique. C'est par li qu'ils se touchent et qu^ils sont, au même degré, deux compositeurs éminemment français. Avec un tempérament d'artiste et des procédés d'école absolument différents, ils . devaient briller dans le même genre. Maintenant, voici les dissemblances :

$ans être capable d'eiprimer et peut-être de ressentir les grandes passions» Boieldieu a su faire preuve de sensibilité, tandis qu'Au- ' bep n'a que de la grâce, encore et toujours de la grftce (Patience! dans fa Muette, nous trouverons le cœur et même la passion). A

vrai dire, celle t?ràce est exquise et descend de Mozart -i— en ligne collatérale. Ciéuies csscntieilcmcnl mélodiques tous les deux, chez l'auteur de la Dame blanche, la mélodie a moins d'abondance et de variété, mais plus d'unité et d'ampleur que chez Tau* teur du Bomino noir; elle ne se fragmente pas non plus, au risque de se rapetisser, en détails piqtuints, épisodiques, jasant au rebours de la situation et du sens des paroles, et n'ayant d'aufre souci que

papilloter Aov^i\\x \\ faudrait chanter siaiplemenl el naïvement.

Mais si la phrase chez Boieldieu est plus vraie, si elle part du cœur et sait en retrouver le chemin, qu'elle est loin pourtant d'avoir

nmprévu du tour, rioépuisable fécondité et les adorables élégances qui vous ravissent dans l'œuvre d'Âuber î — Musicien plein d'adresse, et dont les expciiiculs d'imagination suppléent une éducation qui tut un peu négligée, le compositeur mort pèche par le style, et — c'est à peine si j'ose le dire — par Tabsence de Tindivldualilé. Être soi en musique et ne rien créer dans la forme, ce n*eBt point être individuel. 11 faut un peu chercher Boleldiea à travers Mousigny, Dalayrac, Grélry; et sMI vous arrive de feuilleter les partitions de sa jeunesse, vous êtes tenté de vous écrier : a C'est Cimarosa qui Tait des Taules d'oiihof^raphe ! » Ouï, mais avec son savoir réel au fond et recôuvert de tant de tleurs à la surface, avec son style ciselé, qyi atteste autant d'invention dans la forme que dans l'idée, Auber n'aurait pas écrit Simpie, innocente et joUetie^ de la Fête du Village voisin, '

S*il faut se prononcer entre tous deux, j':iiine mieui Auber; mais je m'en veux parfois de ne pas lui préférer Boïeldicu : je m'en console en pensant (]uc la postérité bora de mon avis. «s

Entre Hérold et Auber la comparaison n'est pas possible, ou du moins elle devient bien difficile : le toa, l'allure» les origines et Toriginalilé, rien ne place Tobeervaleur sur un terrain commun aux deux artistes contemporains qu'il se propose d*étudier«

La second a achevé son œuvre, ou peu s'en faut; on en connaît le prix, tandis que la mort a brusquement interrompu le labeur du ■ premier. Après ce troisième acte du Pn' at/w Clercs — la transfiguration de son style — le musicien me fait reflet d'un. homme arrêté au faite d^un escalier gigantesque. L^escalier devait se r^Uei^ à un palais au moyen d^un pout qui s'est écroulé. I^.mësitre.hven de l'œil la hauteur où cet homme est parvenu; mais je conalaie en même temps qu'il a dft s'arrêter là, fauché en pleine gloire. V^\]^ en deux mots l'hisloirc d'ilérold. Ses dernières compositions l'ont élevé très-haut ; mais son existence qui se brise, c'est le pont qui s'écroule, et sa réputation demeure en équilibre, pour nous, — au delà du talent» dont il venait de franchir la dernière limite, — sur

le seuil du génie, doot la mort la empêché de prendre eiilière possession. 11 vaut moins que son rival et il vaut davantage. Du Imiil de ^011 (L-iivre inlcrrunipu, il (loininc Al. Auher; mais celui-ci coiilinuo à iiiarclior. Sans cherclier les régions les plus /ilevées de 1 arl, il va plus luin. A) rès que Paris eul fait de magniliques lunél'ailles au chantre du Pré aux Clercs^ l'auteur de Fra Diavoio se crée, avec le Domino noir^ une seconde manière, et, produisant toujours, il a écrit quinze partitions, peut-être davantage (nous les compterons plustai-d), dont huit ou dix sont riionoeur et la foi lime du iv|)ortoir(; do rO|iéra-Comique.

Ces deux lioinmcs, (|ue rien ne rapproche, hien qu'ils soijMiUoiitemporaius el qu'ils aient luUc et triomphé à la même heure, ont eu la même bonne fortune, celle de rencontrer sur leur chemin Bossini : ils lui doivent tous deux la complète transformation de leur talent, et e^estdans le rajoooementde son génie qu'ils devaient trouver la voie de leur personnalité et de leur originalité d'artistes. Pour achever ma comparaison, ce sont deux mondes, qui, décrivant une immense ellipse dans le ciel de l'art, ne sont pas faits j)our se rencontrer, bien qu'ils aienl reçu d'un soleil commun la lumière, le monvomentet la vie.

On ne riaqne ricu de les admirer tous deux à leur place : sur ce terrain on se rencontre d'ailleurs en trèa-bonne société. « Quel homme 1 quel génie t » me disait, dans un entr'acle de Zampa, l'autour du Trovatore et de Higoîetto, « C'est votre plus grand compositeur! » Et l'on sait le mot de Rossini sur le compositeur de l>i Muette. (Je m'excuse de le citer, car ce n'est plus guère qu'une redite. Biais c^c&t un mot qui consacre un homme, et à ce titre, il doit trouver place dans l'étude que je me suis engagé è écrire.)

— Auher fait de la petite musique, disait Rossini, d'accord; nmis il Técrit en grand musicien*

I'APPREMI COMMERr.A,NT. — LK MUSICIEN AUATEUTt. — LES SALONS. — LES THÉÂTRES DE SOCIÉTÉ. — JLLIE. — DÉBUT CHEZ LE PRIXCE DE CIIIMAY. — CHEROBIXI. — LB SilOUA MILITAIBE. — LES PROMBRADeS 00 COHPOSITBOR.

Au commencement du premier Eoipirc, M. Aubir était un oisif aimable, que des succès d*aaialeiir avaient lancé dans le plus grand monde. Des talents, de Tesprit, de la figure et une belle fortune — 6Q expectative — en firent de bonne heure un homme qu'on reehercbait et une sorte de personnage. Les femmes à la mode chantèrent les romances du « petit» Auber; — et il en conipos.! qui obtinrent un Bucr.' s de vo^'iip. Il avaîl appris la nuisujiie en se jouant» servi par un inslioct naturel bien mieux que par une application soutenue. Ses parents, qui le destinaient au commerce, furent en cela d'accord avec sa paresse naturelle. On a conservé le nom de son professeur de piano, Ladumer ; mais il eut un maître beaucoup plus illustre, dont aucun biographe — pas même M. Fétis — ne fait mention, et qui se chargea de lui apprenrfre fies noies : c'est un ami de son père, le cclèbrc chanteur ^lartin, la gloire, la fortune de Fe^fdeau. Entre la répétition du malin et le

succès du soir, MarLin faisiiit répéter au marmot do^ ré, mi, fa, sol, la^ sif do. — Mais je vous arrête là, monsieur le biographe ; tous aures beau aller et revenir sm* vos pas, vous n'éviterez point la salle

de l'état civil. Que ne prenicz-voiis d'abord de ce côlô, afin de nous faire faire connaissance avec votre héros? Tous li;s dictionnaires historiques, quelque haut pcrt lirs qu'ils soient sur ie beau sljfle, se soumettent à la formule banale : Un tel est né tel jour, dans telle ville ; d'autres écrivent Pierrey mais il se nomme PauL Un peu plus tôt', un peu plus tard, il vous faudra traverser ce jwnt' auv-ânes de la biographie. Que ne vous décides^vous tout de suite? Je vous assure que vous ne parviendrez point à passer à la nage celte rivière du lien commun. — Vous croyez? — J'en réponds. — Il fallait donc me prévenir dès le premier chapitre, ce serait aujourd'hui chose faite, et Je ne serais pas obligé d'aller débarbouiller mon grand homme dans ses langes, et le prendre à son baptême.

Daniel-François-Ksprit Auber est né à Caen, non pas le 29 janvier 1784, ainsi que l'écrivent tous ses biographes, à Texception d'un seul, mais le 29 j.u!\ier 1782. Il est entré par conséquent dans sa quatre-vin^l-d»Mi\icinc année. M. Fétis, avec lequel je me suis rencontré, a recliûé celte date sur i indication de M. Auber le père, qui la lui donna eiactement en ISiO, époque où le créateur de la Revue Musicale commençait à réunir des matériaux pour son grand dictionnaire. Mon auteur est plus digne de foi encore ; c'est l'illustre compositeur lui-même : « J'ai quatre-vingt*un ans ! « me disait-il avec un gros soupir dans le passage de l'Opéra, quelques minutes a\ant la reprise de à? Muette th' Partie/. — « Je n'en crois » rien, lui répondis-je i vous êtes plus jeune que h Cù cassîenne, » et, dans six mois, vous aurez juste l'âge de la Fiancée du Hoi de V Garbe. v

' Le père de M. Auber était marchand d'estampes à Pïiris ; il ne rêvait pas d'autre ambition pour son fils, et il le plaça à Londres

dans une maison de commerce. Sous l'influence cunibinée des chiffres et du brouillard, l'apprenti commerçant s'ennuya si fort et

se dégoftta si bien des alfaires, qu'on lui permit de qàitter l'Angleterre. Son père éfail riche, ou passait pour Tètre ; on lui acheta un cheval et no piauo, et on le laissa Tiyre, sans le contraindre, de la

vie agn^able et désœuvrée des Ois de famille. 11 composa dos romances, il les accompagna, et fort bien, dans les salons t\ la mode. Il se lia avec les artistef;. Le violoncelliste Lamarre, son ami, dont il écrivit les concerios, lui dut en grande partie sa réputation. Le secret de eetle collaboration à un seul^ ignoré du public, était connu des musiciens» qui commencèrent è répandre le nom de M. Auber. Un trio pour piano, violon et violoncelle, qu'il publia vers la mémo époque, cl un concerto de violon, cxéculc au ('onscrvaloirc par M. Mazas avec le plus grand succès, firent sortir tic la foule des amateurs le compositeur-dandy. 11 ne tenait qu a lui de devenir bleDt6t célèbre. Je crois qu'il s'accommodait bien mieux en ce temp8*)à d'être beareux I

Ce n*est pas qu*nn grain d'ambition oe se mêlât à ses faciles suc* cès: il rêva de renforcer le piano par un peu d*orchestre, et de monler du salon sur un llic iii • . de société. 11 écrivit, à cet effet, de la musique toufe neuve sur un vieux poëmc, et fit jouer sa novi- \elie Julie par des amateurs. Les voix étaient accompagnées par deux violons, deux altos, un violoncelle et une contrebasse* La musique en fut trouvée charmante. Les plus fortt exécutants proposèrent, tout d'une voix, d'emporter le compositeur en triomphe et à bras jusqu'à Feydeau. M. Auber, qui n'a jamais eu dégoût poarle tumulte de la gloire, n'ayant rien fait jusque-là, pouvait se dispenser d'ôlrc niodeslc, t oiiiine tant d'auln s; niais il jugea prudent de s'esquiver, et la proposition n'eut pas de suite.

Juiie eut bientôt un frère, un opéra avec orchestre complet, celui-là ; il fut composé pour le théâtre, et joué à la campagne de M. de Caraman, prince de Chimay. Les esécutants étaient le prince, la princesse, et M"* Pauline Duchambge. M** Pauline Duchambge, , après avoir chaulé furl ugiéablement la musique des autres, devait, quelque trente ans plus lard, écrire de petites compositions

qui eurent leur jour de vogue : demandex & quelques troubadours en cheveux blancs des nouvelles du Bompiet de Bal et du Mêve du Jeune Mousse: ils vous répondront avec un gros soupir.

M. Aiibcr eut l'esprit de s'aporccvciir à lemps que les sucrùs de salon sont bien près d'être des succès de colcrici cl que, sous des dehors élégants > les amoureux de sa gloire naissante, pour employer le mot spirituel de Musset « « n*étaient peut-être, au fond , que des confiseurs déguisés. • 11 se sentait empoisonné & petites doses répétées avec les bonbons de leurs fades louange?. Il avait de l'imagination , des idées et peu do savoir. Il prit iiu parti héroïque, et, à l'âge où l'on n'étudie pas volontiers, il entra à l'école do Ghorubini. Il en soi tii avec une messe à quatre voix qui est restée manuscrite, et dont le public ne connaît que VJgnus Deiy devenu la prière du mariage, au premier acte de la Muette*

Nous touchons à une date qui commence à compter dans la longue carrière de M. Auber; c'est celle du 27 février 1813, jour de la premicie icprésenlalion, à Feydeau, du Séjour mililaiit'. Le composileur va nous dire, avec le cardinal de Retz : « Je n'ai » été jusqu'ici que dans le parterre ou, tout au plus, dans l'or- » chestre» à jouer et à badiner avec les violons. Â présent, je vais » monter anr le théfttre, o& vous verrez des scènes un peu moins » indignes de votre attention, »

Séjour militaire était une pièce de carnaval ; d'aimables étourdis, des officiers d'opéra comiqup s'y déj^uisaieiil en iVmnios. Le jour où celte plaisanterie />/y^^(//i/e de M. Bouilly était représentée, on lisait dans le Moniteur : a Quarante cantons de l'Empire » offrent à Sa M^esté 107 cavaliers montés et équipés. » Vous voyet que le colonel Dwicour et le capitaine Saint^Eugène prenaient assez mal leur temps pour se divertir et se cacher sous des jupes. Le publie de Fcydeau, qui ne voyait pas matière â rire dans le cri d'alarme du Moniteur, mit les olliiicrs aux arrêts, et fit giàce seulement au compositeur débutant. Voici en quels » termes le feuillcloni:»le Marlainvilic juge la partition :

"Il y a un pruul mûrileilaiis In ronrpOhiliuii ili- .M. AnOcrt . point de liriiil. point dt rt i lin rli)^, un ( [lanl soutenu , des moiil-; i harmnnls, «le l>«prit fcênique et une sagesse inconcecable pour son àije; la folie, eu celle aiïrtire, {HNir achever d*hoaorer le carn&val t s*étaU retirée dans la tête du vieil artiste (M. Booilly), la raison dans coite du nouveain »

« Une sagesse inconcevable ! » celle verlu pouvait avoir été, en

effet , le défaut capital de la partition dii Séjour militaire. Le nom du jeune musicien, jeté au public pour la première fois , ne fat ni ramassé ni retenu. De !8n ^ 1819 M. Auber garda le silence.

— Qiravt'/.-voiis (ait j>on«l.nil ei's six iuincL'S? disais-je un jouià rilltistre mnîtrr.

-~ J'ai lait des visites aux aulcurs en crédit, et m^me à ceux qui no l éUtient point, toujours mieux accueilli des premiers que des seconds.

— Chaque jour?

— Chaque jour.

— Et vous uic |iarli'/ ilt; cela sans arnorluine?

— Je vous en parle avec plai'^ir. ('Vlait le bon temps. Ali ! si j'étais j tiis jeune, comme j'irais faire la com ÎK monsieur Victorien Sardou !

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» ROvicuT M LA CLOne. — I» ifrriic>«)i. — »r paris a pasiy. — six am dc nomiAM roMÉt. — lb inrAiniiT et lss mllbtc noiix. TnutnLc nÉAcnoit.

— LA REVANCHE. — LA DERGËRE CHAÎKI AIHK. — l.K CBITlQUr. MUSICALE FN 1S'20.

— EMMA. — M. CASTIL-BLAZK. — OU lV» UUITTE M. PL\7«ARD. — 01 l'oJ* \0IT POnORE M. SCRIBE. - CRAYONS u'aRTISTES. — M*"' KICAIILT. ~ M"»' BOLLASCER.

Les épreuves allaient se succéder pour le musicien ; avec le pain amer de la gloire, il devait manger le pain sec de la vie. Son père mourut; laissantune veuve et deux fils, absolument sans fortuné. On

l'avait cru riche; il ne l'élail puiuL ou il ne rétait jtliis. On racont(! à ce sujet (mais on coiupreud que sur ce détail intérossaiit et déjical il ne fallait pas songer à se renseigner auprès de l'illustre compositeur), on raconte, dis-je, que les créanciers du marchand d'estampes ayant pris possession de rhôlel liabité par la fomillé Auber, le futur grand artiste obtint à grand'peine d'habiter une espèce de cage pratiquée dans Tesealier et voisine de la loge du concierge. J'avoue qu'il me jdait de voir d'ici, avec les yeux de rimagiualion, dans cet entresol étroit, où l'air et la lumière ne jouent point, le sybarite musical par excellence, l'homme de toutes les élégances et de tous les rafQnements de l'harmonie et de la mélodie* De grâce, mon cher monsieur Anber, ne me donnez point congé de cet mire^tol au pla-

fond surbaissé, qui n'a sn etnpôclier votre talent de grandir et votre génie d'ouvrir ses aîles! El si, ;i celt<; dalo dî'yii bien luiii de nous, j'ai pu raiii:i«iscr im ( (iiite ;ili<iir(lc et... louchaul, laissez-nioi y ajouter foi comme à une hisloirc vraie !

Le musicien no quittait guère sou cnlrc-sol que pour se rendro pédeslrement de Paris à Passy, chez 11. Planard, où il trouvait une hospitalité souriante, une société composée d*arlistcs, d'écrivains et de gens du inonde, un salon cl un piano, — c^est-à^dire des causeurs et des anditcnrs. Avec cette réserve pleine de tact et celle iiiotlcsliedevenuf plus ombrageusccncoif avec les années cl lu gloire,

M. Aubcr, assis au clavecin, y accompagnait la musique des

autres. Sans doute, il espérait qu'un jour, sur le pupitre en face de lui, la main du roailre de la maison finirait par placer un poème d opéra comique, et, en attendant cette surprise de sou hôte, auteur en crédit et tout-puissant à Feydeau, il improvisait la musique — avant les paroles. Quand vinrent plus tard le succès et les collafiorateurs, le pli était pris et il garda sa manière de composer.

Vent ou pluie, ciialeur torride ou bise glaciale, M. Aubcr allait donc chaque jour à la rcoconlre du poëme de M. Planard ; mais il revenait du rendez-vous comme il y était allé, seul. Cette volonté, celle persistance, qui savait cacher un âpre désir sous les dehors de la plus exquise politesse, finit par gagner à la cause du musicien un avocat iout-poîssantsurleoœnr du propriétaire de Passy: — * « Donne donc un puëiue ù ce pausre monsieur Aubcr. di^ail M'" Planard à sou mari ; il est si bien élevé et il accompayniîhi bien ! » — Li conversion ùei M. Plauard fut longue et difficile. Le succès a d'estime » de son premier opéra pesait encore sur le compositeur ; les six années de surveillance auxquelles il avait été soumis n'avaient point fait oublier Pi mpitoyahle laconisme de Geoffroy, écrivant dans les Déôafs le lendemain du Sêjottr Mititaire: « La musique est d*un jfune liomme. » C'él'jit sec comme un coup de liacbe ; c'était la mort sans pbrases. VA puis, le ptu lc iV Emma, ayant foi à un jiroverbc des plus mulhonnêteâ, se disait peut-ûlre, au monu iiltle ,>>u

donner un collaborateur : « Auber a bien trop d'esprit pour èlre uu

bon inusicieD ! »

La chance du compositeur allait triompher à la longue des scrupules du poète, et eu triompher si bien, qu'au lieu d'un livret d'opéra, Vh6le aimable de Passy en confia deux à son jeuoe soUicilenr : le Testament et les Billets douSf un acte ; la Bergère Châtelmne^t trois actes. Le premier de ces dons était au moins inutile, et porta malheur au donateur aussi bien qu*au donataire. Les Billets é/owa: n'allèrent point à leur adresse, et ce fut un Jeatamenl in arliculo r/iorr/f (plaisanterie du leuipsj. Le Journal des Débats se borna a dire dans un fait- Paris dédaigneux que « M. Aubertn» paraissait pas encore asses ùimiliarisé avec les eifels de la scèoe ; » et le Jouf" nul de Paris trouva « pen de verve dans la musique. * Tel fut le sort de cette seconde bataille donnée et perdue le 18 septembre 1 819.

Avec la chute du Testament et les Billets doux^ M. Auber paya en un seul jour 1« s arrérages de ses succès d'amateur. Ce qui l'avait porté au théâtre devint l'acte d'accusation dressé contre lui. — Voilà donc, firent les uns, ce phénix des salons déplumé I — Il faut toujours se défier, dirent les autres, de ces grandes renommées nées derrière un éventail et grandies entre une valse et une déclaration ! —La réaction alla si lois, qu'elle amena une défection sur laquelle I^ compositeur n'avait pas dû compter, celle de son collaborateur, u El dire, s'écria M. Planard, à l'issue de la représentation, que je lui ai confié trois actes I » On n'espérait plus de revanche : elle fut éclalanle.

Cinq mois après ce Waterloo, le musicien vit monter, dans le ciel de sa jeune renommée, son soleil d'Austerliti. Comme Philippe II, M« Auber allait pouvoir dira avec oi^ueil que ce aoleil-là ne se coucherait pas dans sesËtats. A dater de la Bergère Châtelaine , ic ) ) résen< tée le 27 janvier 1820, un véritable cuiiipusitcur était né à 1 Opi l a- Comique, celui qui devait rajeunir le genre et enrichir le lliéùUe ; et depuis quarante-trois ans, cet infatigable ouvrier de l'art ne s'est point reposé encore. Il en serait certes bien fâché, et nous le serions

plus que lui. Kossini cessé d't'rrin» pour le public à Irente-scpt ans. Auber en avait trenle-huit lorsqu*!! fit applaudir, par un par* leire français, le premier ouvrage qui compte dans un répertoire où les productions charmantes alterneront avec les chefs-d'œuvre, où les chefs-d'œuvre seront des productions charmantes.

Ce ( iil 11 II succès rapidement populaire, bien qu'en prenant posscsbion de notre seconde scène de musique, M. Auber eût commencé par eu élargir le cadre et y subsUluer les finales développés aux maigres arieUes de nos pères. Sans vouloir précisément remonter le courant, ni marchander ses éloges, la presse fit ses réfierves en constatant Féclatante réussite de la Bergère Châtelaine, ' Cet excellent H. Duvicqnet se plaignit doucement aox Débats que le compositeur eût a sacrifié à la mode » et écrit « tout à fait dans le goût de rOperu-Bufla. » Il dénonçait même avec une pointe d'aigreur des « finales bruyants; » mais il fit grâce à la partition en faveur d'un tic'lac de moulin assez bien im ité. Au mou) 1 n , 1 c critique des avait retrouvé ses oreilles. £n ce temps-là, les gens do lettres, juges aussi aigres qu'intègres des infortunés musiciens, n'aimaient la musique guère plus que les littérateurs d'aujourd'hui ; mais ils avaient — ce que ceux-ci n'ont pas — des airs cassants et pédanlesqnes les plus bouffons du monde en parlant d un art où ils ne voyaient goutte. Us s'étaient façonné à Feydeau des dieux en tout parallèles à leurs dieux littéraires, et les faisaient descendre à tout propos de leur nuage pour foudroyer les musiciens novateurs. Ils avaient haptisé Grétry « le Molière de la musique; » Monsigny en était le • tendre » Raeine. Gludc devenait dans cet Olympe tm Corneille, mais un Corneille juciic Uup haut pour leur petite poéticjue, et auquel ils trouvaient trop de galimatias. Le « naïf w Dezaîde, ' l'auteur de Biaise et Babetj était bien mieux leur affaire, et selon leur cœur et selon « la nature. » Uais rien n'égalait leur enthouaiasme lorsqu'on venait à prononcer devant eux le nom du musicien des Càataeure et la haitière. Us se mettaient £U^•leH^hamp à fredonner en Lonb XV du feuilleton : € Cher pot au laill cher pot au

iaii! » el « Je suis percé josques-aux-os. » — « Voilà de la musique! • disaienUils en essojant une ride où ils appelaient en vain une lame.

Enfin, Malherbe ▼int et aigoa de ses trois X anjlacienx et tapa- C»«M < -<

geurs la chronique musicale du Journal des Débats, Nous allons le trouver, la lance au poing, au deuxième grand succès d'Auber, à Emma, représentée,, le 7 juillet 1821 « dix-huit mois après la Bergère Châtelaine,

« M. Aubera teou ce qu'avait promis le composileurâe la Btrgire Châtelaine, écrit Castil-Blaze. La manière de ce musicien est celle de la bonne, de la grande école de musique. Un chant spirituel et dramatique, soutenu par une eicelleote harmonie, un orchestre riche d'effets, voilà ce qu'on rencontre dans la plupart des morceaux de l'opéra û!Etntna, •

I«e savant critique, pour avoir salué l'aurore d*un mattre, fut repris et lancé, et par les gallicans et par les viiramontams en musique, et Toid en quels termes il se justifie ironiquement auprès des uns etdes autres :

■ Accordez-vous, messieurs, en musique surtout... Je reçois des réciamattons contre réloge que j'ai fait de l'opéra d'^Mtma. Que dis>je7 Les diUttanHt adailrateufs exdosifo de la musique nltiamontaine, ont crié au scandale de ce que j'ai dit que Ton oommen^t à cbanter à Feydean. L'un me reproche de me montrer partisan fanatique des étraDgers; l'autre de me laisser emporter par mon zèle pati iùlique. Accordez-vous, messieurs... L'opéra d'£mma est une production très-remarquable. Le seztuor en est conduit avec un arl infini; le petit air en valse est délicieux; voilà à peu près ce que j'ai dit sur l'ouvrage de M. Auber. Les applaudissemeots donnés par les coanaisienn ans morceaux que j'ai sigoalcs, la vogue extraovdl' naire dont jouit le petit air chanté par H"* Boulanger, me justifieot assei. le crois devoir ajonler encore qne le trio du troisième acte est l'un des meilleurs que le répertoire puisse offrir en ce genre... Oui, messieurs, on commence k chanter à Feydeaul »

Jusque-là, le compositeur a écrit sans subir l'influence du météore musical qui incendiait TEurope après avoir mis le feu eu

Italie. 11 n"y a pas une seule formule rûssinimne dans lu Bei ytfre et àan&Emma. Le musicien est «i lui-mêiue », et, — oontradiciion apparente, avec des idées jeuaes, du goût et du savoir^ il n'est pas encore origiiial. Il lui faudra passer par l'imitation de Taoteur du BâT^tier pour y trouver sa propre individualité. Citez-moi donc le grand artiste, le grand peintre, le grand écrivain qui n'ait pas commencé par rimitalîon? Ne suivez-vuus pas le courant d'Haydn îi la source de Mozart? et, lorsque ce ruisseau sera devenu fleuve à son tour, ne continuera-t-il pai> de baigner Tltalie de Sarti, sans cesser, pour cela, de réfléchir les cieux allemands? Rossini n'a-t-il point pour collaborateur Cimarosa dans ses premiers opéras bouffons, et serait-il aujourd'hui le Rossini de Gmllaum» Teil^ s*il n*avait passé par Tadmiration et l'étude profonde dtlaydn et de Mozart?

Avec Emma Cuit la collaboralion d'Auber et de M. de Planard. On a voulu faire au musicien un grief de cette séparation après un éclatant succès. Ou a même fait entendre le gros mot d'ingratltudcy que rien ne justifiait, puisque, en cessant d'être collabora'teurs, le poète et le musicien ne cessèrent point d'être amis. C'est le ^ hasard qui forma la liaison d'Auber et de Scribe ; une lettre écrite i par le second au premier, entre les succès de la Berbère et celui d'Emma, allait rapprocher ces deux hoannes, qui rester ont toujours lidcles à leur vieille association et à leur vieille amitié. Scribe écrivit à Auber, qu'il n'avait jamais \u :

« Monsieur, voulez>vous me permettre de placer, dans un vau- » deville que j'écris en ce moment pour le théâtre de Madame, votre » ronde si jolie et si justement popakire de la Bergère Châtelaine^ » le ne vous cacherai pas, monsieur, que je me suis engagé auprès » de mon directeur à faire réussir ma pièce, et (^ue j'ai compté * pour cela sur votre charmante musique. »

A ce madrigal en prose, le musicien riposta par un autre madrigal:

N Ma ronde est peu de chose, monsienr, et votre esprit peut se

» passer de mon faible secours. Mais si, avec la permission que '» vous me demandez, et dont vous n'avez nul besoin, je pouvais » vous prêter la jolie voix et le joli visage de M"* Boulanger, je crois » que nous ferions tous les deux une bonne affaire. »>

Voilà le point de départ d'une collaboration qui allait durer près de quarante ans et enrichir deux scènes et deux répertoires. Ce fut un mariage admirablement assorti et toujours heureux. Le poêle donna bien force coups de canif au contrat ; mais le musicien ne fut jamais surpris en flagrant délit de conversation criminelle avec un autre parolier,

Emma et la Bergère Châtelaine eurent pour interprètes une cantatrice et une comédienne en grande faveur auprès du dilettantisme bourgeois de Feydeau : Ai°" Rigault et M"* Boulanger. Je voudrais les associer aux premiers succès d'Auber; comment faire? Je ne les ai point entendues. Mais à défaut de l'original, on peut peindre d'après une bonne copie. Essayons. Je prends la plume et la laisse courir sur le papier, en prclanl l'oreille aux souvenirs d'un contemporain et d'un admirateur de ces deux illustrations vocales de rOpéra-Comique sous la Restauration. ^

M"* Rigault était une petite blonde, jouant avecde petites mines et chantant avec une petite voix — blonde aussi. Les habituésde Feydeau disaient, dans la ianguedu feuilleton d'alors, qu'elle vocalisait cow/we un rossignol, et jouait la comédie comme une jeune pensionnaire. Ne pas jouer la comédie, c'était une mauvaise note en ce temps-là. L'actrice devait au moins égaler la chanteuse, sinon la surpasser. Il fallait qu'il y eût bien des grâces dans le chant de M"* Rigault pour faire oublier les glaces de son jeu ; car, en dépit de l'exiguïté de sa taille et de sa voix, ce fut, 4^ 1820 à J825, la véritable prima donna de l'Opéra-Comiquc. Elle chantait purement, correctement, froidement. Ses o bonnes camarades» disaient souvent en parlant d'elle : a M" Rigault est une cantatrice vraiment unique^ car c'est w la seule dont les fusées vocales pourraient, sans aucun danger » pour l'auditeur, être tirées dans une poudrière. » M"' Rigault

mit le sceau à sa réputation avec les rôles d'Adèle, du Concert à la Cour, et de Miss Anna, de la Dame Blanche,

H"* Boulanger avait dans le jeu et dans le chant tout ce que Udasait un peut trop à désirer sa rivale : la verve, l*enjoQenient, l'esprit. Bien qué douée d'une voix délicieuse, la cantatrice le cédait chez elle à la comédienne, et la femme l'emportait sur l'artiste. Les yeux de M"* Boulanger étaient beaux et caressants, son sourire avait une gr&ce conquérante. Sourire et regard éclairaient encore cette physionomie, à la fois spirituelle et bonne, alors que la jeunesse était partie et que la beauté Tavait suivie à regret, et de loin. Ne calomnions pas toutefois la jeunesse de U** Boulanger; elle prolongea le printemps delà femme jusqu'au milieu des neiges de Thiver. Avec tant de qualités, la séduisante Dugazon avait un tout petit défaut : sa voix était flexible, étendue, bien timbrée; mais — où n'y a-t-il pas un mais? -r- il arrivait à cette voix de se brouiller parfois avec rintonatièii; et comme intonation et voix étaient aussi entêtées Tune que l'autre, le rapatriement devenait alors dilBdle : c'était un disGord qui duiait toute la soirée.

M"* Boulaï^^^cbsniait surtonf d'une façon spirituelle; elle lançait la note comme certains causeurs aimables lancent le mot. Elle donnait un tour extrêmement piquant aux rondes d'Emwîaetde fa D&pgère ChfHelaine, aux duos du Maçon et de Fiorellay à celui de ygjfiifllt^ dans la Dame Blanche^ aux coupletis de Marie : Je lient le ^ Jmystirel Ses d^tsà Feydean. à sa sortie du Conservatoire, avaient g^fetgfWgifilShMtB. Le public rappela Colombine du Tabkm par- Amf. Bile reparut, conduite par Elleviou, qui avait consenti \ jouer Pierrot auprès d'elle. \.v rappr/ n'était pas, ou ce temps-là, ce qu'il e||. devenu aujourd'hui, — do la même monnaie de claqueurs. On ne rappelait ni Elleviou, ni Martin, ni Talma. Cet usage, qui nous vient d'Italie, date, ppufri^^fliî^sles de Feydeau,des débuts heureux de H"* Boulanger.

L'usage passa rapidement des acteurs aux compositeurs. Il faut dire, à la louange de M. Auber, que lorsque tant de confrères illns>

Diqitized by Gooj^le

très lui en donnaient Texemplc, il a toujours résisté; il n'a jamais

trempé dans ces charlataneries du succès, ni consenti à livrer sa personne à ceux qui applaudissaient ses ouvrages. Aux deux soirées de la Circassienne et de la reprise de la Muette, il s'est dérobé, aiee une modestie pleine de fierté et de bon goût, à l'ovation qne les spectatears, par denx fois, voulurent déeenier à ses quarante ans de succès*

LUCLâTCA. — LA HEICE. — ROSSnU k. PARIS. — DHE SCENE ÀJOCTEE AU BARBIER. —

OH mm» em CMAvr*. — loaiiiii euiminu — tiMiMi. — u omcnn a u oon. — u — Dm Hmom m loiimuo. — u oMm vr ia mm aiiiHim. « fMwaABD. — sn ooiiMiiicciinnf. ~ mu HMTwut .

Leicester fat le premier ouvrage dù à rasBOciatioii de ees deux nooDS désormais inséparables : Scribe et Auber. Ce fut eosii le débat, sur nue scène musicale, de Panteur de cette foule d'él^

gants proverbes k couplets qui allaient être toute la comédie delà

Restauralion. On sail (]ue le sujet de Leiccslet' esL ùré du rornan du Château de Kenilworth, et que MM. Scribe et Mélesville n'ont que très-peu modifié la fable de sir Walter Scott. Cet opéra, aux allures héroïnes el on peu en dehors des mœurs musicales de Feydeau à cette époque (le 2S janvier IS23)« avait pour interprètes le dessus du panier du théAtre» à l'exception de Martin. La pièce réussit; elle réussit même beaucoup, mais elle n*est point restée au répertoire, et il ne fut jamais qnestion de la reprendre. Malgré les proportions de l'œuvre el le luxe fort remarqué en ce lemps-là de sa mise en scène, Leicesff>r n'était qu'un ballon d'essai : « J'ai « sur le métier un poème qui nous conviendra mieux à tous les

» deux, fil Scribe à Àuber. Je Pavais pflposé à Boleldieu; il Ta* » vait accepté; il le trouvait même très-intéressant et d'une coupe » musicale lirès-heureuse ; mais, toute réflexion failo, il me l'a

'» rendu. Il n'y n pus de rôle pour Martin dnns in;i pièce, Comme / I) les cinq ouvrages qu il a donnes depuis son reloui- de Russie " {Jean de PeuiSf le Nouveau Seif/neury la FMe (hi Village voisin^ •» le Chaperon et les Voitures versées) avaient Martin pour prin* « cipal interprète, il n'ose sans lui tenter la fortune. Il croit à son » chanteur comme un joueur croit à son ftticbc. »

Scribe disait vrai. Boleldieu travaillait alors aux Deux Nm'ls, Martin devait y créer le rôle d'Hector ; mais il arri\ a, dans le courant de celte inème aimée 182J, que le vieux ciianteur prit sa retraite, ûarboville, son eoadjuteur et son successeur désigné, perdit la voix sur ces entrefaites. Les Froniin n^ayant plus de représentants à rOpéra-Gomiqne, les Deux Nuùs se virent « ajournée^, » et, deux ans plus tard, le masiden, fort cbagriné de ces contretemps, remportait son pins grand triomphe et composait son chefo d'œuvre, la Dame lilanche, — sans le concours de Martin.

La partition qu'Auher écrivit, au refus de Hoieldieu, c'était la Neige. Ellle fut jouée dans la même année que Leices/er, le 8 octobre 1813, et obtint un succès de vogue. Les couplets : // est plus dangei*eux de glisser sur le gaxon que sur la glace^ eurent la gloire d*étre écorcbés par Toi^e de Barbarie et par le . crinerin du bal champêtre, hoâneur qu'ils partagèrent, d'ailleurs, avec le Di Ointi jmlpi/i du maître à la inoile. I.a critique loua beaucoup M. Scribe, et mesura avec plus de disci'élio^i l'éloge à son collaborateur :

« On sent à tout ioslanti disent lesDéHtt (le grand Pan de la critique en ce tomps-lè), on sent rimitatioD du célèbre compositeur; etcedésîr

d'imitation se reproduit si souvent dans le cours de l'ouvrage, que M. Aubcr semble avouer son impuissance à créer, à être lui-mc^nie» et se faire l'écolior d'un maître dont il approcherait davaatagc» en e$sayant de se faire son rical. »

Est-il possible de tourner une sottise en prose plus mal faùc et plus prétentieuse? Mais je vous recommande le Irait final, où le critique s'est surpassé :

« Si l'on eo croit l'optimiste do (lollin-d llarleville : Lluver a ses beautés et ta neige est saperbe.

' Superbe n'est pas le mot propre pour la mige de MtL Scribe, GermaiD Delavigne et Aubcr ; mais cette neige est agréable, sera pour le théâtre Feydeau une excellente provUion d'hiter. »

Je laisse de côté cette gentillesse littéraire de la neige superbe Opposée à la neige agréable; mais expliquez*moi comment il pourrait y aTOÎr grand succès et grande foule avec une pièce ne dégèle pamiîearVeTpresàon : « une provision de neige pour rhiver, » vent dire cela ou ne veut rien dire du tout. Infortunés compositeurs, voilà par qui vous étiez jugés 1 Que dis je? voilà par qui vous l'êtes encore!

L'imitation du style de Kossini, que l'on reprend dans la partition du musicien de la Neige, était dans l'air à cette date ; et à moins de se placer sous une doche pneumatique et de &ire jouer ses poumons dans le vide» l'artiste n'était pas plus libre que la foule de respirer ailleurs que dans cette atmosphère d'enthousiasme. Dire à Âuber ou à Hérold : Pourquoi imitez-vous l'auteur du Barhier? C'est comme si l'on eiit fait cette question saugrenue : Pourquoi l'homme respire- t-il dans l'air et le poisson dans l'eau? Rossini venait d'arriver à Paris. Il y était l'objet de la curiosité la plus empressée et la plus sympathique. Tout y célébrait ses louanges, tout y servait sa renommée« jusqu'aux lanis des petits journaux qui avaient fait de la mosiqne française un article de la Charte. On l'y fêtait comme un souverain, on redisait ses bons mots, on signalait ses promenades, on multiplinit à l'étalage des marchands d'estampes les lithographies qui avaient la prétention de lui ressembler; on ne lui laissait point, comme aux tètes couronnées en voyage, le privilège de l'incognito ; témoin l'anecdote suivante : Le

jour de son arrivée, il avait cru pouvoir impunément plonger sa célébrité au fond d'une baignoire du Théâtre-Italien, où Ton donnait wa^Barbier d$ SéviUe* Peine inutilel modestie perdue I C'était vouloir enfermer le loleil dans on chapeau. On était à la scène de la leçon, et Garcia, qui faisait le comte Almaviva^ demanda I M"* Fodor, qui jouait Rosine, ce qu'elle voulait chanter. La cantatrice répondit, on plaçant sur le pupitre (h\ piano» la cavatine de Tancredi^ ce populaire Di tanti palpùi, dont elle avait fait, au dire de Stendhal, une très-agréable contredanse.

« Brammma^ signorùtai fit Garcia en rapprochant les mains pour applaudir. QueUa munea è d* un gùntmettô <f tut* pra/uT genio. » (Cette musique est l'œuvre d'an jeune homme d'un beau g^nie.) Et le chanteur dirigea son regard vers la discrète baignoire. La pantomime fut comprise i les spectateurs, comme soulevés par un choc électrique, répondirent à l'allusion du comédien par un kurrûh en Thonneur de Rossini, à faire crouler la salle. La représentation fut un moment interrompue» et, pour la première fois, M**Fodor chanta le i)i*/iM/t/>a/;7t/t an milieu de Vinattention générale et au bruit des conversations particulières.

M. Auber m'a conté qu'il vit Rossini pour la première fois à un dtner donné par Carafia en l'honneur de son illustre compatriote. En se levant de table, le maître, à la prière de son amphitryon, s'asttt au piano et chanta la cavatine de Figaro : Lor^ ût fatUxhm <le//(S etVd. « le n*ouMierai jamab, me disait M. Auber, Telfet » produit par cette exécution foudroyante* Rossini afait une fort o belle ipoix de baryton, et il chantait sa musique avec un «sprit et » une verve dont n'apiiroclièn iit, dans ce rôle, ni Pellegrini, ni » Galli, ni Lablache. 0^^3n[ à sou art d'accompagner, il était mer- » veilleuxj ce n'était point sur un clavier, mais sur un orchestre, ». que semblaient galoper les mains vertigineuses du pianiste. Quand » il eut fini, je regardai machinalement les touches dMiroire; il me • semblait les twtr fimerl En rentrant cbes moi, j^aw grimde n envie de jeter mes partiliensau feu : « Cda les réchauffera peut-

» Ôtre, me disais-je avee déeouFagMiMiit. Et puis à tfm bon ûdra n de la musique, quand on n'eu sait pas faire comme Rosainit »

Faire de la musique comme Ro$sim\ voilà ce qui pour les musiciens bons seulement à marcher eu uoupeau devenait alors une nécessité de succès certain, quoique éphémère. Pour une nature d'élile, aussi bien douée que celle d'Auber, ce (ut une gymnastique salutaire et fortifiante. Les formules rossiniennes devaieut donner à son style cette incomparable légèreté, ce feu, cette grâce dans la mélodie, cette souplesse dans rharmonie, qui constituent ce qn*oii a appelé justement « sa manière, » et qui manque aux inspirations correctes à'Emma et de îa Bergère Châtelaine, Les faibles, en passant par rimitation, deviennent perroquets ou singes ; les forts, artistes complets et mûrs. Au reste, s'il doit àRossini d'avoir été mis sur la voie de sa véritable originalité en musique, Auber n'est point un débiteur ingrat. Il bml aujourd'hui dans tùn verre, mais il n'oublie jamais de trinquer à rbomme qui est resté pour lui le mettre des maîtres, V alpha et Vomega de Part, et qui lui a versé les premières inspirations de la jeunesse : « Voyez-vous, me disait-il en- » core Télé dernier, Rossini, c'est le Napoléon de la musique. » £t les yeux de Vaimable vieillard s'allumaient et étincelaient sons ses paupières appesanties par l'âge.

 travers cet éclair d*un enthousiasme sincère, je me figurais Auber, non pas tel que Ta fait la satiété de la gloire, mais tel qu'il était sans doute au dîner de Carafla, écoutant le Largo af fattotum délia citàf comme La Fontaine devait écouler le : Que direz-vous, racês futures ! de Malherbe, et se disant : a Je cherchais la musique : je l'ai trouvée! >

Le compositeur avait écrit deux ouvrages en 1823. 11 était en veine; il en fit représenter deux autres l'année suivante : le Concert à la CoWf un acte, donné le 3 juin> et léocadte^ trois actes, jouée le 4 novembre 1824.

La partition de Léocadie, comme celle de Leicester et des Chu' ferons blancs, est à peu près lettre close pour les contemporains i

j'en connais des couplets très-jolis et très-spirituels dont le vaudeville s'est emparé, mais c'est font. Le sujet appartenait au genre palhéiîque ; Scribe Tavait lire d'une Nouvelle de Michel Cervantes. Les spectateurs firent un succès au drame, les connaisseurs à la musique. Le petit acte du Concert à la €<fur est resté longtemps au répertoire : vienne une cantatrice à la voix agile et brillante, et il rajeunira sou succès qui date de près de quarante ans. Descendez du théâtre au café-concerf , vous ôles à peu près certain d'y rencontrer une Adèle attaquant, avec ou sans voix, le fameux air du Carnaval : Pavera- Signera a des migraines.

Nous voici arrivés à cette date du 3 mai 1825. Salues! une partition, que la popularité a prise el n'a jamais quittée, vient de naibre : c*est le Maçon. L'histoire de ce maçon conduit, un bandeau sur les yeux, par dos iru onnus, amants iidèles et mallieuieux, est une anecdote eiiiprunlce par Scribe et imaginée par Bachaiimont, h court do nouvelles pour ses feuilles. Quand je dis que Bachaumont imagina son historiette, je lui fais beaucoup trop d*honneur : il l'habilla à la mode française du dix-huitième siècle, après l'avoir prise, sans en indiquer la source, i un gaxetier anglais. Voici la mystérieuse et terrible anecdote à laquelle les gais refîrainsd*Auber devaient donner l'immortalité :

Une nuit le bourreau de Strasbourg entend frapper à sa porte; il ouvre. Trois hommes masqués, armés jusqu'aux dents, lui ordonnent de les suivre. Un carrosse attendait à la porte, les quatre personnages s'y placent silencieusement, et leschevaux partentau grand ' trot, après que les trois hommes masqués ont préalablement bandé les yeux au Sanson des bords du Rhin. Au bout de deux heures la voiture s*arréte ; on descend, on monte un escalier, on est arrivé. Le bandeau est dénoué, et le bourreau se trouve dans une grandi^ salle tendue de noir. Au milieu est placé un billot, également recouvert d'un drap noir, cl auprès du billot /ou/ ce qu'il faut pour 9^ en servir. On introduit une femme jeune et belle, couverte, ainsi que ceux qui l'accompagnent, de longs vêtements de deuîL Un

homme d'au âge mûr, auquel tout le monde semble obéir, prend la jeaoe femme dans ses bras, la couvre de baisers el de larmes et la livre à l'exécuteur. Puis Thomme à la hache fut ramené chez lui avec les mêmes précautions mystérieuses qu'on avait prises pour Tcn tirer.

Voilà rhislorictle empruntée par Bachaumont au Courrier de t Europe, et dont M. Scribe a introduit le myst^^rieux dans un cadre populaire. Je partage Tavis des spectateurs de Feydeau qui firent un grand succès au Maçon, dans la soirée du mardi, 3 mai,— j'aime mieux la musique de M. Auber. Le Maçon était chanté par Poncbard, Lafeuillade, Vizentini, M"" Rigaut, Prâdher et Bou* langer.

On lisait dans le Journal des Débats t deux jours npt ès cette

grande bataille livrée el gagnée par le poëte el te musicien :

tt La musique a paru gt^néralemenl pftle et liniuce de cr principe de vie et d'urajinaUlé (\\iQ M. Auber avait conimuniquû à sa clianiiuiile partition d'£iiitiia (naturetlemeni I) et auquel on dirait que depuis il a dit mi irrévocable adieu... Pourtant» ^oute le consciencieux M. Duvicquet, le motif de la ronde du btm ouvrier est fort heureux ; l'air se retient facilement, et oo Icchautait en chorus dans les foyers et dans les corridors au moment de la sortie : Voilà comme faim» k* atn d'optfra comique» •

Brave et innocent critique ! Pourtant je lai préfère Panonyme d'un petit journal, qui écrivait à la même date :

« M. Auber est un homme usé, un compositeur fini. Jamais, dans un » opéra, on n'entassa plus de reditt'.s, plus de réminiscences, plus de lieux n communs. Voilà un maron qui n'aura pas construit un chef-d'œuvre, et M le lliéùtre fera sagement de revenir au maçon Sedaioe »

Deux, traits décochés contre l'opéra nouveau^ et dans une seule piira&e 1 Je vous demande si les abonnés de Taimahie forban durent se frotter les mains en lisant leur journal.

PoDchardy dans ie Magon, obtint an grand succès; le r61e était long, contrasté; il fallait s*y montrer acteur et chanteur; être gai,

être dramatique, car le » bon ouvrier » Roger est le pivot de l'action. Le comédien, uu peu gauche jusque-là, eut delà grâce etde la verve. 11 n*a joué par la suite que deux rdles plus écrasants que celui<>là : Georges Bnmn et If asaniello.

PoQchaid avait débuté le 16 juillet 1812, dans tAm de la Mainnei le Tableau parlant. C'était sous le règoe d*EUeTion. A cette date et sous ce chef d'emploi, un ténor devait être un amoumm et même un gaillard : or, Poncbard était petit, a\ eu des foriiiLS grêles, et, comme le prince Azor, — qu'il choisit pour buu second début, — c'est en charmant l'oreille qu'il gagnait Zémire et le public. Les journalistes, au lieu de le juger, firent des jeux de mots. 11 avait joué tAmi de la Haàon en quittant le Conservatoire ; Harlainville écrivit ironiquement, le lendemain, que « les amis de la maison, » d*o& sortait le débutant, l'avaient beaucoup applaudi. « Le réle » d'Âzor lui a été plus favorable que les autres, du le critique. On 9 va croire que c^est à cause de la crinière qui enveloppe^ sa » tête,.,. »

Ce fat seulement après avoir oublié Elleviou, que les Parisiens goûtèrent Poncbard, bien autrement cbanteur,avec une petite voix, que l'artiste populaire que ses camarades avaient surnommé VSniF pereur de Feydeau. Poncbard était le clair de lune de son professeur Garai — uu (jaral regarde par le <^ros bout de la lorgnutle. C'est peut-être, de tous les ténors fraut^ais, ie premier qui ail chanté en France. Sa voix au timbre clair, sans être forte, portait bien; les regisires en étaient admirablement égalisés et fondus; le passage des notes de poitrine aux sons mixtes, et des sons mixtes au fausset, élaitlié et si adroitement ménagé, que le point de transition échappait à PoreiUe. Poncbard vocalisait et battait un irille comme l'eût fait le soprano le plus exercé. Le défaut qui efféminait ce talent si pur, c'était un grasseyement dont le chanteur n'a jamais pu se corriger. Poncbard (mérite rare en son temps et plus rare dans le nôtre) prosodiait aussi bien qu'il cliantait. 11 plaçait, avec une oreîUe aavanle» le tempe fort sur la syllabe lanjfue^ et sauvait, sur

— ss —

ia fia d'une phrase, noire e muet si anti-musical. Des ténors brillante, dottés de voix riches et sympathiques, se sont fait applaudir avant, pendant et après Ponchard, sur ce théâtre : aucun d'eux n*a eu ni son art, ni son goût. Qnoiqu^il y eôt un peu de manière et d'afféterie dans son style, c'était un virtuose.

LE iUÇOM. — LA PREMICae MANlftftB OU MOSICIIll. — LE TIMIOE. — VIOBELLA. '

KintacBa n uiin fnmcs a nBVQinn. — nttm watuamm* — ou u Pàmun m lOOfiniT db nMn.u. ~ l4 mmun, — ahicdoib. — mukhikttk D'AMum nomniT.

Le Maçon est resté définitivement au répertoire, comme Fra- IHa»oio, le Domino et Diamants de la Caunmne. Gela rend l'éloge superflu et la critique circonspecte ; mais cela n*aulorisp point à comparer cette partition à ses trois sœurs cadettes. Le premier duo de Roger et d'Henriette : Je m'en vas, Je m^en vas, est d'une grâce accomplie. Le duo de la dispute des deux commères est un chef-d'œuvre d'espriL el de vivacité. Auber ne l'eût pas écrit avant la venue de llossini; mais d*un écho il a lait une votjc et placé sur un canevas italien une musique essentiellement française. Ce que j'aime moins dans le Maçon, ce sont précisément les mor* ceaux auxquels, dès le premier jour, il dut sa popularité: la ronde du Bon Oiwrierei le duo : Tramillons, dépêchons t La ronde est franche, le duo a de l'entraîn ; mais je ne sens pas, dans ces morceaux [ails du verve, ce qui duiiuera par lu suite le cachet à l'uriginalitéd 'Auber, — la disttoclion. Lu ronde populaire de fioreiia:

Espt'rancr, fnyifhmccy est sœur germaine du Bon Ouvrier, ef le dernier enfant dont la miise du compositeur accouchera dans \^ rue. A l'avenir, ses mélodies naîtront prince»«es et dans un palais

Ijt Timide^ représcnlé le mardi 30 juin, et /Az, jouée le mardi 28 novembre \ 826^ sont deux derniers ouvrages de la première manière dit composilcur. Un souffle plus fort, j>liis élevé, va traverser 1 iii^[iir;iiii)ii ilfi maîlro frnn(:;n<i. ha MneKe est proche, et dans son tourbillon jtlcin d'éclnt, clic (Miiporlera la Fiancée, Fra- Diavoh, le Dieu et la Dayadère, A» Viiillrc, etc., cic. Cette veine sera épuisée après le Cheval de Bronze et les Chaperont àlanet; viendra ensuite Auber le lapidaire, Auber le joaillier^ Auberle Benvenuto Cellîni de Fécole française. Action sera le premier bijou étalé dans cette boutique, où, jusqu'au sirm de la Catarina, tout sera diamants et perles (iru <.

Si je viens, on dix lipnf's, de parcourir dix ans do la carrier*^ d'Auber, pour revenir ensuite sur mes pas, c'est que j'ai cru devoir nettement accuser les trois phases principales de ce talent souple et fécond y afin que le lecteur ne les oublie plus. G*est une chose digne de remarque : le compositeur, mêlé aux grandes révolutions musicales de son époque, a suivi le mouvement, sans presser le pasel en prenant par des chemins h lui. Il n'est pas resté parmi les boudeurs et ce que j'appcllt rai li^s composilcurt; d ancien régime. Il n'a point fulminé contre les novateurs à la faço^n chagrine du vieux Berton, le célM)re»au.tcur d'i4///jr, lequel, voyant mont'^r 1»^ flot rossinien, s'imagina qu'on pouvait lutter avec des pamphlets et des chansons contre des partitions de génie. Seulement nous verrons Auber, fidèle è son ésprit, à son tempérament d*artiste, è Toriginalité de sa manière, adapter les progi ès de l'art h la mesure de son propre [j;riiie. Tandis qm! jerbeer et Ilali-vy agrandiront de plus en plus le cadre do grand opéra, nous le verrons restreindre, avec une sorte de parti pris, celui de l'opéra comirjijo. rajeuniss ml , sous une forme nouvelle, la comédie musicale, la vieille comédie à ariettes de nos pères. >

Laissant le maître allemund et son disciple français faire manœuvrer de préférence les grandes masses vocales et instrumentales, il se fera, non pas petit, mais cxqtiis ; ii enfermera sa mélodie dans une hnrmnnie d^un tour achmé, rréant dans le dctaii avec autant d'originalité que d'autres dans le grandiose. 11 sait que le I génie n^est pas une question de dimension, et que la goutte d*eatt réfléchit les cieux aussi fidèlement que TOcéan qui baigne les deux mondes. Mais voîlâ une comparaison qui m*a enlratné an peu loin delà jolii! parlitinn de l'iorella. revenons d'Amérique en toute Mte.

Je ferai une ((»mle remarque sur c< (le pièce, dnn«! laquelle le drame sV ncadre dans la comédie. On y trouve la situation capitale de la Favorite, avec un dénoûment heureui, il est vrai. Fiorellai tout comme Léonor, retrouve dans un couvent son amant, qui la fuyait. Sa situation est exactement celle de la favorite du roi Alphonse. Trompée par un grand seigneur qui a joué la eomédie du mariage, sou unique tort est d'avoir accoplé sa lioiite. Rodolphe, remue par ses pleurs, louché de suu repentir, ou plutôt vaincu dans celte iullo inégale de l'honneur et de la passion, lui pardonne et la réhabilite par l'amour. Rodolphe et Fernaod, c'est tout un. Il n j a en plus qu'un mariage réparateur, qui ramène le drame au ton de la comédie. 11 y a encore un effet de scène qui fit beaucoup réussir la pièce auprès des &mes sensibles, et qui obtiendrait un (ont autre succès de nos jours. Fiorella, vêtue insufdsam» ment en {lèlerine, grelotte dans la salle froide du couvent; Rodolphe, plus amoureux encore que troubadour^ brise sa guitare pour faire du feu : ce deriiier jour de la guitare, à rOpèra^Comiqae, en lut * assurément le plus beau !

Nous voici arrivés au seuil de Toeuvre capitale d'Auber, cette Muette, qui refait, pour la seconde fois, son tour d'Europe, aussi jeune, aussi vivante, aussi passionnée qu'il y a trente-cinq ans, et obtient, à Theure où j'écris ces lignes, le même succès à Covent- Cardeii qu'à la salie LePrle'uT. /.'/ V'<v'//c fut jom'o le vendredi 29 février 1828. Auber 1 écrivit en trois mois; et lorsqu'on vient

à soDgef à ce qu'il faut de notes pour rempUr les pages d'une partition en cinq actes, en admirant Tœuvre on reste frappé de ce tour de

force dMmprovisation. L'illustre maître a souvent déclaré à ses amis que, lorsque la fièvre de la composition Teut abandonné, et que sa plume, assouvie de mélodies, eut tracé Taccord tioal, il lui sembla que rien ne chanterait plus désormais dans son cerveau et dans son imagination; pendant plusieurs mois, il fut pris d'une lassitude qu'il n'avait jamais ressentie jusque-là, et qu'il n'éprouTora plus A l'aTenir : il eût élè incapable d'avoir une idée et d^assembler les csraclères de la première phrase venue en musique. Son inspiration devait se reUeraper clans ce sommeil salutaire, et, à un an de là, il allait se réveiller nn écrivant la Fiancée.

La Muette avait pour interprètes Adolphe Nourrit, Dabadie, Âleiis Dupont, Prévost, Massol, M*^* I>amoreau et Nobiet aînée* - L'ouvrage, accueilli avec enthousiasme par le public, reaconlra dans la presse des juges équitables, mais un peu froids et se tenant sur la réserve. La création de Fenella fut condamnée tout d*une voix. Il était au moins bizarre, il faut en convenir, de faire d'une muette le pivot d*un grand opéra en cinq actes. Cela ressemblait à une gageure bien mieux qu'à une innovation originale. La critique fit remarquer, avec beaucoup dejustesse, qu'ôter la parole à Fenella, pour le seul plaisir de donner un r61e dramatique à une danseuse, c*élait une absurdité sans compensation. Il fallait que de limpuîesance de Fenella & s'exprimer autrement que par gestes il résultât au moins un incident dramatique quelconque, ou bien encore que la situation criti(jue de la jeune sœur du conspirateur napolitain trouvai dans le drame une cxplicalion, une raison d'ôtre et se rattachât à raction, fût-ce par un épisode secondaire. Rien de pareil. Fenella devait fournir au musicien l'excellent monologue syropho* nique du premier acte et lui retirer son interprète le plus dnmatique. Figuref-vous, par exemple, Racfael, l'héroïne d'HaMvy, joute par une mime. Ici et lè, la situation est la même. Fenella a été séduite par le prince Alphonse et Rachel par le prince Léopold.

Daii> 1 uno dos deux pièces c'est un îvhrc, »lnns l'autre un père, qtii ost le vengeur nnture! de la fille du Ceci posé» retirez à

Tenfanladoptifdu juifÉléazar la rooiance dramatique : 7/ va venir l et son intervention passionnée dans le duo « i le trio du second acte, ne Toilà-t-il pas un second acte abominabtement mutilé? no voilàt-îl pas le pins bel acte de l'opéra tombé dans Pinsignifianee, et, dnunati(pienicnt pariant, devenu impossible? C^est là une hypothèse, direz-vous? La Juive est une œuvre et h Muette en est une autre; il en faut jouir et ne les point comparer. D'accord, mais l'argument <1(; la critique était bien trempé» car il subsiste encore dans toute sa force.

Gastil-Blaze avait donc raison de protester en ces termes, le lendemain du grand succès de /a Muette :

« .... La symphonie qui sert d*interprète aux gestes de la muette est traitée avec beaucoup d'esprit, de talent, de justesse. Malgré tout cela,

j'avoue que j'aim<^r;us mieux quo Feiulta parlât ; le silence de ce personnage porte le plus grand préjudice M\ morceaux d'ensemble oii sa voix devrait prendre pari. Si le nœud de lu pièce, on du moins celui d'une scène forte, dépendait de l'impuissance où se trouverait lu uiuelie de révé- 1er un secret important, le mutisme de ce personnage ajouterait à l'Intérêt; mais du moment où il n*y a pas une absolue nécessité de ctore la boucbe à Fenella, son silenoe constant est un dommage pour l'opéra, qui n'a pour appui que la voix d'un rOle secondaire pour les mélodies aiguës. »

Je disais que la création de Fenella élait une gageure, et je disais vrai. Voici dans quelle circonstance la sœur de Masaniello perdit la parole.

En ce temps-là, ^I" Bigottini, la Taglioni du premier Empire, sortit de sa retraite glorieuse pour accomplir une bonne action. £llo conaealît à reparaître une dernière fois devant le ban et ranièreban de ses admirateurs. Elle concourut, à TOdéon, à une représentation donnée an bénéCce d'un artiste malheureux, et joua — ce qu'elle n'avait jamais faii — le petit rôle df la muelle dans un uicchant opéra de Tancien répertoire : Deux Mots ou une Nuti dans la

foréL La sensation fut très-vive, le succès très-grand ; Paris se cru l

revenu, pour une heure, aux belles soirées de JSina, la plus belle

création de M"" Big« 1 1 1 1 1 1 .

Ici il me vient un scrupule : a-t-on réellement translbriné en baUet d'action Topércttc de Dalayrac ? Je n'ai pas le courage de compulser les journaux du temps, et il n'est pas impossible qu'un maître de ballets ait dit à la folle de Paisiello et de Dalayrac :

« Vous chantieit J'en rais bien aise, M Eh bien I dansex mainlenaut. u

Du reste, cela ne tail ricu à raCfairc.

Quoi qu'il en soit, ce dernier triomphe de M'" Bigotlini ensorcela les spectateurs et lit tourner la lèto à M . Scribe, qui» ne rêvant plus que muettes, eonçut l'idée bizarre de faire de la sienne une héroïne de grand opéra. Rappelant ce souvenir et alléguant une excuse qui n*est pas une juslification complète, Scribe et Auber auraient pu répondre à la critique i • Et voilà pourquoi notre fille est muette. »

On sait qu*Adolphe Nourrit créa le Masaniello de./a Muette avec

un enthousiasme que Tarliste légua au citoyen. Le duo : Amour sacré de h patrie^ compliqué de la Marseillaise, faillit coûter la voix au célèbre ténor : elle conserva même de celle lièvre patriotique une fatigue chronique contre laquelle il eut à lutter jusqu*à sa retraite de l'Opéra. Le désespoir de son impuissance à en triom* pher devait le conduire au suicide.

Adolphe I^ourritétait plus qu'un grand artiste: c'était une grande, une riche intelligence, fl n'avait pas en le temps d'apprendre à «Mre ni musicien, ni chanteur; mais ce qu'il n'avait pas appris, il le (lovinail prompLetneiil, el ce qu'il avait deviné, il se l'assimilait habilement. Obligé, du jour au lendemain, de quitter ladéclamar tion de Gluck pour le style rossinien, il vocalisa sans effort et sans gaucherie. Après avoir été successivement Aménophis, Arnold, lé paysan du PA/Z/re, le lazzarone-roi, il fut Robert et Raoul; à la hauteur de ces créations si diverses et toujours interprète de premier

ordre dans des genres dilîtTcnts ; comédien un jour, tragédien l'autre, ténorino avec Aubcr, vucalisle avec Rossini, déclamaleur puissant avec Halévy et Meyerbeer.

La voix d'Adolphe Nourrit était uue haute-contre placée dans la gorge et dans les fosses naiiales. Les sons de poitrine étaient grêles; mais les notes de fausset avaient un éclat métallique qui dominait les tutti àB la scène et deTorcbestre. C'est avec les sons'detèle que le ctmulcur attaquait : Mon père, tu m'as dù maudire; Des chevaliers de ma patrie, et Malheur à nos ttjransl Ce n'élail pas la voix, c'était l'âme do Nourrit qu'on écoulait chanter. Très-beau, trèsélégant mémOy malgré une obésité précoce, il gâtait pourtant ces dons extérieurs par un convenu classique dans ses attitudes et dans ses gestes qui avaient je ne sais quoi d*empliatique et de théftiral. Son Éléaiar ne sentait pas assez le juif immonde du moyen âge, et sonMaaanîello, qui marchait comme Talma, dévalise laveries mains après une pèche heureuse. Il cherchait le vrai, il le trouvait; mais il finissait par le perdre en courant après l'idéal .

Ce n'était pas un grand chanteur et c'clail mieux qu'un grand chanleur : c'était un poète tout-puissant sur la foule, qui rempla* çait la cadence du vers par la cadence du son.

M. AOaEa KT LB KOI DE BOUjU«DE. — LAtTEUK OC LA MUETTE ET M. LEOBII^BOLLIN. — la ■ÉBRINaiGS» RR KlffilQW» — VK PARAOOIH PR CASIU-RUDU — UtiOnUI d'dHB HÉLMNR, d'un RASOin ET d'u.1 plat a BAABC. — LA FUHCtR. — nUROORt A FFTDEAU. — LES lltTIRPB&TBS RI l'OOTBACB. — LB CBAHTEOB OTOLLET. — M. AOBEA A L tRSTlTirr.

'La Muette obtint en Europe le mémo succès qu'à Paris. Soit dit en passant,, le roi de Hollande, en laissant franchir à cette belle partition la frontière de Belgique, ne fut pas mieux avisé que les Troyens ftlant le fameux cbeval de bois qui devait mettre fin à un siège de dix ans. M. Auber, ce Parinen aimable et paisible, n*a jamais étc très-persuadé pourtant que les mélodies de son opéra lussent autant de. pétards révolutionnaires, et il a toujours décliné Tbooneur patriotique qu'on prétendait leur faire, ainsi que le prouve l'anecdote suivante :

Après les événements de Février, M. Ledm-Rollin, bombardé ministre, recevait officiellement M. le directeur du Conservatoire de Musique et de Déclamation. Le grand homme de la rue était, dans un salon, un homme du monde plein de grâce et de politesse; en présence de l'illustre représentant de Técole française, il rentra

ses grifTes de tribun et mit une sourdine caressante à celte voix qui venait de foudroyer une dynastie. U traita M. Auber,— je ne dirai pas en roi, -^-c^eûtété, en. ce temps-là, lui faire un mince

accueil; mais il le salua comme une gloire nationale. Rappelant au niaiiro son plus grand succès, celui de /a Muette dcVortù i :

«Monsieur Auber, fit le ministre en s'inclinanl, vous ne pensiez écrire qu'un chef-d'œuvre, et vous avei fait une révolution : 1830 et ses trois immortelles journées 1

—Je ne voudrais pas, monsieur le ministrei vous ôter une illusion qui m'est si favdtable, répondit modestement le compositeur ; mais permettez-moi d'avoir moins d'orgueil pour mon enfant, et de penser que si l'Opéra eiit donné, ce ï-oir-l;i, Biaise et Babetylà Révolution de Juillet aurait eu lieu tout de même. »

J'ai parlé de l'attitude de la critique en présence de Tœuvre dramatique par excellence du musicien. Les feuilletons en constatèrent le grand succès et louèrentj dans un parfait accord, reflet des premières représentations; mais ils s'efforcèrent de reprendre sournoisement en détail ce qu'ils avaient libéralement accordé en bloc; en fin de compte, ils ne firent Téloge sans réserve que de la mise en scène, des décors et de la pyrotechnie du Vésuve, Castil-Blaze, qui venait définitivement d'éconduire M. Duvicquet des théâtres lyriques, fait celte observation, au moins singulière, sur le duo célèbre : Amour sacré de la pairie ! « Que personne ne s'alarme, dil-il, il ne s'agit point de la Marseillaise, » L'écrivain méridional ne partageait point, on le voit, Topinion patriotique de M. Ledru-Rollin. En revanche, il semble qu'en écoutant Topera nouveau, rasfil-BlaïC soit en itroie à une véi ilable hallucinalion de réminiscences. La cavatinc d 'El vire : P/atstr du rang suprême l lui rappelle à la fois trois ca va tines de facture italienne : Zfhm'ru,Ermioneei Cenerentolai et si le duo chanté par Nourrit et Dabadie ne rend point au . critique le souvenir de la Marseillaise, il y signale, en insistant, les formes des duos de la Vestale et de la Gasza Ladra, En vérité, cela n est pas sérieux, et le feuilletoniste des Débais était, ce jour-lù,

un peu trop en veine de paradoxes. Ne vous soiivicnt-il pas de lui avoir entendu soutenir^ à plusieurs reprises et dans plusieurs journaux, que la Bénédiction des poi^ards étail, autrement rhythmé, rhymne de Rouget de Lisie? Cette fameuse Marmllaiset qu*Auber lui avait refusée dans la Muette, il était bien juste que Meycrbecr la lui donnât enfin dans Jli/guemts l

Léger travers d'un homme de beaucoup d'esprit, de bon sens et d'un véritable savoir, travers qui ne diminue en rien son rôle de créateur et de vulgarisateur de la criiii)ue musicale en France, de 1820 ik 1832. Elle n^existait point avant lui, et» malgré les entraînements de ses pctiies passions et ses nombreuses fautes de goût, il en est resté le représentant le plus accrédité. La raison en est sans réplique : // savait à fond fr^ choses dont il parlai!.

Jm. Muette devait n;n(re après le Siéqo de Corinfhp et Moise^ comme la Juive venir après llohert te Diable, Ces deux ouvrages sont, en eiïet, Texpression de deux révolutions musicales, dont la première finit avec le silence de Rossini, et l'autre triomphe è Tarrivée de Meyerbeer. Trois années séparent la Muette de JRoAer/, et la nature du drame lyrique et kos conditions de succès sont absolu* ment cbangées. Aux frontières respectives des deux genres et des deux écolos sï'lt've (hiilhnime Tell, qui domine tout le mouvement de l'art conlemporaio, comme l'Himalaya les hautes régions de )*Asie centrale.

On pouvait craindre que» née au delà et non pas en deçà de Gutllatime Tell^ la Muette ne se ressentit un peu trop avec les années de son origine purement italienne. Le succès de Ift re« prise du ebef-d^œuvre d*Aober a prouvé que ces craintes étaient

chimériques. Le premier ad de l'ouvrage a seul l'indiscrétion d'un acte de naissance, et, dans qui Iqnos K-cilalifs traînants, dans l'air d'Alphonse, dans la strclte du finale : Quel est donc ce mystère? il nous reporte peu^èlre à trente-cinq années en arrière. Mais, en revanche, la partie sympbonique des récits de Fenella et les airs de ballet ont conservé et transmis jusqu'à nous le coloris et la vivacité

mélodiques qui charmèrent les spectateurs de 1828. El pour quelques formes musicales à la mode du temps, que d'inspirations qui ont réternelle jeonessel... Le deuxième acle tout entier; la scène du Hardié ; la priftre sans accompagnement; l'air dn SommeU; Pair Arbitre tt une vie,., et cet aparté des conspirateurs» qui circule i travers la Marche triomphale et la joie des lanarones devenus souverains de Napks, semblable à un nuage chargé de tempêtes dans un ciel incendié par le soleil !

Le motif de celte Marche^ d'une mélodie si franche, savezvoQs où l'a trouvé le compositeur? — au fond d'un plat à barbe! ^ C'est le visage barbouillé de savon et un raaoir à la main, qu'il a entrevu et comme saisi au vol le rbytfame et la mélodie de cette inspiration populaire, qui, par deux fois, dans ronverture et à la fin du quatrième acte, secoue si vivement l'auditeur dans sa stalle. O génie, voilà de les cuupsi Soixante grands prix de Home, pour le nioms, partis pour s'inspirer dans la terre des chants classiques et faciles, en sont revenus sans idées : M. Auber, qui n'a jamais voulu quitter Paris, découvre le ciel napolitain en regardant mousser du savon au fond d'une cuvette 1

Onze mois francs séparent laMueilé de laFia»eée, qui fui don* née, & Feydeuu, le f 0 janvier 4829. Avec le mariage aristocraliqne de la modiste, nous voici revenus aux })roporlions de la comédie à ariettes. La Fiancée compte bien deux linales très -développés ; mais les couplets y abondent, et tous, ou presque tous, devinrent rapidement populaîras. An salon et dans la rue, sur le piano et sur V<a^ de Barbarie, on entendit défiler cette foule de motifs piquants et intarissables : la ballade d*Henrietle : Si fêtai» infidUe! — les couplets de Charlotte : Que de malf de tourment! — la romance : Att temps heureux que mon centrée rappelle! — les deux tyroliennes de Fritz : Garde à vous ' et Montagnard ou berger \ — Duos, trios, ensembles obtinrent la môme vogue. L'introduction ; Travaillez, mesdemoiselles ; le duo : Entendez-vous't c'est le tambour l le canon à trois voix : Oà trouver le bonheur? transporté du

déûoûmeal de la Neige au second acte de la Fiancée^ furent, en aaiasant, la bonne fortime des théâtres de vaudevilles. Mais alors, dires-foos, les critiques, qui avaient poussé ie plus d'anathèmes contre la musique savanle, et formulé de tout* temps cet axiome : « La musique d'<^ra comique par excellence est celle que les spectateurs fredonnent en rentrant chez eux, » ces critiques a^ient, pour celle fois, mis la main sur un chef-d'œuvre de leur goût et à leur portée. Pour qui les prenez-vous? Loin de là. On les vit, au contraire, ne toucber que d'une denl dédaigneuse, comme le rat de ville d^Horace, au festin de la partition, et se plaindre qu'on leur servît des fl&nflùm et de la petite musique. V. Auber« vraiment, en prenait bien à son aise et les traitait en gens de peu!

Afin de souligncrle dénoûment etd*hum1lier le tapissier Frils et M*' Charlotte, qui chassaient sans pillé la pauvre fjrisette, après qu'elle avait sacriUé son iioimeur à celui dt- sa lut nfaitrice , MM. Scribe et Auber avaient iiuaginé un coup de théâtre à la chute du rideau : l'équipage de Frédéric de Lowenstein, attelé de deux chevaux fringants, venait enlever Henriette, devenue comtesse. Le feuilleton tança les auteurs, cria à la confusion des genres, à la décadence de Feydeau, à Tinvasion des chevaux de Franeoni dans la musique milionalel El, devant ce cliquetis de plumes indignées, poêle et musicien durent supprimer chevaux et équipage. — Allons, allons, la critique de notre temps, sans mériter toujours le prix de vertu et le prix de savoir, n'est pas, k beaucoup près, aussi « naïve » que son atnée t

La Fiancée avait pour interprètes Chollet, Tilly, Lemonnier, M"** Lemonnier et Pradher. — Tilly, ne pouvant imiter le célèbre chanteur Martin, le parodiait. Deux ou troissonsde ventriioquedans ie grave de la voix, d'où le chanteur prenait son élan \m\kT franchir le registre de tôle et s'y livrer à la débauche du point d'orgue, tel était l'art de M. de Saldorf. Tilly, ie dernier Martin^ a disparu avec ledemier carlin. —Chevelure opulente et frisée, sourire stéréotypé sur trente*deux dents magniflques, altitude de troubadour et de

maître d'armofs, voix de moulon amouroux, tel se montrait Lemoniiicr. 11 chaiilnit avec la d'Elleviou. Ajirrs avoir crc^* le belâtre

Commingc du Pré-aux-Clercs, ii est mort dans la religion des Colim d^opéra ootnîquc .

M"* Lemonnier avail été, sous le nom de M'" RégnauU, une cantatrice fort remarquable A ce théfttre et la 'rivale de M"' Duret.' A répoque où Boleldien et Nîcolo régnaient à Feydean en rois absolus, mais jaloux l'un de Taulre, ils se faisaient la guerre à coups de cantatrici's. iM"' Du r»H combattait pour l'auLeur de/ocom/f», M"* Régnault pour celui de Jean de Paris. La dernière belle cr^-ation de M"" Lemonnier avait été M"' d»^ >î rival, dr^ Vnihires vet' sées. Dans le rôle de Charlotte, de /a Fiancée, elle glissait avec ménagement aox duègnes et en était arrivée aux dernières lueurs crépusculaires de la voix et du talent. Ruine, si vous voulez; mais ruine imposante. — M"' Pradher, l'Henriette de fa Fitmcéêj était en ce temps-là une des phi> jolies acirices de Paris ; une beauté faite d'élégance, un jeu lin sans beaurnuji de relief, une voix agréable mais bornée. Quand elle jouait Jeannette, de Joconde^ elle méritait que le comte Robert lui chantât, — mais sans ironie : « Puisque » vous êtes la plus sage des jeunes filles du village,.., » M"* Pradber a quitté le théfttre après y avoir créé, à l'automne de son talent, ses deux meilleurs rôles : M"*Darbel, de t Éclair, etBetly.du Chalet,

Chollet, le ta])issicr Frilz, avait la plus délicieuse voix qu'on pût entendre, un beau ténor {jrave, développé à raif^ii par une ricbe voix de tôte d'un timbre à la fois moelleux et cristallin. partition de Zampa, dont le premier neio est écrit pour le baryton et le reste pour le ténor, vous donne l'échelle de cette voix exceptionnellement douée, robuste et charmante. Malheureusement, Tartiste s*en servait un peu à la manière des Tyroliens; A beaucoup près, il n'était pas aussi |:rand chanteur que grand musicien, et il avait pris, en courant la province, de mauvaises habitudes qu'il trouva commode de conserver à Feydeau. Le t/w'/ de mauvais goût i)assaii à la faveur d'une voix enchanteresse. Le stjle arlequin de Chollel, c'était

-flTTUll Mil I llItltUII

une jeune et jolie femme qui cachait une sottise avec une bouche mignonne; la sottise était bien loin qu'on s'enivrait encore du sourirel

Trois mois après le grand succès de la Fiancée ^ le 1 2 avril on lisait ce faii-Paris dans tous les journaux :

« L*Acadéfnie royale des Beaux-Arts de riostitui a, dans sa séance de ce jour, procédé au renipl.iceincnl de M. Gossec dans la .><'rtion t!^ inns'h|ue. Elle a nommé, ù lamajoriié absolue des sûfrragc>, M. Aubcr au troisième toni" de scriilin. Le nombre des votants élait dp 35 ; mnjorilô, 18. At: premier tour, .M. Aiihfra obtenu Ifi voix, M. Chaitipeiii, 1-2, et M. Ui idiu. (i.

» Au dcriiier lour, le scrutin a donné à M. Aubcr 1W \oi\, et lo ù M. Champeio. »

A cette (laie, Btucldieu est à la veille de donner son dernier ouvragC; leif Deux IS'uils, et d'entrer dans le repos glorieux d'une longue et légitime renommée. Il va céder au chantre do iaMuef/c et de ia Fiancée son litre de représentant de l'école française, titre dont H. Auber est plus que jamais en possession après trente*quntre ans de travaux sans interruption, de succès sans nuages.

Digilizcû by Gdo^K

IHA-UUTOM). — CUtTIQUB RtrftMMCTtVB. — TACTIQUE l»V rBOtLtlfM. — L'CCHIUK ON COMffMITm. — U IttUM, IM» ÉTOlUS, LB NOïlT lUIlR BT US •CTTIS MWnUKTM. — UTOIIH Bt» UiaT-CI0i6lt. — U DIBU ET U «ATADEU. — LS

raiLTRE. — L'ELtStR n'AVORF.. U SERMUT. — UW wAk W CMTlQUi. — U CONPOfll&UR A l.NE lOÉK. •

Une année franche sépare ui Fiancée Je l. .i-Diavo/o. La cciobie bandit historique, singulièremeut adouci parles mœurs de l'Opéra- Comique, ût sa première apparition à Veuladuur le 28 janvier 1830. J'ai peut)-élre on peu abusé des citations. Je demande grâce podr un nouvel emprunt fait & la critique du temps ; il est court, et Je le crois instructif :

« Cet ouTiiige, fait can« douU à ta hâte pour venir au secours de notre vieux Opôra-Comique, ne saurait être comparé aux productions des mômes

auteurs [la Muette et la Fianréc). Ils se xanl trompés cette fois. ËspéroDS qii'iU prendront bientôt une ln iUanle revanche... Une série de cknnxnns fori insignifianies, un chœur de soli.luls d'un joli caractère (lequel / il y eu a deux dans lu parUuou, et ib ^onl plus (|ue j'dts, ils sont originaux], un trio fort mééUwre, un premier finale, où les faibles accents de quelques voix usées ne pouvaient se làire jour à travers raccompaguemeni. un air écrit pour CboUel : Ul* wnt le$ morceaux de cette partUion. 11 est inutile de faire observer qu'il n'y a pas un duo (et le duo de l'Anglaise et de Fra- Diavolo?). L'exécution musicale est ce qu'elle peut être :\ l'Opéra-Comiqiie, et si cela continuef il faudra absolument que la police s'en mite, »

Tel est, dnns un journal placé au sommet de Topiniou et signé d'une pliiijio acci*édilt'0, le cutuplc rciulu de la partition. L'ouvnige, si indigucmeat, si légèrement traité, est au répertoire de Paris et de la proTÎDoe depuis trente-trois ans. Il est classique en Allemagne, on l'a goûté en Italie, Ronconi ne dédaignait pas le rôle se^ coodaire de l'Anglois^ el s^y faisait applaudir à Covent-Garden» il y a deux ans à peine. Fro'Diiwolo est assurément un des ehefsd'œuvre du genre, et, aux yeux de bien des gens, il passe pour le chef-d'ieuvre de M. Auber. — Mais, dircz-vous, c'est le lem^b seul qui a donné raison au compositeur contre son critique, et celui-ci ne pouvait lire dans l'avenir ? — Sans doute ; mais il pouvait se dispenser de parler avec ce dédain et ce ton d^inexcusable insouciance qui transforment sa mauvaise humeur en mauvaise action. Quand bien même on aimerait peu ou point un maitre, un ouvrage, une école, la probité de Técrivain veut qu'on fasse passer la vérité avant, 'ses préiéi enct's. C'est eoinniellre scienniient u/t jaua: eu matière de jugement, que de traiter de chômons imignifiantes une série de motifs heureux el originaux^ que la mémoire de tous a gardés, que la satiété n'a point émoussés, et pour lesquels chaque année qui passe crée des admirateurs qui resteront. Écrire avec cette légèreté coupable, c*est faire une œuvre plus répréhensible encore que celle des faux monnayeurs- car les faux monnayeurs nictlcnl en circulalion dfs pièees fausses pour des bonnes, cl les critiques dont je parle interdisent la circulation des bonnes pièces à l'égal des mauvaises.

H. Auber, par ses longs et glorieux travaux, devait plus qlie tout autre fournir à la critique matière à un procédé commode, dont la formule ne varie point. Ce procédé consiste à battre le musicien au-

jourd bni avec son sueeès d'Iiier. Dunne-l-il E//iina : la critique se souvient, avec un gros soupir, de la Bctyèt e Chdtelaùie. Le Maçon est-il joué avec grand succès : elle fredoane les naïves cantilènes à* Emma. Dès l'ouverture de Fioreila^ elle songe aux franches inspirations du Maçon* Ne lui vantes ni ia Fiancée^ qui l'arrache aux

élégantes mélodies àeFiorellaj ni Fro'IHaoolOy qui lui g&te le grand succès de h FUtneée. La critique ressemble anx enfants qui commencent par briser Inurs jouets avant de s'en amuser.

La Muette^ en donnant à M. Auber une gloire confirmée par PËuiope» allait placer le compositeur heureux dans la nécessité de monter plus haut à ehaque ouvrage, en se surpassant toujours. Lorsque Tartisle, après une ascension glorieuse, est arrivèau dernier pic de la montagne, nos exigences redoublent aTOC ses succès. Il a touché le sommet de son art, il faut à présent qu'il escalade le nuage ; comme les divinilcs de la mythologie, il trouverait le moyen de se voiturer, sa renommée en croupe, sur un char de vapeurs, que nous le condamnerions à se loger dans les étoiles. Quand il nous plaît de le chercher dans des cieux imaginaires, il aurait beau se maintenir sur les hauteurs du mont Blanc, que nous soutiendrions mordicus qu'il a roulé plus bas que les précipices de glaces do Ciiamounix.

J'ai là une belle idée de faire voyager la gloire de M. Auber sur le mont Blanc, après l'avoir nichée dans les étoiles! Je vois sourire w Parisien de Paris y qui n'irait pas chercher la renommée sur les buttes Montmartre. Montmartre est, pour lui, aussi loin du boulevard que les grandes Iodes.

he Dieu et la Bot/(»/ère fut représenté à l'Opéra le 13 oclo* Lie 1830, huit mois après le grand succès de Ff a-Diavolo hVOpéra-Comiqu«. ÎSuuirU jouait J>n/j/i>/^ l.evas.sc'ur le juge OU four; M"* Taglioni Zoloe, et M"" Damoreau la bayadère cliantanle. M. Auber, qui a écrit do si jolie musique de ballet, s'est surpassé ' àaxa le Dieu et ÎQ Bayadère.

Mais on eut tort de chercher uniquement la partition dans les pi* rouelles d'une grande danseuse, et de traiter les mélodies chantées commeun accessoire de la i»iiiilomime.l*our ne citer qu'un morceau, la chanson dialoguée de Nourrit et de M'"' Uawioreaii : Àif r bords heureux du Gange, était un petit chef-d'œuvre d'inspiration et de goût.

— 5fi —

Au cceur de IVlé, le 20 juin JS31, I 0[icra nous conviaà la paysannerie de MM. Scribe el Auber, QtfhiUre^ qui» à quelques mois de là, allait inspirer à uo mailre, qui commençait & devenir poputaire en Ilalie, une déUcieuse partition bouffe, tElistr d*A)nore, L'an passé, rencontrant sur le boulevard Tauleur du Pkiff/r, je lui disais: « Si j'avais l'hoiiiiLMir d'être dirccleur de l"Oj)éra, savez- » vous,, mon cher iiiunsiciir Auber, ce (jUL' je ferais? — Quoi donc? » — Je ferais traduire le iibrelto italien qui entoile la partition de' H Donizelli, et je donnerais le mÔmc soir FÉlixir d'Amour et le » Philire,

• — C'est une idée, me répondit le compositeur; mais elle fe- « rait mieus les affaires de Donisetti que les miennes.

» — Elle vous ferait valoir, au contraiic. Pun par l'autre, et, à » ce jeu des contrastes, vous auriez le meilleur rôle. VElisir » d'Àmore est une partition dcrile de vcr^ e ; mais qu'elle est loin » d'avoir l'esprit, la distinction et les adorables élégances de l'opéra » français ! Le meilleur morceau de l'œuvre italienne est le duo » dans lequel le ehartalan Dulcamarra veut vendre ses fioles A * Adina, qui se moque spirituellement des effets du botre amott^- « rcus. La .'>iluation est excellente, et Uouiani ne l'a pas empruu- » tée à M. Sriihe. »

Lorsque parut ie Philtre^ lorsqu on aperrul Adolphe Nourrit eu sabots, les vieux amateurs se voilcrenl la face et protestèrent eù> invoquant les divinités de l'endroit* Des sabots à l'Opéra, et, dans ces sabots, de la^paille ICela leur semblait plus horrible et plus révolutionnaire que Vinvasion de la carmagnole et du bonnet rouge aux Tuileries dans la journée du 20 juin. C était la lin du niondt; id) ihologique, la desliluliou eu masse des dieuv et des héros! Ils ne pt)u- , valent avaler la tartine à l'ail du paysan Guillaume sur la scène où avaient brtUé et braillé Laines, Dérivis, et M"* firanchu. Le Philtre c'était, à leur dire, le (rcdon italien brodant un canevas digne du genre et du théâtre où excellaient et bouffonnaient Odry, Vemet et leurs compères.

- aô -

L'Dfl Douveaulé d'exécution ^gnala la première représentation du Philtre. A la veille de chanter Thérésine^ H^* Damoreau fut prise

d'une indisposition passagère. Son rôle avait été étudié en double par M"* Donis; on laissa l'amanlo en tilre du beau Guillaume prendre des gargarismes cl du repos, et ce fut un «second sujet » qui créa ia fermière du PliiUre. A la troisième représentation M"* Damoreau reprit le rôle et le garda. M"' Dorus le disait bien ; son chef d'emploi, devenu sa remplaçante, le chanta mieux encore. Sans qu'il en résultât le moindre froissement d'amour-propre, tout le monde avait fait son devoir. Ne jugez j)as sur ce Irait les rivalités d'arlistes, ellrcnées sous l'ancien régime comme sous lu nouveau. L exemple de M"" Damoreau et de M'" Dorus ne prouve rien, hélas ! « En ce temps-là, — dirai-je en parodiant un joli rcfraift de M. Âuber, ~ ce n'était pas toujours comme ça! »

Nous voici arrivés à une date où le musicien va expier ses grands succès, sa légitime renommée; où le feuilleton n*aura pas asseï de coquilles pour bannir cet Aristide du contre-point. Cette revanche de la critique sera la soirée du 1" octobre 1832, date de la première représentation du Serment, On avait bien accusé sournoisement et en passant M. Auber d'avoir composé le Dieu et la Bayudère avec les rognures de la Uitette, et d'avoir, sous le pavillon du Philtre f donné au flonflon droit de cité sur la scène de Gluck et de Spontini. On s'efforçait de le diminuer en y mettant des formes hypocrites ; on va souffler sur sa gloire, — et la voilà éleintp. Le Serment servira de texte à son oraison funèbre ; les splendeurs de Gustave lui tiendront lieu d enterrement de première classe.

Voici les lignes que publiait, au lendemain de la première représentation des Faux Monneyeun, à l'Opéra, un littérateur de beaucoup d'esprit et d'humour» qui a créé un style, en matière de feuilleton , et en est resté le maître. Dieu me garde de vouloir

récriminer contre cet homirii' uluiablel Tous, tant que nous sommes, nous avons donne comice lui dans des sévérités inoui«s,

cruelles, souvcraiiiciiionl injustes , sans avoir, toamie lui, l'excuie du caprice et de la fougue de l'improvisation. Il faut, d'ailleurs, pardonner beaucoup aux gens de Icllres parlaot musique, car, en vérité, ils ne savcnl ce qu'ils font ! Us dissertent sur les sons comme les aveugles sur les couleurs ^ on, pour mieux dire, leur plume, s'escrimant dans les morceaux fragiles d*une partition , est un bi\ton d'aveugle qui fourrage dans les pièces d'un magasin de porcelaines.

Mais donnons la parole à cet enfant terrible el charmant, qui joue à l'ogre et à la dioette, et croque ses plus jolies phrases en s*iliiaginani dévorer un grand compositeur. — Je vous donne ce repas cruel par grosses bouchées. Il faudrait vous servir le festin tout entier :

« A rOpéra«Cûrui.iue et à l'Opéra. M. Auber a régné en maître; il ré' gnait encore avant-hier.,. Nous étions bien loin du Serment» A partir d*£mma, qui me parait la tramfiguration de M. Auber, le musicien monta en grade; en même tomps ( hangea le idie du public. Avant £mfna,c*élait le

musicien qui le sollicitait, le chapeau bas et Filme troublée ; aprèsEmma, le î-ollicileur passe de l'anticliambro dans \e «alon. C.p fut le pnMic qui fît anlichambre. Alors M. Auber se cujiiiiii>il iwcc son iiaiicrreen vrai parvenu. Ce tut alors qu U découvrit la méliiotie de laire un ouvrage entier avec une seule idée. Pourvu qu'il eùi une idée nouvelle, une seule, il ajuulaii un opéra nouveau à son répertoire. Sa fécondité augmenta alors en wBê Inverse de son imaginattou... »

Quels sont les opéras d' Auber écrits avec une swfeidée? 0 candeur funeste, ô ignorance coupabb^ d«'s gens de Icttresl Ils s'agitent et leur plume les mené ! Mais voici notre écrivain qui va se dédire trois lignes plus loin :

'< Prodigue d'abord de luules ses richesses (M, Auber, le compositeur à une seule idée), il a rceommenf<^ h mellre sous clef ses idées, son trésor, dont il n'ouvre plus la porte que de leuips en temps, el encore pour nous donner avec beaucoup de rimte la mcwnaie de tes pre'eédenu iraeauz. Fendant ce temps, fortune, gloire, décorations, fauteuil d'Acadéniertout ce .qoi.faît Tespénince, te bonbeur et l'envie de l'artiste, arrivaient sans te-

I I it I II (

lâche ebn l'heureux auteur, qui, n'ayant rica de mieux à faire, s'est toujours lenn plus avare devant le publie Pt devant l'opinion, & mesure qu'il le? voyait plus prodigues i'un et l'autre. C'esi ainsi qu'en passant, toujours en décimant, nous sommes arrivés, par ie Dieu et la Bayadvre et par le Philtre, jusqu'au Sennenit celte maigre et insipide production, qu'il nous est impossible d'expliquer... M. Auber est tombé d'an coup du Philtre au Sermmt: de la Uuette au PhUtre, il n'avait fait que glisser... »

Cet artiste tombé, cet homme mort, ce musicien que M. Fé^s se dispose à enterrer, vienne Gustave^ devait heureusement sortir

de sa tombe pour écrire h Cheval de Bronze ^ Actéon, PAmdassO' drice, le ihnimx) noir y le Lnç des Fées, les Diai/i(tnl,s de la Couronne^ la Pari du Diable, la Sirène, llaydée, / Enfant prodigue.

Fiez-vous donc à Hamlct, qui vous dit que la mort est un sommeil! 11 est vrai qu'il ajoute : • C'est un réveil peut-être 1 »

L'homme d'esprit dont je viens de vous citer [des fragments de fantaisie critique, avait succédé aux fonctions et à l'autorité de Caslil-Blaze. il faisait de son mioux pour parler une langue qu'il ne connaissait point. Mai;*, comme dit le proverbe : a Chacun son métier, et la critique scru bien gardée. »

COITATC <m LB tAL HASOVt. — LES FlEDAIREt DE LMimCSATlB MMUIKNe. — l'R MOT K N. Ftm. — CHEkUBtMi ET AtTBEH. — lE»TO€C|. — LE OiCTiL DE UIHtSB. — ACTtOK. — LES CRAPEBOnS BLANCS. — H*** DAMOBUV. — N***" LATOTK ST

rÉuxHnoLAii, — i'AiiiunADBice. — asnumc aAwitcx Et HunuKnB soutaiï.

Deux mois après la première repr^ntalion du Serment, Gm» tave 111 ou le Bal nmtjué entrait en répétition à l'Académie Royale de Musique. A celle date, M. Auber n'avait écrit que les deux premiers actes de sa partition. De décembre à février^ iJ lui tallul de lottte nèsessilé achever l'opéra et l'instrumeDler, au milieu du travail précipité des répétitions. 11 était au tbéàtre tout le jour, et il travaillait toutes les nuits.

La grande affaire de TOpéra, en montant Gustave, ce n'était, il faut bien le dire, ni le drame de M. Scribe, ni la musique de M. Auber; mais la mise en scène d'un bîiUel splendiilf, réglé par M. Duponchel au cinquième acte de l'ouvrage. La vaste scène de l'Académie Royale de Musique devait présenter un coup d'ceil féerique, un spectacle vraiment nouveau» et, comme il s'agissait d'un bal masqué, on avait voulu étaler foutes ces magnificences en plein carnaval parisien. L'assassinat du roi de Suède n*é(ait qu'un thème, la conspiration qu'un moyen d'arriver au yaiop monstre. Le bal de

Gustave, c'ôlait le bal de l'Opéra réalisant, dans une société positive, la merveille d'un conte des Mille et une Nuits,

L*opéra de MM. Scribe et Auber fat représenté le mereredi 27 février 1833. Ses principaux interprètes étaient Adolphe Nourrit, qui jouait le roi; Levasseur, qui faisait Ankastroëm. BI"* Falcon n'élail pas encore la Valcntinc des HuguenotSy mais son apparition dans Alice de Robert h Diable avait fait une sensation qui durait toujours. Toutefois, dans le rôle de la duchesse d' Ankastroëm, soit malaise artistique, soit que le personnage ne convînt pas à son talent, la cantatrice parut faiblir. Sans se soucier de lui accorder une revanche, Ton en prit occasion d'insinuer au public que son inspiration était un feu de paille, sa toîx déjà un scfavenir, et son aurore un crépuscule. Uu reste, on efl'euiiiait i^u et la dans la presse quelques fleurettes sur sa tombe.

Le bal de Gustave^ — le succès s'était circonscrit dans ce cinquième acte si étourdissant, » causa à Paris une véritable fièvre de danse. L*épîdéniie du fandango avait auprès les graves allures du

menuet. La fleur des pois do raristocratie, après avoir assisté au galop vertigineux, de la salle et en loge découverte, voulut devenir actricedespeclaU icequ elle était. Elle corrompit, à prix d'or, la mère Crosnier, le Cerbère de la petite porlf de 1 Opôra, afin de se môler aux galopeurs de la scène. Les pauvres cburisles de notre premier théâtre de musique, en voyant passer comme un éclair les dan* seuses de ce ballet marron, calfeutrées dans leurs dominos, purent s'écrier comme Buridan : « Ce sont de grandes dames, de trèsgrandes dames ! » Et Vincognito de plus d'une duchesse fut è demi dévoilé par Ir? plumes malifieuî<es du feuiih ioii ou àafait- Paris. Ueurousemeut, la chrunujup n'était point inventée en ce temps-là y et les patriciennes des deux nobles faubourgs purent satisfaire, sans grand péril, leur péché mignon de curiosité féminine et s'encanailler, un loup sur le visage, au bal du roi Gustave. 11 y eut peu de jolies femmes à Paris qui ne risquassent le voyage do Suède; et les maris n'étaient pas toujours dans la confidence!

Le compositeur, condamné à improviser au jour le jour, n'en avait pas moins écrit des choses qui, chez d'autres, eussent voulu Tetfort du temps et de la réflexion. Le deuxième acte de Gustave était àe Vkfibft première qualité ; la scène ches la sorcière avait un grand ao«fi%#t méritait qu'on y regardât à deux fois avant de traiter un pareil inaîlro de faiseur de conired antres. M. Auber, qui ne parle pas de lui voloiiliers, me disait dernièrement à propos de ce tour de loice d'improvisation» et en faisant, comme toujoure, à d'autres honneur d*une de ses rares qualités : « C'est aux bonnes V études que j'ai faites chei Gherubini que je dois de fixer rapide- » ment mes idées sur le papier, et de trouver, au besoin, en une » heure aujourd'hui ce qu'il m'arrîvait avant cela de chercher des » mois entiers sans le trouver. » i^ui?({ue Toccasiou m'en est offerte, je veux parler de l'inQuence de Va direction austère d'uu homme tel que Gherubini sur le plus souriant des compositeurs modernes*

« lion père, me disait à ce sujet M. Âuber, était très-lié avec le musicien de Uédée, il n'avait pas grande foi dans mes succès de

salon, et, un jour, il voulut en avoir le cœur net. Il demanda à brûlc-puurpoint à Clierulnni l'opinion du maître sur uia vocation musicale : « — Votre liU ue mauque pas d'imagination, dit^^il à mon père; mais il lui faudrait commencer par oublier tout ce qu'il sait, en supposant qu'il sache quelque chose. »

» Il fut convenu que j'irais me mettre au B— il — BA ches le grand prêtre de la doctrine musicale. Cherubini, de retour de Vienne, où sa Farniska n'avait qu'à moitié réussi, souffrait en ce temps-là d'une maladie nerveuse. ISapoléou n'aimait ni sa personne ni sa musique. Toutes ses faveurs étaient pour l'auteur de la Caxterm, Les médecins avaient interdit à Cherubini le travail de la composition, et les levons qu'il voulut bien me donner devinrent son unique distraction. Il y prit goût au point de s'impatienter et de me rudoyer quand j'étais de quelques minutes en retard sur rheure de la leçon. Il me semble le voir encore assis de-

vant une pelile table, où je venais prendre place vis-à-vis de lui. Cette forte éduL-ulion dura trois aunées. Mais en sortant de l'école du maître, ainsi quo tous les écoliers, j'avais Itàte d'user de ma liberté et noa de me produire. Je mis donc aufoad d'une commode la science que je venais d^acquérir, et, pendant trois autres années encoro, je n'y songeai plus. »

C'est en rendant compte de Gustu&e, dans l'anden journal (e Tei/)j)s, de Jacques Coslc, que M. Fétis, considérant M. Aubcr comme un homme qui a'élail bon qu';\ enterrer, commença, à la manière de Bossuel : a Un iu)inmu était né musicien... » M - Âuber est, de tous les compositeurs bien porianls, celui pour lequel on a usé le plus de linceuls et dérangé le plus souvent les pompes funèbres. Go qu*on Ta tué de fois est inimaginable, et nous no sommes •pas au bout.

La salle de rOpéra-Coiiiique, badigeonnée et dorée des baignoires au plafond, louvrit ses portes avec Lesioa/, de MM. Scribe et Auber, le samedi 24 mai 1834. L'ouvrage était eu quatre actes, je le note eu passant. 11 eut du succès, et môme beaucoup*» mais il a*y avait plus une seule étoih dans la troupe. Cbollet, le dernier des Homains, s'était exilé au thé&tre de la Honnaie ; M** Casimir initiait les Bordelais aux fantaisies de sa vocalisation d*an goût douteux, servie par une voix au liinbie d'or. Le niusieiea de Lesfoci/ avait pour interprètes le lenorino d'Étienne Tlieaard et le sopranino de M'" Massy (aujourd'hui W"' Hébert, grave professeur à la succursale de Toulouse).

Dis mois après ce succès, te lundi 23 mars 1833, le théâtre donnait une des plus belles et des plus complètes partitions du maître, ce Cheval de bronze que l'Opéra semble avoir enlevé à son petit confrère, uniquement pour lui jouer un malin tour. Ainsi que le chien du jardinier, il ne touche poiolàsa jjdU'Cf et défend qu'uo autre y mette la dent.

Le défaut de l'œuvre qui nous occupe, c*est peut-être la profusion des idées du compositeur. Les trois actes de cet opéra-féerie

n-i I -lii ii

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sont comme les soaterniiDS du géuic Aragyad, de la Staiue, Le p^*

blic, 4U1 1 ccuiile, a de la mélodie jusqu'à mi-jambe; il a Téblouissemcnt de Sélim, et ne sait que choisir, sollicité à droite cl à gauche par des tas de diamants et des boisseaux de perles. Le Cheval de BywtM esile dernier ouvrage et la plus étincelante partition de la seconde manière de H. Auber. La comédie musicale, élégance, splritaelle» est sur le point de naître avec Adéon^ rAmbatsadriee et h Domino iwir.

M. Auher, en homme vraiment doué, va modilier et nijcuiiir sa forme, en subissant la nécessité, toujours très-ilure pour un musicien, de la pUci* à la nature de rinterprèie qu'il doit faire \ aloir. Le difficile, en pareil cas, est de rcsler artiste eu se faisant tailleur, et de ne point glisser au valet musical comme un Puceita. En ne voulant faire qu'un vêlement à une cantatrice française au goàt italien, M. Auber sut se créer un »i)le qui restera définitivement le sien. Pour donner tout son relief, tout son éclat à cette vocalisation si savante et si suave, à celte voix si élégante, mais en même temps un («eu alTaiblie et bornée, il faut renoncer à écrire de grands finales, mettre une sourdine aux duos et aux trios, multi-* plier les thèmes peu développés autour desquels vont s^ébattre, comme autant d*oiseaux jaseurs, les poinit d'orgue capricieux de la virtuose. Qu*il en soit tait ainsi que le veut le succès de M** Da<moreau. Pour passer des profusions d*idécs dn Cheval de Bronze au travail de lapidaire, tjui conslilue l'acte exquis et charmant dMc/^0/2, iln'en coûtera qu'un trait de plume à M. Auber. L'art d'une Damoreau, c'est cette /lùie, dont parle le poète Horace, faite pour plaire à un auditoire « honnête et retenu, » et non point au « paysan grossier » et au « rustre sans gêne. » L'auteur du DominOf seul de tous les maîtres, pouvait écrire une musique appropriée à cet instrument qui allait charmer les oreilles délicates.

I.orsque M ' Dauiurcau, — qui n'était alors que la s/fjnon'na Cùiiif — quitta les llalieus pour l'Oiiéra, rien ne ressemblait plus à son chant que sa personne. Des yeux noirs dont la douceur lempé-

rait la couleur ; un nez fin, aristocratique, busqué à l'Espagnole; un TÎsage aux lignes très^fermes, adouci par une physionomie d'une grâce (oate française : en un mot, la femme était bmneel avaiile charme des anges que la Iradiliuu lait blonds.

En devenant la Dona Lucrezzia, A'Actêon, M"*" Damoreau avait pris Tembonpoint qui sied à unt^ signora de rauiillc patricienne. Chez elle, si le bel ange était parti, la jolie femme était restée. Quant à la Yoix, c'était toujours, ce devait être jusqu'à la fin la voix de la signonna Cintt\ — une voix de velours, d^une égalité parfaite, d'une sonorité douce et caressante, qui ne s'enflait point et no se surfaisait jamais pour paraître plus grande du J)1u<« passionnée. Le style de la cantatrice pouvait se dispenser d'être grand, car il avait t'oECuse d'être parfait. ^r'.Damoreauétait toujours égale à ellemême; cëtte qualité, — qu'elle devait à un goût exquis uni à son savoir d'excellente musicienne, — finissait par être un défaut. On

se fait YÎte aux beautés de l'art qui sont toujours en pleine lumière;

on s'en fatigue plus vile encore. Le talent de la caulatrice manquait à\milircs (jiour lis auditeurs vulgaires, c'élait uiniKjuor de couleur); il n'y faliaitpas chercher ces grandes oppositions passionuées que l'artiste n'obtient qu'au prix de la santé et de la durée de son organe. £lle a chanté avec la même supériorité sur trois scènes différentes et n'y a jamais poussé un cri. De toutes les virtuoses passée», présentes et futures, ce bonlieor ne sera arrivé qu'à elle.

11 uc l'aut songer à comparer M'^Damoreau à aucuuo des grandes chanteuses dunl elle fut la contemporaine uu Tinstitutrice. Élevée à l'école des virtuoses italiennes, elle les écouta et ne les imita point; formant, à son tour, des cantatrices françaises, elle est restée inimitable. Dans la cavatine du Barbier : Vm voce poco fà, la Fodor et la Sonlag avaient plus d'écbit : elles n'avaient pas plus d'art. Al'O- ' péra, M"* Branchu pouvait mettre plus de passion que M"* CJnli diins l'air d'Amazilly, de l'criKmd Corlez : elle ne le disait pas avec plus de sensibilité cl de suavile anioureui>e. Dans la petite salle des Nouveautés, où il ne fallait que fredonner spirituellement, W Da*

moreau se montra dans Actéon, V Ambassadrice fii le Domino Koir^ la [)liis accomplie des cmlaliiccs spirituelltis. Condamnée à faire tenir son style daus le cadre d'un couplet, elle le couduusa cl eu lit un diamant.

Nous voici arrivésr à Tannée 1836. Ce fut pour le inaitre français une phase de fécondité vraiment exceptionnelle. Le musicien écrit, sans reprendre haleinCi Actéon, joué le samedi 23 janvier; ies

Ch'ijserom blancs, rcprô^enlés le samedi 9 avril» et, cnUn, PAm' ôn- sad/'ice, (jui parut le liiuili 20 iléecmhic.

Les (Jinpcrons ùlaitc^ ne rurenl point heureux, cl la faute en esttout entière à l'aiileur du poëme. Les hommes de goût ont tou* jours regretté le désastre immérité de la partition. Elle passe pour une des meilteores qu^ait écrites le musicien. Le public n*en connaît que Touverture, qui (igurede nos jours dans les concerts, et un trio plein de verve qui a trouvé sa place au premier acte de Fm Diavoh,

Ac/êon, qui servit de début à M"* Damoreau, au petit 0[iéra de la place de la Bourse, même après la retraite de cette canliitrice parfaite, ûi valoir deux lalenLs que je ne songe poinl à comparer : la vocalisation savante, mais un peu roide, de Louise Lavoye, et, en dernier lieu, le style et le charme de Caroline Miolan ; Aciéon est la pierre de touche de l'art d'une cantatrice ; et quand il cesse d'être au ré|)t i toire^ on en peut conclure que le théâtre attend encore sa jjr/uia donna.

Aciéon fut eréé par llévial, Inchindi, M"" Damoreau, Pradherct Camoin. L'œuvre brille con;inc une étoile, ilont la iuinièro, il esi vrai, n'arrive pas en ce monient jusqu'à nous. Quanlauz interprètes, ils se sont réfugiés, hélas ! au pays dus vieilles lunes.

Malgré le succès très-vif qui salua son émigration de la rue Le Pelclier à la place de la Bourse, M"* Damoreau no fut la maiti'esse au logis, et ne sentit son talent définitivement acclimaté à TC^éra^ Comique qu'à partir de l' Ambassadrice. La chanteuse n'avait plus «l»î gages à flonnei au public ; niais on pouvait douter encore jusqucà de ruplilude de la comédienne. Le jeu agréable mais un peu

^ntrainl, de dooa Lucrenia avait fait naître des doutes à ce sujet. L'esprit et l'enjouement d'Henriette prouvèrent ijiu; les vieux habitués s'élaicnt alarmés à lorl. Sans valoir la clianleuse, la comôdiennt'. cin z M"" Dariioreau, avait f^oii ]M*ix. El j>uis, cumnu; elle élait secondée dauâ l" Ambassadrice l i.uiulcic, plein do l\ nlhousîasme<^e la jeunesse et du laleull Jenny ( >olon, bloude, jolie, gracieuse, avec sa voix facile de grisette et de fauvette 1

V Ambassadrice avait encore pour les contemporains uo attrait qui nous échappe. Ce n'était qu'un roman dramatique, mais, dans ee roman, le public croyait Inen lire une histoire vraie, celle d'une grande canlatiicc qu'ilavait beaucoup applaudie cl 1) ti;r(»ii[i aimée, et qui, semblable à la nièce de M"" liarneck, venait d abandoaner les prime donne pour jouer les comtesses. Comment, d'ailleurs, ce prénom à'HenrieUe^ choisi par les auteurs avec une intention marquée, tt'eftt-il pas fait prononcer tout bfis aux spectateurs le nom d^Henriette Sontagt

Quand on vient à songer à cette mort lointaine et tout à fait inattendue de la rivale de la Malibran, on trouve très- sage le dénoûment de M. Scribe, et Ton se dit i^ii Uennetie a eu raison d'épouser Bénédict.

MtIBF. F.T AIJHRR. — POUKOUOI tl^l'R ASSOCIATIOM FUT HEUREISE. — LSS NABtTODiIlt OK l.'llO)tMK ClIKZ LK »;OIH O<lTEt R. til bAII.U.MKNT n< Styt'l . — t>H \ ANECIIOTI- - »tR Si>OATIM. — LK LIVRt U'OR DE M. AtBkK. — LE HARIACE DE t.A Ml MQUK ».T

MT POWR. — varomc ntm* bpwkttk. — u auimK m onnuÉm m««. —

LC iWm.lCB mi CHAUDMH. — ' LE DOMIKO MMII.

Atoc le DominOy M. Scribe allait naturaliser, à POpéra-Comique, la comédie à surprises* Celte nouveauté, qui passioana sur-le-champ le public de l'endroit, consistait à faire des trois actes d*une pièce le prermery le second et Vmtier d'une charade,

dont on nous faisait attendre le //«o/ jusqu'au dcnoûraent. Pour que la musique trouvât sa place dans ce va-ot-vienl de personnages < t ne fut point élouiiée entre deux scènes, il fallait tout Part et tout l'esprit de M. Auber. On a conclu un peu légèrement, de celte nssodation si beureusedu poêle et du musiden, que leurs talents étaient jumeaui dans dçux arts différents.

Cétait fort mal raisonner, et voilà près de quarante ans qu*on raisonne ainsi. M. Scribe possédait de l'aiitcur dramatiqno toutes les qualit-'s. ufuî soulc exceplée : l'art d'écrin». Doué d'une im i- <;ination itjépuisiiblc pour échafauilei iiik^ ;i linii el en emitrouiiler les inciduntsi à plaisir ; pour tenir vingt gageures contre le sens

commun et les gagner toules; pour placer ses personnages en équilibre sor des simulions extrêmement tendut^, d^oti ils ne semblent

jnuivoir Sortir (ju'on se cassant le cou, H les en tirer avec une dextérité qui lient du prestidigitateur, il ne lui a manqué, pour être un homme do génie, qu'un peu plus de grammaire et de souri lie la langue.

Or. M. Auber, avec le don de trouver des chanis heureux, écrit supérieurement la sienne. C*est un styliste et même un délicat; sa phmse — comme on disait autrefois — a le tour, le contour et le

(Irtour.La grâce et l'élégance mêmes, elleestau palois doM. Scrib*ce qu'un Parisien du Ijoulevard des italiens est au tauva^^e de la Nouvelle-Zélande, laquelle, ainsi que chacun sait, est placée aux * antipodes de Paris.

Non, Scribe et Auber ne se ressemblent point et ne se touchent par aucun cAté, bien que leur longue collaboration ait été une bonne fortune pour tous deux. Et, h ce propos, je crois le moment venu, pcnélranl avec le mufcicieu dans son cabinet de travail, le suivaul à la promenade, m'asseyanl [Htsile lui au théîUre, de le surpn iidre dans le déshabillé de sa pensée ei en lôte-à-lêle avec ?on inspiration. Chaque artiste a ses procédés qui lui abrègent }e» douleurs de Tcnfantement. Éludions ceux de M. Auber; nous serons peut-être bien près de saisir comment il coUalxH'ait avec H* Scribe.

M. Auber compose toujours. Vous le rencontrez flânant le long des boulevards : il travaille. — Vous prenez au théAtrc une stalle voisine du fauteuil où il s'est installé et où il ne lardera pas à s'eu- ' dormir : il iravailU*. — Vous passez rue Saint-Geo ri!» s apn-- nunuit; la rue est noire à droite et à gauche, ù l'exception d'une fenêtre derrière laquelle une lampe discrète tamise la clarté; celte lampe est celle du musicien : il travaille. — Vous frappez chez lui h six heures du malin; une porlièrc^ cassée comme la féeUrgtde, vous indique le premier étage. Une femme décharge, vieille comme Ui aucis, vous renvoie à un valel (le eliamiiro aussi âgé qii»' Tliilémun. Ce valel de chambre vous introduit dans uu salon hospitalier.

il.'jà los sons dn piatiH nrrivciit |nsf|irn vous : le musicuii travaille. Il n'imporlc; il xicnljiracHusé nu^nt à votre ronrontrc; mais vous rendrez compte à la postérité d'une mélodie qui allait naître cl donl vous lui faites tort.

Ce maître, — le plus jeune et le plus laborieux de tous, — vous avouera avec simplicité, si vous Tinterrogez là-dessus, quMln*a jamais connu, en composant, d*autre muse que Ventwi. « On trouve ma » musique gaie, me disait-il un inur; j'ignore comment ci'\:\ se fait' » et peut se faire; il n'y a pas de moit/. \^nrm'\ ceux (\non a la bonté » de trouver heureux^ qui n'ait été écrit entre deux bâillements. » Je pourrais vous montrer tel passage où ma plume a glissé sur la » portée et formé un long tigiag, au moment où mes yeux se fer* o matent, où ma tète, alourdie par le sommeil, sMnclinait sur ma > partition. Et ce sont pourtant ces tristes enfants de l'ennui qu^on » nommait autrefois, qu'on nomme peut-ôtre encore les contrcdansex m d'Auber. »

Ne croyez pas à une modestie jouée ; le compositeur est sincère avec les autres et avec lui-mômc. '< Je n'ai jamais feuilleté une de » mes anciennes partitioins, me disait-il encore, avec la joie qu'on » doit éprouver à revoir des visages qu'on a connus et ai mes, et » quand cela m*arrivait, je me disais qn^il y a bien des morceaux » que je ^ commencerais, si ma partition était à refaire. »

Bien difTêrent «l'AiiKei . S] rMiilni avait en lui la foi de l'apôtre; que tlis-je? la foi du pape iiiiailiiM»'. Même en robe de cliambre et en pantoufles, il se sentait mentalement couronné du laurier du chantre de /a Vestaie et de Femand Coriez,

On cite de lui cette courte allocution aux symphonistes et aux chanteurs, à la dernière répétition de son opéra à'Ofympiet h Berlin. Tout le monde était à son poste, sur la scène et dans t*orehestre. Spontini an ivc le (ieniier. eu costume de f/aia et la poitrine constellée de toutes leï> décoration'^ de rKumpc. 11 ni.iielie ^ravenumt. Il se place au pupitre du clief d'orchestre avec lu ferveur du prêtre montant à l'autel. Il élève son bâton de mesure, cl, embrassant d un

regard eirculaire la double armée quMI commande : « Messieurs,

» dil il on clevanl la voix cl im appuyant sur cfriaiues syllabes. » i ou\i ;iuP ({Uf nous ;illuu5«7W i'/toiliieiir dii rcpéler est uii c/ir/- • d'œurre. ConimeiK^oiis »

Un autre jour, il fait venir son tailleur et lui commande une re* dingote. Le maître, auquel on prend mesure du vêtement, se campe dans ratlllude du Jupitier olympien; on eût dii que le plafond sV baissait vere ce front qui montait toujours.

— - Monsieur Spontinï, fit le tailleur» vouletp-Tous qiie la redingote descende jusqu'au genoux?

— Plus bas, répond le compositeur.

— Bien. Jusqu'au mollet?

— Plus bas.

— Alors, jusqu'à la chetille?

— Plus bas, plus bas, tous dis-je.

— Plus bas, c*est impossible, repi'end avec douceur Thonnète

\ilemand ; cela vous gênerait pour marcher.

— M il ( lier! — s'écrio le compositeur on planaut avec regard d'aigle au-dcsi>us du tailleur courbe en deux. — Est ct' t/(4e

itc'venonâà M. Âubei*. Le tnusicieu possède plusieurs albums itxirômciiienl précieux : ce soni des volumes de pûpér réglée reliés sans aucun luxe, et sur lesquels il note ses cAan^j à mesure que l'inspiration les lui envoie. A4>il un opéra'à écrire, il consulte ses

albums, il fait son inventaire, il compte son trésor, cl il n'a plus d'autre Sduci que I ciidjarras des ricbesscs; mais celui-là n'est pa** mince. Dans les arts comme dans la \ le. il ne suflit ])as d'.u ipiérir des millions: l'essentiel est de savoir les bien dépenser.Telle mélodie, écrite depuis viogt ans sur Talbum de M. Auber, attend encore sa place dans une partition ; son père n*a pas trouvé jusqu'ici le couplet auquel il voudrait la fiancer. Patience, et soyes sans inquiétude sur l'avenir de la demoiselle à marier! le marieur viendra un |>eu plus tôt, unpeu pluslard; elle est trop jolie pour coifler sainte Catherine.

Lorsque H. Auber a fait ce que j'appellerai sa cçnscription

AUdées^mr nnecaiii| giu» prochaine et une prochaine ▼ictoire, il bifie avec une croix les mélodies auxquelles, les appropriaul aux , paroles, il va donner une forme déliiudve. Non? tourhous au secret de la collaboration du musicien avec soa poctc. L)u temps de Scribe, cette coUaboralion était des plus curieuses, et, dans la lûcbc ingrate» — non pas de régler la musique sur les paroleSi mais de faire mareber le^vers sans boiter sous la musique, — Vassodé de M. Auber a exécuté de véritables tours de force. 11 arrivait parftiis ijue le musicien donnait nu pnGto un monstre sur lc(|uel ce dernier devait pla( erdc« rimes de loiigueur toute pareille. Le récit de Raimbâud dans h t onne Onj, l'air de donna l iu l ôce, iV Avtéon : SouveiH, tm aimant ment, sont, en ce genre, les chefs-d'œuvre de M, Scribe.

Quand M. Auber a trouvé une mélodie (et pour lui ce n*est pas une affaire]» n*allez ps^ croire qu*il la couche sans plus de façon sur

son Imre tVor, après Tavoir essayée sur le piano qui meuble son cabinet de travail. Kllc doit passer auparavant par Xijireiœe de Cépiitetir. Malheur à celle qui n'y ré^ible puuit; elle est condamnée à rentrer dans le néant d'où le compositeur l'avait tirée.

Voici en quoi consiste ïrpreuve de CépineUe : M. Auber habile seulement le premier étage de son hôlel de la rue Saint-Geoigea. Dans une chambre du deuxième étage (véritable nid d'artiste), le compositeur a fait placer le vieux piano qui fut le compagnon de sa pauvreté. Lursrjur la main interroge ses louches délabrées, \ous croiriez entendre se plaindre et monter vers les cieux lésâmes de plusieurs chaudrons ; c'est à donner <i un ^/ame^iM' la nostalgie du paysnauil. £h bien! il faut que le chant mmêaxHné, condamné à passer par ces notes enrbuméea et boiteuses, en sorte à sa gloire. S*il charme Toreille du compoatteur, en dépit de la ehaudrannerie qui le défigure, M. Auber n'exige rien de plus : Dignusest intrare^ et l'album lui est ouverl.

Cette halte dans la biographie de notie musicien n'était pas inu-

tilf», piiisquVile nous a permis de !«' voir cl d« l'êludier de plus près. En roule I je vois une date qui verdoie, ol un Miccès qui pfnt" (f rote h l'horiion. date c^l celle du lundi i diM^finbro 1837; \o succès a nom /e Dommo mir. .

DigitizcG by Goo^lc

es MMIXO HOIR. — rflE CHAKTCCSE LTON>AUIi. — LB LAC rSS rÉ^S. — N«* STOLtl

— l"' RAQ. «orna. — L\ RiACriOM. — lAKem. — LK11IËAT|l6*irAUEll vfcuLR,

l.'offcn*- COMIQUE REFAIT 1>T. SES CF.PIKBF.S — Kl lr*B1l>2 KT M™ " I.AFARr.r. — LEil lllAMAMS DE LA COI ROfISK. — M'"* ^l^'»* TH": l.0>. — ALTIIK CIUNTrr>*K I \<>N> \|SI-:.

— a'"* «IRO C*II>IJI. — AVBEn CHK7. LE 01 C d'oRIÉANS. — OKLX MFD Mtl.O.NS Dlî MK9iaEM.

On ai rivcnill hîiîi» Uuil p'mr parler ilu grand siu cèsdu Domt'fW Huir^ tics viiigiosÎT an^ tle popularité «in la iiiiiitif|\io d<; M. Aulior, do l'accueil que rrçut, indopndninment de ;;n imisirinc i^piriUiolio, Ir pi^ce nbsiirde e( sî amiisnnii* de M. Scrilie. Lis deux collabora-

leurs avaient fiiit dix fois aussi hion : \q composilcur, pour sa pari, (•«unpliiit en f'iMiIo (11"'; (iMivri»s |il(is iui tcs iriiii,i;^'m ilion ol »rii;il»»ino; il 0^1 vrai qu'il n'avait jamais montré autant U'csprit. Il avait i^urtoul compris admirablement que, dans un potMne où l'aultMir a donné beaucoup à V action ^ et à une action inmifiembKible, il faut chanter vit», ne pas chanier longtemps, et ne chanter que dès choses d*un relief qui se puisse graver rapidement dans la mémoire. Les yeux du !;peclatcar suivaient, avec une eiiriosilé dont rien n'eût pu les (lislraii'f l'I à tnivcis liMirs transforma lions inattendues, la feunue masqué»^ du jd'i iiiii r acie, la si rvanle ;n ;i^onnaise du second qui le met sur la pisled'une danseuse ou d'une reine d'Rspagnc,

oi la novice du sang royal du dernier acle, laquelle doit ignorer jusqu'à la dernière scène, si elle sefianceiaàDieu ou si elleépousera Horace : comment ce spectateur, placé |iar le poème sur des charbons ardents, eût-il conservé le calme nécessaire pour écouter la musiqiie pmtr fa nwsif/ue? \je musicien devait se presser et courir comme rautliti uf; sinon, on l'eût plnjitr là.

Btïîiioz n'y a\ail donc pas sullisiinjimMil réHéclii, loixju'il écrivait, en vt'ûaul U'cutendre le Vomhto noù : « On a trouvé la tnu- » siqiic de M. Auber, comme toujours» vive, légère et piquante. » Quelques personnes, d'un goût sévère, lui reprochent, il, est vrai, » m formes vnpeu étroites^ m mélodies courtes^ sa tendance » vaudmnlli(ftfe. » — Mélodies courtes, formes étroites, « tendance vaiidevilliqiif, » si vous voulez encore. : iout cela «jui \ou» '^cinhlc être le délaut capilal de la couiposilion el ramoindrisscmcnl du compomlfiiir, est ici, au contraire, une qualité et la preuve d'une habileté li ès^grando el d'un tact très-sûr. Un homme d'esprit, arrivant dans une gi-aode soirée où les invités s^entassent, se pressént, s*étoulTent, ne va pas réclamer un peu de silence et d'immobilité afin de placer un beau morceau d'éloquence.

I) hissera la fiMilr se jeler dans les saimi< nù l'on ilanse, el, se tenant (iauï une pièce où il pourra circuler à l'aise, s'asseoir commodément, parler sans élever la voix, il s'abandonnera à une causerie discrète, et prendra, sans croire déroger, le ton superficiel de rauditoire en habit noir et en robe de bal qui l'écoute. La mu- :sique de M. Auber» dans le pèle-mèle des scènes d^une action très* conipliqiiot!, c'est cet homme d'esprit au milieu d*un bal, qui no v.!ut pas élever la voix |» us haut que les violons, cl fait de jolis iiiols, et non de longs discours.

Indépendamment dis grâces de sa musique et de l'intérêt de son poème, le ikmino était le dernier jet de flamme d'une voix qui allait s'éteindre, le sopranioo de H"* Damoreau. La pièce était, d'ailleurs» jouée supérieurement par Couderc, et avec un rare ensemble par Moreau-Sainti» Henri, Grignon, l'excellente M"^ Boulanger, et

une actrice au teint olhfttre et aux jeux de créole, Julie Berlbaud, une prima donna des grandes villes de la province, qui a fini par

les Lisette M les J/^///^ // au hh uiuI Théâtre- Fniiiaiis. I es yeux noirs (le Julie BerUiaud sont restés célèbres dans la iiiéiiioire du dilettantisnic lyonnais. Avec uno voix capricieuse mais argealioe, Mo' thtide ou Zeriine ne chantait pas toujours jusio ; niais lorsque, pour racheter une intonation douteuse, elle détendait Tare de son sourire, et lançait par-dessus la nm^vme noire étincelle; lorsque surtout, sur l'accord final d'un opéra, elle uiullipliail les chatteries et les révérences, le public était dans l'ivresse, et l'on disait le lendemain : « Julie Borllia'iil n'éUiil pas eu voix... (juellc soirée délicieuse nous avons pas^ 'c! »

Depuis UastutH', M. Auber avait cesse d'écrire pour l'Opéra. Il lui apporta le Lnv des Fées, qui fut représenté le lundi {"avril 1839. L'ouvrage obtint un grand succès, et présenta un contraste assez [)it[uanl : M"*Stolti, qui allait créer l'année sut* vante la Lêonor de Donizelti, jouait un rôle ingrat et secondaire à côté (le M"" ^'au, pour laquelle avait élé écrit le rôle sympathique de la pièce. Mignonne de sa personne, élégante el jolie, douée d'une j)etile voix aux sons purs el llùlés et d'une grande agilité de vocalisation, l'élève de prédilection de M"* Damoreau était la plus adorable fée qu'on pût voir et, — en s'y prêtant un peu — la plus délicieuse cantatrice qu'on pAl entendre. Elle conquît, ce soir-là, sa réputation, et la mérita quelques années plus tard dans Lt/cie.

l a réuclion contre Duurr/., aiouUUc après tant (I(î succès el apii'j t uil i!j i.ili: ue- dont l 's marques ne pouvaient être plus longtemps dissimulées au public, cette réaction date de la soirée du Lac des Fées. Ce fut Berlioz qui attacha le grelot et, le premier, fit entendre le cri d'alariue Un pouvait lui reptWucr d'y mettre un peu de cette exagération qu'il reprenait dans lès éclats demtj- ^nonnes de Duprez. A})rès avoir loue quelques beaux elleU chez le virtuose, le critique ajoutait :

«Ceci est dcVart et du grand art. Mais ce qui <i'en éloigncp ce sont CCS éclats de voi!i énormes dans des aitualions où racccnt naturel, amant

que les convenances «coniques, 'compoi'l^'r^ienl, au contraire, le t hnnl le P'iJS soiih'iiu ot \e pins doux : ce sont ces efforts lor rililos qui fon( mal iï lu poitrine dos spectateurs et r\p ch^rmrrii ùin'iv l'nn'illo tl« rniulitnir ; ce sont, enfin, toutes le* con»é«incnces de la fatigue et du dt^pôrisscmciU de la voix de Duprez. » ■ '

Dnpres était (rès-faiigué en cflct, et cVst probablement à cause Ae cela qiiMl venait d^abandonncr son rôle dans le Benventtio Celliiu

d'Hector Berlioz.

hiCifp'i Fr'-n osi un d<^S trois ou quatre ouvrages d'Auber que je n'ai pu entendre. Il réussit à Paris, il lira la foule, à Bruxelles^ une jeune et jolie cantatrice, M"' Charion, devenue M** Charlon^Dcmeur, que nous avons applaudie, il | a quinze ans, place Boleldieu, que nous applaudissions, il y a deux ans à peine, dans Desdemone, et que nous retrouvons, place du Chfttelet, dans la Dtdon drsi Troyenfi, do Berlioz.

La critique 1*' ju il sur le Ion de la coinmiséralion avec i'o|>éi ,» nouveau : « I.a nmsiquc do M. Aiiber, dit-elle, semble avoir élc » écrite à une de CC^ époques de la ligue où se sonl lrouv«'s les plus • grands artistes, et pendant lesquelles leur imagination se refuse » h créer rien de saillant et de neuP. » — Remerciez, mon clier ' monsieur Auber; elle ne s*esi pas toujours montrée aussi polie. CVst une pilule; mais clic a pris soin de vous la dorer!

Z,nni'!hi, n'présenléi' le ven lreili l.'i ou le lundi IS mai ISIO (la dalc esl restée pour moi indécise), csl venue au monde cnlre deux causes célèbres : raffairc de rinstiluleur Hliçabide et le procès de M"* l^afai^ ; sans compter les tribulations d'un déménagement. L*Opéra-Comique abandonnait sa salle à boyau de la place de la fiourse pour venir se loger fastueusemeiit place Favart, dans la salle reconslrui le après le sinistre des Italiens. Le soir où M"*Damoreau fredonnai!, avec plus d'à i t el inoins do voix que jamais, ses mélodies et ses points d'oigue, la souiuilé tempérée de Porcliesire de M. Auber était dominée par un bruit do papier froissé, qui par-

I n-» I ai.

laïl de toutes Icâ loges. On assislaiià l'opéra nouveau, le nés dans hs journaux du soir. Ou dévorait les détails donnés par eux sur lassas* sin Êliçabide. — ^11 a tué une femme,— il a assommé ses deux enfants ù coups de marteau, — il est bachelier ès lettres, — il écrivait dans

les journaux... — voilà les propos échangés cntrr ilt iix cavalinis. C'csl dans Znw'la tju'ou vil se coucher l'astre de M " Dainoif.'îu cl se lever l'aurorfi de M"" Uossî-Caccia , L'ouverture, traversée par un délicieux trait de ilûle, fut vivement applaudie; le premier acte an^ nonçail un de ces triomphes promis à Tassociaiion toujours heu< reuse des noms de Scribe el d'Auber ; en avançant, llntérét uiusicai et dramatique sembla faiblir, et, Éiiçabide jetant à la traverse^ Zunetla lui un opéra et un succès de transition.

L'année suivante, le samedi 6 niar^ 1841, la partition des Diaimnfa (le hi Couronne olitt ii iil. \ioiir Zanc/ia cl pour son propre eoujple, la revanche coniplèie du compositeur. C'était le recommencement du succès du Domino^ avec une veine musicale beau* coup plus abondante que dans h Domino, Il faut dire pourtant que rottvrage ne réussit pas aussi complètement à Paris qu*cn province clà l éuanger. Le rôle de la Catarina, écrit pour M"' Damoreau, fui clianlé par M"* Anna Tliilloij, avec tous les agi éu;enls d'une jolie femme, cl aussi avec toutes les défaillances d'une écolière. — Des cheveux blonds adorahlemcnl crêpés, un . visage de vignette anglaise, un pastel jouant la comédie, et un accent anglais foj^ tement prononcé, c'était charmant, c'était môme original; mais ce n*était pas suflisant dans ce rôle, le plus beau de Temploi des soprani à rOpéra-Comique. Les jaloux de la gloire constante du musicien dirent <jiic M. Auber perlait la peine de son inconstance i l de son ingratitude. Le fait est-il bien prouvé, et M"* Damoreau, dont ou avait dit daus Zunetta : « C'est toujours la virtuose par excellence, mais sa voix n'a plus de sonorité, » eût-elle porté jusqu'au bout, sans fléchir, le fardeau de cette création importante? Le doute est au moins permis.

Une seule femme a chanté la Calarina, el Paris n'a point conuu

€0ttd virtuoM^ ou ce que Paris a entrevu de ce talent formé loin de lai, ce sont les prouiesBes da matin et les feni bien pèlia du soir. M"'Miro-Camoin, qui s*exi1a en province, et sut dorer cet exil après avoir créé le r6le de la laide dans Topéra de r Éclair^ a été la

vraie (latariiia. Quand oUe jouait et chantait IMlenriotte d'Halévy. elle u'éUùl pas encore; lorsqu'elle ne (il que passer, dix ans plus \Mà, l'Atnbassadrice^ elle n'était plus. Mais il reste des lémoinsde la puissance et de la séduction de Tactrico et de la chanteuse dans ce rôle qu'elle avait fait sien , et j*en appellerais au besoin» pour justifier mon enthousiasme rétrospectif, au lémoigns|ge du nouveau chef d'orchestre de TOpéra» M. Georges Hainl, qui a monté à Lyon, pour M"^ Miro-Cainoin, les Diamants de la Couronne.

f,{'.s' D/'^//ia///* étaient joué>, ;i I niigine, par Couderc, Mocker, tiicquier, Henri, M*" ' Anna Thillon et Darder. Le rôle de Diana de Campo-iMayor était bien peu de chose; mais, avec sa grâce et son esprity M"* Darcier le mit sur le premier plan au troisième acte, et elle ne dédaignait point de le jouer, alors qu'elle était l'actrice souverainement aimée à son théâtre.

M"* Lavoyc, M"* Delille et M"" Duprez ont abordé toutes trois, à dix ans d(^ di^lance, ce rôle d'une reine rhrffe de faux monnayeurs. La première et ia dernière y déployèrent un beau talent de vocaliste; toutes deux laissaient désirer plus de charme; In seconde s'y montrait femme et jolie femme. Peut-étre qu'en jetant les trois Caiarina dans le creuset de Rebolledo, on en eût tiré la Catarina que nous attendons encore. Faut-il donc Tatlendre* toujours cette Philis des cantatrices T

Une aneodole les D/^imnn(6. M. Aubei' avait été invité parle duc d'Orléans aux fêtes militaires de Compicgne. Cette entrevue d'une tête couronnée et d'une tôtc (jui croyait Pètre, rappela l'entrevue de François \" et de Charles-Quint. Le prince fit un accueil royal au chef de l'École française; mais celui-ci paya royalement rbospitalité de Gompiègne. La veille d'une grande revue, il demande une plume, de Tenere et du papier réglée et, sous les yeui

I < iM n ~

v.jOOgle

do prinoe, il improvisa la marche-fanfare, que le eompositear a placée plus tard dans louverlure et au troisième acte des Diamants

Je In Couronne.

Le grand succès des Diamants de la Couronne dcsarma-t-il la critique? Fit-il pardonner enGn au compositeur ses vingt ans de triomphe et sa popularité que nouseoviait le théftlre étranger î Je voua le dirai tout à Tbeure. Je veux auparavant placer en regard deoi médailloni de notre musicien , accrochés lour à tour au clou du feuilleton du plus comidérable, du plus littéraire de nos journaux.

LkS DlbbÀTS PLEDBENT.

« La phrase mélodique de M. Aaber est courte, peu saillante... Mais ce dont un musiden est seul responsable* c'est du style plus ou moins distingué de 865 mélodies... Un poème n'a jamais obligé un compositeur à

n't^crire que lics banalités... Il y a un nombre prodigii^ux de contredanses dans celte partition ( olle de?? Diamavt<t''... ï.\ question d'art est tout à fait écartée... La criliquf iic peut pas toujours répéter cette plaisanterie : — •n L'auteur a vuiilu faire une mauvaise chose, et il a tant de talent qu'il y a » parfaitement réussi. »

Le modèle était-il malade, ou posaitr-il mal? Le peintre avait-il

ses nerfs? Quoi qu'il en soit, voici uno autre copie du même original, brossé»' dans le même atelier, à la vérité, mais |>ar la main d'un autre artiste *

LES OtBATS QUI BHNT.

« M. Auber a été l'élève clién de ùiei ubuu... il ei;l lo premier de nos compositeurs «lui ail exercé une influence considérable en Allcmagoe et en Italie... Son mérire essentiel cs^ d*avoir su Atre populaire sans Mre jamais vulgaire... Que d'œuvres médiocres ont été quaiiflées de savantes parce qu'il s*y trouve deux ou trois méchantes modulations I... Et quel iujuste oubit, par exempte, pour le final du Serment, un des morceaux les meilleurs et les plus complets que l'on ait exécuté.-* sur la scène de rOpén ... M A liber est, tout bien considéré, l'ex pression ia plus coii>piè;e de l'école francise. »

La prt-mièie de ces deux toiles, où le modèle n'esl pas llallé, a été brossée le lendemain du succès des Diamants de la C ouronne; .la flCGondOy oà l'origiDal a si bon air, date de la réussite de /a Part du Diable, Hector Berlioz a fait maussade le visage du musicien que M. Jules Maurel a fait souriant; et, chacun dY'ux, s'a* dressant au même journal, lui a dit en musique : « Prôle-moi la plume pour écrire un inul! » — Le mot de M. Jules Maurel est celui qui restera* ^

w MC d'oiam». — MOKT w cmoMiii. — shibi ttns (ninfane m tniiiML). — cooonic rMT, MMn aiuvb. u Mm m biabli, — 'wonoiiii. —

M*** MSSl-CACCU. — QIIS MARCBAROB DE G0IU0R8 PniflCESSC NE itBtIE. — tA

SIBÉKE. — m"* LOOt.E LAVOTE. — CCALDE — HETBAITE DE H. OUMHIIIt. —

DWECnOK DE M. BASSET. — LA BARCAROLLE. — HOBT DE MARIO.

Duc (POhmieïul loué le sendreJi 4 fi'-vrier 1842. Il ofTril cpHp. parlicularilc que le partenaire de M"" Damorcau ùnas Je Dommo et l'Ambassadrice — Horace, don Henrique Couderc — suifil dans sa disgrftoe la plus parfaite de nos cantatrices. Le rôle que lui destinait le pofite fut donné par le musicien k son camarade Mockcr. En revanche^ le Duc iTOlotm est le premier ouvrage dans lequel Roger commença la série de ses brillantes créations à ce Ilu âiic, elen devnu le coiuéJicn et le chanteur favori. M"* Anna Thillon cliania Bianca assez faiblement; mais elle fut trouvée charmante sous son costume de moiiiillon.

Le mois qui suint la première représentation du Duc d' donne ' vit mourir h Paris deux hommes dont Kun compte parmi les grands musiciens de la fin du uècle dernier et du commencement de celni-ci, et l'autre se place au premier rang des littérateurs qui .onl écriL sur la musique : Cherubini et Henri Bcyle, ce dernier plus connu sous le pseudonyme de Frédéric de Sthendal*

Cherubiiii mourut le 15 mars 1842, à 1 âge de qualre-viogtdeux ans; il était depuis vingt ans directeur de notre Ganserva-

toire. Sa sncoesnoii à la tète de cet établissement et sa place de directeur de la musique du roi ne furent pas disputées : Topinion nonima son élève, le oomposltenr du Due d'Oh/m», elle roi Louis- Philippe n'eut qu*à contre-signcr ce choix populaire. fin do

Henri Boyle fui assez vulgaire pour un homme qui avait la vanité aussi arisLocraliquc, pour le moins, que l'esprii et le taleul : l'historien de Hossini mourut au coin d'une borne, Irappé dans la rue d'une attaque d*apoplexi&. U était en ce temps-là consul à (^vitta- Veccbia. Beyle appartient au petit nombre des lettrés qui se passionnèient pour la musique, en goûtèrent les pins exquises délicatesiiessans l'avoir étudiée, et qui ne mettaient rien au-dessus des sensations qu'elle donne. Dans les dix-sept volumes de l'œuvre de Beyle, la mu^i jue, luujuuis Imement goûtée et lineuient appréciée, revient comme le da capo d'une variation instrumentale. Le politique amer et désenchanté, Técrivain sceptique, le penseur cynique, retrouTe toute sa foi, toute son admiration, toutes ses illusions, lorsqu'il vient à prononcer et à écrire les noms dmns de Mosart, de Gimarosa et de Rossini* qui rouvraient dans son cœur desséché la source vive des émotions de la jeunesse !

Au Duc d'Olonne, qui avait réussi sans grand iracas, succéda laPartffif Di'd'f'' [\\\nx\'\. 1 G janvier 1843). Il semble que nous en - touchions !<■ souvenir connue avec la main. Je crois entendre Encore Roger, don Raphaël d*Esluniga, étourdi comme on écolier, crédule comme un Espagnol, s*écrier avec insouciance au lâilieu des dangers qui le menacent : « C'est lui qui doit me protéger! » — Et puis-je oublier le vieux Ricquier dans le licencié Gil Vargas, le gouverneur de don Raphaël? Quels regards effarés et faux! quelle nmir j apclarJc! quel maintien obséquieux et bas! Quel vieux coquin que ce saint homme! Ricquier a clé le dernier comédien de ce théâtre; c'était l'acteur favori de M. Scribe, qui avait coutume de dire : « Ricquier a un réle dans ma pièce; je suis

tranquille- » Le compositeur avait ses raisons pour l'être ud peu mmos, car les intonations ou les détonations de cet exceUeol La Ruette étaient des plus vagabomlea. 11 avait, dans Im Diamùnis et dans ia Sirène^ des (^xarti d'une sonorité vraiment r^ouissante.. M. Auber disait spirituellement, en parlant de ces modnlations^ïion prévues : « R](J(|nier chante entre les touches du piano, b

L'i Pdi'l (lu Diaùk mit tout à fait en évidence une cantatrice qui devait faire de Carlo Broschi sa plus belle et, à vrai dire, sa seule création. On l'avait remarquée jusque-là au second rang ; elle monta avec éclat au premier dans ce rôle unique, et elle disparut après ce grand snccàs pour ne se plus montrer. On fit mille contes sur ce départ et cette abdication prématurée. Un voyageur prétendit avoir rencontré Carlo Broschi vendant des fritures de goujons dans un cabaret situé au coin d'un village perdu; on s'en étonna lu premier jour, ou u y songea plus le lendemain. Bien des années s'étaient écoulées, lorsque la marchande de goi\jons, dé« guisée en princes<5e de féerie, reparut au Théâtre-Lyrique dans le principal rôle de femme A^Obéroti, Si c'était un CratAme, il était bien engraissé; si c'était une apparition, die avait oublié sa voix dans l'antre monde. Le Temps — celui que La Fontaine appelle un insigne larron — avait joué trop bien, hélas 1 aux côtés de la cantatrice, le rôle du diable de MM. Scribe et Auber. Lorgnant avec envie sa jeunesse, sa beauté, son talent, sa voix, il lui avait dit : « Et ma part? » Et le cruel avait tout pris! , .

Personne ne chantera, comme le faisait M»« Rossi-Caccia, la cavatine de la Part du Diable : «Xitf Smgulier rédi qu*m je ment entendre.*. » et l'andante:* SansamùeimU sur la terret » Cette voix d'harmonica , toujours trop haut perchée dans d'autres rôles, ces vibrations semblables à la sonorité du verre avaient quelque chose de vraiment séraphique. Les noies d'oiseau monlaienl, montaient sans cesse, jusqu'à ce qu'elles tussent devcnuts une voix d'an^'e. La cantatrice restait froide en faisant fondre en larmes le spectateur.

Dans la Part du Diable^ il semblait que le musicien et le poëte

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n'eussent pas également partag»; lo succt's. Favori««'' pnr le public, M. Scribe avait un peu triché en s'âdjugeaol k sienne. Dans la Sirène^ jouée le mardi 26 mars 1844, le eompositeor regagna loul ie teminperdttott qui avait para l'être. Je ne saurais oablier cette date de la première représwlation de la Sirène^ car ce fui celle da premier feuilleton que j'fcrivîs sur Auber. i*ai égaré ce griflbnnagc de (léhiilant dans la crilif|ue ; mais, s'il m'en souvient, j'y faisais assf»z irrévérencieusement la leçon à ceux mes aînés qui avaient |)ris la longue habitude de traiter de musicien superficiel, de faiseur de guadriliesleehetàe l'École française. J'avais raison, sansdotiti!; mais, comme tout homme qui s'essaye à cette tâche délicate de tenir une plume» je devais triompher de mes confrères dans un style bien incongru.

Scopctlo, de fa Sirène, a été, «jans comparaison, le meilleur rôle do Roger, lui, qui n'en a créé que d'excellents à ce ihéàlre. Quel naturel, quelle sensibilité, quelle brusquerie sympathiq<io dans ce caractère du fils de Marco Tempeata, bandit par héritage et honnête homme pour son propre compte! On ne fit jamais un personnage plus vrai d'unrêle plus faux. Roger avait pour partenaires, dans cette pièce» Rlcquier, étourdissant dans le marquis de l'opoli; Audran, chanteur agréable, à la condition d'être placé dans un rôle secondaiie (ce qui le désolait), et M'" Louise Lavoye, devenue, parle départ de M°" Kossi-Caccia, la prima cTonna de rOpéra-€omiquc. M".* Lavoye avait une voix scclie, anguleuse, pou sympathique, mais sûre, rompue à toutes les difficultés du chant, dirigée par un talent plein de volonté et de fermeté. On ii*était pas toujours charmé en l'écoutant, mais on était toujours tranquille. Lorsque la voix de la chanteuse exécutait une gamme diatonique ou chromaiique, il semblait parfois qu'elle promenât l'oreille de l'auditeur tout le long d'une scie à dents égales. On finissait pourtant par se faire h ce supplice d'une vocalisation aiguë ou aiguisée, et, quand Toreille était suffisamment aguerrie, on rendait justice à la maestria et au V savant mécanisme de la jeune chanteuse.

Avec ses qualités très-réelles» très^estimables, M"* Louise Lavoye était une chanteuse de transition. L'édat qu'elle jeta sur son théâtre et sur les rôles nombreux qu*elle a créée, je le compare à la clarté que répandent des bougies dans un salon par une nuit noire. Tout est sombre au dehors, tandis qu*au dedans on rit et Ton cause. Il semble que celle fôle ne tinira plus. Mais, peu à peu, l'aube blanchit le ciel que va rougir l'aurore ; le jour naît, le soleil se lève, et cette vraie lumière absorbe la lueur douteuse et rou • geâtre des bougies mourantes. Ce jour lumineux, dans lequel allait s'éteindre le talent laborieux de Louise Lavo|e, ce fut l'événement de M"* Ugalde, dont la voix et l'inspiration étaient un embrasement dans le Domino, fAmhaigaâricej le CaJd et le Toréador.

Après plus de dix années d'une gestion (jui l'enrichit en sauvant d une mort certaine le genre et le théâtre, M. Crosnier se retira et céda son privilège à M. Basset, — moyennant récompense honnête, bien entendu. Pour inaugurer la nouvelle direction, MM. Scribe et Attber donnèrent la jBarcarolle^ qui fut joiiée le mardi 22 avjil 1 8 fa. Le compositeur avait eu une idée asseï originale, mais qui ne lui réus> si! pus complètement, c^étaitde confier trois réles importants de son opéraùtroisélèvesduConservatoire:la basse Chaix, le baryton Gasster et le mcz/o-soprano Octavie Delillc (M"' Morize). Deiix soldats cxpérimenlés dirigeaient ces conscrits : itoger et Hermaun-Léon. La Barcaro/fe fut reçue froidement par la presse et immolée tout d^une voix au foyer. La critique, éri^ en oracle de Calchas, ne se donna même pas la peine d'anathématiser IVliste et Toeuvre en style homérique. L'argot pouvait suffire à son dédain, et elle le formula en ces termes, que je suis honteux de répéter : t Le musi* cîcn âù la Barcarolle n'a plus rien dans le venue. » — Pendant que les journaux étaient en train de tuer M. Auher, il ne leur eu coûtait guère plus de faire mourir le ténor Mario. Voici ce que, dans b nouveauté de la tkaxarolle, on put lire dans toutes les ganttes grandes ou petites ;

* Le bruit de la mort dp Mario s'est malheuroiisempnt contlrm^. \fi chanteur ««e serait trouvé dans une maison, qu'il ponvaitregarder cutmne sienne, avec uo grand personnage anglais dont la présence en ce lieu

On prétendit que le ténor aYtit été poignardé par le grand seigneur, et si Ton ne donna pas \c facsmUe de Farnie meurtrière,

ce fut par discrétion pure.

Qijiii/e JOUI?» après, avec la permission des mêmes jdurnaux, MM. Auber et Mario ressuscil^renl. Un petit journal de speclaclc profila luêmcde cette circonstancepour donner une définition à son lecteur sous forme de comparaison mythologique : il appela le compositeur de h BarearoUe le Titon de la mustgue, — Ce petit journal» trop frotté de mythologie, ne passait pas, en ce temps-là, pour « donner » ses éloges, et si le compositeur, comparé h Péponx rajeuni piir Tlu'ti'^, i-ni voulu v uieUrf le prix, 1 écrivain eût changé \'o en a, et tait de 'itlon Ttian.

BAYDÉR. — LES ÊTRRNCteS DE 1848. — OU LE BIOGRAms PBEJiD DES LIBEBTI —

«OOBi. — mU* cmhm. -> u rAïuvLC d'oub conirc. — L'nirAirr prodicce. — > mm DB^Bmfioji a Vkvusa w$ sodim qui f siam bntbkdw. — u

CMBSIUS Ik'OlUimS. — UN ENm>nLBT DU JOL-RMAL VU OiHAtS. — U FMtBUB

m lA rAiL» n tB LA kkitm. — uts «niTiim db samm» ^isçk.

Après la BarearoUe^ soit découragement momentané, soit besoin d*nn repos bien légitimement gagné, tf . Auber garda un long silence. Il lenimpit, le mardi décembre 1847, avec la partition

à'iïaydre. Ce fiU un beau succès, et co suars tlait les Atrennes qii»' lo nnr u icii cornpî.iit donner f> l'année 1848, laquelle iio (arda guère à donner Irs sionnes à la France. Vous save» ce qu'il a<lvinl; le drame de rOpéra-Comtque avait compta ^nns un hôte terriblement vociférant en ce temps-là : le drame de la me. Deui mois après son éclatante réussite, Haydée^ jouée devant de rares spectateurs, de moins- en moins attentifs, de plus en plus préoccupés, était impuissante à sauver une direction dont l'opéra de MM. Scribe et AtiljiT ét.iit le dernier coup de dé. Les déî^ avaient été supérieurement jetés, et le coup était ga^rné, on peut le dire; le malheur est que 1848, trichant le destin avec son coup de tam-tam inattendu, dit au directeur, comme Lorédan à son partenaire 0onato : stxttqmtn.».

L'amiral de Venise était un rdle Irès-forl et Irès-chargo do mu-

ï,i(fue. Ce fut la dernière création do Roger au théâtre qu'il allait abandonner; elle préparait admiiablenu^ni au clianlcur la trajis!tion du petit opéra au grand ; car, si i on excepte la romance du premier acte : Mes Jours wués à la souffrance^ le rôle entier de Lorédan Grimani est écrit pour un ténor dramatique. Roger produisit un grand effet dans k scène du somnamttUUm; acteur^ chanteur et ' mime, il y était complet; le brusque, le bon, le pétulant, le spirituel Scopetto de la Sirène avait su donner à cette physionomie d*un honnête criminel un cachet de mélancolie et de fatalité, et rendre intéressant ce pleurard éternel et tuuaolune.

Dirai-je, non pas la vérité, mais mon miUment sur Ilaydée (ce qui est bien différent)? Tout homme un peu sensible à la musique a une manière de comprendre et de proclamer le beau dans les arts, qui a pour points de départ et d*arrivée sa propre infaillibililé. G*est en matière d^opéra que le proverbe latin a raison : Quot homines^ tôt spntmtiœ ; aulauL d'auditeurs, autant d'opinions. — Cela une fois bien établi, je rangerais Ilaydée, doul le succès dure encore, parmi les ouvrages de second ordre du compositeur. Pris isolément, je le reconnais, chaque morceau accuse l'expérience d'un maître; à côté d'uue foule d'inspirations charmantes, on compte des pages saisissantes, entre autres la grande scène finale du premier acte ; elle est dramatique, colorée» d'un tissu harmonique serré par une main savaule; et dans l'ordre des inspirations purement gracieuses, l'air populaire de /a Brise, la romance en nu bémol : // dit qu'à sa noble patrie, etc. , le duo des soprani : Cest la [êle au Lido^ reoferment des mélodies d'un jet heureux, des harmonies d'une rare élégance. Je ne sais pourtant à quoi cela tient, mais ce que je loue en détail me laisse froid dans Tensemble ; la partition est comme un champ couvert d'épis mûrs et sciés que les moissonneurs auraient oublié de lier en gerbe; c'est une succession (le morceaux excellents, et en grand nombre, qui n'ont pas )'air de (enir ù rupéra* La pa^sioa oion^uo au draïuo luusioal, h

biyuizoa by GoOglc

le répète, c'est lu uae opinion pcnonnelle ; j'ai une prédilection si |)ariialc pour la musique d'Auber, que mon vœu le plus sincère, en critiquant Uaydée^ serait d'fttre injuste et même de n'avoir pas ie sens commun. Prouvez'le-moi, et vous m'obligerez.

Dans Hat/dêe jouaient, auprès de Roger, Hermann-Léon, Au^ dran, Uicquior, M'"' Lavoyc cl Grimm. Nous les connaissons tous, à resception dn la dernière.

Bl"* Gnuun, aujourd'hui uianée, retirée du thîùlre et complètement oubliée, n'a pas plus de trente-six ans. C*était,en ce temps-là, une belle jeune fiUe, d'une distinction aristocratique. Son visage et ses épaules, d'une blaocbcur éblouissante, recevaient un éclat tout particulier des reflets aux ions de pourpré d'une de ces chevelures abondantes dont les grands coloristes vénitiens du séinème siècle aimaient à coilVor leurs madones. M"* Grimm était la Belle aux chevetf.T fror de l'Ojjéra-Comique. — cl ceci n'est point un conte! A l'époque de sa sortie du Conservatoire, elle avait donné la réplique àBogcr dans Henriette de l Éclair^ partagé le succès du chanteur, et, dans le duo pathétique de b leçon, au deuxième acte, elle l'avait éclipsé. Sa voix, très-pure et jusque-là uu peu froide, avait trouvé des accents à la Faleon pour interpréter la phrase si heureuse : Elle (lisait f tout attendrie.,. Cette soirée, tout à la fois un triomphe* cl une révélation, devait être unique dans une carrière bien cou i le, hélasl Bi"* Grimm demeura deux ou Uois années eucoj^ à l'Opéra;* Comique ; mais, par une ironie de la destinée, à mesura qu'elle se développait en beauté, au point d'inquiéter sa couturière, elle suivait, sous le rapport du tslent, une progression diamétralement opposées itmle de première, de seogndc, puis de troisième grandeur, elle envahissait la soène, et pourtant elle menaçait de passer è l'élal de nébuleux. Le jour où M"'' Lefcbvrc, M)rl;iiit luul a cuup de la foule pour remplacer M""" Ugalde, condamnée à un repos momentané, jouait et chantait avec tant de grâce et de jeunesse Elisabeth du S(mg$ dune Nuii d'éiéy M"* Grimm faisait, à ses côtés, dans le persotinage secondaire d*01iTia, 9a dernière création t et, un

peu plus lard, sa dernière apparition. M"* Mcillel joua le rôle, et nul ne songea à poser un point infcnogalif devant rM\(^ Butt^iiintion. Pour nous scr\-ir d'nno image de Victor Hugo, M"* Cîrimni a pastté à rOpt'm Coniifiue sans /aissrr nif'ine snn ombre sitr le mvr. Vous qui la vîtes filer Gommc un mélcaro, elle en avait la chevelure* ^excusez la longueur de Tèpitaphe!

Tm» années s*écoulèreht entre Haydée et VEnfant prodigm, représenté à ropéra le vendredi 6 décembre 1850. C'est le repos le plus long auquel se «oil ri'rsitTn»'- M. Aubi-r. Lui, qui sait l'art, nt le pratique en maîlre, de causer en chantant, il avâit attendu sans doute que les clameurs de la me, en s'apaisant, lui permissent de faire entendre un bout de conversation. Quelle déliciense partition que celle de fEnfmU prodi^el Oh! je n'ignore point qu'à Toocasion de oe retour du musicien vers l*art et le pays de la Muette, on crut SToir fait justice de ces cinq actes tout niissdants de mélodies avec celle lianaiiié .jui avait servi bien des fois ; peiùe musiçuel Le grand (Icfaiit de la partilion de ]Sf, Auber, c'était son exub/"rance de séve et de vie. ËUe avait beau marier le pathétique à la grâce, on ne lui {)ardonnait point ses sourires; on lui reprochait de manquer absolument de « couleur locale » par suite de cette paresse de notre jugement qui se paye de formules toutes faites. Au lien d*écottler Touvrage nouveau, on se disait : La place de M. Meycrbeer est à l'Opéra etcelledcM. Aubcràl Opéra-Comifluc; donc l'Enfant prodigue ne vaut rien. Assurément, le compositeur ne s'était pas nourri des livres saints; mais il est évident qu'à son insu, et par l'équilibre naturel qui tend à s'établir entre l'inspiralion de l'artiste et la çouleur du sujet qu'il veut traiter, ' If. Auber, sans être biblique, avait entrevu certains aspects de rOrient. Le premier acte, d*un bout i Tautre, avait une grande simplicité; et, dans ce milieu patriarcal, l'air si coquet de la courtisane Nephté n'était pas un anachronisme, mais une opposition. La fille de Meniphis apportait, sous la tente d un serviteur du Dieu d'Israël, les airs chargés de langueur et de volupté d'une cité

amollie par le line, dentelle faisait la peinture. Ses vocalises sensuelles étaient ici en situation, puisqu'elles se promettaient la conquête d'Axaël.

Le matcrialisiue délicat et la civilisation élù^aiito des Égyptiens ne revivent-ils p'&s tout entiers dan? le second acte et dans l'orphie du troisième? Ne s^emble-t-îl point qu'on respire l'Orient et se^| parfums en écoulant la chanson du pâtre, au quatrième acte? Le Goropositenr, accusé de se plaire dans kjoU, n^a-t^il pas su être grand dans Pair .où Aiaèl, gardeur de chamctus, pleure Jephlèle et la tente paternelle? pathétique et simple dans la romance dra** matique de Ruben : Mon fils, je fat perdu] Vous demandez où est la Bible! Je vous réponds : la voilà! Vous cherchez Memphis et l'Orient? Je vous les montre. Je vous renvoie au délilé du bœnf Apis, au Itallet des aimées, au tableau orgiaque des mystères d'Isis. Hector Berlioz, qui a besoin de faire un grand effort d'im* partialité pour goûter l*art d'Âuber, et qui n*y réussit pas toujours '(veuilles vous rappeler mes ci^tions], Berlloa analyse pourtant tEti' font prodigue avec la sincérité respectueuse qu'aurait pu y mettre un admirateur depuis longtemps fjagné au musicien. Le critique des DHmtf! \\\. très-bien les benul^sde l'œiivro là où elle«? étaient , et il les fait sentir avec toute sorte de considérations et de preuves à l'appui. « La partition de M. Auber, dit-il, est complètement pure de ces beautés terribles qu'aocompagne l'ennui. » — J'en demande faîen pardon à mén confrère, un peu d'ennui, dans les cinq actes de F Enfant pro<ii<pte,ii*etAmn gâté au succès de Touvrage. Bn France, où nous n*aimons pas tontes choses, nous faisons un très-grand cas de ccUes qui nous assomment majestueusement. Un iiénie souriant est bien près d'ètrOj pour nous autres Français^ un esprit frivole. Être fécond, être inspiré, être clair, cacher le savoir profond sous les légèretés de la forme, c'est le péché mignon d'Auber, et il a terriblement diminué la taille du maître dans Topinion des hommes tirieux, Hontres à un homme, promeneur vulgaire, — et ce promeneur ae nomme ches nous tout le monde — des

roses nalurcHes el des roses artificielles , il commcncora par admirer les ///.s (le fer. La fleur du bon Dieu pouasc toute seule; c'est à peine si le jardinier el le soleil s'en môleot. Mais rautre, c'est de l'art. Le fil de fer, voilà justement ce qui manque au lalenl do M. Auber, ainsi qu'à ses mélodies, qui ont poussé naturellemenl en plein soldL Et je vais élonncr bien des gens, ~ les seandaliser, ' peut èlrc, — en avançant une nouveauté (qui n'en est pas une pour les artistes) , à savoir que le compositeur le plus savant de l'école française c'est, non pas l'auteur de la Juire, niais celui de ia Muette. Que le pauvre el regrettable Halévy n'est • il encore do ce monde! j'en appellerais à son témoignage. Le yrand^ pour les hommes qui se payent de mois, c'est la dimension* Ceux qui sUnstitnent les jugeursàts grands musiciens, des grands peintres, des grands écrivains, ressemblent & ce paysan qui, se rendant à la poste pour y prendre le courrier de son maître^ mettait d*abord la main sur la plus large des enveloppes, peu soucieux d'épeler l'adresse de la lettre; il payait, il voulait avoir du papier pour sou argent. Que de gens qui se croient doués pour aimer et juger les choses d'art, cl qui n*ont que le bon sens et la logique du paysan t Axiome : Dans toutes les choses qu*il consent à admirer, le Français veut woùr du papier pour ton argent,

Voitt une digression i}ui , si je n'y prends garde, ni*entra!aeni bien loin de l'Orienl et de P Enfant jirodiijue ; revenons-y par un détour prosaïque. L'ouvrage de M. Auber avait pour interprètes: Hoger, Masâol, Ohin, M"""* L iborde, Dameron el Plunkell.

Six mois après le succès ^de Enfant prodiyuet le vendredi 10 mai 1851, Marîetta Alboni créait à TOpéra Zwlinemt la Cor~ Mi/e d*orange$» Le poème de 11. Scribe, ce n'était rien; la musique de 11. Aubei*, c'était.... eh bien, oui, c'était un canevas à cabalettesai à points d'orgues. Mais, cela aulorisail-il un homme d cspril, aimable, bien élevé, mslriul, mais point entendu ca musique, à écrire sur un muilre comme M. Auber les ligne» &lii« vantes, aussi injustes qu'elles »uot regrettables 7

tt tes p<:prils chagrin» pnMenJent qu'il y a trente-cinq ans, tout à riienre, qtip les mélodies de M. Auber font les délices des diieitaitti de ropéid-CuiiiK^ue : toujours coquettes et pimpantes, elles sont, liélasi fanéest vieilioiies, et ont perdu toute distinction....

• M'i* Alboni a su rendra de la fratcheur aux pettfM cavatines et aux randos 9uranné$ de rillustre patriarehe (voilà un illustre bien placé 1) de racole françuse....»

En supposant que cet outrage, décoché en style léger, fAt mérité, élait-il séant qa*un homme grave, qui s'ahsienait ordinairement de tenir la plume dans son journal, signftt un tel jugement de son prénom et de son nom considérahles en matière politique? Élail-ce

pour mieux a( ruser le dédain de la critique? Le public, surpris de voir M. Armand JJerlin (car c'était lui) au bout d'un cnlrc-filef musical^ prit le chaoge; il flaira une perfidie où il n'y avait assurément qu'une boutade de mauvaise humeur, et attribua à un critique ou à une femme, — peut-être à tous les deux, — la prose du directeur des Déàatt»

Biais, landis que j'extrais une paille de l*ϔl de mon Toisin, il

me pousse dans le mien une poutre énorme. J'avais oublié mon lùiiipte rendu de h Corheille </'Oranf/f>Sj et je le retrouve. En voici le commencement, et, avec des atlëoualions iosignifiaDtes, la fin y répondait :

« Il m'en coûte assurément, à IVndroit de Zerline, de commencer par la sévérité; mais il en est d'un admirateur qui se Tâche comme d'un poltron révolté : le premier dépasse parfois les bornes de la critique, et le second franchit toujours les limites du courage. •

Après cette citation, qui me couvre de confusion, il ne me reste qu'à ramasser la discipline avec laquelle je viens de fustiger un journal grave, et à en faire siffler les lanières sur ma peau. Ne me plaignez qu'à bon escienL Tout homme, dans ma situation, est de l'école de Sancho Pança, qui, se donnant les élrivières, frappait à coups redoublés sur.... l*arbre auquel il était adossé. Je tous réponds que mon bras ne sera pas moins ▼igooreox que le sien.

XIU

■AMnTA AUOM. — Uli COHCim M t'OPta*. — • MAtOO Wà»k. — OU* MCLAK Dk CAHTATUCIS. — US tMNS CâtOUMS. — CAMUM LVUTU. — HIOLAII — CAMNJXB VUniS. — «non KU. — MANOn LUCAtlt. — MAI» GaMH.. — SOM PORniAlT. — LE BAIXCT DE MABGO SPABA. ^ MH» MMimill POmAlfS W MM» MATS. — LA raUURUi. — LA MâATU

Marietta Alboni» la Zerliae de la CorMUeitÙrangesy ëlaîl l'eafant d*adopUoii du public de TOpéra. G*esl sur une scène française que la cantatrice italienne avait conquis sa renommée européenne.

Les succès obtenus par le célèbre conlrallo, ù i n tpparilion à VcDladour, ne fureul, on peut le dire, que l'rclio tiu bos premiers triomphes aux concerts do 1847, ù l'Acadéinie Royale de Musique. Je me souviens encore de la sensation produite par Marietta dans la cavatine d' Arsace. Eceo me al fin m Babilotiia furent les pre> mières notes que fit entendire cette voix d'un volume plein et caressant» d*un timbre d'or et de velours. 11 s'éleva, du parterre au cintre, comme un oAf comprimé, arraché par Padmiratbn à toutes les poitrines. Figurez-vous les épis mûrs d'un champ de blé frissonnant sous lo vent qui courbe leurs têtes. On n*avait rien LiilciiJti de pareil liaiis... Babylone. L'Âlboni chaula, ce soir-là, lu duu du Barbier et le fameux Brmdùi de la Lucrezsta, de Ooniaetti. Paro-

dîanl le mol dps Vcnilicns sur Rossini à TisMio de Tmterdfh, lej Parisiens, en .«oriant de i*Opéra, s^abordèrent on se disant ; « Une grande chanleuse nous est née! •

En souvenir de ce baplème de seplembra 1 847, TAlboni do PrO' phèt€ et de la Corbeille d*Orangêi était donc, en dépil de son nom ' et de son style, «ne chanteuse « française, » et le seul ouvrage écrit sur la mesure de son taloni- cl pour faire valoir ses f|ualit*''s, le fut par un musicien français, M. Auber.

Quclcjues mois avant les représentations de la Corl/eiUe trOranf/p^, h fille de Du prez avait débuté aux Italiens dans Lucie* Elle avait dix-huit ans à poioc, et son talent, plein de fermeté et de sûreté, savait obtenir de grands effets d*ane petite voix. A Tissue de sa campagne italienne, POpéra-Gomique engagea Caroline Duprez. M. Auber écrivit pour la débofanle Marco Spailn, (\\\\ fut joué le jeudi 2;î dt rt'mbrc 18o2. Ballaille. (.ou lcre, Boiilo. liiissine et M"* Andréa Favel s'<'l1aciTent, avec bonne grâce, aHii df laisser au premier plan Angela, leur nouvelle camarade. Pour donuer du piquant anréle musical de la fille du chef de bandits, on avait imaginé de faire chanter'à Caroline Dnprex un morceau en quatre langues : le russe, Panglais, le français et l'italien. L'effet fut moins original que bizarre, et la situation dramatique avait le malhnur tr(Hio une réminiscence, un {>t'u hop lorlts du second acie dfs Di'iNuutts. A la soirée chez Icgouvenu^ur de Rome, Angola, comme la Calarina chez le duc de Campo-Mapr, chantait sur un volcan ; à la vérité, elle ignorait le danger qu^elle courait en compagnie de l'auteur de ses jours, le sentimental Marco Spada, le père Goriot des voleurs de grand chemin.

On accusa M. Scribe d*avoir, pour faire une pièce neuve, re- \mu né SCS vieux habits draniali(jues, cl un plaisant du foyer baptisa l'opéra : Fra-'Man o <m /es Diainanl.s de la Sirèite. Mais la jiarlitioii fut trouvée pleine de motifs heureux et originaux, el louée tout d'une voix. C'est, en quelque sorte, sous la dictée des spectateurs de la première représentation que Berlioz put écrire : « LVn-

» don^taàle jeunesse de M. Auber s'est encore donné carrière » dans cette nouTrelle pertition. Il y e partout de la Terre, une » fraîcheur d*idéos încrop^ble, une originalité presfue iémérarn m parfois, et un eoloris instrumental, qui n'ont jamais brillé

» d'un plus vif éclat dans les précédenls ouvrages de l'aa- ♦ » leur. » . ^

L'Opéra-Comique, en appelant à lui une nouvelle prima donna» aTait-^il voulu faire un passe^roii à celle qu'il n'avait pas su tou» jours placer à son rang depuis trois années. M"* Félix Miolan? léserais plutôt tenté de croire que» en collectionneur de talents rares, il s*était dit : « Taurai mon triolei deCarolinesI » Et, en elTet, du jour où Angola devint un enfant de la maison, le théfttre eut trois noms, égalemeiil, chers au public, à inscrire sur soii allichc : Caroline î.efebvre, Caroline Miolan et Caroline Duprez. Avec ce àrc/an de cantairkes, il devait gagner à tout coup. Les vieux habitués de l'orchestre, dans leur admiration pour la première des trois Gan>< lines, se fussent pris aux cheveux, — s'il leur en était resté. — «C'est la flnesse routine de M'^Gavaudan» » disait l'un.-** G*est le charme tout féminin de M"*Pradher, » faisai^ un autre. — «Et moi, s'écriait, un Iroisiènic, je soutiens que c'est l'esprit de M"* Darcier! » — Eh 1 messieurs, aurail-on pu leur répondre, comme le flt, en pareille occasion, l'honnête pivert de la fable à ses voisins le perroquety le cardinal et le serin : Caroline I<efebvre a de la finesse, du charme et de l'esprit, et il n*est pas besoin de baptiser du nom de ses devancières des grftces qui sont bien è elle!

Rien ne se ressemblait moins que les deux élèves qui font le pins d'honneur à l'école de Duprez. M'" Félix Miolan, avec une voix inégale et trouée dans le médium, avait dans la demi-teinte des effets d'une sonorité séraphique. L'expression la plus pure, la plus exquise et en même temps la plus élevée de cet art, qui devait créer une école (les Miolan), c'est l'exécution du Voidiê ttqtete, de Bfoxart, et de TAbeiUe, de la Remê Topaxe. La fille de Duprex, moins bien partagée encore sous le rapport des moyens naturels, sut rero-

Digitizcû by Gdo^Ic

pkcer tout ce qui toi manquait parda style : die se fit une grande phrase avec une petite Toix.

Jenny iîeJK jouée le samedi t Juin 1855, fut la dernière création

de (laioliiio I)ii(»ri7. à rOpAra-Coiinijuc. J'tMilrnHs h* mol création d'une façon absolue, et non daus le sens plus géiiérnl des rôles depuis longtemps au répertoire. Jetmy Bell y se conformant en tout poÎDt à son acte de naissance, fut^un succès d'élé. Si Auber était resté jeune. Scribe avait descendu peu à peu du métier à la lassitude, et de la lassitude à la caducité. Les scènes et les situations de Jenny Bell avaient tratné un peu partout dans les pièces de l*auleur. Le public se montra excédé et la presse d'une bienveillance dédaigneuse. Le musicien ic>;v nlit le contrc-i:oiip de rinditrérence qui accueillit 80D poète ; mais, pren^l vite son parti d'un quasi échec qui n'atteignait que par ricocliet sa partition, il se mit, en espérant des jours plus heureux, à écrire Manân Immti, pour le talent de Harie-Cabel, que la direction de TOpéra^mique était allée chercher au boulevard.

Manon Ijfiseaut, représentée le samedi 23 février f856, obtint un brillant Buccès. Le troisième acte était une des pages les plus complètes eL les j)lus btilles qu'ait écrites le coinjiositenr. La ritouroeile instrumentale du duo de Manon et de Des Grieux fut regardée comme un chef-d'œuvre. Auber avait fait grand; et, lorsqu'il écrivait cette ritoumelle si colorée et ai passionnée, l'inépuisable mé> lodiste venait d'accomplir sa soixante-quàtondème année.

Le personnage de Hanon Lescaut semblait fait pour la personne et les habitudes du talent de Marie-Cabel ; il était jeté dans le moule de la Bouquetière du Bi/ou perdu, Pûurtmt, la chanteuse aux points iVorgue audacieux, que Gounod a baptisée le « garde mobile » du chant, réussit à TOpéra -Comique, mais sans y rencontrer la popularité et la vogue qui l'avaient accueillie au lioulevard. Voici, dans ce réie de la mattrer^ de Des Grieux, son portrai^ que je faisd«^ mémoire. Prenex la peine de le rajeunir de (jiielqucs années.

La plus agréable grisette qui se puisse voir. Tout è la fo» la fîral-

chenr enfuitine, la santé, Tespiègleric, la gentillesse. Des yeux petits, mais pelillunb de malice. Une bouche cliarinanle, creusée aux deux coins par deux fossettes rieuses, et démasquant, sans crier : Gare! rartillcric de ses trente-deux dents* Des épaules lustrées par le duvet de la jeunesse; un buste plein sans être fort ; des bras sculptés et attachés par Ganova. Voilà la femme, et voici l'artiste :

Une Toix d*iin timbre juvénile, possédant, avec la pureté de l'harmonica > l'agilité de la fauvette, — > d*une fauvette perchée de préférence sur les hauteurs de la rrammc. Le style de la chanteuse était discutable : beaucoup de taciiilé et de grâce, mais peu de goftt. En somme, le talent de M"' Cabel, — talent parisien, et j'ajouterai même un peu gamin, — est comme certains vins généreui qui ne voyagent point; il faut l'admirer sur place.

Les autres r^les de Manon Letcaut étaient joués par Faure, Ric- <}uier4)elaunay; mP'** Lemercier et Zoé Bèlia.

L'année suivante (le mercredi 1** avril' 1857), M. Auber faisait jouer à l'Opéra son M ircit SjKidii, transformé en ballel. La musique était une marqueterie savante, euiprunlce à louiez les partitions du maître. Le vif attrait de cet ouvrage fut le duel chorégraphique de la Rosati et de la Ferraris. Puisque je suis en veine de pOTtraits, dans ce chapitre de la vie de notre musicien» permettezmoi d*enrichir mon petit musée des toiles d*Angela et de la Jtforchêgû»

Commeuçons par la Ferrari;;. Danseuse d'école incomparable, pirouettant sur l'orteil avec la vigueur de la Fuocco; exécutant le taqucté avec cette précision, ce fini qu'apportait la Persiani à égrené^ une gamme, à détacher un arpège; ayant dans ses points Worgue chorégraphiques l'audace de Caroline DupreSt l'originalité de M** Garvalho, la Ferraris est, parmi les ballerines de notre époque, une virtuose; et, depuis Taglioni; personne n*a dansé plus chastement Que lui manque-t>il donc pour être parfaite? — L'abandon et la grâce.

Quand la Uosati n'auru plus de jambi^, elle dansera avec uu

sourire, avec une boucle de cheveux. Regardez ce pied fin et cambré, posé d^aplomb sur le sol; oetie jambe de Diane cbasseresse, si barmonieusemeitt attachée au genou et & la chefUle; ce buste souple, que la passion fait osciller et que la grftce équilibre;

ce bras, celle main, ce gestt; dôcidé et rapide, qui [mrlent avec un signe la langue de la tcndrcs^i , de la passion ou du 1 1 menace; celte téle ûère, celle physionomie fine, celle bouche ({ui attire, ce regard qui fascine, ce front qui commande : tout cela est si bien la vie et le mouvement» que, dans la grande artiste immobile, on pressent la danseuse et on la voit bondir. La danse un peu terre à terre de la Rosati, c'est la glissade ailée de Thamadryade s*enfuyant derrière les saules, sans laisser sur l'herbe des pelouses Tempreinle de son pied léger.

Dans Marco Spada, la Rosali mima comme aurait joué la Malibran ou la Pasta, et la Ferraris pirouetta comme la Sontag aurait vocalisé. Si, dans la scène de la Leçon, celle-ci s'éleva plus haut que sa rivale, c*est que la Rosati, en sa qualité de contralto, danaait à la (ieree tnfirieure»

LA CIRCA&SIENNË. — LA FUISCÉR tV ROI DS GARBC — DOCCACE, LA FU^TAl^E ET M. AU&U. — LB DEUU&a OFÉIU DD MAITRE. — M. 6GRiBE ET LA H>tnQUE DK SES

ofAMf . Là fÉtui m mm nom. <— iioiirAiiMiT. — h*'* immuiom.

M» AOBOI, UK UMMUOB M CARTAmCn. — VM TOlU Ml DV CMtfO-

«nm. — li"' «GALM.

Nous voici arrivé A cette date du samedi 2 février 1801, qui va clore la liste des travaux et des succès du musicien. Maïs, que dift*jet esl-on jamais sûr de riea avec notre eompositeur? Peur empranter un mot très-heureux de Bussy-Rabutîn à sa cousine» la grande marquise, on peut dire qu'en musique M. Auber est un « recommenceur. .» A l'heure même où je m'apprèic à fermer la liste glorieuse avec celle Cii cumenne, qu'un ministre, en attachant siu* la poitrine de l'illustre vieillard la croix de grand-oflicier, appelait c une œuvre de jeunesse, » l'Opéra-Comique prépare un baptême. S<mnez, con et museites! toutes sortes de bruits charmants BOUS arrivent de ce cAlé. Ce sont les premiers vagissements d'une reine de grftce et de beauté, la jeune prinoesee Alaciel, la Fiancée du roi de Garàe. Boccacc s*est « surpassé » en la chantant dans son Décaméron, et l'on a dit de La Fontaine « qu'il avait

« surpasse » son original par les grâces de sa narration. Si M. Aiibrr parlnil la mèiix' langue que le Fablinr. on pourrait le dissuader de se mesurer avec l'inimitable conteur ; mais où la poésie a laissé le conte d'Alarit l, la musique peut, sans danger pour elle, le reprendre et coudre d'exquîaes variations au récit de Boccaee et de La Fontaine : ce sera un voyage de plus pour la fiancée du roi de Garbe (elle y est faite, ce me semble), et celui-là ne saurait manquer de nous réserver d*autres surprises et de nouveaux enchantements. Et puis, La Fontaine Uii-mômr; l'a dit dans cette histoire, dont se sout inspirés MM. Scribe et Auber :

n n*est rieo qifon nt conte m dlvenci façons... Chacun y net du tlèa sans icropale et eane crainte.

Le lendemain du succès de la Cvreasnfrme^ M. Auber recevait donc des mains de son collaborateur le poème de bi Fimeie du roi

>{r (iarbe, et se remettait au travail. Je crois me souvenir do l'avoir rencontré à cette époqiio, et de Ini avoir demandé, en l'abonlant, s'il écrivait une nouvelle partition. «Hélas! me dit il en mo prenant les mains, fai cette imprudence !» — Le mot est charmant, -t- Et il mettait à cette confidence le mystère d'un homme pris en flagrant délit d'une mauvaise action, et qui murmurerait à votre oreille ; «Je dois vous Tavouer; je fais de la fausse monnaie; mais gartlcz-moî le secret. » A chaqn.' partition sortie de son écriloirc (cette érriluire est la huulcilh in/'puiftaltle du magicien Haniilton). M. Auber ne manque jamais de dire : « Pour celle foi«, ce «era mon dernier opéra. » Si l'inspiration, devenue revéche« le prenait .iu mot, certes, il serait bien penaud ; mais nous aurions pins que lui encore la mine allongée.

On sait que la mort est venue surprendre M. Scribe avant qu'il flit pu refaire le troisième acte de sa pièce, dont il n'éUiil pas rom'> plcteinenl satisfait, et tandis que, dans son cerveau, fertile en combinaisons dranialiquus, il cherehail un autre dénonmeni, il trouva celui de sa vie si bien remplie. La Fiancée de Boccaee ei de

La FonUùrie, fidèle à sa destinée, qui lui cric, comme 1 auge k répée UamboyaDle au Juif de la légende: «Marche! marche!» s'est dirigée vers le domicile de M. de Saint-Geoi^es. Sera-ce au moins sa dernière fredaine? Cette étude doit finir avant que les pieds d*Alaeiel aient touché le seuil du palais de son jeune époux, et il faut nous occuper enfin de la Circasstenne^ sa sœur ou son frère, car Tan et l'autre peut ou peuvent se dire^ le rôle ayant été créé d'une fa<;on Irès-plaisanto par Montaubry.

Le sujet (le /a Cir( amemw èlsii fort scabreux à nieltrc au tliéàtre. Dans les derniers temps de sa carrière, M« Scribe se plaisait à aborder et à eiécuter des tours de force qui faisaient dire aux spectateurs : « Comment va»t-il s'en tirer? » Le fait est queTingé' nieux libretlîste 8*eu tirait toujours; coûte que coûte, il arrivait au dénoûmentf mais après avoir mis en pièces le sens commun, la vraisemblance, l'histoire, et, au besoin, la géographie, et exécuté, sur ces débris, dont la scène était jonchée, les plus amusantes pirouclles. Le monde où il plaçait ses fictions, c'était un univers sens dessus dessous. L'écrivain donnait le plus audacieux démenti à la nature, aux usages, anx mœurs, au cœur humain. Les personnages marchaient sur le firmament et voyaient TOcéan suspendu si^ leurs têtes ; les reines y faisaient de la fausse monnaie, et les filles des voleurs de grand chemin, élevées au Sacré-Cœur, chanlatent, en quatre langues Hifférentes, des cavalines au bal d'un pniK romain. Les héroïnes de M. Scribe partaient du pays de l impossible, traversaient les régions de l'exlravagaot, pour arriver au royaume deTabsurde ; mais quel délicieux voyage on faisait parfois en leur compagnie I Dans ses opéras comiques les plus réussis, M. Scribe est un oontenrde la famille de Perrault : Toriginalité de sa manière consiste à mêler habilement le réel au fantastique, et, dans le Do' mino, {»ai' exemple, à faire de la féerie en frac noir.

Dans /fi ( 'ircdssiruney il nous nionlrc un général russe, un siuvage à la Souvarow, qui prend un hussard pour une femme, et veut aérieusement Tépousen 11 pouvait adoucir cette donnée, ki

justifier et rendre rillusion possible aa spectateur comme au général, en faisant jouer Alexis ZonbolT par sa prima donna : il s*en est bien gardé I C*eût été tourner la difficulté, et il a voulu Taltaquer

on face. Grftce à la voix mixte et au fausset de Montaubry, et surtout grâce à la musique d'Auber, il a franchi ce pas dangereux où la pièce devait faire la culbute.

Dans la Circassienne, M. Âuber a pu faire ce que Voltaire, » rêvant à son printemps perdu dans les glaces de Tège, — désespérait d'accomplir : le musicien « a rejoint Taurore au ciépoaeule. » Les deux premiers actes de sa partition ont les vingt ans du capitaine Zuuboff ; non-seulement les motifs abondent, mais ils pclillenl.. il suffit de cite^, au premier acte, l'introduction, la romance de Montaubry : Vous me disiez à rimàant m^mc. . . ; le choeiur : Bravo l bravoX le quatuor : A iraven les monts de lu Circassie, et le linalâ$ et, au deuxième acte» ces délicieux babillages des voix et do rorehestre, ces chœurs de femmes chantés et dansés, oes rhythmes originaux et rapides : mélodies caressantes, harmonies aux fins oonlours, tout cela a la lièvre de la jeunesse.

Dans le frac de l'officier comme sous le voile de Prascovia, ^e ténor Montaubry obtint un très-^rand succès. Ses qualités et ses déiauts s'étaient acclimal4s à Paris; c'était, h tout prendre, les défauta et' les qualités d'un chanteur franvais d*opéra comique. On goûta beaucoup éel^ voix flexible» qui, des limites du ténor, faisait des exelirsions conquérantes sur le doinaine du soprano. Une élève de Duproz, éblouissante de beauté, M'" Monrose, donnait la répliijuc h M. Montaubry. M"' Monrose, pclite-nièce du grand Monrose, était depuis peu de temps au théâtre. L'élégance et la distinction de sa personne seyaient à merveille A son réle déjeune princesse. russe; et, à ce propos, je ferai une nmarque,as8es frivole en apparence, mais, si l*on s*y arrête un peu, qui met en lumière une des facettes du talent d'Auber. Le compositeur, pour la distribution des rôles de ses ouvrages, cède irrésistiblement à l'attrait de l'inconnu : les réputations eu fleur et épanouies

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l'attirent moins que les talents en espérance et en boulon. C'est le musicien de France qui a le plus inventé de prime donne ; son œuvre, sous ee rapport) ressemble au collier de la maîtresse du Génie :

c'est on chapelet de talenls. Mais, après avoir fixé sur une cantatrice» par lui lirée de l'obscurité, l'attention et le regard sympalhiqufi de la foule« on le voit l'abandonner presque aussitôt pour courir de nouvelles aventures musicales. À cette infidélité pour ses virtuoses, le compositeur doit peut^lre sa supériorité à faire briller les voix ^ de femme. Ckmime le héros mauvais sujet du chef-d'œuvre d'Étienne et de Nieolo» chaque opéra comique de H. Âuber est un garnement qui, « sémillant ou romanesque s auprès des chanteuses de nos théâtres, courtise la bru m? et la blonde.

£Ue est longue la liste des cantatrices qui ont jeté de l'éclat sur le répertoire d'Âuber, et elle n'est pas près d'être close. M"* Casimir, la Camille de Zampa et l'Isabelle du Pré-^mx-Cieres, et M"' Ugislde, sont les deux chanteuses de son théâtre favori pour lesquelles M. Auber n*ait pas écrit de rôles.

M."' l'galde doit être comptée cependant au premier rang des iiilurprctes du maître. C'est dans le Uominu iVWr qu'elle d<^bula au mois de juillet 1848, et c'est avec /'Jwôwwarfncé? qu'elle obtint son plus grand succès, ayant de créer le Cdidei le Toréador, £lle est doue à ce litre une des perles du collier , — une perle rare ! — et il y aurait ingratitude à roublier.

Nature d*artîste, en dehors, prime-sautière^ mais paresseuse avec délices, comme toutes les organisations bien douées. Un talent inégal et une \ oi \ fantasque, — une voix (nii a des déraillanccs d'écolier et des audaces de béros. Un talent qui a plus d'intrépidité que de style, et plus de passion que de goût. L'artiste manque parfois de mesure, de grftce et de distinctbn dans l'organ e, dans le jeu et dans le chant; mais elle supplée aux qualités de l'art et aux dons de la nature par les soudainetés de son esprit et de sa verve, et par son aplomb d'excellente rousidenne. L'exécution de la complainte de (f// Bios est aujourd iiui i'cxpreiisiuu du talent d'une virtuose, qui,

semblable h un soldat inirépide sur la fin d'une grande bataille» va au feu sans cartouches. Inférieure à la phipart des grandes cantatrices de ce temps-ci, — et parfois inférieure h clt&^mème, —

M"" Ugaltle a des éclairs, des élans, des réveils, des bonnes fortunes d'inspiralion où elle les dépasse et se surpasse. Quand elle jongle avec les difGcuilés d'un rôle, on la peut comparer à un clown qui • manquerait ses tours les plus faciles et ferait, en se jouant, le grand saut périlleux.

L*artistë en est à sa seconde manière: sa voix a tourné au mezzosoprano, et son exécution d*aujourd*buî s'accommode beaucoup

mieux de l'ampleur de la phrase que des délicai<'s-,> du chant. Par goAt — et un peu nécessité — la vucaiisle d'auUelois ebl devenue une chanteuse d'expression, (l eslde l'air à boire de Caia^ ihée que date la transformation sur laquelle j'appuie à dessein : cet air est la mesure des forces actuelles de Tartiste et son plus ^rand triomphe. N'eût-elle chanté et dût^elle ne chanter à revenir que le Mhdiside Victor Massé. M*** Ugalde serait et resterait une chanteuse populaire.

La voilà terminée, cette nomenclature des travaux d*nn maître

infatijrahle. Après vous;ivnir fait connaître rarlisle, il ne me reste plus qu'à vuus parler de rhoniuie.

U WSTE DB L'AKTlSn. — LK POKTAAIT Dt l'bOMMC. — Lft Vil SU OOMMfmVk. ->

SE» HABm'nEs. — n3 mvtits or. thwail. — sf.» promenade». — lbs plaisirs

DE LA i.AM(>Ali?(£... ES t>EI!«niRiv. — ADOLPHE ADAM. — UN VOTAKE d'aGRKMKÎHT OA^S li^E PARTITtOR. — LA LOGE DU DOCTEUR VÉROK — hXt DbRODTE A L ORCHESTRE

Vous èles-vous arrêté devant le buste d'Auln r expow'î chez nos principaux éditeurs de musique? Ce qui frappe tout d'abnrd en examinant ces yeux sans regard et ce masque blanc dont les traits sont nettement et même un peu durement accusés» c'est Texpression d*tine volonté énergique. Lft Front est bèau et intelligent; Tarcadc sourcilièrc, Ircs-proéininenle, fait saillie au-dessus de l'œil , qu'il enferine d^ns un cAnc d'ombre; le nez esl droit ; la hmicbe est ferme; mais, quand elle ne sourit poifit, Tare Ircs-acccntué des lèvres et le pli sévère des commisstwes donnent à la phy!«ionomie du compositeur ce grand sérieux un peu ennuyé, qui est fait pour surprendre chez un homme dont le génie est fait de grftce. I.e menton ést saillant*; les tempes sont renflées, et Toreillc, un peu large, s'arrondit en conque. Ces deux d^iers sign^ constituent, d'après Gall, la vocation musicale.

Si du buste nous passons à l'homme, les saillies trop mai-

quées des traits du visage s'adoucissonl el s'harmonisent. L œil a coQservé loutes ies flammes de la jeunesse, el l'expression de du« reté de la bouche au repos se fond dans le plus fia, dans le plus spirituel des sourires. Quand, Tesprit aiosorbé dans la foule, H. Auber promène, d'un pas inoertain, sa silhouette sur nos boulevards ; ou que, pour tuer les longues heures de la soirée, il s'ensevelit dans un fauteuil d'orchestre, à la Comédie Fiançais^ ou aux Variélés, le passant ou son voisin de stalle serait tenté de le prendre pour un Anglais dévoré du spleen, qui combine, en se rongeant les ongles jusqu'au sang, le ômiuiènie actede son prochain suieide. Mais abordes, secouez par une parole le comporileur, dont rimaginaUon voyage à cent lieues de là, — dans le pays des beaux rêves mélodi* ques; arrachez l'homme à sa songerie profonde, et vous étesoer* tain de rencontrer le plus aimable, le plus éveillé, le plus original des causeurs.

C'est par l'activité d'une existence dont toutes les heures sont bien remplies, que M. Auber s'est conservé jeune. Un travail réglé a fortifié sa robuste organisation. Ce vaillant octogénaire peut compter double les années de sa verte vieillesse, car, de tout temps,

' il a accourci ses nuits pour ajouter à <;ps jours. Il n'a jamais donné plus de trois ou quatre heures au stniiuicil ; c'est une habitude prise dès la \iogtièuie année : • Ilii ce teni[>s-lù, me disait-il, c'est le » grand jour qui^ faisant irruption dans ma chambre à coucher, » m'avertissait qu'il était tempe d*éteindre ma lampe. » Quand sonne rheure du déjeuner, M. Auber a fait sa fournée ^ comme disent les artisans. Patience I vous allés voir comment il se délasse des fatigues de la composition et des longues veilles.

il y a peu d'années, il moulait ré|îuîièrcment à cheval avant sou déjeuner. 11 a remplacé cette promenade iuppiquc par une excursion au bois de Boulogne en voiture découverte ; mais l'heure n'en est plus régulièrement fixée : c'est lanlôt le matin, tantôt l'aprèedtnée, qu*on le rencontre dans la grande avenue des Charops-Ëlysées, rêveur ou la piupière à demi close, dans un angle de sa voi-

ture. M. Aubcr déjeunait avec la 1 rugali lé d^un anachorète : une tasM de thé ot quatre ou cinq cuillerées de lait froid (il a supprimé ce premier repas). Il reste ordinairement chex loi jusqu'à une heore; puis il s*aebeoiittc vers la rue Bei]gère pour y dépêcher les affaires du Conservatoire. C'est entre la robe de chambre qu'il quitte et la redingote ou l'habit qu'il passe, que les visiteurs ou les importuns sont reçus au petit hôtel de la rue Saint-Georges ; il accueille les uns et le<> antres arec la même afiabilité, et, s'il congédie avec un peu plus de hâte les seconds que les premiers» il s'entend si bien i semer des fleurs de la politesse le chemin du salon è l'anlichambre, que le visitettr doucement éoonduit se retire enchanté.

M. Auber n'aime ni les voyages ni la campagne. Me montrant du doigt, dernièrement, quelques gravures enluminées accrochées à la muraille de i>on antichambre, lesquelles, autant que mes yeux me permettaient d'y atteindre, devaient représenter une rivière, des prairies et des bois : « Voilé, me disailril, à peu près » tout ce que j'ai tu en féit de verdure et de nature. * » « Du » reste, ajoulai^-it en souriant. Scribe m*a fait parcourir, dans » ses opéras, tant de pays divers, qu'il est bien naturel qu'aujour- » d'hui j'aime à me retrouver h Paris. »

Adolphe Adam, lorsqu'il avait perdu de vue la poussière cl le macadam du boulevard, éprouvait non moins vivement qu'Auber les effets de la nostalgie. A Tépoque où il travaillait au Hoi i/e$ Mks^ on lui conseilla do passer une quimaine de jours dans une campagne aux environs de Paris, où il achèverait tranquillement sa partition, sans être dévoré par les fièvres delà dernière heure. Use laissa persuader. • Quinze joiirs, se dit-il, c'est un peu long; mais » j'orchestrerai sr.ns me presser mon opéra, et j'arriverai, sans m'en a apercevoir, au bout du chapelet de la quinzaine. » — Il part, il arrive; il n*a pas voyt^é, si ce n'est pourtant dans le finale de son second acte. A peine est-il descendu de voiture, qu'il demande en toute hMe la chambre que ses hôtes lui ont fait préparer. Il s'et* cnse auprès d'eux; il sera dans un instant tout entrer aux plaisirs

de la villégiature; ii ne veut, en attendant, que fixer sur le papier un deain de violon qui l'a séduit en roule. Un domestiquf^ ]ui sert des plumes et de l'encre en guise de rafratehiasement. H s'enferme, et la floâété va faire sans lui un tour de pare. Les heures s'écoulent. On sonne pour le dtner, il se fait un peu attendre; mais il n*a guère laissé refroidirqucle potage et leprewiicrservîce. 11 jiaraîl enfin; il est aux regrelsdece retard; il manfîeavec l,i distraction d'un liomme dont l'esprit est. ailleurs; et, saïis alleridre le desjjert, il s'esquive sans bruit et regague son cabinet de travail. lendemain et les jours suivants, c'est le même manège; il souhaite le bonjour à ses hôtes aux heures du déjeuner et du dîner^ et enoore lui arrive-t-il de foire la sourde oreille quand la cloche carillonne ; après quoi, serviteur à la compagnie. Sans même jeter les yeux sur les murs de s<i cliambre, tendue d un beau papier représent nu des marines, des paysages, des j^cènes rustiques, il reprend sou tèle-à-têteiulerrompu avec sa partition.

Grèce aux loisirs de la campagne, vous penses bien qu'au bout d'une semaine il ne manqua pas une note au Jtoï des Halles, Lorsque Adam s'aperçut avec étonnement qu'il était au bout de son papier, il descendit au salon (il y entrait pour la première fois), il alla serrer la main au maître et à la maîtresse de la maison, et re> prit, sa partition sous le bras, le chemin de Paris, en songeant, dans le trajet, à l'ouvrage qui buceéderait à celui-ci. Dcnx ou trois années plus tard, me racontant cette histoire, il eu tirait cette coudur sion avec uasérieux superbe : c Ëst-ce asaei ennuyeux la campagne! » D'abord, c'est toujours U même chose : un ciel plus ou moins » bleu et des arbres plus ou moins verts... Miii qui vous parle, mon » ami, J'y ai passé huit grands jours ; mais on ne m'y prendra plus I»

M. Auber n'éprouve point, au môme degré que le pauvre Adam, celle antipathie pour le ciel bleu et pour les arbres verts; mais l'horizon chargé de poussière et les arbres racbiliques et clairsemés du boulevard suCâsent, la belle saison venue, à ses dîstraotiona champêtres.

Le compositeur est un de** plus tidèles habitués <le l'Opéra, (es soirs de bdllet. S'il sommeille avec délices dans la loge du doclear Véron, même aux plus brujanteg beautés d*un chef-d'œuvre tapageur, en reT&nche il est tout oreilles quand ^ent la danse, et cela nous explique pourquoi Tauteur du Dieu et la Bayaière a 6erit de si jolis airs de ballet. Dans une étude consacrée au musicien» on ne saurait passer sous silence ce fait singulier, mômo au risque de tomber dans d^ redites: M. Auber n'a jaiuais pu assister de la salle à Texéculion de ses ouvrages ; il ne les connaît que pour les avoir entendus aux répétitions. La raison de ce phénomène nen*eux » dont la volonté et le courage du compositeur essayeraient en vain de triompher (le croiriei-vous d'un artiste oonsacré par taut de succès, rassasié par tant de gloire 7) , c'est. . . eh bien , c'est une insurmontable timidité. In accord de sa unisique, sonuant (levant (luiiiTt; cents spectateurs, lui fait l'effet de la trompette biblique qui renversait des murailles. Il ne pourrait se dérober à cette émotion poussée jusqu'à la souffrance la plus intolérable, même en se rejetant au fond d'une loge, àTexemple deMeyerbeer, eten assistant, invisible, à Texéctttion d'un de ses opéras; il fesxi absolument que le demi-cercle de feu de la rampe le sépare du public.

On m'a conté qu'il lui arriva un jour de s'asseoir dans un fauteuil d orcheslre, à l'Opéra, avec la douce quiétude d'un homme qui se recueille et savoure d'avance un chef-d'œuvre. L'affiche avait annoncé, le matin, GuUlmme Tell. Habeneck donne le signal à ses symphonistes. Mais, ô trahison I à là pUoe du «oA» de violoncelle, un Ai^/i éclate dans Torchestre. Cet éclat cuivré et inattendu atteint au cœur notre musicien; ses yenx se voilent;* ses oreilles bourdonnent ; il eût payé mille francs la trappe qui engloutit Bertram. Il se lève; il veut se diriger vers le couloir de sortie, et c'est au milieu de i'orchcslrc qu'il s'engage. Il lui faut revenir sur ses pas; ses voisins commencent à murmurer tout haut nt à envoyer au diable ce malappris, ce «elche, ce sauvage qui étouffe sous ses piétinements malhonnêtes Vandante de Touverture. Lorsqu'il eut

achevé ce pénible voyage à travers des genoox et des pieds on ne

peut plus mal disposés, et dérobé h lous sa confusion en se réfugiant dans un corridor, le compositeur croyait emporter dans son regard tous les becs de gaz du lustre et de la rampe.

On avait changé le spectacle, et cW ia Muette qui mettait en faite M. Auber.

M u HAimiTÉ M mtnir. — m Là juihim m L*uisn>4Tioii« — ftÉruxioiif a

CE SOJBT. — LES 8AL0M SOOS LE CO;(StlLAT. — 0B LA GATOBRIB RI rJUHGB. ^ M. Al BFR ET LK PROVEHËE. — M. AOBBR HÉRITIER DC PRINCE DE TALLITRAnO. — RICUAKU tVACflEII ET BEHLI02. — JIICEJIEMT SUR L£ TAAMiUUSEft. >- M. SAtKTE-BEt'VB. — m MOT a» Là TBIUBMC — COMCLOSIOH.

M. Âuber avait prèsde quarante ans lorsqu'il obtenait au théâtre son premier snoeès. Ne tous biles point de songer au tènips perdu et de ré^etter qu'un compositeur si fécond ail commencé à produire

à l'âge oùlaplupartde ses confrères n*onlplusd'idées. Ce début dans la malurilé de l'artiste est, au contraire, ce qui a permis à M. Auber de se révéler, du premier coup, avec éclal et dans toute la virilité de rinspiralion. U mettait au service d'un talent fait une imagination jeune; il arrivait à la scène avec Peipérience et les ressources que donne un savoir lentement amassé; et ce savoir et cette expérience, il Iss avait acquis sans émousser la faculté la plus belle et la plus rare chez l'artiste, — le don decréaiion.

Un second bonheur du jnusicien, au début de sa carrière, ce fui de rencontrer Rossini et d'entrer, sans hésitation aucune, dans le monvement révolutionnaire et musical imprimé à l'art par un

bomme de génie. Supposeiy au contraire, qa'aa lieu d'écrire /a Bergère châtelaim ea 1820, M. Auber l'eût donnée en 1813

(date du Séjour militaire), et que sa ireîne de grands succès eût commencé à celle époque, la révoluliuu accomplie en France psr l'auteur du iîar^/éT, loin de renlhuu^labmer, l'eùl surpris et allristé. Cette transformation imprévue de l'art, ce changement dans le goût dn pnblîc venait le prendre au dépounru, et lorsqu'il avait sa position et sa réputation faîtes comme compositeur français. Avant de partager rengouement de la foule, il fallait commencer par M/«r ce çu*il avait adoré; et règle générale, musicien ou écrivain, un homme ne met le feu à son passé, pour courir plus lestement et sans regret vers l'avenir, que lorsque ce passé est de la paille sèche. Si sa grange ployait sous le poids des riches moissons, il y regarderait à deux fois avant que d'ailumer la torche. Aussi» la révolution rossinienne, si chaleureusement saluée et embrassée par Auber, devait- y elle assombrir la vieillesse de Cherubini et faire du paisible» de rexcellent Berlon le plus injuste, le plus passionué des pamphlétaires.

Une dernière remarque à propos de ce don de transformation dans les arts : M. Auber, qui a un style et des procédés dont Toriginalité frappe jusqu'à la foule ignorante, a suivi sans effort le courant des idées modernes'; avec nne individualité très^eansée en musique, il est de son temps. Ce n'est pas qu'il se soit préoccupé des grandes tentatives de l'école allemande, postérieures à la révolution rossinienne : Tart qui souffle de ce côté rintcresse peu et, à vrai dire, ne lui est guère sympathique; mais il est resté jeune et contemporain desjeuneSy grâce à cette séve, victorieuse des années, qui féconde et renouvelle en même temps chez lui le talent de l'artiste et l'esprit de l'homme, — et, il faut bien le dire aussi, parce qu'il mot la jeunesse au-dessus de tous les biens d'ici-bas.

Jeune bomme à l'époque du Consulat et bien accueilli dans les salons aristocratiques qui se rouvraient discrètement pour recueillir les épaves d'une société heureuse de se retrouver, M. Auber a pu

foir, groupés aiUoor de denx ou trois jolies femmes à k mode, les vélérans ralliés de Télégance française, les hérilters surfiYanls de l*esprit du dii^huitième siècle. On causait encore en France en ce

temps-là, et à l'école de ces vieux maîtres d'un art perdu, le jeune musicien était fait pour apjirtndre vite et beaucoup retenir. M. Auber a donné de fort bonne heure le démenti le plus éclatant au proverbe qui a dit : bête comme un musteien, 11 a plus que personne ce qu'on nommait autrefois du iraù et ce qo*on appelle aujourd'hui des mois. Sa réputation est si bien établie sur ce point, qu*i) a hérité, de feu le prince deTalleyrand, de llionneur on de l'inconvônirnt de tenir boutique de reparties spirituel'es, et de lancer le moi en situation dans toute circonstance où la malignité parisienne se donne carrière. « Eii! messieurs, pourrait répondre ^ » le compositeur enrichi malgré lui aux fabricants d*esprit qui lui > dérobent sa marque, faites couler ailleurs, je vous prie, ces petitt » ruisseaux qui vont h ma grantie rinère; je me passerais bien de • votre vase qui trouble mon flot clair. »

On aurait fort à faire de tenir registre des bons rtots de M. Auber; le rocneil enfliTait outre mesure le dernier chapitre de celte élude. Ëtf d'ailleurs, la réputation d'esprit du musicien n'a pas besoin, pour être attestée, du secours d*un ana. Mais comme il est de ces bons mots heureux qui donnent, rien qu'avee un trait léger, la physionomie de Thomme et de Tartbte, un biographe fidèle ne saurait les négliger tous. Toutefois, l'embarras qo*il éprouve à les citer est dans la difliculté de faire un choix : ramasser une saillie dans la mémoire des contemporains, c'est chercher sur la pierre entamée par le briquet la place d'où a jailli rélincelle; c'est ramasser la carcasse d'une fusée le lendemain d'unfeud artifice.

On discutait un jour devant le vieux mettre la valeur do Tan»' haûierf les uns louant sans discrélionj les antres critiquant sans mesure. M. Aub^r, rjui a^it écouté avec un très-grand sérieux, se prononça ainsi entre les flatteurs et les contempteurs :

« — M. Wagner est un musicien de talent, et sa partition rcn-

» ferme de belles pages ; mais elle ressemble k un livre qqi sertît

>• écrit sans points ni virgules, de la préface à la conclusion; on ne » sait à quel endroit respirer : même lorsqu'il admire, l'auditeur » étouiTé. »

A la même éfwque, od demandait à 11. Auber aon opinion snr la musique de l'avenir :

« Wagner, auraitpil répondu, c'est Berlioz,moins la mélodie (1). • Je troaye, dans les Causeries du Lundi, de M. de Sainte-Beuve,

l'anecdole suivante, et je n'y change rien, car elle est d'un boa faiseur :

a Je glisse en passant, dit le iïn critique, un petit mot qui n'a

• Tair de hen et qui a sa philosophie. On parlait devant Taimable n compositeur Auber de Tennuide vieillir. « — Oui, dit>il, c'est » ennujeoz, et pourtant c*est encore le seul moyen qu^on ait trouvé

» jusqu'ici de vivre longtemps. »

. La vieillesse, — dont il a trouvé une définition si originale et même si consolante, — c'est, hélas ! pour le grand artiste le grain noir dans son ciel pur» la goutte amcre dans ce breuvage sucré où il boit le succès à coupes pleines. Si la destinée, prenant une voix et un visage, venait dire à Tillustre chef de l'École, française : « Troc » pour troc. Livre^moi tes partitions que je vais jeter au feu, je t*en

(f ] Sur la parole de cô monsieur qui signe on et qui se nomme tout le monde, j'4T»i> cra devoir attribuer à l'auteur de la Muette cette saillie sur l'auteur du Tamhaûter. M. Auber B'e«t défendu d'en Ctre l'auleur et m'a prié, avec cette bonne grâce qu'on lui connaît, de démentir poliment M. 0«. Je voudrai» bin^m'uécatertnuiisje ne voudrais pM perdra ua mottrèa-JoU en quêta da M» parants. Ja iCj vote qu'un moyen; c'est de puMiw dan» la Nqtlca la ktiN de tddaaatfM q«a J'adiaiHia an jMinia). La Taki t

« Mon clier ITeL'gc! ,

» Noire cher et respecté maître, M. Auber, est vena ma voir. 11 m'a fait de grands remnr-

• dmeots et un tout petit reproche. Pas»oos snr les remerdments, qui n'intéressent per- » sonne. Quant au reproche, M. .^ubtr ticni à ce que je 1 imprime tout chaud dans ■ U Ménetlrei, au risque d'en rnter dé*k>ooré,— votre serviteur et non paa votre Jouroaii » iVon fixiamo eonfMoiw, cmnaM dit h» Ftgar» ftalien.

» M. Auber Ec défend comme un beau diable d'avoir dit : « Wagner, c'est Bertior moins » la m&lodte. » Et il a raiwn; le root est d OHeubacti : on me l'assure, et nous ne cr^gaoos » il«A*-« Jttgqo*à lartelamatiou d'un ami eomrauo, — date lui altribaar. S'il n'en vant'piMt

• noua avlearoiia. La mot eat, d'idUeun, trop Joli poar m pai trauvar «n plfean «aviaal I» le monde.

s fiin i vooi.

• 9» fODVntfn

« préviens ; divorce sur-le-champ avec le demi-siècle de gloire qui 9 a porté ton nom aux eitrémités de TEurope; renonce à cetto » grando fortune ai laborieusement» si noblement gagnée } jette par • la fenêtre, à eet bomme qui crie : Vieux babitsi vieux g^lonsl tes » fracs chamarrés par toutes les ebanoelleries; eonsens, enfio, à » rester pour loujours un homme obscur el heureux, — et je » le rends les vingl-cinq ans! » — « Destinée, rends-moi mes » v'm^t-cinq ansl » s'écrierait le musicien sans se donner le loisir de réfléchir. Non que M. Âuber se rejette avec effroi dans la vie ^ écbappe à Thomme plein de jours,* et qu*il la veuille sans condition ; non qn*il soit tenté de répéter, après le Malheureux de la fable :

Qq'oq me rende impotent,

. Gal*de-jatte, goutteux, manchot, pourra qa'M MMBOU

le Hfét eMat aiMit J* nit pin* qv* toaHêaL

Maïs, pour M. Âuber, la seule cbose de la vie belle et bonne quand on la possède, à jamsis regrettable quand on l'a perdue, c'est la jeunesse I Ne lui dites point que s'acheminer, comme il l'a fait, vers la gloire, ce n'est pas vieillir, c'est, pour employer le mot de saint Augustin (rapporté par M. Sainte-Beuve), «s'en retourner dans » la patrie éternelle ; » il ne vous croirait point, et il vous répondrait, avec le soupir d'Horace, que c*e8t partir pour « un étemel » exil, m œtmrnm exiUum. »

n faut terminer cette étude; mais, parvenu au terme de mon travail, ce n'est pas sans regrets que je quitte la plume et me sépare de l'homme dont j'ai pourtant si imparfaitement crayonné la vie et les travaux. C'est une besogne au-devant de laquelle j'étais allé avec un vif empressement, et que j'avais act eplce, il faut bien le dire, un peu à la légère. Le portrait de M. Auber était encore à faire, selon moi; le maître ne m'avait semblé poser jusqu'à ce jour que devant des dessinateurs ou mal disposés, ou tnqp prévenus» «t même parfois devant des caricaturistes. Depub bien des années, je méditais de prendre le crayon à mon tour. L'occasion eçt venqe

me solliciter, el, cédant à d'anciennes sympathies pour le plus ai<mable et le plus spirituel des musiciens français, je n*ai pas eu le courage de déelincr une t&che qui me tentait. J*ai le regret d*8T<nr fatigué le lecteur avec de longues digressions et des épisodes mal attachés au sujet, sans être parvenu à tout lui dire ; car cette histoire de la glorieuse carrière de M. Auber, c'est, en définitive, et en élargissant tant soit peu le cadre et le point de vue, Thisloire de la musique et du théâtre en France pendant près d'un demi^'^iècle. Mon tort en ceci a été de vouloir soulever un fardeau au^essns de mes forées el de n*avoir pas fait mon profit du conseil du po^te latin : « Essayez longtemps ce que vos épaules peuvent ou ne peuvent point porter. Et versaiediu, quid ferre récusent, quid valeani humeri. « Aujourd'hiii, il a plus de remède à uion iuipnidence, et il ne me resle qu'à prendre congé de vous avec la formule consacrée : — Excusez les fautes de Tauleur.

N6T flCBmnni. — > la haméc m ioi i» uam.

Celte étude allait paraître, lors(juc l' Opéra-Comique s'est décidé à donner la Fiancée du Uni de Garho si impatiemment attendue. Je me suis trouve en présence d'une double difficuilé : Ne point parler de la dernière partition de M. iuber» c'eût été laisser enster volontairement une lacune flcbeose dans ce travail; tnais^ d*un autre eôté, pounis-je, pressé par le temps, resserré dans un espace insaf- Bsant, embrasser dans toules^KS parties une œuvre très-chargée de musique? Il n'y avait que deux alternatives : garder le silence ou parcourir, à la hâte la partition. J'ai dû me décider pour la seconde, et m'exposer à juger l'œuvre superficiellement, plutôt que de ne pas la juger du tout.

J'imiterai ces généraux qui, acculés dans une mauvaise position et obligés d*y accepter la bataille avec des forces insuffisantes, engagent le combat sur un point ou deux, les plus importants, et se gardent bien d'éparpiller leurs hommes sur un terrain trop étendu. J'irai aux meilleurs endroits de la partition de M. Auber, en demandant pardon uu musicien de glisser sur le reste. Cela est fâcheux, parce qu'avec un tel compositeur, il n'y a pas de détail qui ne soit, en son genre, une page charmante, pas de broderie accessoire qui ne soit fabriquée avec Tor le plus lin.

Je Tai écrit ailleurs : les défauts d'un poème conçu, écrit dans le

otbîiieti défait et refiiit aux répétitions^ ont rompu l'usité do l*œnvra. Alfred do Musset a ditdaus son joli conte de Sihna :

Que ne demandez-vous un conte à La FootaUlttt C'est avec celui-là qu'il eït bon de veiller;

Ouvrez'le sur votre oreiller.

Vous wrrei se lever l'aniwre.

Molière l'a pn'dit, et j'en sui^ coavaîacn,

Bien des choses auront vécu

Quand nof enfants liront encore

ce que le bonhomme a conté...

VdlA justement le tort ou rimprudence de MM. Scribe et de Saint-Georges : ils ont demandé un eonte à la Fontaine! Seul, Musset le pouvait faire; il l'a prouvé dans Si/via et dans Simone. Or, M. Auber, voyant ses poêles s'orienter avec difficulté dans un chemin trèa-ardu, celui du coule; aller en avant, revenir sur leurs pas, se frayer d'autres sentiers que ceux où avai^t marché avec tant de grftce Boccace et La Fontaine, M. Anher, difr-je, a pris de son c6lé. Il a laissé MM. Scribe et de SainIrGeorges battre la campagne, et, se reposant en compagnie d'Alaciel et de sa suivante, ' sous la tente dressée dans le désert par don Alv.u-, il s'est mis à chanter avec celle suprême élégance, avec cet esprit, avec celte jeunesse de mélodie et celte iinesse d'harmonie qui onl fail dire à la foule : « C'est encore, c'est toujours l'Auber du Domina et des Diammts! » Ettandb que, dans le deuxième acte de la Fiancée du Roi de Garbêj M. de Sainlp-Georges fléchissait visiblement, se trat' nant à travers toute sorte de scènes mal attachées, languissantes, inutiles, M. Auber, au contraire, écrivait coup sur coup le duunocturne eu si bémols le trio chanté par Achard, M"*' Cico et Tuai, et la jolie chanson des deux soprani, cuire Alaciel et Figarîna. Le duo-noctume a, dans le style qui est propre au musicien, une ré« verie, une poésie tout à fait orientale. Dans le trio, M. Auber, placé, par la scène qu'il avait à traiter, dans la situation du comte Ory, de la comtesse et dMsolier, c'est-à-dire involontairement en lutle avec un matlre tel que Ro^iui, s'est tiré de ce mauvais pas en écrivant la page la plus remarquable de sa partition.

De ce que le deuxième acte de Topéra, le plus faible comme

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poème, me lemble I moi le meilleur comme pertitioa^ il n'en foudrait pas eenelure trop légèrement que le composileor s'est reposé en commençant et en finissant son opéra. POnr ne citer que la romance d'Achard, au premier acte, cette romance, avec son accompagnement voilé et coloré, avrc son murmure des archets promenés sur les instruments à cordes et semblable à un bruissement d'ailes, est bien certainement de ia famille des morceaux que j*ai cités et si sincèrement lonés. En dirai^je autant de l'aparté de M"* Cico, dus le promiér Ûnale : Noire roi s» marie f II a transporté le public— sur le Poni'Neuf, je le confesse: mais ici» malgré mon respect pour les majorités, je proteste en bocbant la tète, et je dis à M. Auber, sur un i i train bien connu :

L'e»t le tra la ia la !

Mon le foilk

J'ai besom de le répéter en terminant : ce qui précède est tine impression rapide, superGcielle, effleurant çà et là, et comme à vol d'oiseau, les sommets de rmnvre; ce D*est pas un jugement porté en tonte réflexion sur la dernière partition de M. Auber. Un jugement m'eikt obligé è de longs déreloppemenls, et ils m'étaient interdits. Afin que eette étude Ukl complète, do moins en ce qui concerne l'exactitude des faits, j'ai dû y ajouter un post-scriptitm : il n'a d'autre importance pour le lecteur que de lui dire — en style moins laconique et moins sec qu'une date : — la Fiancée du Roi de Garbe a été jouée pour la première fois, le lundi i ï jan* vier 1864, et a réussi, ^cès avoir voyagé à travers les quatre-vingtdenx printemps du cbef de l'École française, la mélodie du compositeur est arrivée heureusement â Garbe. Son fiancé, le public, J'a accueillie aussi bien que TAlaciel du conte. « Madame/ loi » a-t-il dit, peut-être avez-vous perdu quelque chose sur celle »> route jaloaiiétî des beaux succès du M"ron,ée la Fiancée, d'Ac- » téoH^ du DominOj de ia Sirène. Mais, eu dépit des fatigues du • voyage, vous êtes cbarmantet et votre époux se contente, en » fermant les yenz, des grâces que vons lui apportez! »

TABLË £T SOMMAIMS

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