NAISSANCE D’IBERVILLE.—SA FAMILLE
D'Iberville reçut le jour à Montréal en 1662. Il était le troisième fils de Charles LeMoyne, Sieur de Longueuil, qui, depuis son arrivée en Canada, s'était signalé en maintes expéditions périlleuses contre les Iroquois et avait rendu les services les plus importants au pays, et dont les enfants étaient au nombre de treize, onze garçons et deux filles.
Charles LeMoyne, Baron de Longueuil, fils aîné, servit constamment, tant en France qu’en Canada, où il reçut : iusieurs blessures dont il resta estropié, et contribua puissamment à l’augmentation de cette Colonie par les dépenses considérables qu’il fit. Ce fut pour reconnaître ses services que le Roi érigea sa Seigneurie en Baronnie et le fit Lieutenant du Roi de la ville et gouvernement de Montréal.
Le Sieur de St. Hélène, Capitaine d’une Compagnie du détachement de la marine, après plusieurs services, mourut des blessures qu’il avait reçues des Anglais, lorsque ceux-ci allèrent, en 1690, assiéger Québec.
Le Sieur de Maricourt, Capitaine dans le même détachement de la ma-
rine, fut emporté par la maladie qu’il contracta à la suite des voyages qu’il entreprit au pays des Iroquois, dans l’intérêt du service du Roi.
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Le Sieur de Sérigny, Lieutenant de vaisseau au port de Rochefort, prit part à plusieurs combats, seconda le Sieur d’Iberville, son frère, et eut plusieurs commandements de vaisseaux en chef de Sa Majesté, comme il appert par les instructions et ordres donnés au sieur d’Iberville.
Le Sieur de Bienville, officier dans les troupes de la marine, fut tué par les Iroquois surpris au nombre d’environ quarante, dans une maison française, et tous taillés en pièce, à l’exception d’un seul qui s’échappa.
Le Sieur de Châteauguay, Garde-marine, fut tué par les Anglais, à la prise du fort Bourbon, en 1694.
Le Sieur d’Assigny mourut des fièvres aux Iles St. Domingue, où le Sieur d’Iberville avait été obligé de le laisser, en allant au Mississipi, en
Le Sieur Antoine LeMoyne décéda tout jeune.
Le Sieur de Bienville 11e, Lieutenant du Roi à la Louisiane, ne cessa d'y commander depuis l'établissement de cette Colonie en 1698.
Le Sieur de Châteauguay 11e, Capitaine d’une Compagnie de la marine, a constamment servi en ce pays avec ses frères.
L’aînée des filles devint l'épouse du Sieur de Noyan, mort Lieutenant de vaisseau. La cadette se maria au Sieur de la FEES Major des troupes de la marine en Canada.
PREMIÈRES ANNÉES D'IBERVILLE.—IL EST ENVOYÉ A LA BAIE D'HUDSON.— SES BRILLANTS EXPLOITS.
Le Sieur d’Iberville qui, comme ses frères, était destiné à porter les armes, choisit le service de la mer. Pour s'en rendre capable, dès l’âge de quatorze ans, il se forma à la navigation par plusieurs voyages qu’il entreprit dans le Golfe St. Laurent, tant à l’Ile Percée que dans d’autres lieux, avec un bâtiment qui appartenait au Sieur LeMoyne, son père, et fit ensuit” plusieurs voyages en France sous d’habiles navigateurs.
En l’année 1686, le Marquis de Denonville, Gouverneur-Général de la Nouvelle-France, ayant résolu d’élever un fort à la Baie d'Hudson, dite Baïe du Nord, il choisit le Sieur d’Iberville, conjointement avec le Sieur de Ste. Hélène, son frère, pour commander les Canadiens qui avaient été détachés, avec des soldats sous les ordres du Sieur de Troye, Capitaine de Compagnie, et les y conduire par terre. La difficulté pour se rendre à cette Baie est également grande, soit qu’on veuille y aller par terre, soit qu’on prenne la mer. Par terre, ce voyage ne peut se faire qu'en canot d’écorce au milieu de rivières rapides, remplies de pierres qui causent des bouillons et des chûtes affreuses, et par un pays des plus stériles. Par mer, il faut d’abord surmonter les glaces, dans lesquelles on est quelquefois enfermé quinze jours, trois semaines et plus, et conduit à leur gré par les vents et les courants, puis se guider à travers des brumes si épaisses,
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| qu’elles font l’effet d’une nuit presque complète. Si à cela, on ajoute que ces lieux étaient encore peu fréquentés des Français, qu’il y règne un hiver continuel et que toute la côte du Labrador, qui est de 500 lieues, est remplie d'Esquimaux qui tuent et mangent les Européens qui ont le malheur d’y faire naufrage, ou qui se laissent surprendre dans quelque hâvre, on aura une idée de la difficulté de l’entreprise. Aussi, ce voyage faillit-il coûter la vie au Sieur d’Iberville. Le canot dans lequel il était, chavira dans un
rapide des plus dangereux ; deux des hommes de l’équipage furent noyés,
et d’Iberville ne dut qu’à sa présence d’esprit d'échapper à la mort | ! avec deux de ses compagnons. Le succès de ce voyage toutefois répondit É 1 à l’attente qu’on en avait: d’Iberville éleva un fort et en prit un autre sur
les Anglais, en représailles de celui qu'ils avaient enlevé aux Français.
En vertu de la commission qu'il avait recue, le 12 Février 1686, du Mar-
. : quis de Denonville, d’Iberville fut investi du commandement de tous les
ports. Il s’acquitta si bien de son devoir, que le Gouverneur lui en fit
compliment par sa lettre du 23 Février 1689: “ Vous avez trop bien fait,
lui écrivait ce Gouverneur, pour qu’on ne vous continue pas dans les em-
plois que vous remplissez, en servant la Compagnie du Nord. Vous devez
vous tenir pour assuré que je ne m’oublierai en rien de tout ce qu’il con-
viendra de faire pour faire valoir vos services auprès du Roi et de M. le
Marquis de Seignelay. C’est pourquoi, je vous convie de continuer à bien faire et de vous attacher à faire réussir tous nos desseins. ?”?
Peu après, usant de représailles, d’'Iberville entreprit une action des plus hardies et presque incroyable : ce fut d’enlever un navire anglais de 12 pièces de canon, avec deux canots d’écorce et onze hommes. Il conduisit si bien son dessein, qu’il réussit, ayant surpris le vaisseau au point du jour et ayant tué les matelots qui faisaient le quart. Il y avait trente hommes d’équipage.
Cette même année, 1687, Messieurs les commissaires, nommés par les Rois de France et d'Angleterre, ayant arrêté qu'il ne serait fait aucun acte d’hostilité entre les sujets des deux couronnes jusqu’au mois de Janvier 1689, le Sieur d’Iberville revint à Québec par mer, dans l’automne de cette année 1687, avec sa prise, et apporta les castors, pelleteries et autres effets qui étaient dans les forts.
L'année suivante, il retourna à la Baie d'Hudson par mer. La commission que lui donna M. de Denonville pour commander dans toute cette Baie et pour s’y rendre incessamment, est du 9 Juin 1689. Après le règlement fait par Messieurs les commissaires et qui défendait toute hostilité entre les deux nations, d’Iberville avait lieu de croire que les Anglais demeureraient en paix. Il en fut cependant autrement. Ceux-ci envoyèrent trois navires et six vingts hommes pour enlever le Sieur d’Iberville avec ses kr gens. N'ayant rien pu entreprendre avant l'hiver, ils espérèrent venir à bout de leurs desseins pendant cette saison, à la faveur même de la bonne
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intelligence rétablie entre les deux nations. D'Iberville n'avait que 14 hommes de garnison, ayant renvoyé à Québec son navire chargé. Pour cette raison, il ne souffrit pas que les Anglais vinssent à son fort, ce qui leur eut permis de constater le peu de monde qu’il avait. Il fit bonne contenance, en les observant de près. Mais, quand il se fut bien assuré que les Anglais tramaient contre lui un complot, qu’ils avaient même fait pointer deux pièces de canon, chargées à mitraille, sur un lieu où ils devaient s'aboucher pour un pourparler, qu’ils devaient tirer quand il y serait arrivé avec le nombre convenu de ses gens, et qu'ils avaient ordre de mettre tout en usage pour le prendre et le faire mourir, il leur déclara une guerre ouverte, et, n’épargnant que ceux qui étaient atteints du scorbué, il les tua ou les prit tous avec leurs navires et effets. Ce fut au sujet de es actions de valeur que le Marquis de Denonville lui écrivit, le 3 Juillet 16£9, en ces termes : J'ai reçu avec plaisir le détail que vous me faites, par vos deux lettres de l'automne dermer et de ce printemps, de tout ce qui s’est passé à la Baie, entre vous et les Anglais qui voulaient vous enlever ; je vous assure que je ne m'oublierai pas de rendre compte à M. le Marquis de Seignelay de votre belle conduite et de votre savoir faire. Continuez de soutenir votre ouvrage.”
À quelque temps de là, d'Tberville eut encore occasion de signaler son courage et son habileté. Ayant appris qu’il y avait un navire anglais au lieu dit Ruper, avec intention de s’emparer de l’un de ses forts, il partit en chaloupe, le Ter Juillet, avec onze de ses gens, et laissa le Sieur de Maricourt, son frère, à son fort, avec neuf hommes, pour garder 58 Anglais qu'ils avaient pris pendant l'hiver. Le 7, il fit reconnaître le vaisseau ennemi. et, le 8 au matin, il l’enleva. C’est ce qui paraît par une lettre qu’il écrivait à ses associés, à Paris, en date du 17 Novembre 1689. Il donna aux Anglais un des navires qu’il leur avait pris, pour les reconduire en Angleterre, laissa le plus petit à la Baie, et revint à Québec dans le plus grand, de 24 pièces de canon, chargé de castors et de pelleteries.
Le Sieur d’Iberville retourna encore à la Baie d'Hudson en 1690, comme il parait par la commission de M. le Comte de Frontenac qui l’établissait Commandant-Général de tous les p ites que les Français avaient dans cette Baie et sur tous les navires qui y navigueraient. Cette commission est du 22 Juin 1690. D'Iberville en revint, l’automne de la même année, toujours bien chargé.
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EXPÉDITION D’IBERVILLE DANS LA NOUVELLE-ANGLETERRE.—PRISE ET DESTRUOTION DE CORLAR.—SES NOUVEAUX EXPLOITS A LA BAIE D’HUDSON.
Comme le Sieur d’Iberville, de retour en Canada, était toujours prêt à se dévouer pour le bien du pays, il exécuta, au milieu des neiges, une commission des plus pénibles et des plus périlleuses, avec le Sieur de St.
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LE JEAN-BART CANADIEN. 5 que 14 Hélène, son frère, et le Sieur Manthet. Ce fut d’aller, avec un détache- Pour ment de Canadiens, de Sauvages et quelques soldats, enlever un bourg Se nommé Corlar, dans le voisinage des Iroquois, en représailles de l’incur- Dh sion que les Anglais avaient fait faire par ces derniers sur les lieux nommés Fe LM la Chine, dans l’Ile de Montréal, et la Chesnaye. M. de Pontchartrain, père, k Be qui avait été parfaitement informé de tous les périls auxquels il s'était si OI noblement exposé, lui écrit le 7 Avril 1691, pour lui faire savoir que MM. es de Frontenac et de Champigny, lui ayant rendu des témoignages fort avantageux de sa conduite et de sa bravoure, il avait proposé au Roi de le M ae charger de l’exécution de l’entreprise que Sa Majesté avait résolu de faire A tenter sur le fort Bourbon, étant persuadé qu’il donnerait en cette occasion 16 £ 9 de nouvelles marques de son zèle pour le service. ne Ce fort Bourbon, que les Anglais ont depuis appelé Nelson, était un poste pes découvert et fait par les Français dans la Baie du Nord en 1681, sous le° à commandement des Sieurs Desgrosilliers et Radisson qui y laissèrent le Rec Sieur Chouar, fils du Sieur Desgrossilliers et neveu de Radisson. Comme quis de ce dernier était mécontent de quelques marchands, ses associés, il passa ez de en France en 1682, de là se rendit en Angleterre, et, en 1683, alla à la Baie du Nord avec deux vaisseaux anglais ; à l’aide des signaux qu’ils Ro avaient donnés au Sieur Chouar et qu’il connaissait, il prit le fort par traau lieu hison et toutes les pelleteries et effets qu’il contenait. Appréciant l’impor- : cha- tance de ce poste, les Anglais y avaient élevé un fort régulier à quatre IOQUEE, bastions avec un fossé plein d’eau, de dix pieds de large, et l’avaient pourvu 48 ils de tout et d’une bonne garnison, jugeant bien que les Français essaieraient ane, de s'en emparer. C'était, en effet, de cette mission que d’Iberville était crivait chargé.
Fe Etant passé en France dans l’automne de 1691, il fut fait Capitaine de Angle- frégate par Sa Majesté qui le chargea, par ses instructions du 11 Avril grand, 1692, de conduire les vaisseaux qu’elle envoyait en Canada, de convoyer les navires marchands, et d’aller ensuite faire le siége du fort Bourbon. 2990; D'Iberville convoya si bien ces vaisseaux qui étaient sous ses ordres, que éta- tous parvinrent à bon port. Cette navigation ayant été très-longue et la ASP saison d’aller attaquer le fort Bourbon étant passée, le Comte de Frontenac "4 sera | retint d’Iberville, et, afin de l'utiliser, le chargea, avec le Sieur de Bona- RP | venture, d’aller croiser le long des côtes de Nouvelle-Angleterre, ce à | quoi le Sieur d’Iberville réussit parfaitement, ayant pris un vaisseau armé SE ET en guerre par cette Colonie, et ayant désemparé un autre, donné une très grande alarme à cette Colonie, et fortifié le courage des Sauvages abénaquis, voisins des Anglais et portés pour la France. En 1693, le Sieur d’Iberville eut la même destination que l’année préprêt à cédente, et s'en acquitta également bien, tant pour la conservation des S, une vaisseaux du Roi que celle des navires marchands. Comme les vents con-
de St. traires retardèrent le départ de France, on ne put encore exécuter, cette
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année, l’entreprise sur le fort Bourbon. Ses instructions étaient du 28 Mars 1693, et les lettres du Ministre, qui justifient des vents contraires, sont du 18 Avril et 6 Mai 1698.
Enfin, en 1694, le Sieur d'Iberville prit si bien ses mesures, qu’il surmonta les difficultés de la navigation. Il se rendit au fort Bourbon avec deux frégates, prit ce fort et tout ce qui y était. C’est à cette époque que fut tué le Sieur de Châteauguay, son frère. La saison étant trop avancée pour revenir en France, il y hiverna avec les frégates, et revint l’année suivante, après y avoir laissé une garnison. La lettre que M. de Ponchartrain, père, lui écrivit à cette occasion, est du 21 Octobre 1695. T1 lui marque ‘ qu’il a lu avec plaisir la relation de son voyage, qu’il a rendu compte au Roi de tout ce qui s’y était passé, et qu’il ne doute pas que Sa Majesté soit satisfaite de ce qu’il à fait pour le service.”
D’IBERVILLE PROJÈTE DE RUINER LES ÉTABLISSEMENTS ANGLAIS A TERRE- NEUVE.—SES ACTIONS MÉMORABLES.—NOUVELLE EXPÉDITION A LA BAIE D’'HUDSON,
Après qu'il eût mis les Français en possession du fort et de la Baie du Nord, d’Iberville pensa que rien n’était plus important à l'Etat que de détruire entièrement les Etablissements que les Anglais avaient faits secrètement dans l'Ile de Terre-Neuve, appartenant à la France, et, par ce moyen, d’assurer aux Français seuls la pêche de la morue, et ainsi de mettre la France à la place de Angleterre. Il en fit la proposition au Roi qui l’agréa et lui accorda quelques vaisseaux pour l’exécution de cette entreprise.
Mais comme il était nécessaire de faire sans retard une irruption sur les terres de la Nouvelle-Angleterre, d’y prendre le fort de Pemaquid et de porter les secours demandés à la garnison et à la Colonie de l’Acadie, d’Iberville fut chargé de faire le tout, et, par ses instructions du 28 Mars 1696, Sa Majesté lui marque ‘‘ qu’elle s’en remet à son expérience et à l’affection qu’elle sait qu’il a pour son service.” Les volontés du Roi furent exécutées exactement : l’Acadie fut secourue ; le fort de Pemaquid fut pris par tranchées et rasé jusqu'aux fondements ; les Sauvages qui y étaient retenus prisonniers aux fers, furent mis en liberté. Le pitoyable état dans lequel ces Sauvages prisonniers furent trouvés, ranima la haine que leurs compatriotes avaient contre les Anglais, et augmenta leur reconnaissance et leur amitié pour les Français,
De là, le Sieur d’Iberville se rendit à Plaisance, et, pendant l’hiver, prit le fort de Saint-Jean et tous les Etablissements anglais. Il comptait sur les années suivantes pour achever son entreprise, mettre à profit tout le butin qu’il avait fait, et ôter aux Anglais toute espérance de remettre le pied dans cette Ile; mais les ordres qu’il reçut au printemps, changèrent ses
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