D'IBERVILLE, LE JEAN-BART CANADIEN
PROJET GRANDIOSE D'IBERVILLE CONTRE LA FLOTTE ANGLAISE DE LA VIRGINIE ET CONTRE LA CAROLINE.—-IL MEURT AVANT D'AVOIR PU L'ACCOMPLIR.
Cependant, toujours plein de zèle pour la gloire des armes du Roi, d'Iberville méditait une autre entreprise sur la flotte de Virginie, contre toutes les côtes de la Nouvelle-Angleterre, la Caroline inquiétant les Espagnols dans leurs ports de la Floride, et sur la flotte anglaise de Terre-Neuve. Sa Majesté agréa son projet, lui accorda cinq navires et deux flûtes ; mais, les affaires de l'Etat ayant obligé le Roi à retenir trois de ces navires pour
. les employer ailleurs, Sa Majesté ne put porter toute l'attention qu'Elle eût voulu à cet armement, prêt à prendre la mer. C'est ce qui paraît par la lettre que M. de Pontchartrain écrivit à d'Iberville le 15 Octobre 1703. Malgré ce contretemps, d'Iberville ne se rébuta point. Il forma un autre projet qu’il se proposait d'exécuter avec le Pélican, la Rénommée et une petite frégate. Ces vaisseaux lui fûrent accordés ; mais, les affaires de | l'Etat ayant encore mis obstacle à leur départ, ce projet resta sans exécu- | tion, comme il paraît par une lettre du 23 Janvier 1704. Enfin, M. de À Pontchartrain ayant souhaité que M. d’Iberville vint à Paris, il lui envoya son congé à la fin de Juin 1704. D'Iberville s’y rendit; mais il tomba si grièvement malade, que son épouse y vint en poste de la Rochelle, avec le | Sieur de Sérigny, son frère.
Sa santé s'étant rétablie, d'Iberville s'occupa de nouveau de l'armement qui fut agréé en 1705 et exécuté en 1706. Quoique son dessein eût transpiré dans les Iles et chez les ennemis, il ne laissa pas que de subjuguer une de ces Iles ; il prit aussi plusieurs vaisseaux et nombre de nègres. Se | décidant alors à exécuter son dessein, proposé en 1703, sur la flotte de { Virginie, sur celle de Terre-Neuve et contre les Colonies anglaises, depuis la Caroline jusqu’à Bacton, il se rendit à la Havane. Il venait d’y arriver, lorsqu'il fut atteint des fièvres et emporté le 9 Juillet 1706.
Tels sont les services que rendit le Sieur d'Iberville. On voit que, pendant vingt ans de sa vie, il na pas été un an sans faire quelques actions nouvelles, également périlleuses et glorieuses aux armes du Roi. En temps de paix, il s'est sacrifié à la découverte et à l'établissement de la Louisiane, qui est un des plus beaux et plus riches pays du monde. Tant qu'il a vécu, il a soutenu cette garnison et Colonie naissante, non-seulement par ses services et ses conseils, mais par de grosses sommes de son bien
| | qu'il a avancées sans intérêt, le Trésor n'étant pas en état de les fournir. Les sommes provenant du dernier armement qui lui coûta la vie, et causa à ses enfants la plus grande perte qu'ils pussent faire, réduisirent de beaucoup la fortune de la Dame Bethune, sa veuve, et de ses quatre enfants Mineurs. Par contre, d’Iberville légua à sa famille quelque chose de préférable à tous les trésors du monde : la réputation d’un homme de bien et celle du plus grand homme de mer qu’ait possédé la Nouvelle-France.
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