HAUSSÉE DES GÉANTS. DUBLIN
« Shall Iho Uarp then bc silent, vs hen ho who lirstgave To our country a name, is witbdrawn from alleyesf Shall a minsirel of Erin stand mute by the grave, Where the first— where the last of her Patriou liest* ( Th. McouB, A prepoê de la mort de Grattam.)
Dans les îles brilanni que s, chacune des trois ou qualrc principales parties dont elles se composent , revêt un type assez original poor en fiire le sujet d'études spéciales auxquelles il n'est jamais indiircrent de se livrer. £n mettant le pied sur le sol anglo-saxon , on y trouve
UÛ6 phy6iûaomiatûut6 locale, autonome; puis,eiiËco88ef les anglidsmea a'effaoenl devant les habitudes et les
mœurs calédoniennes, et c'est la même chose a observer eu Irlande, où quelques lieues marines suilisent pour créer un monde isolé, un contio^t à part, difficilement eondliable avec la Grande-Breta^e. Le pays de Galles, que les usages ou les préjugés naùouaux continuent encore à séparer du continent grand-breton , à part quelques caractères propres^ me semble fondu dans l'Angieterre et perdu au milieu de soft envahissante
civilisation ; on ne peut pas en dire autant de Tlrlancle, de l'Irlande surtout, qui a pour eiie des causes de séparation physiques et morales.
€e n'est pas de toute l'Irlande que je me propose de
(iLirlur, mais seulement de la partie (jui m'est connue , et c'est asses probabiemonL pour décider de tout le restes
L'écrivain ne saurait nettement précisa quel sentiment il éprouve en délj arquant sur la terre de la verte i^in, tant est complexe ce sentiment vague dont ii est poursuivi à rapproche de ses côtes. À ne juger que l^pparenoe extérieure , il n'est pas en Irlande beau- ^ coup de particularités capaliles do fixer l'attention, surtout si 1 on arrive de la Grande-Bretagne, ilrlande étant 4a résumé exact de la géologie, de la configuration do l'Angleterre, de TÉcosse et du pays de Galles ; mais au point de vue des idées et des mœurs des habitants , c'est tout autre chose, yuand on a fait observer ce fait météorologique qu'il pleut plus en Irlande que dans la Èrande-Bretagne , et plus dans sa partie nord oocidentaie que dans les autres parties, que ses vastes tourbières refroidissent le sol et entretiennent une humidité prégudiciable aux récoltes , il semble qu'on a épuisé le catalogue des faits dans Tordre naturel; car à oonsi*
dérer les cfaoses de près ei sans préventions, Taspeclgé^ néral de l'Irlande est ni plus ni moins le même que celui de
la Grande-Bretagne, avec des modifications qui échappent à l'œil le plus exercé. Vous y verrez de bonnes terres à blé, des bois et des arbres d'une stature sublime, des bruyères , des landes et des tourbières , puis des prairies et des gazons moelleux , des lacs enchanteurs, des vues ravissantes , des rivières pareilles à celles de ÏAor gleterre et de l'Ëcosse , et en un mot tout ce qui procède spécialement de la nature, peu différent de la Grande- Bretagne. Loin de là , quand il s'agit de rapprocher les mœurs et les sentiments des deux peuples.
On a écrit le caractère des Anglais, des Écossais et des Irlandais , jusque dans ses moindres détails et Ton s'est perdu dans un dédaie de jugements spécieux et subtils qu'il eût été plus juste et plus facile d'indiquer brièvement en procédant par les traits saillants , les grandes lignes de démarcation.
Ainsi chacun sait que les divisions religieuses ont le plus contribué à marquer les traits saillants originaux de cette tle mineure, dont Témancipation tardive a en* gcndi é les fléaux de la famine et du désespoir. Chacun sait que la population protestante est à la population catholique romaine ce que 4 est à 6 ou à 7; et il n'est plus douteux aujourd'hui que la différence religieuse excite, entre les deux peuples voisins, plus de haines et d'animosités, que la simple suprématie de l'un sur Tautre, du plus fort sur le plus faible, ne saurait en faire naître. Sous ce dernier rapport, il ne s'agit pas de savoir qui des deux a précisément tort ou raison, et il est évident que tous les deux ont tort et raison tout à la fois.
La question générale , qui plane sur les différends de l'Irlande avec l'ilngleterre, appartient au droit public, et, en pareille matière, il y a peu à discuter. Ainsi iir-
lande étant plas petite, plu» faible, moins rapprochée
(le la civilisation ruropéennc, était dcsLinée à dépeudro de la Grande-Bretagne ; et il est arrivé ce qui devait naturellement résulter de la conquête « ce que nous voyons se reproduire partout et dans tous les temps , le plu& fort dominer le mo\m fort , le grand posséder le petit. Sans doute , à ne consulter que le patriotisme des Irlandais, mon raisonnement peut ne pas être juste, parce quMl n'est pas assez absolu, et je comprends parfaitement leur susceptibilité, au point que si j'étais moi-môme Irlandais, je raisonnerais comme eux , et je dirais : Il ne s'en suit pas de ce qu'un état est plus vaste et plus I iil léque son voisin , pour qu'il ait droit d'envahis«sèment et de possession, car la propriété est csscnliellement indivisible, insaisissable, et rien au monde, aucune force grande ou petite ne saurait entacher Tindépendance d'un homme, d'une société d'hommes , et à plus forte raison d'un état. Bien encore, voilà pour la -théorie, pour le côté purement spéculatif; mais ordinairement est-ce ainsi que les choses se passent ? Qu'arrtve-t-il ? sinon que les puissants absorbent les faibles, et le cas paraît surtout le plus iiaUirel du monde, quand ou l'applique à la domination de la Grande-Bretagne sur l'Irlande, ces deux tles, dont Tune est deux fois plus étendue que l'autre, dont la première sépare la seconde du contact de la civilisation continentale européenne et semble placée de manière à la dominer exclusivement* Jamais gros poisson n'eut si belle occasion de croquer un plus petit que soi. Mais laissons ces procédés, qui tout en étant la violation abstraite du droit des gens , ne sont, d'après les lois commuues adoptées depuis bien des sièles , qu'un enchaînement de faits passés à rélat le plus normal qu'on puisse voir. Tout en reconnaissant à l'Angleterre , de par le fait y la
iégitiniité de sa dominaUoa, ne nous étonnons point de
ce que l'Irlande reste soumise à sa voisine, par la simple force de la conquête. C'est rude , c'est illégal , et c'est pourtant le fait coutumier de tous les peuples , sans en excepter un seul. Tous les hommes , sous an prétexte quelconque, sont envahisseurs, et la coutume ou la force des choses sanctionne ces possessions en quelque sorte obligées. Toujours la loi du plus fort et non celle du plus juste. Or, nous ne chicanerons plus TAngleterre de posséder i Irlande , puisqu'en cela elle ne lait que céder à la maladie universelle, prendre quand on le peut et se déclarer légalement propriétaire, à la suite d'une possession de longue date, par une sorte de prescripLion; maisvoici que cette possession, pour la mnintenir , a besoin d'une certaine contrainte, de violences contre les mœurs , les usages, le libre arbitre du peuple conquis, et là, l'injustice ressort davantage et se montre en plein jour.
L'Angleterre^ aussi bien que toutes les nations conquérantes, a compris tous les embarras qui proviennent des dissentiments religieux, et il est évident qu'elle n'a rien
épargné pour éloigner les Irlandais de leur foi primitive, pour les ramener au giron de l'église établie; eilea misa raccomplissement de cette œuvre un zèle, une ténacité et 80uventunepassionqui,àrexemplede touteslespassions, s*est trahie par des vexations irritantes. L'Angleterre sentait avec raison qu'un des plus puissants modes de triomphe sur les vaincus , est leur conversion aux doctrines, à la foi de la niclropole, et c'est au prix du sang de ses mineurs qu'elle a quelquefois payé son droit d'aînesse. Aujourd'hui, si les vieux ressentiments paraissent apaisés , si la guerre civile n'est point permanente , la question n'a pas fait un pas de plus , et si Tillustre Robert Peel revenait à la vie , il serait encore en position
de réfMmdre en pieia pariemeni : «loraque je nevoiepos à la législature le pouvoir de remédier immédiatemeiità
la détresse , n'est-il pas de mon devoir de nrabstenir dô faire naître des espérances que ni la législature oi moi ne saurions réaliser? Je suis moi-^néme sans espérance... Comment donc pourrai je entretenir un trooK peur espoir dans l'esprit du peuple?» Non, la régénération efficace de i Irlande n est point venue ^ et comme il n'existe pas de moyen précis, il est plus sage d'en remettre le soin au temps et à Dieu. L'assignée anglaise sera toujours d'un précieux secours dans les moments critiques, d'autant plus que cette assistance se pratique sur la plus vaste édieEe de la charité humaine. Dans les circonstances ordinaires, on ne peut souhaiter pour rsrmélioration du sort des Irlandais , qu'une liberté bien entendue, eompatiitle avec leurs mœurs et les institu* tiens tiritanniques qui les régissent. Ainsi, en Tétat de la législation des cultes, la dtme a sans contredît cet avan* tage qu'elle donne en quelque sorte à chaquo sujet des Ïrûiâ-Koyaumes la lacultô de professer librement sa croyance et de faire vivre ensemble, dans le même pays, des cultes essentiellement difEérents. La dtme représente la protection, la garantie tutélaire de l'état, puisqu il est convenu, dans le droi t strict moderne , que i impôt est tou* jours une assurance délivrée par rétat pour pro&eser libre» ment telle carrière ou jouir de tel bénéfice. Seulement , il est des cas ou la conscience se trouve froissée da ris l'application de certaines mesures égalitaires, et s ii en eoaie peu ou beaucoup à un protestant non conformiste de payer la dtme (tithe) à un gouvernement protestant , il doit en coûter encore plus à des catholiques de solder un gouvernement prolestant ; et les catholiques d'Irlande sont en proportion si nombreux, qu'ils ne peuvent ja-mais se faire à l'idée de contribuer à un système adml^
iiistraUf dont les agents principaux appartiennent aa
parti de ceux qui composent la minorité dans leur pays. Sans doute, l'Irlande ne peut méconnaître le redressement de quelques griefs f comme la taxe des pauvres étendue à son territoire , le personnel de Téglise établie diminué, l iiiipoL prélevé pour les temples protestants aboli , etc.; une nouvelle organisation municipale qui a détruit les tyrannies et les abus des corporations et donné égalité de droits aux citoyens; la transformation de la taxe des pauvres par la loi de fer qui parque les malheureux dans des prisons de travail, mais qui ausbi crée des divisions administratives nouvelles par lesquelles le sol doit être aifïranclii un jour de Faction des paroisses et des comtés on delà tyrannie de 1 Église uL de Taristocratie ; la réforme judiciaire, qui a porté la hache dans le droit criminel , dans le droit coutumier, dans les cours ecclésiastiques , enfin dans cet eflfroyable labyrinthe de législation civile dont aucun juriste anglais n'a jamais connu tous les monstrueux arcanes. L'Angleterre a donc amélioré le sort de l'Irlande depuis quelques années, et si elle n'a pas flsiit plus, c'est que tout procède chez elle de la tradition et que les réformes sont lentes et mesurées* Ainsi, pendant que beaucoup d'anglais anglicans reconnaissent les misères de l'Irlande et la dureté de leur administration sur des fôibles et des vaincus, ils ne disconviennent pas de leur répugnance à modilier un corps de législation qui n'est plus moderne. Peutrétre, au fond, ne disent-ils pas aussi ce dont les forts ne conviennent jamais , c'est-à-dire, qu'on est toujours à temps de délier des faibles qui vous inquiètent. Pour ma part, j'ai dit lànlessus toute ma pensée, et je reste fermement convaincu de cette idée , que TAngleterre gagnerait en avantages pobiiifs et en reconnaissance, si elle mettait un terme à des enti'aves qui répugnent mùm
à son caractère ordinaire, qui est la grandeur dan» rindépendanee.
Je m'attends bien à iriio ohjoclion et elle me semble aisément relu table, par la simple raisoD qu'elle n'est ni neuve, ni originale, et qu'elle porte sur un pauvre principe d'expédient plutôt que sur un axiome propre à toutes les philoi>o[)liies d'Etat. Cette objection probable, la voici : N 'existe- t-ii pas chez presque tous les peuples et chez tous les peuples du globe, à rexception des Américains du Nord , une sorte de religion dominante, qui, si elle n'est pas précisément la religion U Ktat, a pourtant des titres et des exigences à la hauteur du grand nombre de ceux qui la pratiquent, de tous ceux qui composent la majorité de la population d'un état? Rien n'est plus vrai que cette pauvre loi de la majorité qui serlàopprimer une minorité paisible, innocente, dont le moindre défaut serait d'arriver au résultat qu'elle ambitionne, c'est-à dire à l'indépendance la plus absolue, à cette liberté parfaite qui donne le droit de jouir, sans empiéter sur le domaine d'autrui, sans s'immiscer dans les affirires de son voisin. La France, la vieille France même , n est pas exempte de cette plaie qui enchaîne tout et énerve la foi même des plus ardents, alors qu'une complète liberté de culte , sans participation aucune aux affaires et aux croyances d'autrui, entretien»
drait une sorte de feu sacré ehcz icb pratiquants. La France, d'ailleurs, estbeaucoupmoinsavancée que i'Ângleterre, carceUe-ci, aumoins, n'aniministrederinstruc* lion et descultes, ni un budget des cultes otiron solde les
différents rainislres de Dieu , d'après des usages conventionnels, et où la meilleure part revient encore aux ministres du culte dominant. Quoi qu'il en soit des défauts de la France, que je reconnais volontiers et dont je souhaite viveuieut la UeslrucLion, je voudrais louer i'Ânglo-
terre outre mesure si elle s'affirandiissaii de quelques entraves à la liberté, et c'est principalement en matière
de foi religieuse que la liberté d'une difficile application, en beaucoup de cas, est rigoureusement désirable et possiUe. Mon opinion à cet égard, que j'ai détfà consignée dans un chapitre sur Tesprit public religieux de l'Âncfleterre, demeure invariable, et je crois, dans l'intérêt de ranglloanisme, qui , pour une combinaison sortie du cerveau humain, ne manque pas de sens et de grandeur, que le point capital de sa conservation et de son élévation dans l'ordre des idées morales , dépend uniquement des mesures que je sollicite, c'est-à-dire, lui donner un champ plus vaste, plus libéral et le déga-* ger ainsi de tout esprit de secle.
Quoiqu'il en soit, maintenant, des causes du mal, voyons le mal et sous quelle forme hideuse il se traduit. Ici , même simplicité dans les effets de ce mal dont nous venons d'indiquer la source première. La conquête invite à l'intolérance , rintolérance engendre la haine, la haine dessèche le cœur, sans cœur point de zèle, le tra« vaila besoin de zèle, d'une certaine excitation, et là où les hommes ne travaillent pas, ils ne produisent rien, n'accroissent pus la fortune, tombent dans la misère et dans les vices les plus sordides, qui forment le cortège obligé des pauvres et des gueux.
Tel est, en somme, l'enchaînement successif des causes de la position peu progressive de l'Irlande, et le tableau que j 'en donnerai ne semblera suspect à personne , parce qu'il estde ceuxquetoutle monde a iafaculté d'exn* miner. Ilest malheureusementostensibleets'étale au plein jour. La misère et les vices du peuple d h lande ne sont pas seulement consignés dans les livres et les Journaux, par des écrivains qu'on pourrait rigoureusement suspecter de partialité. Hélas I ils sont patents , et quand on a
traversé le quartier pauvre de Dubiia ou quelques feiv mes des eomiés les moins fertiles, comme le Connatfgfat,
il n'y a pas à hésiter sur le jiicrcment à porter de ces populations déguenillées et toujours meuacecs de mourir de faim. Après cela, éUmnes-vous que les Anglais et les Irlandais ne soient pas sympatbiques.
A l'Angleterre qui abuse de la loi ordinaire des majorités, loi peu libérale et arbitraire en matière de foi et de conscience, l'Irlande répond le plus souvent par une insubordination qu'exdte le fismatisme et qui se trahit quelquefois par les actes les plus tcrossiers. Comme on le voit, l'origine du mal est dans le défaut de liberté, et, en second lieu, dans la résistance des Irlandais à toutes les mesures prises par le gonvemement anglais, que ces mesures, quecette proleclion, que cette générosité soient franches et bien intentionnées, car il ne faut pasméconnaître les largesses pécuniaires de l'Angleterre envers la détresse de Tlrlande.
Si l'Irlande a compté des ennemis féroces, implacables , elle n'a pas manque d avocats , et tout , dans ce pays de l'agitation , est devenu un foyer de passions vio« lentes , soit que la passion ffit dans le caractère même des anciens Celtes, ses premiers possesseurs, soit que les circonstances aient favorisé ces mouvements, ces menées auxquelles il est encore en proie. Ce n'est pas à tort que Ton signale la mobilité, l'esprit, l'impétuosité, renthousiasme de riilamhiis, qu'il ait le cœur bien ou mal fait. Il est incontestable qu'il procède beaucoup par l'entraînement et l'irréflexion , alors que T Anglais se retranche dans un ordre d'idées et une conduite toutoppo* séc. L'Irlande conlientdes brigands, telsqn'onnelesconçoit plus aujourd huien Europe; ainsi il n'est pas rare de voir des troupes d'hommes se précipiter, comme des pirates, sur les navires naufragés ou échoués sur ses cô-
tas inbospUalières; d'un autre oM elle a donné naissance a d(!s hommes vertueux, prêts à sacrifier leur vie pour le triomphe d'une bonne cause et pour le service de l'humanité. L'énergie est, sans contredit, dans l'âme des Irlandais. Prenons pour exemples les hommes Illustres auxquels elle a donné le jour, et tout en eux indiquera tantôt l'esprit le plus prompt, tantôt le courage le plus ferme, toujours l'énergie du cœur et de l'inteliigence. L'Irlande est la patrie de Goldsmîth, de Swift ^ de Farqliar, deSteele, deShéridan, deMoore, de Sterne, de Grattan, de Castloreagh, de Burke , de Canning, d'O'Gonnell , de Nelson et de Wellington. A part deux ou trois noms transcendants, la plupart des noms cités appartiennent à la doctrine protestante qui est pourtant en minorité dans le pays. Ce qui ii est pas a dire que les catholiques manquent de génie, mais ils sont peut-être moins pratiques , moins propres à paraître sur la scène active de l'Angleterre.
Quel dommage qu'un pays aussi beau, aussi vaste, ne prospère pas au-delà de toute espérance l Quand on voit la plupart de ses habitants déserter l'Irlande : les riches abandonnant leurs domaines à des fermiers qui pressurent, eux-mêmes, les paysans par des sous-fermiers ou tenanciers de seconde main, pour jouir de leurs revenus à Londres ou sur le continent européen ^ sorte de maladie appelée communément absentéisme dont le traitement palliologique est encore un secret pour les hommes d'£tat; les pauvres laborieux émigrant également en Angleterre , en Écosse et principalement aux Etats-Unis d'Amérique, pour y jouir de salaires plus élevés ou de tous les avantages que confère le droit de propriété, alors que les indigents paresseux demeurent seuls dans l'tle pour y vivre d'aumônes, y exhiber leurs haillons et souiller la patrie de leurs crimes ; quand on
songe au bien qui résulieraii de la transformation de cette intéressante contrée, on se prend, en présence du
mal, à rcgrclLer presque son existence, et l'on irait jusqu'à souhaiter que la verte Eria ne fût jamais sortie du sein de l'Océan.
L'absentéisme et la trop longue durée des baux , comme col ni de cent ans que les trappistes français vienaeni de passer avec sir Richard, sont deux plaies capitales pour rirlande.
La progression efflrayante de la pauvreté dans les grandes villes est principalement la conséquence du manque total des moyens de subsistance assurés et des lois sur les pauvres, dans Torganisation même des se^ cours qu'on leur accorde et qui seraient à même de re* médier à ses causes compliquées. Si rindustrie avait fait de plus grands progrès et que toutes les ressources du pays ftissent exploitées, l'tle pourrait nourrir une population triple de celle qui l'habite. Dans les circonstances actuelles, la population de neuf millions, environ, dépasse de beaucoup la masse de ceux qui peuvent gagner leur vie. Le prix du travail est excessivement bas et ne répond souvent qu'à la moitié de ce que Ton paye en Angleterre ; pendant tout l'hiver, les travaux manquent , faute d'industrie. Les paysans n'existent alors que du produit d'un petit champ de pommes de terre , attenant à leur demeure , bien entendu lorsque ces pommes de
terre n'ont pas la maladie, disease^ dont il est trop souvent question depuis quelques années. Dès le retour du printemps, ce champ est cultivé, la cabane fermée et le père de famille quitte sa patrie pour aller chercher, en Angleterre, le travail de l industrie qui lui manque, tandis que sa femme, suivie d'une ioule d'enfauts déguenil> lés, se traînent sur les grandes routes et aux portes des maisonsdes fermiers, ponr soutenir sa pauvre existence
en meudiâBt, jusqu à ce qu'arrive la récolle des pommes de terre.
Jagez par le tableau suivant, au seul point de vue
agricole, de la différence du travail et des salaires en Irlande et en Angleterre. Les agriculteurs anglais constituent le 4/4 de la population d'Angleterre, les agriculteurs irlandais formait au contraire les 3/5 de la population irlandaise. Sur un champ qui n'emploie que deux, hommes en Angleterre, on en trouve cinq en Irlande. Les terres labourées de la Grande-Bretagne s'élèvent à 34,^50,000 acres et celles de l'Irlande à U,600,000. Le produit agricole de l'Angleterre est 4 fois plus considérable que celui de l'Irlande. En Angleterre le^f gages du laboureur ^€uient de S p€nce$ àA $,%d. par jour; en Ir-< lande , les gagée ne s'éUt>ent quede% e. à S ^. 6 d. por eemaine pour toute l'année.
Je termine cette sorte d'introduction au récit de mon voyage à travers le pays , en indiquant les causes qui me paraissent le plus oontrttmer à la misère de lirlande et celles qui pourraient améliorer sa situation.
En l'état, ririande est plus célèbre par ses malheurs que par ses succès dans le monde des nations et je n'hésite pas à penser que le vice primordial de son malaise dépend en grande partie de la fatalité. Assurément je tiens compte de tout ce qu'on a écrit de judicieux sur les malheurs de l'Irlande, nrais il me semble qu'on n'a pas inidiqué le mal dominant, oehii dont les considérations s'élèvent au-dessus de presque toutes les appréciations humaines, celui qui découle naturellement de l'ordre social, et je crois ma pensée si juste que tous les remèdes proposés pour guérir Tlrlande de ses maux ne la soulageront pas extraordinairement, tant que le reste du monde sera ce qu'il est. Il n'entre nullement dans mes prétentions de demander la conversion de Tor-
dre social pour améliorer l'Irlande , non pas que je fus&otrès-heureux d'assieter à la régénératioa de ce pays, mais bien parce qu il n'est pas de la compétence de t'bomme
de changer au jour le jour ce que les siècles seuls parviennent à modilier. Or, voici ce que j entends par la fatalité qui jusqu'ici s'est acbarnée contre Tlrlande. La fatalités voulu que Tlrlande fftt rapprochée de la Grande* Bretagne, isolée d'un coté du continent , livrée de l'autre aux elianeeâ d'un Océan sans limile; qu elle fût d'une étendue moins considérable que la Grande-Breta» gne et par conséquent trop faible pour la dominer. En outre elle esl peu lérlilrî. car je n'admets pas cette fertilité trop vantée dans les poètes et les auteurs nationaux , cette fertilité d'une terre qui ne comporte aucuns vignobles, où les céréales sont inférieures en
qualité à celle de l'Angleterre , où les races de tous les bestiaux n'atteignent pas ces harmonieuses el utiles proportikuks qu'elles atteignent dans la Grande-Bretagne» oii les pftturagas n'y sont pas supérieurs, où les pommes de terre pourrissent à cause d'une excessive humidité, et où la culture du lin semble seule l'emporter en valeur et en importance sur celle de la Grande-Ile. Possédant peu de bras et de capitaux pour exploiter ses raines et ses carrières; couverte de landes et de bruyères plus qu'elle ne peut en défricher; elle est surtout moins heureusement située pour proûter de la civilisation du continent européen, de cette civilisation qui jusqu'à présent a marché de l Orient à rOccident, a van ta ire immense dont a profité la Grande-Bretagne, et dont a été déshéritée llrlandequi s'est trouvée dépendre nécessairement de sa puissante vcHsine.
Toutes ces causes d'infériorité no seinhlent-eiles pas nuire à l'Irlande?
Cependant, entre la fatalité du mal et le suprême
bien, îl y a une mîirge nssoz étendue [iour que riinl)itanl ne se décourage pas, et il devra tenter les amélioratioDS possibles. Si j'ai teno à démontrer les difficultés auxquelles Tlle mineureétaît fatalement encbatuée, je n'ai rîen écrit j»our pousser ['Irlandiiis à la réliollion du désespoir ou au quiétisme absolu. Loin de là, je siîis trèsdisposé à croire qu'un état de choses mauvais doit être atténué . sous peine d'empirer avec une effrayante rapidité, lei se placent natnrclhMncnt les moyens si nombreux et si variés, qui ont été proposés par les boniuies d'État à quelque drapeau qu'ils appartiennent. 11 faut demeurer au point de vue de chacun, pour affirmer en toute iiTipai tialité, des progrès (pie l'on se (latte d'obtenir, tantôt d'une manière, tantôt d une autre. loi, la séparation politique, le rappel de TUnion, Bepeal^ sera la panacée curative ; là , le maintien deradjonctk>n à la triple couronne britaiiiuiiuu liiiira par fermer les plaies encore saignantes. Au point de vue religieux, l'Irlande pour être heureuse devrait revenir absolument à la foi catholique de ses ancêtres , et se purgfer du contact de l'hérésie, véritable lléau de l'unité dogmatique; ou bien, selon la minorité protestante, abandonner les momeries du cuite romain , concéder un peu au rationalisme, se placer sur un terrain plus pratique qu'enthousiaste. Sous le rapport rKliiiiiiistratif , le système des fermages est vieieux; l'absentéisme n'est pas sans de graves inconvénients; l'éducation et l'instruction des pauvres nulle et comme un problème insoluble, d'un difficile avancement.
Je laisse toutes ces opinions générales de côté, et d'ailleurs il ne m'appartient pas de me faire juge exclusif en pareille matière. Gomme je Tai déjà dit, ces opinions
n'ont de valeur sérieuse qu'autant qu'on se pince aux divers points de vue des personnes qui les émettcut , et
il n'est jriiiiais enfrodansma pensée de pousser la dissertation jusqu âuK entraîDements aveugles et irritants de la polémique. Je conclus en thèse générale, que le temps seul mettra un terme à la f)atale position de Tlr^ lande, et, qu'en Tétat de dépendance où elle se trouve, elle doit exiger de la part du gouvernement britannique qu'il respecte religieusement sa liberté de conscience, et qu'en retour des efforts du gouvernement et des largesses des particuliers pour la secourir dans sa détresse, elle se montre plus soumise, moins rebelle.
Telles sont les considérations auxquelles j'ai cru de« voir céder avant notre marche à travers l'Irlande, la verte Erin , le royaume de Saint-Patrick, l'Yernis d'Or* phée, rinvernia ou l'Hibernia des Romains.
£n reprenant le précédent chapitre il est question de notre départ de l'Écosse, et de notre débarquement anticipé sur la côte d'Irlande entre l'île Rathlin et la partie septentrionale du comté d'Antrim.
Un marin, que j'avais surnommé le Scandinave, à cause de sa barbe rouge, de son œil bleu , de son vaste front, do ses longs cheveux et de sa forte stature qui le faisaient ressembler à un homme de la primitive race gothique, nous conduisit dans sa barque, du steamer sur le littoral ; puis laissant sa barque sur ce bord de mer oîi s'élèvent quelques maisons de pécheurs, il chargea le bagage sur ses larges épaules et nous montra l'itinéraire du village de Ballycastle assez avancé dans les terres, cumulant ainsi le rôle de robuste portefaix et d'intrépide nautonnier. Nous venions de prendre possession de l'Irlande , et le débarquement au milieu de cette plage déserte et sans reAige avait effectivement ressemblé à une prise de possession, attendu que nos pieds s'étaient posés d'abord sur un rocher nu , glissant, où il avait fallu s'aider des mains et se cramponner, pour y trouver Téquilibre.
Mon jn'(;niier soin , à l'hôtel des Armes d'Antrîm , fut ûe me livrer au sommeil et de prendre un repos nécessaire à ma chétive personne que les oscillatioDS d'une mer ftarieuse avaient impitoyablement ballotôe durant la nuit.
Que iaire à Ballycastle, sinon ce qu'on est convenu d*y venir chercher ? Prendre un véhicule pour se trans*
porter sur le lieu dit la Chaussée-des-Géants , cette ma-
'j.\\\{'v\\ie a^G^régation de colonnes basaltiques , susiieadues i\u\ lianes des montagnes que baigne l'Océan Calédonien.
Comme la mode avec tous ses caprices ne pénètre pas à travers la cnmpngne d'Irlande et que les choses s'y passent encore à peu près comme au bon vieux temps , le carrosse qui servit à notre excursion , appelé vulgairement corr, ressemblait aux voitures dans lesquelles les anciens Celtes et peut-être le vénérable saint Patrick fesaient leur tournée rustique et pastorale. Le carr a la forme d'un petit char découvert à quatre roues , avec deux banquettes adossées l'une à l'autreet disposées dans le sens inverse de toutes les voitures connues , c'est-àdire, de l'avant à l'arrière du train, auiieudei'ètre en largeur de gauche à droite. Il n'y a rien k dire 4 ce système puisqu'il a le mérite excessif pour ua étrani^cr d'être fort original. Quant au cocher, il était loin do ressembler à rimpudoit coachman anglais : c'était un type pitoyable, minable , vêtu d*une longue redingote brune , d'un chapeau percé à jour , que nous avions sunionimé un connaught^ parce que tout est misérable dans le comté de ce nom« et criant au cheval fburbu un certain go tip, po up^ marche, marche, de sa voix rauque et creuse
que les échos d'une sauvage nature renvoy:uoiU sans mélodie et aggravaient peut-être en dissonances pro~ longées.
Plus d illusion, — nous éUoQS en frhude, dans celle contrée de« iamentaiioos sans fini Chemin faisant, de sinistres oiseaux de proie planèrent sur nos têtes , et (lut'lqiics enfants à moitié nus sorl iront de leurs cahiittes de Itouc cl de louri)e pour quêter le denier du voyageur. A i'hétei de la Chaussée-des-Géants, Gianfs causeway^ une nuée de guides s'abattit sur nous , comme un essaim de vautours sur deux corps morts, et ce fut avec une peine inlinie , en menaçant du i>àlou même , que nous parvînmes à nous débarrasser de ces fâcheux affamés qui revinrent de temps en temps à ia charge comme pour exciter notre colère. I/im (i V'iUr'enx portait un habit bleu de roi, qu'il avait eu soin de boutonner jusqu'au mealou pour déguiser l'absencedesa chemise. J'ai toujours éprouvé une sorte d'indignation à la vue des morts de faim qui revêtent la bvi tc lapée des seigneurs ; ne serait-il pas plus convenable de porter uoe simple veste propre qu'un habitsaleetdéguenillé? Cette passion pour le resiiectable n'est point néeen Irlande^elieest uneimportationanglaise; je l'avais déjà remarquée en Angleterre et à Londres surtout f où beaucoup d individus en habits noirs ou bleus , en robes de soie et en capotes usées , circulent dans les rues sans avoir la ressource d'apaiser leur faim
ou de reposer la nuit sur un lit. Triste orgueil Ijiilaiinique qui étale tant de misères sous les apparences d'un luxe trompeur !
La Ghaussée-des-^éants offire sans contredit un phénomène aussi intéressant pour la science que pour la magie du spectacle: c'est un de ces débris des (convulsions terrestres, en présence duquel ia plupart des hommes ne sauraient demeurer indifférents , quoique, à vrai dire, le nom i)ompeux de cette curiosité naturelle ait le tort de promettre beaucoup aux aiua leurs superficiels, et de convertir leur zèle investigateur eu une désillusion à laquelle ils sont si faciles de céder.
JlDcIîne cependant à penser qu'avec une demi-dose de
science et quelque peu ûeceiie fui ia qui emporte le yoyUrgcur5£tm6^6,laChaussée-des-Géautsu)erite la peine d'un déplacement. Ce ne sont pas les colonnes de basalte , formant cette voûte sombre de la grotte de Ftngal en Écossc , sous laquelle on se promène comme dans une galerie; au lieu d'être recueillies el de former un passage, les colonnes ici sont groupées et les groupes sont éparpillés ça et là, appendus aux flancs des montagnes qui bordent la mer, et ils étonnent surtout par leur masse imposante et leur adhésion à la terre végétale. Aussi , n'est-il pas surprenant de voir se détacher des fragments ou disques basaltiques de ces colonnes aériennes, et se briser sur le rivage oîi le mugissement de la vague emporte le bruit de leur chute. Mais la partie essentielle du phénomène est Tendroit proprement nommé la Chaussée. C'est effectivement un promontoire formé de prismes qui s avancent dans la mer et que les vagues balteul constamment depuis des siècles et tendent à miner et à détruire. Ce promontoire ne s'élève pas beaucoup au-dessus des eaux , et comme il ressemble à un môle , on lui a donné le nom presque équivalent de Chaussée. Quant aux géants, ils ne sont intervenus ici que pour colorer la dénomination et pour satisfaire Timagination un peu superstitieuse des premiers habitants de ces sauvages contrées.
Les roches compactes, noirâtres et prismatiques, appelées basaltes^ que l'on rencontre dans certaines contrées et que les observations géologiques ont fait regarder avec raison comme des produits volcaniques , furent pendant long-temps un sujet de controverse pour ceux qui s'occupaient de Thistoire naturelle, et Ton vit dans l'Europe savante , TAngleterre, la France, l'Allemagne et ritalie partagées en deux armées, composées
de naturalistes vulcaniena, ou ceux qui fesaient dépendre la formation géologique du globe de l'action ignée des
volcans , et neptiinistes , ceux qui attribuaient aux courants océaniques cette même formation*
Les basaltes sont donc des laves; mais ces laves se sont-elles répandues dans les cavités profondes des anciens volcans ? Est-ce par suite d'un refroidissement lent et graduel, à l'abri du contact de l'air extérieur, qu'elles se sont divisées en prismes plus ou moins réguliers? Je crois que cette dernière opinion est aujourd'hui génuralement partagée: moins les laves sont exposées à l'air atmosphérique , plus elles sont; compactes , et plus elles s'éloignent du cratère , plus elles sont criblées de trous. Le phénomène de la cristallisation, qui ne peut se concevoir sans le secoui^. d'un liquide^ est resté indéterminé, du moins en ce qui concerue les colonnes prismatiques situées sur les sommets des montagnes. Quant à la longueur des colonnes, à la quantité des facettes du prisme, à la dimension et à la pesanteur du disque, il est probable qu'elles dépendent simplement du concours fortuit des circonstances au moment de la production. Ainsi , près le cap Fairhead , en Irlande , nous avons mesuré dos colonnes de douze mètres , tandis qu aa\ Açores ces colonnes atteignent, dit-on, plus de trente mètres d'élévation. Ici , les disques qui s'embottent les uns dans les autres et servent à former les colonnes , ont ordinairement cinq ou six faces et cinquante centimètres de diamètre, tandis qu'on Auvergne, la roche de Murât, qui figure de si gracieux tuyaux d'orgue , représente des eolonnettes , dont les disques n'ont que dix à vingt centimètres de lai ^c et égalent en hauteur les colonnes du cap Fairhead.
Le regret de n'avoir pas primitivement débarqué à Londottderry , nous poussa vers cette ville, dont nous
sentions ie voisinage. Londonderry., cheHieu de comté, ainsi nommé d'une ancienne colonie venue de Londres
ex du Derry qui y passe et verse ses uaiix dans le paisible lac (lough) de Foyle, jouit d'une animation inusitée en Irlande , et conserve une importance qu'il doit en partie à son unique position septentrionale : il soutint plusieurs siei^es mémorables , cl lorsque Guillaume II!, sous régide des vvigtis, poursuivait les Stuarls , ses murailles secourues par l'intrépidité de ses habitants , tinrent le coup contre Jacques II et une armée aussi intolérante qu iuexpérimenlée.
A six milles de Londonderry et à un mille de la grande route qui conduit de cette ville a Newtowlimavady , est bâtie la ferme-modèle de Templemoyle , dominant au loin une belle vue sur les eaux du lac. Cet élnblissement , fondé par actions de 25 1. s. , pouvaul contenir près de cent élèves , est dft à la généreuse inspiration de la noblesse irlandaise. Il paraît que l'intention pre~ mîère était de donner un plus i^^rnnd développement à cette institution et de la mettre sur le pied de la ferme suisse d'Hoifwill, création grandiose deM. de Fellenberg, soil que les moyens aient manqué, soit que Tentraînemenl agricole en Irlande le cède à celui de là Suisse, oa s'est borné et l'on n'en a pas moins accompli une œuvre utile à la société. L'institut est à lafois théoriqueet pratique, doublcenseignementnécessaireà la science agricole; les élèves forment doux quartiers et quand une moitié étudie au dedans, l'autre moitié cultive au debors ; de plus, les enfants reconnus impropres aux plus rudes travaux, se familiarisent au bas de la colline, dans le parterre et le potager aux éléments de l'économie rurale. La laiterie et la cuisine dépendent d'une femme, alors que tous les autres travaux sont du ressort des jeunes apprentis. 11 est fâcheux , au dire de« hommes iuteili-
gents et bien ialentionnés, qu'une seconde ferme-modèle ne 8*élève pas encore dans le sud de l'Irlande ; elle ren-
drait tréminents services à uno contrée oh il est permis U'atteudre de 1 agricuUura perfectionnée tout un mode de régénération.
L'Angleterre et rËcosse même dont le terrain est ingrat, ont dans la science agricole, accoaipli dos progrès qui sont pour la Grande-Bretagne uno source de richesses el «n légitime sujet d'orgueil. Je sais bien que la Grande-Bretagne est sous maints rap])orts supérieure à sa pMiivro voisine et que, dans un état bien ordoinié. tous les progrès sont solidaires les uns dos autres. Serait-ce une raison admissible pour Tlrlande arriérée de ne point aspirer à une amélioration capable d'entraîner avec elle toutes les améliui alions dont elle est di^^no^ D'ailleurs, si l'Angleterre retire des bénéfices, elle n'est pas exempte de charges, et il ne faut point oublier qu'elle paye les 4/5 de l'impôt foncier, c'est-à-dire au^elâ de 40 millions de livres sterlin^^, plus environ 15 nnUiufis de taxe des pauvres et dîmes, alors que, par sa superficie et sa popu* lation, elle n'oocnpe que la moitié du Royaume-Uni. A l'œuvre donc, riches possesseurs du sol ! à To^uvre, robustes enfants d'Érin 1 l/initiaLive appartient à la i)ropriété. Que celle-ci la prenne, le travail s'en suivrai Considérez, en dehors des obstacles de l'absentéisme et d'un système vicieux de fermage, combien de progrès agricoles sont réalisables! Portez votre attention sur ifuelques hommes de TAngleterre, et vous apercevrez qu avec peu ou point de capitaux, ces hommes, véritables génies bienfaisants de l'humanité, ont contribué à la science agricole, à son expansion dans le pays, sans s'être trop préoccupés des entraves administratives et politiques I Ces hommes étaientanimésd'nne sorte defeu sacré, etsi leurnomest demeuré moins universel que celui de quelques intrigants
ai
décorés du nom de grands hommes , ils n'en sont pas
moins dignes de la reconnaissance de tous ceux qui pèsent avec justice le mérilo des esprits supérieurs. Evoquez le souvenir de Bakeweil , le modeste fermier de Dishley , auquel peut-être nul homme au monde n'est comparable, Bakeweil qui a produit et fabriqué toutes ces nouvelles races de bestiaux, inconnus avant lui et comme échappés depuis un siècle de l'Arche sainte de œ nouveau dieu 1 Songez que sir John Sinclair l'écossais , Â. Young et W. Coke ont servi les destinées de rAngleterre, autant que les Watt et les Arkwrii^ht; et que. Nelson et Wellington , ces enfants d'Ërin , n'auront jamais doté leur mère plus largement q[ue ne le feraient les régénérateurs de l'agriculture , en môme temps de la morale et de la civilisation irlandaise !
Telles étaient les impressions que je rapportai à l'hôtel des Armes d'Antrim , et loin de s'atfliibUr^ elles tendirent à s'accrottre à mesure que notre marche se poursuivait à travers le pays.
De Ballycastle à Dublin, on suit toutes les phasesd'une marche-ascendante, progressive vers une capitale. D'abord on voyage sur le carr , puis on passe du carr au coebe, et du coche enfin sur le raihvay.
Les départs ont lieu le matin et Ton obtient difficilement dans le jour la faveur de s'arrêter pour le plus léger repas. De cette manière , Fadministration paraît déployer un grand zèle de service accéléré et il n'en est rien. On marche, on trotte menu aux risques de mourir 6ur place de lenteur et dinanition.
Le premier jour , nous occupons le carr , seuls , en compagnie d'un prêtre catholique, qui désirant lier conversation, nous propose de parler latin, mon ami ignorant complètement l'anglais , et moi-même comprenant mal la langue du prêtre , oii l'irlandais entrait en dose
plus forte que l anglais ; et, comme si nous avions été sur les bancs du collège , nous étions sur les bancs du carr,irav6rsaDt un pays de bruyères et de tourbes noires^ et maudissant la brume opaque qui nous envahissait, nous commençons un feu roulant de scilicet, quoniamj quenuuimodum , visne , nego, necesse est probare , nunquam, humidwn tempus^aUissimaprovidentiay tihi gratiam habemus, valê^ sans compter les nombreux tndeedy beauti fui prospect, fine scenery ^ do yuu iike^ dont
les consonnances saxonnes burlent au milieu de ces latinismes exhumés.
A Gushendall, nous perdons le cher abbé , et en lui , un compagnon aimable, plein de ressources , dont j'aurais tiré les plus précieux renseignements sur les rapports de réglise avec l'état, sur la situation respective des calholiques et dos protestants en Irlande, question majeure, vrai ci ilerium de l'esprit public, sans le langage quasi-barbare dont nous nous servions et l'exiguïté du temps que nous vécûmes ensemble.
Là, le voiturier irlandai-s Jaipfne nous accui der lagrAced'un quart d'heure pour déjeuner ( to break fast , faire trêve au jeûne ) et le carr stationne devant l'auberge catholique qui est si malpropre et si peu approvisionnée que je déserte rapidement la place pour courir chez Kennedy i hérétique, situé presque au dehors du hameau, et dans cinq minutes j'expédie toute la besogne dont est susceptible la mâchoire et l'msophage d'un chrétien^ aifamé. Cet épisode: uk; remet en mémoire les tournées en Suisse, où la civilisation catholique et la civilisation protestante sont aux prises comme en Irlande, et où les hôtels dits catholiques sont à bon compte, mais peu confortables utnioins assortis que les hôtels dits protestants ou anglais.
A Glen Ârm changement complet de carr, de chevaux efi
de cûchor. — Salure toute écossaise, coilioes et vallons pittoresques , coup-d'œil de la mer, dont on longe les
côtes, pureté cristallino des eaux vertes de TOcéan dans l'Irlande sepLentrionale. — Cette transparence serait-elle due à l'inOuence magnétique du pôle ou bien à l'action carbonique des basaltes dont nous découvrons ici de vastes carrières.
A Larne, s'arrôle le carr primitif; nous nous emparons de deux places à l'intérieur du stage-coach, où se trouvaient déjà établis un quaker et sa femme, qui se ren* (laient, comme nous, à Belfast. Ce n'était pas la première fois que j'avais affaire à ces rigides sectaires, et rexpérience m'avait appris tout çe qu'il faut de ménagements et de circonspection pour rompre la glace qui les pénètre. J'arriviiis a mes fins et je liais conversaiioii avec ces partisans du dogme de l'impartialité, do ces chrétiens si justes qu'ils ne veulent épouser les querelles, ni des catholiques , ni des protestants, et qui sont, au fond, les plus protestants d'entre les chrétiens. Quoi qu'il en soit, de ces honnêtes socialistes en habit noir et en robe grise, ils méritent l'estime publique, et s'ils parviennent un jour à se départir d'un peu de raideur et de sécheresse dans leurs iriariicies d'être , s'ils renoncent à la teinte noire et à la coupe rectangulaire de leurs habits, ils trouveront de nombreux adhérents à une philosophie dont la plus noble qualité serait d'avoir résolu It I iide problème de la misère, parla solidarité liée intimement à la foi chrétienne et aux pratiques les plus morales. Avec le quaker je cause politique, et avec la quakeresse, horticulture, à propos d'un bouquet formé de jasiuiiis, de salvias et d'héliutropes , qu'elle avait planté dans une poche de la voiture. En passant devant Carrikfergus , si heureusement situé au haut du lac, le quaker me fait observer le château de Carrik qui avait,
aux derniers siècles, bravement résisté aux attaques de l'eiinemi , et oe ftit après avoir démontré l'inutilité de
cette fortification et les misères de la guerre que l ami de la paix mit un terme h sa conversation.
La nuit vint et Belfast avec la nuit.
A Belfisi, même scène qu'à Goshendall.
— Obligés de déserter 1 hôtel Victoria , pour aller prendre nos repas à celui du Commerce.
Outre leur malpropreté ordinaire, les auberges catholiques deviennent surtout intolérables les jours de vendredi et samedi où les plats maigres, si agruablcs quand iià sont simplement apprêtés, ne se composent que d'affreuses mixtures. Je me défiais, pour cela, des hôtels dits de tempérance, qui existent dans toutes les villes d'Irlande. Kn ma qualité de petit mançreiir et d homme tempérant, je me passais de la propagande aquatique du père Matthews, et, tout en louant fort la vertu humani« taire du pieux apôtre de Teau , je n'en persistais pas moins à étayer ma cticlive personne ei a lui fournir les aliments nécessaires à la coutinuation d'un voyage déjà trop prolongé.
Mfast a de Tanimation: son port, ses nombreuses
manufactures de toile de lin, une population accrue depuis le milieu du dernier siècle dans une progression inouïe, lui donnent un certain aspect heureux et plaisant, une figure plus anglaise qu'irlandaise. Elle doit cette prospérité à son voisina|]fe avec l'Angleterre, à ses fréquents rapports avec Glasgow et Liverpooi et probablement un peu , comme dirait un tory» à la nature religiense de ses habitants, qui sont deux fois plus protestants que catholiques.
Newry est encore une de ces villes improvisées qui semblent se (ùnôer d'ellesHOiémes en se jetant dans Tornière de la civilisation moderne, et en accaparant la posi-
«on des vieilles cités d'où le morne silence et la dure nécessité poussent à l'émigration le pauvre Paddy i^urnom donné à rirlandais de race).
Dundalk et Droj^heda , villes d^andîen régime , paraissent souffrir un peu de la proximité de Dublin ei do la concurrence de Newry et de Belfast, oii les Anglais abondent principalement.
Malgré celte différence de prospérité entre ces derniersports de commerce, on ne peut disconvenir que, sur toute la côte qui faitfece à l'Angleterre, puis à Dublin, à w atcrford et à Cork, où habitent beaucoup d'Anglais et où l'esprit public n'est pas entièrement hostile au protesfôntisme, il ne se soit formé un monde particulier, original en comparaison de l'Irlande et des provinces occidt u Laïcs du Connaught , où les terres sont en friche et les hommes agrestes et pauvres. Ici la misère et le vice apparaissent dans leur hideuse nudité, tandis que, sur la côte orientale, l'agriculture est en honneur, le commerce, les arts et les sciences y florissenl. Ainsi, comment expliquer ce fait anormal , qu'au milieu de là détresse qui a régné l'hiver passé, le Nord et , plus encore, le Nord-Est, a moins souffert des ravages de la disette et do la famine, sa compagne oWigée, que le Midi et l^Ouest de l'Irlande? Le Midi, étant naturellement moins exposé aux frimats, devrait avoir des récoltes meiUeures et plus abondantes; sa population, à en juger, d après une carte de densité que j'ai sous les yeux, n'est pas plus concentrée qu'au Nord et ne réclame pas conséquemment unjS quantité supérieure de subsistances. Pourquoi donc Londonderry, Bellast, Newry ont été infiniment moins éprouvés que Roscommon, GaUoway, Ltmerick et Skibbereen, petit port au sud de l'île , ou la mort a exercé impitoyablement ses ravages? Jo serais vraiment désireux d'entendre expliquer cette bizarrerie par un homme éclairé du pays.
Un peu après Dundalk, on aperçoil, de la roule, uue haute tour druidique. On sait qu'en Irlande les monU'* ments informes de rèi*e des Celtes et des druides sont encore assez abondants. le comté de DouegalL dans ce coin extrême de l'Jriaode où semble avoir expiré le culte druidique, pressé par la civilisation chrétienne, on trouve encore des cercles, ou pierres tumulaires rangées en eerefe, qui n'ont, à vrai dire, aucune affinité avec les dolmen de la Bretagne française, avec ceux , par exemple, qui bordent ta route deKarnac.
â notre passage à Drogbeda , Taîr retentissait deconps de canon et d'arqucbusades: un bâtiment avait hissé son pavillon en signe de réjouissance. — C'était un capitaine français qui témoignait de la joie de marier sa fille, et à qui sa nouvelle famille prodiguait uneovation toute sympathique.
— Entrée à Dublin , par la gare du chemin de fer, % somptueux édifice construit en granit et d'une noble ordonnance.
Dublin, pour généraliser tout ju^'enient sur son compte, semble calqués sur un plan rétréci de Londres, et possède, comme cette dernière, des-nKmuments, de larges rues, des squares aristocratiques, un fleuvo égalemeul dirigé vers l'Océan, une poptilulioa aisée et une population pauvre, béiasi beaucoup trop de pauvres. Seulement Dublin a des quais de granit, (andiaquo Lon» dres n'en possède d'aucune façon; mais Londres a une importance commerciale qui lui permet de sacrifier le beau à l'utile, en faitde commerce, tandis que Dublin per« drait une notable portion de sa ms^esté sans cette double et longue rangée de quais sur la LUfcy, qui coule au milieu de la ville et que Ton traversa sur des ponts bien établis.
Un des points les plus heureux, pour jouir de la ma^
gaiflcenee de Dublin, est le pont de Garlii^e, qui unit le quartier de Sackville à celui de Westmoreland , ces deux
portions de la ville, où se montre le plus cle luxe et d'aisanœ. La rue Sackville est citée partout comme un type de largeur et de grandiose. Sackville Street , en eflèt, avec l'hôtel des Postes , la colonne élevée à Nelson , la Rotonde qui se montre à l'une de ses extrémités, est d'un ensemble imposant et très-digne d'une capitale. En descendant la rivière, à Tendroit oh stationnent les navires marchands, on rencontre la Douane, le plus bel édifice de ce geure qui soit au monde, bâtiment carré, dont la principale façade a un portique de colonnes doriques, supportant un fronton orné d'un bas-relief. L'attique supporte les statues du Comaierce, de la Navigation , de la Richesse et de l'Industrie , et un dOmc surmonté d'une statue couronne l'ensemble. Si Ton traverse te pont, on admire la Banque, autrefois le Parlement, et le collège de la li iuiti], lo ^cal prolcsLaiU (jui existe en Irlande, mais un des plus splendides comme édiiice monumental, et un des plus riches de TEurope, par ses immenses dotations. La iàçade, d'ordre corinthien, et la cour, toutes deux pourvues de colonnades, sont du meilleur effet. Les étudiants hibernois, qui ont habité ce palais et que les circonstances ont conduitsensuiteà PariSf ont dû se trouver bien mal à leur aise , car leur collège, en comparaison des nôtres, est le palais d'Augias comparé à ses écuries. Encore il est bon de noter que nos coUégea ont été singulièrement améliorés depuis quel* ques années.
Jusque-là Dublin est une ville monumentale, c'esl-àdire possédant de splendides monuments du meilleur style, conaIruiU avec cette pierre de Portlandi, dont le grain est si fln qu'à distance elle simule le marbre. II e&l toutefois regrettable que la distribution générale de
ces monuments manque un i >cmlcsymélrie,etqu'ils soient mêlés à des maisons de brique de l'aspect le plus terne et le plus insignifiant. Ce dernier défaut est le plus sail-^ lani et blesse les regards de celui qui a séjourné à J^liiiibourg, qui a pu contempler les quartiers opulents de Glasgow , Grey-street à Newcastie et (jnion-âtreet à Aberdeeo. On a décerné des louanges au panorama des environs de Dublin , où une campagne très-boisée , du plus beau vert, alliée à de romantiques collines encadre favorablement le tableau de la ville : rien n'est plus exact ; mais on est tombé dans l'exagération quand on a osé comparer la baie fàngeuse de Dublin au golfe de Naples. L'imagination de quelques patriotes irlandais faisait figurer la montagne de Uowth, s'élevant ù l'extrémité d'une contrée basse et marécageuse, isolée sur la gauche du spectateur, comme le Vésuve moins le volcan. Lorsqu'on a vu Naples avec ses ondulations de terrains , de Portici au Vésuve , ses cultures d'orangers et de vignes, sa mer bleue contenue dans le golfe comme l'eau dans un bassin , son ciel d'azur et son soleil de feu, il est impossible de lui assimiler la baie de Dublin, où la mer se retire d'une lieue à marée basse , où un sable bourbeux mis à nu par le retrait des vagues, ottte une plage impraticable à l'homme et fréquentée seulement par les hérons qui s'y promènent en foule.
— Maintenant j'ai décrit le côté brillant , la façade dorée de la capitale de l'Irlande, et la tâche la plus pénible me reste. Il est dur de chanter les douleurs de l'humanité après avoir exposé ses joies et ses grandeurs. Gomment dissimuler la plaie qui s'ouvre aux regards du passant, firappe les yeux et Fesprit curieux du moms prévenu, de celui qui dans sa marche insouciante ne détourne pas môme la téte pour observer les contrastes ou les anomalies de la foule qu'il traverse.
Vous irez d'abord jusqu'à la Bourse ; vous admirerez sa façade corinlhieiuie el d^à cet édifice vous surprendra relativement à l'air modeste des habitations qui
renvironnent; puis vous poussurez vos pas jusqu'aux cathédrales protestantes ( les catholiques ne possèdent que des temples médiocres ) de Saint-Patrick et Christ* Cfaurch, où malgré leur état de dégradation , rœil se recrée encore à la vue de ces ornements saxons qui encadrent les portes cintrées et les croisées. £nûa, vous pénétrerez dans les quartiers de l'indigence, et en plein jour étalées au soleil) quand il daigne éclairer ces ruelles de 8( s rayons bienfaisants, apparaîtront ces misères humaines dont vous aurez entendu parler et dont vous serez attristés par la réalité d'un tableau qui a besoin d'être vu de près pour ne pas être méconnu et dénaturé. Jamais je n'ai assisté à un plus effroyable spectacle de la dégradation humaine. Partout des êtres décharnés, déguenillés, couverts de loques, nourris des rebuts de la viande ou de poissons pourris; partout des hommes ivres ou des femmes fumant la pipe, comme s'il était plus doux d'apaiser les emportements du cerveau que les besoins de Testomac. Si ces malheureux qui n'ont plus de l'être humain qu'une sorte d'apparence tron<- (}u(';e ne s'enivrent pas dans les cabarets de gin et de whiskey, on les douve marchandant chez l'épicier, presqu'aussi misérable qu'eux , un fragment de harengsaur on de bœuf salé, dit bœuf américain, amêHcan ^eé»/*, exposé dans de petites tonnes ouvertes à toutes les variations de l'atmosphère et indiquant par sa teinte verdâtre ou violacée que la viande est corrompue et provient d'un fond de navire avarié. Ces ruelles humides et ténébreuses de la ville vieille, exhalent des miasmes entretenus par les bourbiers qu'une négligence coupable laisse stationner. Oh ! il est trop douloureux d'écrire
des infortunes si horribles, il est déjà bien dur de les avoir contemplées et bien regrettable de n'avoir pu les secourir l Si je savais qu'en publiant ces misères des grandes villes, elles pussent inspirer assez de compassion aux heureux de notre époque pour les extirper, je me croirais fier d'un si c^loricux résultat ; mais ce qui est le travail des siècles ne finit point en un jour, et trop long-temps encore végéteront ces fantômes moribonds, dont la vue seule avait navré mon âme.
Nulle pari la misère ne s'étale aussi hideuse. On parle maintes fois du paupérisme anglais : les philanthropes et les romanciers qui sont devenus philanthropes écrivent des pa^es à effet sur les péripatéticîensde Londres, ils n'igiiurent pas que les vices et l'indi^'ence ont un toit, un abri quelconque pour échapper aux regards de la ibule; mais à Dublin et probablement aussi dans quelques recoins de Tlrlande qui me sont inconnus, il n'est pas très-rare de voir expirer Thommc aux heures oii les hommes travaillent et conquièrent par le travail les moyens d'une existence honorable. Voici comment s'exprime à ce sujet un écrivain observateur, doué d'un coup-d'œil prntLiaiit, je le traduis : « Là, c'est le tableau de nuit, ici, c'est celui du jour : ce sont deux pendants d'un aspect aussi affligeant que dégoûtant et fantastique , dont l'un est éclairé par la clarté du joui' , et l'autre tracé aux ombres de la nuit tranchées par les réverbères dont 1 éclat du gaz marque les repoussants contours. Là, c'est la misère de la dernière couche d'une population de près de deux millions d'habitants que renferme une seule ville; ici. c'est la misère profonde qui embrasse toute la population du pays. S'il vous arrive de voir quelquefois à Londres sous le voile discret des ténèbres de la nuit, les pérégrinations de la misère qui se transporte d un quartier éloigné de Tim-
mense capitale vers uaaulre pour être buula^éc momentanément dans les maisons de. refuge destinées à cet effét, ces émigrations n'ont lien à Dublin que pendant le jour. Ce sont pour la plupart des pauvres de la banlieue qui, dans leur horrible dégueniUement, traversent par centaines les plus beaux quartiers de la ville, pour recevoir dans une des principales maisons de reftige , située sur le quai au centre de la ville, leur alimenLatiua quotidienne , distribuée on trois repas , déjeuner , dîner et souper. Pendant le jour on y soigne les plus infirmes et on leur permet d'y rester jusqu'au soir; mais il ne leur est poiiiL accordé d'y passer la nuit, ce qui fait qu'on voit toute la journée la misère irlandaise en am* bulance, se traîner pitoyablement dans les rues qu'elle infecte de son extrême saleté, en inspirant le double sentiment de compassion et do dégoût. Toutes les institutions de bienfaisance de Dublin, qui, ainsi qu'on vient de Tobserver, ont soin non*-seulement des pauvres delà ville, mais aussi de ceux de la banlieue, sont loin de suffire pour remédier à tant de misère : les causes de ce malheur ont des racines trop profondes et le spécifique des remèdes est trop difficile à trouver pour guérir le mal dans sa source. L'aspect cùiiiinuel de Textrôme misère qu'on a sous les yeux du matin au soir, aurait peut-^tre pu dispenser la société pour rabolition de la mendicité de faire processionner à la fois trois à quatre mille mendiants par les rues de Dublin afin d exciter la compassion ; car, on les voit par cobues aller et venir dans les rues qui conduisent aux maisons de refuge et causer ainsi l'impression la plus forte et la plus pénible qui puisse accompagner le voyageur dans ses courses et qui ne l'abandonne point en quittant la capitale de l'Irlande, malgré la beauté de la ville et l'ao* cueil plein d'hospitalité qu'il y a reçu de ses habitants.!
Voilà, je respèrOf des paroles qui viennent corrobo*
rer les miennes, et certifier sûrement qne mes yeux ne s'étaient point trompés, que mon iaiaginuLioa ne s'était point égarée à travers ce labyrinthe de toutes les an-r goisses dont soufflre la nature humaine et llnoigente population irlandaise.
Quittons ces cloaques infects, ces nécropoles de fantômes et allons changer d'air, respirer à pleins poumons, sous les msyestueux ombrages du parc du Phœnix , si-* tué de Tautrecôté de la rivière. Pbœnix-Park est conçu dans les plus vastes proportions d'après les plans et dessins des parcs do Londres, et possède une collection zoologique disposée dans l'intérêt des savants et des promeneurs.
Ce jour-là, je gagnai mou domicile par Linen hall Street^ oii s'élève la halle aux toiles et aux laines, le grand marché des manufactures irlandaises. Le lendemain après avoir parcouru les squares qui, malgré leurs proporUons étendues , ont un certain air emprunté, je visitai le musée des antiques, avec ses ferrailles celtiques , le musée australien, et le mosée anatomique des ani-^ maux, renfermant le cerf géant antédiluvien sous le ventre duquel un homme peut passer debout , la pièce vraiment curieuse de la zoologie irlandaise. Puis comme complément de curiosité, je découvris dans la salle des délibéra tion8,un tableaud'E.Quillin quimecausa d'autant plus de plaisir, que j'avais depuis Edimbourg perdu l'habitude des tableaux. Un autre jour, je donnais un regard ftirtifà la place où 0'Gonneli,absent de Conciliation-Hall, ébranlait Tair de sa voix de tonnerre et menaçait des deux poings seb adversaires , comme un lion furieux aux prises avec le chasseur qui l'attaque , et je clôturais la journée par le théâtre.
La salle de Hawkins^street , ornée convenablement ,
a le défaut de ne pas être très-rréqnentée, et le manque
de speclaleuFS influe bien un peu sur le zèle ou le talent des artistes. On nous donne, Dreadful note, grosse farce, appropriée au goût britannique, et les Danseuses viennoises qui nous ont déjà égayés de leurs gambades, au théâtre Adelphi. à Edimhourcr. Au premier entr'acte, l'orchestre enloane une mélodie assez monotone et sur* le-champ tous les spectateurs de se lever et de se tenir debout , affectant les poses les plus solennelles et les plus révérencieuses. Je ne tarde pas à comprendre, que l'hymne à la Reine, le God save tke quem est la cause de cet hommage spontané, et je m'empresse de participer k cette marque de déférence pour la Reine d'un peuple aussi patriote et aussi poli. Kn reprenant ma baïKf nette, je méditai long-temps sur rhommage rendu par les Irlandais. Etait-ce Tanniversaire d'une féte ou d'une naissance royale? EtaitHse un témoignage de sympathie de la part du directeur? Ktait-ee un usage consacré à pareil jour, à pareille heure? Etait-ce enfin Fautoritédu vice-roi, incamée dans la personne du cfaef-d'orches* trc, qui battait la mesure? Un voisin bien informé aurait pu nvinsU iiire, je préférai me livrer aux conjectures.
Au bout d'une semaine, j'étais devenu familier avec Dublin , comme avec une ancienne connaissance. J'y avais tout vu , excepté Daniel O'Connell, qui ne résidait pas à cette époque, et le grand agitateur, rhomme dont le nom avait été répété par toute l'Europe , valait bien un regret. Peut^tre eftt-il fallu aller le trouver dans sa iiiodeste patrie, à Clare, aux environs des gracieux lacs de Killarney ; le temps et le courage faillirent en cette occasion. Malgré les invitations pressantes de mes amis, je renonçai aux pittoresques excursions à travers le Wicklow , cette nouvelle Suisse de l'Irlande, et un m.itin, comme le ciel se montra d'une pureté peu commune
à Dublin , je dis adieu à Tlrlande et m'embarquai à Kingstown pour l'Angleterre.
— On se rend à KinL:>to\vn par un raihvay atmosphérique, le premier de ce genre qui ait été créé et dont nous avons fait l'expérience à Saint Germain près Paris; le plus sérieux avantage de la locomotion atmosphérique est de permettre des plnns très-inclinés. — Le port de kingstown rend de grands services, parce qu'il a été si habilement disposé que le flux ou le reflux n'y est pas assez sensible pour suspendre le mouvement de la navigation. La baie de Dublin, au contraire, est tellement vaseuse qu'on ne peut y entrer ou en sortir que par la marée haute, et c'est un grave inconvénient qui se reproduit dans la plupart des ports de lirlande , situés à l'embouchure des fleuves, au fond de ces lacs marins, si nombreux sur ses côtes et dont les bas-fonds sont un obstacle à la marche des navires.
Le Sprightly (rapide, sémillant , sans corrélatif peutêtre en français), steamer anglais très-propre et francliement découpé, nous emporte lestement à Ilolyhead, malgré les courants impétueux du canal Saint-Georges, qui , par le temps le plus serein , soulèvent des vagues éiiui mes et fatij^^ucnt cette navigation de sept heures. Par un gros temps, cette traversée est impraticable ou fort périlleuse ; on cite des sinistres nombreux , des naufrages horribles sur la mer d'Irlande.
un DE GALLES.
c Ceux qui voudront suivre nos tncet dam North- Wflet . apprendront avec plaisir que l'auberge d«
Tan-y-iîwlpn, au nom affreux, psl urio des plus délifi«'UsVs liaUes qu'Us pourront trouver d:ins l«'s vallées de cette contrée pittoresque. Elle est située à Festiniog, nom qui, bien prononcé, ne manque pas de mélodie. La maison est mon tenue, l'hôtesse jolie, souriante et aAble ; la serrante Winifred ressemble assez à nna poupée hollandaise ; mais c*est nn Trai bijou par son servire actif et sa bonne humeur. L'hôte lui-même est riche en cette science que je profère à toutes : ta connaissance de son pays et surtout de la localité plu* restreinte de Tan-y-Bwlch ; il ne sait pas tieaucuup de landes, mais Je pense qu'il regarde comme ao-dessou» de sa dignité d'aubergiste et de trouveur-propriéiaire d'une mine d'étaio, d attacher trop d'importance à de foUct hialoirea. » ( jVffv M^nOUg ibfwsliw).
HOLYHEAD , SHREW8BURV.
t L'Agrieoltim, quoiqu'elle puisse se réduire h des princijiMS almnles. nige peut-être, au total, une plua grande variété de connaissance, que qnelqu*aalre an
mie ce soit. Indépendamment de« connaissancea ifoi doivent avoir été acquises par un cultivateur pour le mettre en état d'exploiter le sol avec sucras ou de gouverner le bétail avec profll, il est nécessaire, avant ^il entreprenne la enlittre <*une étendue An terre quelconque, qu'il examine aree attention, les importantes particularités soivantes : le climat, le sol, le sous-sol, l'élévation, l'aspect, la situation, 1 élenduo, le mode de jouissance, la valeur locative du «ul ; endn, les antrea chargea de rexploitation. s C Jolm SmcuiR >.
La traversée fut bonne sous tous les rapports.
Âprès le terme moyen, après sept heures révolues, nous accomplissions dans le port de Holyhead une course en mer pure de toutes libations. Pour ma part , j'étais heureux, pour ne pas dire fier, d'un résulat que je devais à la contrainte que je m'étais imposée de demeurer constamment sur le pont du bateau; et j'ai,d'ailleurs, fait cette observation privée que je résiste bravement aux douleurs du roulis ou du tangage toutes les
fais que je puis respirer Tair à pleiae paltrine, et que
le mauvais temps , soit pluie ou gros vent, ne me force pas a descendre dans Tintérieur, où la chaleur, les émanations même de toute espèce me provoquent facilement. Ce jour là, j'avais donc été marin et j'eusse désiré pour* suivre ma course autour du Monde , pour le devenir définitivement.
Holyhead est tout à la fois un rocher et une iie; c'est plus qu'un rocher, moins qu'une île. On l'aperçoit de fort ioia, à cause de sa couleur blanche qui se déiacho sur les teintes variées du ciel et de la mer d'Irlande. GracieuK point blanc à l'horizon , il a été invoqué des milliers de fois, et adonné aux uns, è ceux qui l'approchent du i espoir et du regret aux autres, à ceux qui le quittent. Le port y est sûi , garanti du nord etdel'oue&t, de sorte qu'^ venant de Dublin , vent arrière ou sur le flanc , on prend l'entrée au large , et l'on arrive par le golfe situé entre l'île d'Hoiyhead et celle d'An£!flesea. 11 paraît que la position d'Hoiyhead est jugée bonne par la marine du commerce et la marine del'étatquiy trouve un poin4 de défense à l'occident de la Grandes-Bretagne. Le port, quand nous y entrâmes, avait une animaLiua , une gaîté qui me channait. Ah 1 si nos petits ports avaient eet aspect remuant, cette tournure apprêtée, cet apparat maritime, ces chantiers , ce peuple de marins toujours en activité de services! Il est impossible de ne pas songer à la belle France, quand on est français et qu'on voudrait donner à sa patrie tout ce quilui manque, tout ce que possèdent les autres nations et les nations voisines et puissantes avant toutes les autres. Tout ici respire le succès. Holyhead est une position favorable et les anglais ne sont pas gens à délaisser au sein de leur propre paysle plus petit él^ent de fortune.Illhut voir avec quelle habileté tous les îlots de cette pointe oii nous venons
d'aborder, 8oni liés entr'eux par dea môlea^dea mnraitlea et dea ponta anapendua ao beaoin, puia loua ces on-
vrages de castors patiouls et opiniâtres, éclairés le soir par des phares resplcudissanU qui indiquent aux nau* tonniera rapproche de cette cdte ardoe, aouveot inhoapitalière. Groit-on, par haaard, que lea anglaia ae tiennent pour satisfaits d'avoir disposé et mis à neuf toutes les meilleures positions d'Holyhead et de ses cnviiuns? Il n'eatpaa de aacrificea qu'ila n'aient impoaéa à lear repoaet à leurs richeaaes, depuis qu'ila ont fermement résolu de relier Holyhcad à Londres, par une ligne non interrompue de chemins de fer, passant par Birmingham et le Gallea du Nord. En ce moment , la ligne de fer eat terminée ou aur le point de l'être, et cette giganteaque entreprise semée à chaque pas d'œuvres d'art prodigieuses est du nombre de celles qui honorent ie plus le génie audacieux de la Grande-Bretagne.
Pendant le court aéjour que Je fia à Hoiyhead , je m'y étais donné un auii,undeces amis depassage, comme je les âi déjà recommandés dans le cours de cette narration. Je me liai aana plua de façon avec un vieux marin que j'avais Toccaeion de rencontrer à ma aortie de Thôtel Royal. Une certaine attraction régnait entre mon vioux bonhomme, mon loup de mer et moi , pauvre sire, amateur du plancher dea vacbeSi maia fort curieuxdea aifairea de l'Océan et de l'autre monde. Je me plus tant à la coiivuisaLion de cet honnête citoyen d'Holyhead, qui avait navigué près de cinquante ans, avait visité tous les coins et recoina dea deux hémiaphèrea et avait assisté à plua de vingt batailles navales que je ne le quittai pas plus que son ombre. Un sujet de ce prix ne se néglige point, et j'exploitai mon vieux pilote avec la passion d'un homme avide d'apprendre beaucoup et toi^ours mécontent de ne pas en savoir assex. Avec lui , noua passâmes
en revue les cbantlers de eoostniotioD , les bassins de
carénage, le port, le môle, le phare et même les divers monuments élevés à la mémoiro des naufragés sur la côte, entr'autres celui do capitaine Snaker, si aimé etsi regretté dans tout le pays. Enfin , après une connaissance approfondie des lieux, monhéi osd'Aboukir cl de Trafalgar poussa la galanterie jusqu a m inviter à fumer une pipe et k boire un verre de liqueur, dans la maisonnette où il réside en qualité de garde, l'acceptai Voff^ de gatté de cœur, et je lui rendis surabondamment la politesse, la veille de mon départ. Que Dieu prête longue vie à ce brave homme!
Le voyage touchait à son terme et j'avais hâte de mettre lin à la fatigue que donne taïUùl l enLliousiasme, tantôt les tracasseries inséparables d'une longue expédition. Jeme dirigeai sur Birmingham, en comptant tra<verser la partie septeutrionale du pays de Galles, lé Den-* bigh, le Salop , le Shropshire,et en séjournant un peu au centre de ce vertueux pays, à Shrewsbury, chef-lieu d'un comté fort important.
La petite lie d'Hoiyhead est reliée è celle d'Angiesea par une jetée sur le bras de mer qui les séparait toute» deux. Ce passage, qui est aujourd'hui une chaussée bien établie, a été d'une exécution d'autant plus facile que la mer y manquait de profondeur et n'avait pas i'impétuosite qu elle conserve dans tous les endroits soumis à ses courants. L'eau venant , en quelque sorte, mourir dans cette passe, il a été naturel de rintercepter et de fonder ainsi cette route de terre, fort commode pour les relations entre la grande île et le port d'embarquement des bateaux-postes pour Dublin.
L'tie d'Anglesea se présente sous l'aspect le plus gra* cieux et le plus original. Elle a Tinmiense avantage d'être autre chose qu'un rocher nu etpelé comme liolyhead
8a voisine; 8a campagne, quoique légèrement aeciden*
lée, est fertile cl susceptible des meilleures euUures. Ses habitants, isolés parles limites naturelles et longtemps dépourvus de relations avec la civilisation britannique , ont toute l'originalité d*un caractère mixte. Us ne sont ni Irlandais, m Écossais, pas môme Anglais^ ils veulent être Gallois et dépendre de la province de Galles.
On sait très^ien que la province de Galles (Wak»)^ attenante à rÂngleterre, a totigours eu quelque velléité d'indépeiidance , et c'est en vue de cette indépendance fictive, qui touclie tant le cœur des Gallois, que les souverains d'Angleterre, d'Ëcosse et dlrlande, ajoutent, à la prérogative de leur triple couronne , celle de régner sur le pays de (.allés, à condition qu'il en sera question dans l'énoncé de leurs titres de royauté. Ainsi l'on dit : le Roi ou la Reine d'Angleterre et du pays de Galles. Les bons habitants de cette contrée, à la vérité un peu reléguée, ont iûujûurs consenti à dépendre de l'Angleterre, à condition de ne pas paraître exclusivement anglais. On se ferait , néanmoins, une fàusse idée de ce pays , si on le supposait hostile à VAngleterre , ou tout a fait étranger à ses mœurs , à ses habitudes. Les dissemblances portent principalement sur la configuration géologique qui est montagneuse , plus accidentée que celle de l'Angleterre proprement dite, sur le langage qui est un dialecte spécial où l'anglais pur est confondu avec les débris du vieil idiome celte, enfin sur le costume ei les habitudes domestiques où se maintiennent encore une certaine naïveté primitive et une certaine honnêteté proverbiale. La religion y est protestante et semble tourner de plus en plus au méthodisme , le culte Aivcri de la petite bourgeoisie et du peuple.
Dès que l'on a atteint le revers oriental de l'île, lo coup d'œil change soudain et Ton assiste à Tun des plus
nobles spectacles de la nature et de Tart combinés en-
6embie. Le point de vue dont on jouît du haut des coteaux sur le bras de mer appelé le Menai , qui sépare l'île d'Anglesea de la Grande-Bretagne , pais à gauche sur le golfe de la mer d'Irlande et les villes de Bangor et de Beaumaris silucts ù IciUiée du golfe, ensuite à la droite sur une verte campagne, à la fois gracieuse et pittoresque, sur Plas Newydd le château du marquis d'Anglesey, qui domine légèrement le bras de mer, constitue un panorama que l on chercherait vainement dans les îles Britanniques. On voit en voyageant des positions aussi gracieuses, mais on n'en voit pas de plus heureuses. Le génie ordinaire de Thomme qui tend à reformer la nature et à lui ravir ses charmes , ses fantaisies, ses irrégularités qui le choquent et rembarrassent, a contribué ici à modifier en beau 1 œuvre première du créateur. Le pont de fer et de fonte ( Afemi» bridge)^ élevé sur la passe qui divise les deux coteaux et sert à les faire communiquer l'un avec Tautre , est un de ces ouvrages que les Titans modernes pouvaient seuls mener à bonne fin , avec cette audace , cette rage entreprenante qui est le fond de leur race. Qu'on juge de Touvrage par les dimensions, 550 pieds de portée, 30 pieds de largeur et 400 pieds au-rdessus des plus hautes marées. Quand le coche traverse le tablier du pont, et qu'au môme instant un navire avec ses hauts mâts et ses voiles déployées, vient à passer dessous , il est permis au voyageur le moins crédule de douter de la réalité d'une œuvré aussi prodigieuse. Rien n'a été ménai^é dans ce travail gigantesque, pour unir dans une même proportion la sécurité, le beau artistique et l'intérêt général de la civilisation. A une solidité éprouvée , l'ingénieur a su allier un luxe de commodité abusif , s'il est pussibio d'exagérer les avantages d'une construction
d*utilité publiciue. Âiosi deux voies ont été pratiquées
sur le pont, une pour les allants, l'autre pour les venants, et tout à côté de ces voies charretières sont des passages d'un mètre pour les piétons. Menai chain bridge date de 4825 , et il y avait du mérite à élever un tel monument» alors que l'Europe ne sMtaitpas eneore Illustrée par ces grands travnux d"art et d'utilité pi)l)li([Lic, qui signaleront le mouvement civilisateur coniemporaiu. Non loin de là, par exemple , à quelques milles vers le nord, à Gonway, l'administration du chemin de fer vient d'achever un pont de fonte recouvert comme un tunnel, le pont tube, perce de jours de distance en distance, pour le service des trains f en vue de prévenir les terrihles conséquences d'un dérayement.
Une fois le pont franchi, on appartient à la Grande-Bretagne, et Ton peut en se retournant jouir d'un coup d'œil égal en grandeur et en gentillesse à celui que Ton avait de la rive orientaled'Ânglesea. Ici le terrain monte insensiblement : nous descendons alors du coche pour alléger les chevaux , et contempler à notre aise le site pittoresque, animé par les nombreux cottages qui bordent la route et semblent autant de blondes jeunes filles montrant un visage riant n travers l'éïKiis Icaiii.tge du bosquet. On entre dans Bangor qui domine tout du haut de ce plateau charmant et ron y déjeune comme l'on peut, et pour se servir de l'expression vulgaire , sur le pouce, avec un morceau de pain et de jambon , que l'on oniportc en lambeaux, à moitié dépecés, pour être mangés ensuite. Toutefois , malgré les souiifirances de l'estomac , rimaginaiion s'exalte de nouveau, et le Galles du Nord se montre dans tout son éclat. De la chapelle de Bangoril faut considérer encore ihh fois la mer au loin, le détroit de Menai, plus proche et dans le fond, puis des milliers de voiles blanches et deux petites villes situées Tune vis-à-vis de l'aulru , bu mirant dans les eaux.
' Maiûienanl , la nature sans cesser d'être aimable, va . s'assombrir singulièrement et nous montrer un de ses
aspects les plus saillants, la grandeur, la preuve exacte de son origine , le sceau de la création divine et la nécessité démontrée de Texistenoe de l'Être Suprême qui , dans sa sagesse infinie, a présidé à un tel ouvrage. Nous voici dans le pays montagneux. Alors viennent les torrents, les cascades, les rocs menaçants, les arbres abattus, les ardoisières, les troupeaux paissant le cy*lise , les longues vallées , les moulins avec leurs énormes roues hydrauliques , les brouillards couroniiaiiL les cimes , le rouge-gorge et le rossignol [robin and niyh^ tingale) fuyant de buissons en buissons, tout un paysage alpestre , majestueux comme une nouvelle Suisse. Ici , sur la droite, s'élève le fameux pic Caern-y-David ; là, derrière celui-ci se montre le géant Snowdoa iiaut de 3079 pieds.
Rien n'égale la vertu , la bonté des hommes qui vivent
sous l'autorité d'une si rude nature. Quelle discipline que celle des éléments abruptes et sans cesse menaçants! Rien ne fait plus aimer Dieu aux hommes, naturellement pécheurs , que la crainte quils ont de sa justice , de cette justice dont les eftets sont d'autant plus redoutables que le chàtimcat est plus imminent. Plusieurs fois mes souvenirs se reportèrent vers mes anciens pèlerinages dans les Alpes. Au lieu de Thonnéte pasteur, je croyais entrevoir le bon curé descendre le sentier, tête nue, les yeux tixés sur le bréviaire; je comparais les sages et industrieux Gallois aux Yalaisans non moins sages, et les femmes de cette contrée primitive avec leurs casaques rouges et leurs chapeaux de feutre, tels que nous autres hommes les portons chaque jour , aux femmes de la bourgade de Martigny avec leur drap vert et leur couvre-chef aplati eu forme de fromage. Cepcu-,
dant , à la vue triste et noirâtre des schistes et des ardoises succédait une verdare éclatante , une verte ver* dure dans toute sa crudité herbacée, nous avions laissé
derrière nous les pics neigeux pour les fraîches sinuosités de la vallée de la Dee , avec ses rampes rapides, et eu peu d'instants nous entrions dans un bourg important, dans le chef-lieu industriel de cette contrée, dans Llangollen. Il faiît voir, dans le voisioage, Wynnslay. la demeure du roi de Galles, monarque en tout pareil à notre roi d'Yvetot* Puis, comme il y a une ville ou un hameau dans toute localité où la nature prend un ca^ ractôre déterminé, nous trouvions un asile dansOswestry, centre civilisé qui sépare la montagne de la plaine et qui est à Shrewsbury, chef-lieu de la plaine , ce que Suze au pied des Alpes est à Turin. Uangollen ou mieux Lanrwst serait le Brian<;on de celLe contrée alpestre. Quanta Shrewsbury, en Shropshire, pris abstractivemont, je ne saurais mieux le comparer qu'à Tnn des chefs-lieux de nos anciennes provinces de Tintérieur.
Cette ville, de plus de 20,000 âmes, heureusement située sur une presqu'île formée par la Severn, peuplée de propriétaires agriculteurs et de bourgeois retraités, me rappelle, en effet, les capitales de l'Anjou , de la Tourraine, du Bourbonnais, du Nivernais et à peu près toutes les capitales de second ordre de nos anciennes provinces. Là rien n*est moderne : les rues , les maisons, les habitants eux-mêmes, appartiennent tous au passé et paraissent se complaire dans un séjour où l'air est naturellement très-pur, très-saiubre, et la vie paisible, lente et à bon marché. Les quartiers qui avoisinent le Hall, n'oflk^nt que des rues peu spacieuses , avec des boutiques basses, sombres, ne recevant la lumière que par des vitraux, et des maisons de bois avec pignons en encorbellement sur la rue, sculptées de la fàçon la
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pins groldsque. Le Uall^ lui-mêiue, date de 4590, et ses senlpiares, dinsi que celles de rhorioge, ilinsioimenl
encore assez pour donner une idéô du règne d'Élleabeth. Le séjour de Shrewsbury me plut infiniment, en ce sens 4]iie j'aiq[)ris, en quelques jours^ une uotabie portion de lliisfoîre de rÂngleterre, et il me suffit, pour acquérir cette science facile , de réfléchir un peu sur ce que je vis. Il n'est peut-être pas au monde de satisfaction plus douce que d'apprendre Thistoire en voyageant , par la vue et la méditation. Le nom de Shrewsbury me ramena a celui des Talbot, descendans du grand capitaine de Guillaume, à qui le Conquérant dût laisser, en fief, le pays au milieu duquel je me trouvai. La famille des Talbot Shrewsbury subsiste encore et forme, de nos jours, un des plus nobles débris de la vieille Angleterre. On sait que le dernier lord Shrewsbury était, avec les lords Arundel et Lovât , à la téte du parti catholique et , comme chef de parti , qu'il occupait une position élevée au Parlement et dans la société anglaise.
Je me séparai à regret de Shrewsbury. En quittant cette ville, il me semblait que je disais un éternel adieu à TAngleterre, non pas à l'Angleterre de Bentham, de Malthus et deCobden, mais à TAngleterre de Guillaume, de Richard ou du vicaire de Wakefield. liien des fois, en me promenant au Quartff^ autour de la colonne élevée à la mémoire de lord Hill , ou en visitant les églises avec leurs vitraux coloriés qui apprennent lantdc faits historiques, je m'étais identifié avec les souvenirs du passé, et je les avais si bien présents à la mémoire que j'esa aurais fait la description la plus exacte. J'étais si convaincu de l'origine normandn de celte ville, que les habitants me semblaient devoir parier un peu le vieux langage français, comme nos i)ranoais de Rouen et de Cherbourg font mine de bredouiller l'anglais.
le troovaiSi en silence, des étymoiogies, comme bon*
lingrin avec bowling-greeny ce qui me confirmait encore plus dans l'idée de vivre au milieu des Normands. Des étymoiogies, je passais aux dissertations sur les désinences des noms de villes^ parce qneShrewsbury ne ressemblait pas ma! à Ganterbury , Salisbury, Aylesbury, Shaftesbury, Malmsbury, etc. , et jeremarquai que, dans la Grando-firetagne, ces désinences étaient plus fréquemment les mêmes et plus localisées qu'en France. Ainsi , à part la Normandie où les noms en ville se reproduisent, comme Tancarville, Grandvilie, Ingouville, et le pays gascon oU plusieurs finissent en ac^ comme Bergerac, Cognac, Nérac, le reste des villes fhinçaises compte des dénominations très-variées , tandis qu*en Anprieterre un très-graiid nouibre finit, selon les comtés, par Àam, ford, field , burg, bury , don^ which et mouth
pour les ports de mer. La différence dans roccupation, la division première de la propriété, les idiomes des
racesgothiques et germaniques opposés à ceux des pays francs et latins , les phases diverses du régime féodal, avaient dû contribuer à la formation de ces désinences dans les noms des villes anglaises et à leur répartition par comtés ou fiefs. J'avais aussi la preuve que riiivasiua angio-saxonne , au moyen-âge, avait peu modifié notre langue, tandis que le français avait tant contribué à la formation de la langue de nos voisins. Les insulaires ont ordinal renient un peiieliaut à s'approprier l'art, la forme, les signes, en un mot le langage du continent, tandis qu'ils lui résistent par le fond, le sentiment, l'esprit public, les idées seulement. Ce qui prouve, une foisde plus, la force et l'intégrité de leur esprit politique. Ils ont fait dans le langage une exception pour ces désinences de villes dont nous parlions plus haut. Ainsi au normand ville ils opposent le ham saxon, et n'empruntant pas plua
notre désinenoe que nous n'emprantons la lenr: Noos
nvons liien le château de Ilam en Picardie , comme ils ont Uam dans le Surrey, maison où devait résider Jac* qaes II, après son expulsion de la capitale; mais, après cela, tontes les désinences en ham se remarquent, chez eux , comme celles en ville, chez nous.
EûM, nous prîmes le coche de Birmingham; nous aurions préféré prendre celui de Montgoméry, de Radnor et de Landaff, celui qui mène au Galles du Sud , si pittoresque el si original, à ces provinces éditées sur le type de la Bretagoe française , sorte de coutrefaçon et dernier refùge des débris de la race celtique ; mais le temps est un despote, et nous revînmes, en toute hâte, au point de départ du grand voyage. En quelques heures, la route était parcourue; comme la nuit se fesait , nous traversions Wolverhampton dont les fourneaux illuminent au loin la campagne, et bientôt nous fesions , pour la seconde fois, notre entrée à Birmingham, Le lendemain , nous touchions le terminus d'Ëuston.
Notre séjour à Londres fut de courte durée et nous prîmes au bout de quelques jours de repos la direction de Folkstone. Cependant à la station d'Ashford , où se trouve un buffet si confortable, une dernière fugue sur Ganterbury^^fut résolue, et Texécution suivit de près la résolution. Ganterbury, Fancienne Burovemum des Romains, que noub nommons familièrement Cantorbéry, est célèbre, comme chacun le sait, par sa cathédrale, et en sa qualité de métropole , elle conserve une prépon* dérance qu'elle aurait déjà perdue sanslahaute dignité à laquelle est élevée son archevêque , primat d'Angleterre. Aussi , en entrant dans ses murs, la première curiosité quel'étranger vient y chercher, est-ce le vénérable mo-nument gothique sur la téte duquel se sont détiàéoonlés plusieurs siècles.
AfHrèa avoîrdéjeuiiéàrtiQbergedeUTétedaRoiiirwi^'x Htad , dont la porte d'entrée est déoorée d'une plaque
volante, enseigne peinte, fort iraapfée, exposée aavent comme ie plat à bSLvhQ de nos barbiers de village, nous passons sons la porte ouest de la ville, Wut gau^ et bientôt ta masse imposante de la basilique anglo-normande s'offVe à nos yeux et nous ne pouvons contenir notre émotion. Cette impression, ce saisissement que Ton éprouTO à la vue soudaine d'un vieil édifiée, d'oae eathédrale ou d'un hôtel de ville est , à mon avis , une des sensations qui causent le meilleur effet. Cette sensation est assûB fréquente en voyage et se produit dans des ef reonstanees analogues : vons pareourez à pied les rues sombres et tortueuses d'une ville quelconque, lorsque levant la tête par hasard vous rencontrez ces masses de pierres enriobies d'ornements et d'un souvenir si auguste, que l'Ame est sensiblement émue, rimagination exaltée et le eœur épanoui.
Notre Sauveur, our Saviour^ est un ciiiQce grandiose oix se retrouvent les traces de presque tous les Ages, depuis la oonquôte des Normands jusqu'à la décadence de l'art gothique. Il est précédé d'un clos, c'est-à-dire entouré d'un mur avec portes fa*.^oniîees, comnïe Christ church gâte, la principale ouverture qui m6ne au clos. La basilique est conservée avec ce soin particulier à tous les bâtiments pieux de la Grande-Bretagne. Réparations constantes , propreté exquise. Dernièrement on y a ajouté une nouvelle tour. Au dedans, c'est un luxe inimaginable de dentelures sur pierre et sur métal. Le chœur est plus vaste que celui de toutes les églises du royaume et l'autel y est curieusement travaillé. La chaire et plusieurs tombeaux sont encore très* remarquables. En somme, la cathédrale de Canterbury est digne de sa noble réputation , qu'elle doit non seu-
lement à son mérite artistique , mis aux phases dm
fhîstoirc de la vieille Angleterre. Ce fut pour nous la dernière merveille du touriste rentrant dans ses foyers, et comme une bonne fortune d'accomplir notre pèlerinage sous les yoililes de ce temple oh chaque jour le
Dieu des chrûUuns est adoré.
Le lendemain malin nous étions a Foikstoue, et deux heures après c'était Boulogne.
Quel n'était pas mon étonnement en entendant tout un peuple parler le français? Je ne savais pas bien à laquelle dos deux nations voisines j'appartenais. A r/^tel de Paris je retrouTais la bonne France dans toute Taeception du mot, une table d'hôte avec des convives bavards, un dîné coiiieux, varié, depuis la julienne jusqu'aux fruits de toutes qualités. Je me couchais dans un lit de bois d'acagoo muni de rideaux blancs; il y avait des fenêtres à ma chambre, de vraies fenêtres, et j'oubliais ce jour là de prendre le thé.
Boulogne fesait en quelque sorte partie intégrante du voyage et nous voulûmes voir la magnifique colonne élevée à Napoléon sur le plateau où campèrent ces fàmeux soldats qui devaient opérer la descente en Angleterre ^ et qui , prenant une direction opposée arrivèrent à marches forcées sur Âusterlitz pour vaincre glorieusement les Russes et les Autrichiens.
Enfin, nous prîmes place dans les classiques messageries , lancés sur cette môme roule où Sterne avait semé tant d'esprit, et chacun de nous d'eux put, sain et sauf, se féliciter auprès de ses parents et de ses amis d'une expédition toute pacifique qui comptera parmi les moments heureux de notre existence. Nous étions partis français, nous revînmes français, mais admirateurs impartiaux de la grandeur du peuple britannique. Nous^ avions perdu quelques préjugés contre l'Angleterre et
BOUS avions acquis certaines tournures d'esprit , cer* laines modes empruntées à John Bull. Notre geste , notre
langage, nos vêtements s'étaient un peu transformés au contact de nos voisins , et ce dont nous ne nous étions pas aperçus ) notre visage n'était plus le méme.La coupe des cheveux, le défaut de moustaches, la finesse et la
transparence (lu Icinl [transparent complexion ., obtenue plus aisément sous le ciel fraîcliement brumeux des lies firitanniques qu'au moyen des poudres et des eaux distillées de Chardin et de Farina , nous avaient métaliiorphosésen gentilshoiiiuies grands-l)rctoiis. Imitation que nous avions puisée, dans la faculté qu'ont tous les Français de s'approprier de gatté de cœur les modes des étrangers, et dans la tendance naturelle de copier les allures des peuples qui passent a bon droilpour des originaux et des maîtres en civilisation.