‹ D'où venons-nous? (volume 2)Chapitre 12 sur 21 · INVERTÉBRÉS · texte numérisé non relu

INVERTÉBRÉS

) Gastéropodes (limaçon)

( Acéphales (moule)

1 Rayonnes

( Echinodermes (oursins) f Polypes (corail, hydre)

\ Protozoaires

. . . . (Infusoires)

LES PREMIERS ETRES

Et maintenant que nous avons une idée plus précise des différentes espèces d'animaux et que nous avons pu les classer par séries, examinons le tableau offert par la vie au commencement de l'Ere primaire.

Ce sont d'abord des Polypes qui ont laissé leurs fines empreintes sur la pierre et qui ont travaillé, sans doute comme les espèces actuelles, à. rassembler les sels calcaires dissous dans les premiers océans — on leur a donné le nom de Graptolithes.

Mais dans ces eaux tièdes nagent des animaux mieux organisés. Connaissezvous les Limules ou Crabes des Moluques , si abondants sur les côtes de l'Amérique du Nord? Ce sont des crustacés de deux pieds de long. L'animal que nous voyons dans les mers siluriennes leur ressemble.

C'estbien,luiaussi, un crustacé dont la carapace formée d'anneaux permet à certaines espèces

de replier leur corps comme les Cloportes. En avant du corps, l'animal est formé d'un grand bouclier semi-circulaire dont les côtés portent de gros yeux à facettes où se comptent, ajustées l'une contre l'autre, 400 lentilles optiques. Quelle organisation merveilleuse pour un animal des temps primitifs! On a beau dire que ces premiers organismes ont péri victimes d'une chaleur excessive, carbonisés dans les roches soumises parfois à des températures vulcaniennes; si ces crustacés ont eu des ancêtres, que sont-ils devenus? Et c'est par millions de milliards que ces organismes étaient répandus, puisqu'en certains endroits la roche en est pétrie. Les Trilobites, ainsi les nomme-t-on,

Terres émergées pendant la période dévonienne.

à cause des trois lobes transversaux qu'ils présentent, sont les types caractéristiques du Silurien. C'est là qu'ils ont leur apogée; d'un seul coup, ils apparaissent dans toute la perfection de leur tvpe, et leur race va s'éteindre peu à peu, si bien qu'à la fin du Primaire, cet animal aura complètement disparu.

Approchons-nous du rivage : là reposent d'autres crustacés de deux mètres de long : es Ptérygotus, semblables à nos Homards, quoique plus allongés; et puis des mollusques en telle abondance que nous sommes très embarrassés pour leur donner une classification. Il y a là près de 2 000 types différents, tous disparus à l'heure actuelle, à l'exception d'un seul : le genre Nautile, que nous retrouvons dans la mer des Indes.

Puis, voici des Brachiopodes, animaux bivalves ressemblant aux huîtres par leur aspect extérieur et qu'on avait rangés autrefois dans la classe des Mollusques : le Spirifer est le type caractéristique de l'époque dévonienne.

Des centaines de milliers d'années ont encore passé sur la Terre. Les végétaux qui avaient sûrement précédé les animaux ont envahi le continent; quittons la mer pour faire une excursion en terre ferme.

Quel paysage! Les végétaux à fleurs ne sont pas nés, mais les Cryptogames peuplent tous les terrains.

Nos yeux n'ont jamais rien vu de semblable, et l'imagination la plus fertile livrée à ses propres ressources ne saurait nous en donner une idée. C'est une nature grandiose et bizarre tout à la fois, où abondent surtout les lignes verticales.

Graptolithes du Silurien inférieur.

(Premiers organismes ayant laissé des traces dans les terrains géologiques.)

Des herbes ressemblant à nos fougères arborescentes aux troncs dénudés s'élancent droites comme d'énormes sapins et portent dans les airs leurs bouquets de larges feuilles, à l'instar de nos plus hauts palmiers. Les Lépidodendrons, Lycopodes gigantesques, étalent à trente mètres de hauteur leurs nombreux rameaux terminés par d'énormes intumescences sem-

blables à la fleur du chardon.

D'immenses Sigillaires de trente mètres de haut s'élèvent en colonnes pressées. Tantôt leur forme rappelle un champ d'asperges fantastiques préparées pour pn repas de Titans ; tantôt leurs extrémités s'entr'ouvrent comme de gros balais de joncs.

On les dirait alors plantées çà et là prêtes à nettoyer un ciel trop chargé de nuages sombres et livides.

Des Calamités, sortes de Prêles géantes, atteignent quinze mètres de hauteur, et les Sphénop/iyl les étalent au milieu des forêts leurs frondes rameuses.

Seuls, les Cycas aux branches recourbées, élégantes et largement découpées, viennent, avec les Araucarias géants, apporter une note d'esthétique plus humaine dans ce grandiose décor.

Sous le couvert de ces arbres herbacés s'étalent d'énormes champignons de trente mètres de tour.

Au milieu de clairières transformées en fangeux marécages poussent de jeunes fougères, des nymphéas, des joncs, des roseaux, des plantes aquatiques rappelant nos nénuphars.

Oui, vraiment, c'est un étrange paysage que celui que nous avons sous les yeux. Sommes-nous sur un monde géant ou sur notre minuscule planète? Les fleurs aux teintes vives et brillantes ne sont pas

LES PREMIERS ETRES

Empreintes d'un Graplolithe du Silurien.

la pour égayer le paysage et former un agréable contraste avec cette sombre ver-

Limule actuelle

ou crabe des Moluqiu (Longueur : o",70.)

Trilobite.

(Longueur : o".i5.) Animal des temps primaires ressemblant à nos limules actuelles.)

dure. Le chant des oiseaux ne se fait pas encore entendre.

Un morne silence enveloppe la Terre, et

cependant l'astmosphère lourde et humide est habitée. Voyez plutôt : à la lueur pâle du soleil qui monte lentement à l'horizon, nous apercevons une nuée d'insectes ailés. Nul ne pourrait s'y tromper : ce sont des Libellules; grandes comme nos mouettes actuelles, elles descendent dans un bruissement d'ailes

largement ouvertes. Puis voici des Sauterelles géantes, des Araignées, des ani-

Œil d'insecte.

Les cellules visibles sur la gravure contiennent chacune un« lentille donnant une image.

Autre genre de Trilobites dont l'un est enroulé.

Longueur : om,o7.)

Terres émergées pendant la période carboniférienne.

maux ressemblant à nos Scorpions avec leurs pinces et leurs dards à venin, des Mille-pattes gigantesques.

Quelle richesse de vie règne déjà sur la Terre !

Avant de quitter ce jour de l'époque primaire, rapprochons-nous du rivage; quel changement depuis notre dernière visite 1 Des reptiles s'enfuient à notre approche. Des Batraciens à grosses têtes comme le Protriton dorment au boleil.

Un Arc/ie'gosaure, semblable à un gros

So

L'n crustacé de la période

dévonienne : le Ptérygotus.

^L'ongucur :- i«,5b.)

lézard, guette u n Titanophasme dévorant une branche. Les eaux se peuplent d'animaux bizarres, les Ostracoder- ?nes: ces derniers ressemblent tellement à des poissons que longtemps les géologues les

Un Spirifer, Brachiopode du Carbonifère.

(Une partie a été ouverte pour montrer

lanatomie intérieure.)

placeront dans leurs vitrines à côté de ces hôtes marins. Leur corps allongé est recouvert d'écaillés comme les crustacés, et cependant leur colonne vertébrale rappelle celle du poisson. Dans quelle classe les ranger? On dirait que la nature hésite

Plante de la famille des Pécoptéridées ressemblant à nos fougères arborescentes.

LES I'KEMIEPS ETRES

in Lycopode géant le Lépidodendron.

(Hauteur : 3o mètres

\Jkw *J-

(Hauteur : 3o .mètres.

I à produire nos espèces actuelles. Et cependant tout est merveilleusement adapté pour le milieu dans lequel vit l'animal :

Calamité,

(Sorte de prèle atteignant i5 mètres de hauteur. i

la fonction qui crée l'organe, la lutte pour la vie, la sélection naturelle, trois mots inventés par Darwin et son école, trois vues de l'esprit que la Science moderne et la Paléontologie ruinent peu à peu.

Les espèces les mieux organisées disparaissent; les animaux des classes les plus inférieures traversent toutes les périodes

Titanophasme, analogue au Phasme actuel.

■ Longueur : om.25.|

géologiques. Le Darwinisme est impuissant à expliquer ces faits.

Phasme actuel.

Et lorsque le Transformisme veut à son tour nous expliquer la génération des

t'ugéréon, insecte ailé de la période carboniférienne.

êtres, il le fait de toutes pièces par des vues d'ensemble, sans tenir compte des détails.

Ecoutons le regretté Gaudry, l'éminent professeur de Paléontologie au Muséum :

« Pour rester dans la vérité tout entière, il faut ajouter que l'état actuel de la science ne laisse point percer le mystère qui entoure le développement primitif des grandes classes du monde animal.

Nul homme ne sait comment ont été formés les premiers individus de Foraminifères, de Polypes, de Trilobites, d'Arachnides. d'Insectes, de Poissons, de Reptiles. Les fossiles primaires ne nous ont fourni aucune preuve positive du

Protopliasme, insecte ailé de la période carboniférienne.

AracJ.nides de la période primaire.

LES PREMIERS ETPES

passage des animaux d'une classe

à ceux d'une autre classe

J'avoue que, lorsque j'ai commencé à étudier les reptiles du Permien, je m'attendais à leur trouver des rapports avec les poissons, mais j'ai constaté tout le contraire, car ces fossiles se montrent aussi différents que possible des poissons. »

De même, nous pouvons constater dès maintenant lecaractère subit de l'apparition des espèces.

Ce sont les Graptolithes, les Trilobites et les Céphalopodes, par exemple, qui envahissent tout à coup une période sans que rien ne Iles annonce dans les types précédents. De plus, loin que les éclosions de ces familles nouvelles se fassent par des types atrophiés ou de transition.

Le Ptérycthis, ostracoderme qu'on rangeait autrefois dans la classe des poissons.

elles ont lieu au contraire brusquement, par des genres très peifectionnés et où la taille des individus atteint immédiatement son maximum. La faune primaire nous en a donné de nombreux exemples qui vont se reproduire avec la même intensité dans toute l'histoire du globe.

Terres émergées à la fin de l'époque primaire. (Période permiennc.

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