‹ D'où venons-nous? (volume 2)Chapitre 2 sur 21 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

L UNIVERS ET LES MONDES

S'il est vrai que le problème des origines a de tout temps préoccupé les penseurs, il est aussi incontestable que chaque époque n'a pas failli à la tâche d'en donner une solution, plus ou moins approchée sans doute, mais toujours en accord avec la science contemporaine.

Or, l'Astronomie, depuis vingt ans, a fait de tels progrès, que tout essai d'explication rationnelle de l'Univers doit forcément en tenir compte. C'est la condamnation évidente des Cosmogonies ayant ia prétention de s'appuyer sur des hypothèses vieilles de plus d'un siècle : Laplace, pour ne citer qu'un exemple, connaissait bien mal l'Univers qu'il voulait expliquer.

A des faits nouveaux, il faut des explications nouvelles. Aussi nous a-t-il paru nécessaire, pour l'intelligence des pages qui vont suivre, de jeter un coup d'œil d'ensemble sur le monde au milieu duquel la Terre évolue.

Si, actuellement, je posais à mes lecteurs cette simple question : « Où êtesvous? » plus d'un, ce me semble, serait probablement fort embarrassé.

— Je n'ignore pas, me répondraient ceux-ci, que nous sommes sur telle ou telle partie de l'Europe, France, Alle-

magne, Italie, et que l'Europe est une portion de la Terre.

— Mais la Terre, où est-elle ?

— Dans l'espace, diraient les autres.

— Très bien 1 Faut-il cependant préciser encore.

L'Astronomie nous enseigne que la Terre a la forme d'une boule; cette notion, vous l'avez apprise à l'école primaire et vos atlas ne vous ont pas laissé ignorer que cette Terre, représentée par vos globes géographiques, tourne autour du Soleil en une année. Mais le Soleil, où est-il?

Pour répondre à cette nouvelle question, éloignons-nous un instant, quittons la Terre. La lumière, qui va plus vite que nos express, que nos aéroplanes, que nos obus les plus rapides même, puisqu'elle parcourt 3oo ooo kilomètres à la seconde, pourra, si vous n'y voyez pas d'inconvénients, nous servir de véhicule.

— Une, deux, trois, quatre.... comptez les secondes.

Au bout d'une heure, vous aurez atteint le nombre de 3 600 secondes et nous aurons parcouru un peu plus d'un milliard de kilomètres.

Voyageons un jour entier, 24 heures, à raison de 3ooooo kilomètres à la seconde; nous voilà transportés dans l'espace à près de 26 milliards de kilomètres. Quelle

ro

distance effrayante! Un train lancé à la vitesse de ioo kilomètres à l'heure ne mettrait guère moins de 3o ooo ans pour accomplir ce long voyage.

Arrêtons-nous et regardons : de quelque côté que nous nous tournions, un ciel constellé de points brillants; les étoiles n'ont pas cependant changé leurs places respectives! Ici la Polaire, puis la Grande Ourse, Arcturus du Bouvier... Plus loin, la belle constellation d'Orion... mais làbas, quelle est cette nouvelle étoile plus lumineuse que Sirius du Grand Chien, plus grosse que toutes les autres en apparence?... C'est notre Soleil.

Nous avons parcouru si peu de chemin dans cet ensemble — l'Univers pour nous — que notre Soleil nous apparaît encore comme la plus brillante des étoiles.

De l'endroit où nous sommes, la Terre, en raison de sa petitesse, a cessé d'être visible à l'œil nu, et il faudrait un bien puissant télescope pour nous la montrer noyée dans les feux de celui que nous appelions l'astre du jour avant de quitter notre terrestre demeure.

En continuant notre voyage pendant 4 années et 128 jours, nous arriverions à l'étoile Alpha du Centaure.

Calculez combien il y a de secondes en 4 ans et 128 jours; multipliez le nombre fantastique ainsi obtenu par 3oo 000 kilomètres; vous aurez la distance effrayante

Constellation de la Petite O.irse à laquelle appartient l'étoile polaire.

qui nous sépare de ce monde voisin.

C'est que, en effet, Alpha du Centaure est la plus proche étoile de la Terre, et c'est pourquoi je l'avais choisie ; mais rien ne nous empêche d'aller plus loin, de rejoindre, par exemple, celle qui est la seconde dans l'ordre des distances ; c'est une toute petite étoile, invisible à l'œil nu, qui n'a pas été baptisée par les astronomes.

Toutes les étoiles, en effet, ne portent pas un nom ; les saints du calendrier n'y suffiraient pas; les étoiles de première grandeur ont à peu près seules le privilège d'être quelqu'un ; les autres sont désignées dans chaque constellation par des lettres grecques : ce sont les plus brillantes; le reste d'entre elles porte un numéro d'ordre.

La voisine dont je vous parlais est inscrite au catalogue de Lalande sous le numéro 21 i85, tout simplement.

Il faudrait faire 430000 fois le chemin de la Terre au Soleil pour parcourir l'espace qui nous sépare de ce monde relativement proche, situé à 64 trillions 2o5 billions de kilomètres ! . . .

Si vous vous laissiez aller à la tentation de rejoindre cette étoile — toujours avec la lumière pour véhicule, — vous mettriez 2480 jours à effectuer ce voyage, c'està-dire près de 7 années!

L'étoile polaire, qui indique la direction du Nord et que vous avez souvent cherchée dans le ciel pour vous orienter, est aussi une de celles dont nous connaissons la distance. Elle est tellement éloignée que le soir, lorsque vous l'apercevrez, vous pourrez vous dire que ce rayon lumineux atteignant votre œil est en route depuis plus de 46 ans !

Sa lumière nous apporte des faits qui se sont passés il y a un demi-siècle, alors que vous n'étiez pas nés, sans doute; depuis, ia Polaire a eu le temps

Une région de la Voie lactée dans la constellait m des Gémeaux.

de disparaître sans que cet événement ait été enregistré dans les annales astronomiques.

Et dire que ces étoiles sont nos voisines!

Mais lorsque vous dirigez le télescope vers les champs de la Voie lactée, vers ces pâles lueurs que nos lunettes résolvent en mille points scintillants, ce n'est plus par trillions de kilomètres qu'il faut évaluer leur éloignement. Deux mille ans sont probablement nécessaires à la lumière pour franchir la longue distance qui nous

en sépare. Nous pouvons mieux juger maintenant de la grandeur du monde où nous sommes plongés.

L'ensemble de tout ce qui existe au firmament, de toutes ces étoiles dont nos catalogues photographiques ont déjà enregistré plus de 140 millions, c'est notre Univers, celui qui est accessible à nos recherches et au sein duquel nous nous trouvons.

Chaque étoile est un soleil, un système si vous voulez, une simple unité dans ce vaste ensemble.

Autour de chaque étoile tournent sou-

La Terre comparée aux planètes de moyennes dimensions.

vent des corps plus petits, appelés planètes, qui ne comptent guère dans les statistiques du ciel.

v Ainsi, pour tout résumer en un mot : l'Univers est composé de systèmes représentés à nos yeux par le chef de famille — l'étoile, — qui groupe autour de lui des corps plus petits que nous n'apercevons pas habituellement.

Tel est le Système solaire, le nôtre. Il se compose d'une étoile centrale, notre Soleil, et d'une foule de petits corps obscurs et froids gravitant autour de lui.

Ces corps, qui partagent sa destinée céleste, qui le suivent dans son grand voyage — car il n'est jamais en repos, — brillent d'un éclat qu'ils lui empruntent : ce sont ses planètes, et la Terre en est une.

En somme, les planètes sont nos voisines, et c'est pourquoi nous les distinguons si facilement; mais de la région où se trouvent les étoiles on ne peut même soupçonner leur existence.

Nous connaissons actuellement dans notre monde solaire huit planètes principales tournant autour du Soleil.

Leur énumération me paraît nécessaire pour que vous puissiez vous faire une idée de la place que la Terre occupe dans ce système, minuscule par rapport à l'ensemble.

Quittons ce poste d'observation que nous avons choisi bien loin du Soleil, et rapprochons-nous.

Nous voici revenus dans son domaine.

L UNIVERS ET LES MONDES

La Terre et la Lune dans l'espace.

Très près de lui, nous apercevons Mercure et Vénus, deux planètes plutôt petites, et dont la dernière circule à 108 millions de kilomètres du Soleil.

Et là-bas, cet astre brillant qui s'avance en forme de croissant, qu'est-il?... Un tout petit satellite l'accompagne.

Une sorte d'intuition, de courant télé- Dathique doit nous avertir que c'est notre Terre, suivie de la Lune.

Cette Terre, où vous avez laissé votre nation, vos biens, si vous avez l'avantage d'être propriétaire, votre famille, vos amis, toutes vos affections, voilà la place qu'elle occupe dans le ciel.

Vous avez beau regarder, ouvrir de grands yeux, c'est à peine si vous la distinguez sur le fond noir de la voûte céleste.

Approchons-nous encore. — Elle est maintenant bien visible : une partie de l'hémisphère tourné vers nous est éclairée par la lumière du Soleil, tandis que l'autre moitié reste plongée dans une douce pénombre. D'un côté il fait grand jour, et

précisément c'est la France qui, à cette heure, est éclairée; si nous avions des yeux plus perçants, si la couche atmosphérique ne dérobait pas à nos regards la surface terrestre, vous verriez une foule de gens affolés courant à leurs affaires, déjeunant, dînant, sans se préoccuper de la place où ils sont ; vous verriez le brouhaha des grandes villes, les députés se rendant aux Chambres pour légiférer sur des questions ridicules, dont ils ne comprennent pas la minime importance; des ambassadeurs et des ministres échangeant des dépêches sur la question d'Orient ou du .Maroc, des bureaucrates noircissant des feuilles de papier pour des permissions, pour des choses insignifiantes; la Cour des comptes revisant des budgets, et partout des financiers établissant leur balance à un centime près.

Sur l'autre côté de la Terre, celui qui n'est pas éclairé, c'est la nuit : les gens s'entassent dans les cafés, dans les restaurants; c'est l'heure des réceptions, des banquets, des discours, des théâtres; les

journalistes sont affolés; télégraphes et téléphones transportent les dépêches, les nouvelles, et quelles nouvelles, grand Dieu! Crimes passionnels, votes des Chambres, blasphèmes en commun ; partout les cerveaux sont occupés à des puérilités, à des niaiseries. Seules, des catastrophes comme celle de Messine ou de la Provence leur rappellent de temps à autre que le Créateur s'occupe de tous et qu'il sait à son heure montrer sa toutepuissance. Bien rares sont ceux qui, au moment où tout s'endort, veillent dans la prière et font monter vers Dieu leurs religieuses aspirations.

Plus rares encore sont ceux qui, de leurs puissants instruments, sondent les merveilles de l'Univers, étudient les mystères de l'immensité, et savent, dans cette contemplation divine, abaisser leur orgueil, chanter des hymnes de louanges et répéter avec le prophète : « Les cieux racontent la gloire de Dieu. »

Mais écartons-nous, la Terre s'approche à la vitesse de 3o kilomètres par seconde, entraînée par une force irrésistible autour du Soleil. Son disque augmente à vue d'oeil.

La voilà passée...., bolide immense qui emporte toute l'humanité avec ses passions, ses folies, ses souffrances.

Pendant que les uns ouvrent les yeux à la vie, les autres meurent sans avoir eu le temps de se rendre compte, sans savoir où ils ont passé leur existence, sans avoir pensé peut-être d'où ils venaient, où ils étaient, sans savoir qu'ils avaient une âme ; ils ont vécu sans but, ils ont mangé, ils se sont repus, ils ont amassé. Et maintenant que leur corps va retourner à la terre, où sont-ils, où est leur âme ? Pas une fois ils n'ont eu l'idée d'agiter legrand problème de leur avenir, celui seul qu'il importe de résoudre : celui de leur destinée future

Laissons ces considérations pour revenir à des questions d'ordre purement astronomique.

Ainsi la Terre est lancée dans l'espace, sorte d'énorme boulet tournant en 24 heures environ. C'est cette durée qui détermine la longueur du jour : de minuit au minuit suivant, elle a fait un tour sur elle-même, à la façon d'une toupie; mais, comme ce jouet, qui nous servira plus d'une fois d'exemple, elle accomplit un chemin presque circulaire autour du Soleil. Le temps qu'elle met à faire ce long trajet, à décrire son orbite, nous représente une année.

Il lui faut en effet 365 jours 1/4, plus exactement 365 jours 5 heures 48 minutes et 46 secondes pour qu'elle revienne dans la même position en face du Soleil.

Et je vous prie de croire qu'elle ne s'amuse guère en route, car le rayon de son orbite étant de 149500000 kilomètres en chiffres ronds, le chemin parcouru en une année est de 930 millions de kilomètres.

Cherchez combien une année contient de secondes, et vous verrez, par une simple division, que la Terre, dans sa course vertigineuse autour du Soleil, doit aller plus vite que nos automobiles, et même que nos boulets de canon.

Le calcul donne 29 kilomètres par seconde en moyenne, soit plus de 100 000 kilomètres à l'heure.

La pensée d'une vitesse aussi prodigieuse suffirait seule à nous donner le vertige. Et cependant, ce mouvement est si régulier que nous ne pouvons nous en apercevoir.

L'observation des étoiles qui paraissent tourner autour de nous peut toutefois nous renseigner sur le sens du mouvement de la Terre.

Pour mieux comprendre ce qui va suivre, tracez avec un morceau de craie une grande circonférence sur le plancher. Placez-vous maintenant au milieu de votre cercle, debout et immobile. Tout mouvement qui, sur la circonférence, s'effectuera de votre main droite à votre main gauche s'appelle mouvement direct : il a lieu dans le sens contraire à celui des

L UNIVERS ET LES MONDES

Tout mouvement s' effectuant de droite à ga s'appelle mouvement direct.

aiguilles d'une horloge. Le mouvement opposé — celui des aiguilles de votre montre — s'appelle rétrograde.

Tournez maintenant sur vous-même, au centre de votre circonférence, en observant ce sens direct : vous serez une image fidèle de la Terre dans son mouvement de rotation sur elle-même.

Or, remarque très curieuse et en même

temps très importante, si vous voulez saisir dans la suite le mécanisme de la formation des mondes, non seulement la Terre tourne sur elle-même en 24 heures dans le sens direct, mais ce sens est celui dans lequel elle accomplit son tour entier autour du Soleil.

Vous pourriez maintenant parcourir la circonférence ellemême dans le sens contraire à celui des aiguilles d'une montre, vous auriez mieux encore l'image de la Terre accomplissant son mouvement de révolution autour du Soleil.

Ajoutons que toutes les planètes du système solaire tournent autour de l'astre central dans le même sens que la Terre, en d'autres termes, leur mouvement de révolution est de sens direct.

Cette digression nous a reposé de notre grand voyage, interrompu pour un instant. Reprenons-le, quittons la Terre encore une fois, et continuonsnotre course à travers les espaces.

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Carte de la planète Mars d'après M. Lowell.

Encore 56 millions de kilomètres et nous voilà vers la planète Mars, celle que les astronomes étudient si patiemment et dont ils ont dressé des cartes déjà très complètes.

Voyez de loin ses pôles neigeux et glacés, ses continents rougeâtres, ses végétations changeantes. Ce monde mystérieux vous attire, sans aucun doute; vous voudriez savoir si, au milieu de ses plaines, de ses marécages, de ses forêts, des habitants circulent comme sur la Terre. Nous étudierons tout cela plus tard, le temps presse pour notre revue rapide.

D'ailleurs, Mars, plus lent que la Terre dans sa course, est cependant déjà hors d'atteinte. Avançons encore. Ne faites pas attention : nous traversons en ce moment les orbites des petites planètes, mondes microscopiques aussi exigus que nos provinces terrestres.

Regardez plutôt devant vous : c'est Jupiter avec ses sept satellites, monde énorme en formation ; i 3oo Terres feraient à peine son volume.

Là-bas, beaucoup plus loin, ce globe brillant entouré d'un anneau, c'est la planète Saturne, la merveille du système so-

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Jupiter

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La Terre comparée aux grosses planètes.

laire; dix lunes lui font aussi cortège. Enfonçons-nous toujours dans les espaces, franchissons des millions de kilomètres et nous voici aux confins du système planétaire : Uranus et Neptune en marquent les bornes. De la dernière planète, le Soleil nous apparaît comme une grosse étoile éclairante, mais sa chaleur est trop faible pour entretenir la vie à ces distances effrayantes.

Toutes les planètes que nous venons de nommer décrivent autour du Soleil des courbes ressemblant à des cercles. En y regardant de plus près, nous verrions cependant que les orbites ne sont pas préci-

sément circulaires; en réalité, chaque courbe parcourue par une planète dans son mouvement de translation est une ellipse, sorte d'ovale que tracent les jardiniers en dessinant les pelouses de nos parterres.

C'est Kepler qui, pour la première fois, montra que tous les corps célestes décrivent des orbites elliptiques plus ou moins aplaties.

Dans la figure qui représente ces orbites, nous n'avons pas tenu compte de ce fait, car l'aplatissement serait à peine sensible à une si petite échelle. Il en est de même des grosseurs des planètes : aucun tableau ne les peut représenter dans d'exactes pro-

L UNIVEPS ET LES MONDES

Orbites des planètes du Système solaire.

portions, si l'on tient compte en même temps de leurs distances.

Il est cependant possible de construire

par l'imagination un plan exact du S\ ;tème solaire.

Dans une immense plaine, installons

un slobe ér.orme de i mètre de diamètre environ — icq centimètres exactement — prenons maintenant un grain de sable de 4 millimètres de diamètre et plaçons-le à 45 mètres de notre grosse boule, nous aurons figuré en vraies proportions, distance et grosseur, la planète Mercure et le Soleil.

Une bille de 9 millimètres, placée à 85 mètres, représenterait parfaitement Vénus.

Une autre bille qui aurait exactement 1 centimètre de diamètre pourrait être placée à 1 17 mètres pour figurer la Terre.

Pas plus grosse que cela, notre pauvre petite Terre! Si les continents y étaient représentés par quelque habile dessinateur nous y tiendrions une bien maigre place. Mais continuons.

Un petit pois porté à 178 mètres remplirait l'office de la planète Mars.

Une belle orange de 1 1 centimètres, placée à 610 mètres, représenterait dignement le gros Jupiter.

Avec Saturne, une mandarine de 9 centimètres, il faudrait nous éloigner davantage et parcourir 1 kilomètre et 1 18 mètres.

Uranus, deux fois plus petit que la pla-

La planète Saturne avec son anneau.

nète précédente, serait placé à plus de 2 kilomètres, sous la forme d'un bel abricot.

Et maintenant, emportez avec vous une pèche de 38 millimètres représentant Neptune; déposez-la sur le sol, après une course de 3 kilomètres et demi, et votre tâche sera terminée; vous aurez en miniature une représentation du Système solaire.

Pour rendre plus exactement son état actuel, il vous faudrait mettre tous ces corps en mouvement, faire tourner dans le sens direct, sur des pistes presque circulaires, comme les chevaux dans un manège, tous ces objets autour de la grosse sphère centrale; et remarquez en

passant que leurs mouvements devraient avoirlieudans un même plan, c'est-à-dire sur la plaine où vous avez installé l'image du système solaire.

Les planètes, à part Mercure qui s'écarte quelque peu de cette règle, tournent en effet autour du Soleil comme des toupies sur un sol plat, ou des billes sur un billard. Ces 8 planètes principales, sans compter les Coo petites planètes dont nous avons parlé — astres minuscules situés entre Mars et Jupiter — ne sont pas les seuls corps soumis à l'attraction solaire.

Regardons attentivement et nous verrons l'espace sillonné de nuages blanchâtres, flocons légers en comparaison des planètes : ce sont les comètes qui, en ap-

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La grande Comète de i 843

prochant du Soleil, deviennent souvent visibles à l'œil nu.

Au premier abord, on pourrait les prendre pour des étrangères venant rendre visite à notre Système. C'est qu'en effet elles se cantonnent rarement dans le voisinage du plan qui contient les planètes; elles nous arrivent de tous les points de l'espace, décrivant des ellipses tellement allongées parfois qu'il est impossible de prédire le moment de leur retour. En outre, le sens de leur mouvement est indifféremment direct ou rétrograde.

Nous en connaissons certaines qui accomplissent leur tour entier en quelques années et d'autres en trois quarts de siècle : on les appelle comètes périodiques. Mais la plupart ont une période — intervalle qui sépare deux apparitions consécutives — beaucoup plus longue, quatre ou cinq siècles et même davantage.

Il sera intéressant, avant de clore ce

chapitre, d'appliquer à ces vagabondes célestes la comparaison qui nous a servi pour la distance des planètes.

En supposant toujours la même réduction du système adopté pour les planètes, la comète d'Encke, qui s'éloigne le moins du Soleil, décrirait une ellipse allongée dont le grand axe n'aurait pas moins de 480 mètres.

La comète de Halley, qui revient tous les 76 ans (retour en 1910), s'éloignerait à plus de 4 kilomètres et dépasserait l'orbite de Neptune.

Et ce sont là des comètes à courtes périodes; mais les autres vont beaucoup plus loin. Ainsi, pour ne citer qu'un exemple, la comète découverte par Mcssier en 1763 s'éloignerait à 88 kilomètres de notre sphère représentant le Soleil.

L'attraction de cet astre se fait sentir bien au delà de ces distances, quelque grandes qu'elles nous paraissent. Et cependant les nombres précédents, si

nous les comparons à l'éloignement des étoiles, ne sont absolument rien.

En voulez-vous un exemple?

Gardons toujours nos mêmes proportions et cherchons à quelle distance nous devrions dans ce cas placer l'étoile la plus voisine, Alpha du Centaure, dont nous avons déjà parlé. — Devinez?

Le calcul est assez simple puisque nous

savons que la lumière met 4 ans et 128 jours pour nous venir en droite ligne de ce soleil voisin.

; Si vos opérations sont bien conduites, vous trouverez que la plaine sur laquelle vous avez installé votre système solaire en miniature ne sera pas assez vaste pour vous permettre de placer Alpha du Centaure à une distance convenable.

Orbites décrites par les comètes périodiques.

La grandeur de l'Europe ajoutée à celle de l'Asie ne suffirait pas encore; cette distance dépasserait de beaucoup le diamètre de la Terre et il faudrait installer notre étoile voisine à près de 33 milliers de kilomètres !

L'étoile polaire devrait être portée à une distance dix fois plus grande.

Vous touchez du doigt maintenant les

dimensions énormes de l'Univers, et vous voyez non moins clairement combien notre Système solaire tient peu de place en comparaison de ces grandeurs effrayantes. Que dire alors de l'atome que nous habitons et dont nous nous disputons les parcelles ?

Et nous avons vu que ces étoiles, ces quelques soleils, dont nous avons pu mesurer la distance, ne nous donnent

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qu'une faible idée de l'éloignement des autres; en un mot. il nous est impossible d'avoir la notion exacte de la grandeur de notre Univers.

Qui pourra jamais nous en marquer les limites? Notre esprit s'arrête anéanti devant cette poussière de mondes que nos plaques photographiques enregistrent par millions, devant cette profusion de Soleils entraînant à leur suite les Terres

soumises à l'empire de leur attraction.

« Quelle démence, disions-nous dans Le Problème solaire, p. i3, pousse donc les hommes à revendiquer pour eux seuls la prérogative de chanter la gloire de Dieu dans un Univers où ils tiennent si petite place! N'est-ce point le sujet de nos plus sublimes méditations et pourrions-nous recevoir une plus grande leçon d'humilité? »

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