‹ D'où venons-nous? (volume 2)Chapitre 21 sur 21 · II · texte numérisé non relu

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deur de l'atome et on était arrivé à se représenter l'atome comme une sorte de sphère de un deux millionième de millimètre de diamètre. Et maintenant que nous connaissons l'existence à l'intérieur de cette sphère d'au moins 2000 corpuscules, nous avons pu nous faire une idée de la grandeur de ces corps gravitant avec une rapidité extraordinaire autour des ions positifs, noyaux de chaque atome.

Leur diamètre est 60000 fois plus petit que l'atome, c'est-à-dire que la sphère idéale dans laquelle ils évoluent. Imaginez 2 000 grains de plomb de un millimètre d'épaisseur seulement, effectuant des milliards de révolutions par seconde dans une sphère creuse de 60 mètres de diamètre, sans se heurter ni se gêner dans leur mouvements, et vous aurez à une grande échelle un modèle de l'atome tel que nous le montre la Physique moderne, et vous comprendrez mieux aussi que, malgré sa légèreté, un tel atome puisse posséder une somme d'énergie incomparable.

Les nombres relatifs à la grandeur des corpuscules ainsi qu'à leur vitesse n'ont rien de fantaisiste. Ces vitesses sont certaines, car elles ont été parfaitement mesurées. Les rayons qu'on appelle cathodiques sont tout simplement constitués par un véritable déplacement d'électrons, de particules négatives qui, dans certains cas, s'échappent de l'atome. Eh bien 1 les mesures les plus précises ont accusé pour ces parcelles infimes de matière des vitesses qui ont varié entre 10 000 et 25oooo kilomètres à la seconde, c'est-àdire que ces vitesses sont de l'ordre de grandeur de celle de la lumière. Mais, chose plus étrange, les phénomènes les mieux constatés semblent prouver que ces particules, en fait de matière, n'entraînent que de l'électricité. La masse ou la quantité de matière d'un corps n'existerait pas en dehors de sa quantité d'électricité; en d'autres termes, la matière elle-même serait de l'électricité purement et simple-

ment, et toutes les propriétés de la matière se réduiraient à des propriétés électriques.

Tel est le dernier mot de notre Science sur la constitution de la matière ;« il semble, dit M. Brunhes, que plus nous avançons dans l'examen minutieux des dernières particules de la matière, et plus nous voyons reculer devant nous l'espoir de comprendre la matière. »

Et, devant ce mystère de 1 infiniment petit, on se rappelle involontairement cette phrase de Pascal : « Il pensera peut-être que c'est là l'extrême petitesse de la nature. Je veux lui faire voir là-dedans un abîme nouveau. Je veux lui peindre non seulement l'univers visible, mais l'immensité qu'on peut concevoir de la nature, dans l'enceinte de ce raccourci d'atome. Qu'il y crée une infinité d'univers, dont chacun a son firmament, ses planètes, sa Terre, en la même proportion que le monde visible. »

Ainsi, bien que nousn'ayionspu encore comprendre dans tous ses détails le mécanisme des actions qui engendrent les différents phénomènes matériels, nous avons fait depuis quelques années un grand pas en avant dans ce qu'on appelait autrefois l'unité des forces physiques.

En dernière analyse tout se ramène au mouvement; sans doute l'énergie utilisable diminue, elle se dégrade, mais la somme de cette énergie ^demeure constante. C'est elle qui, en se transformant, produit des phénomènes en apparence très diversifiés.

Nous allons essayer de donner au lecteur une idée de l'échelle sur laquelle on peut les répartir.

Imaginons une tige élastique d'acier serrée dans un étau ; écartons-la de sa position et faisons-la vibrer lentement d'abord, puis de plus en plus vite. Que va-t-il se produire?

Dès que nous aurons atteint le nombre de 32 vibrations à la seconde, l'air ébranlé

1 oo"

donnera à notre tympan auditif un choc que nous apprécierons sous la forme d'un son grave, le plus grave qu'on emploie en musique.

Augmentons graduellement le nombre de vibrations de notre tige d'acier, nous allons entendre toutes les notes de la gam me ; mieux que cela, toutes les notes de toutes les gammes accessibles à l'oreille humaine. La gamme moyenne s'étagera entre 5 17 et 1 034 vibrations. Dans 1 o l'intervalle de ces deux do, nous rencontrons le la d'orchestre, le fameux la du Conser- r...

vatoire, celui dont vous vous servez pour régler vos instruments, violons ou |dc pianos, et qui vous est donné par les diapasons en vente chez les éditeurs de musique.

Ce la a toute une histoire, trop longue pour être rapportée icî; qu'il vous suffise de savoir qu'en vertu d'un décret en date du 16 février 1859, tous nos diapasons doivent donner o,2r un la normal émet- 0 tant 870 vibrations par seconde.

A partir de 7 000 vibrations environ, l'oreille est douloureusement impressionnée, les sons deviennent très aigus, et on ne les emploie plus en musique que chez les sauvages. Si nous dépassons 32 768 vibrations par seconde, l'oreille humaine ordinaire n'entend plus rien, la limite des sons perceptibles estatteinte.

Echelle des vibrations les plus élevées d'après leur longueur d'onde.

La gamme s'étendant au delà, jusqu'à 34 milliards de vibrations, n'affecte aucun sens humain. Nous sommes dans la région des ondes électriques que notre corps ne peut percevoir, mais qui sont sensibles, vers un milliard de vibrations, aux récepteurs des appareils de télégraphie sans fil.

Ce sont les ondes hertziennes, du nom du physicien Hertz qui les a découvertes et mesurées pour la première fois.

De 34 milliards de vibrationsà35trillions s'étend une nouvelle région que la Physique n'a pu explorer : les ondes comprises dans cet intervalle corres-

>a pondent certainement à des phénomènes définis, mais nous en

£ ignorons la nature.

^ Nous approchons ~ maintenant des ondu- Q lationslumineuses,qui • sontvisiblespournotre ^ œil dans un intervalle <;' étroit comprenant de- > puis 450 jusqu'à 1 j5o trillions de vibrations par seconde; elles vont du rouge au violet et embrassent toutes les couleurs de l'arc-en-ciel.

En deçà du rouge, les ondes sont calorifiques, elles ne sont pas perçues par l'oeil, mais par notre sens du toucher. Au moyen de thermomètres très sensibles, les physiciens ont pu explorer la région calorifique sur une grande étendue.

Au delà du violet et à partir de 75o tril-

L ESPRIT ET LA MATIERE

lions de vibrations, les ondes sont décelées par les plaques photographiques, mais notre œil ne les perçoit plus.

Atteignons 4 trillions de vibrations, nous voilà de nouveau plongés dans une série d'ondes inconnues dont la fonction nous échappe. Les rayons X, découverts par Rœntgen, ne commencent qu'à 288 quatrillions de vibrations pour finir vers 2 quintillions de vibrations environ.

Si donc notre rétine, au lieu d'être sensible à des longueurs d'ondes beaucoup plus basses, était adaptée pour cette région des rayons X, les couleurs nous seraient inconnues, et ce que nous verrions de la nature serait un étrange tableau . La forme du corps humain se réduirait au squelette des individus, les forêts seraient transparentes, seule la sève des arbres resterait visible comme des fontaines congelées; nous serions obligés pour nous garantir des regards indiscrets de loger dans de véritables maisons de cristal ou de verre a base de plomb que les rayons X ne traversent pas et, pour nous permettre de voir au dehors, nos vitres seraient en bois!

Et si nos yeux étaient accommodés pour des vibrations encore plus hautes dans cette échelle sans fin, comment nous apparaîtrait le monde extérieur? Nul physicien nepeutledire ni même le soupçonner.

Notre science s'arrête impuissante devant le mystère. C'est lui que nous rencontrons partout et toujours au bout de toutes nos investigations. Il ferme toutes les avenues de la pensée; c'est toujours lui que nous apercevons derrière toutes nos découvertes; comme l'horizon sous les pas du voyageur égaré, les limites de nos connais-

Tube de Crookes servant aux rayons X

sances reculent sans cesse et l'infini nous en sépare toujours. Pauvres savants qui côtoient les mystères dans toutes leurs recherches et qui reprochent à la philosophie et à la religion révélée d'en contenir quelques-uns!

Puisque pour l'instant nous ne pouvons aller plus avant, faisons le bilan de nos connaissances; notre domaine est assez vaste pour que nous puissions nous y mouvoir à l'aise, et ce qu'il nous est permis d'explorer est suffisant pour nous ravir et provoquer notre enthousiaste admiration.

L'étude de la Physique nous a montré que tout, dans l'ordre matériel, se ramène au mouvement. Les régions inconnues rencontrées dans cette gamme ascendante qui s'achemine rapidement des vibrations sonores aux rayons électriques, calorifiques, lumineux, chimiques, pour aboutir finalement aux ondes hertziennes, ces régions inconnues, dis-je, dont nous soupçonnons l'existence, mais dont nous ignorons le rôle, seront peut-être découvertes un jour; c'est le champ ouvert aux explorateurs de l'avenir. Quelles surprises les attendent? Nous ne savons encore, mais, n'en doutons pas, le principe de l'unité des forces physiques ne sera pas altéré, le mouvement sera le terme final de toutes les investigations.

L'intérêt de la Science serait donc d'analyser ce mouvement, principe de tout?

Bon gré mal gré, nous voici ramenés aux questions de métaphysique déjà posées au chapitre V.

Laissons les philosophes chercher une bonne définition du mouvement, et passons outre.

La question qu'il nous reste à traiter est d'une tout autre importance et nous allons voir que le physicien avec son expérimentation ne nous sera d'aucune utilité.

Nous avons vu que les sons de la gamme, par exemple, sont compris dans une certaine échelle de vibrations.

Si notre diapason vibre à moins de 32 oscillations par seconde, nous n'enten-

Vibration enregistrée par un appareil donnant le la normal.

dons rien. Au delà de 33ooo, rien encore. Dans l'intervalle, le son est perceptible.

Or, ce son, qui, en dehors de notre oreille, est un mouvement, comment le percevons-nous?

Prenons le diapason émettant le la normal : 870 vibrations mécaniques sont transmises par seconde à notre tympan; celui-ci les passe aux fins organes de l'oreille moyenne, marteau, enclume, étrier. L'oreille interne commence; l'étrier appuvé sur la fenêtre ovale met en mouvement le liquide du limaçon; les fibres de Corti — ou d'autres ramifications —

entrent en branle, et les nerfs, véritables fils électriques, emportent à la cellule cérébrale cette impression reçue.

Voilà qui va bien. Nous avons fait de l'anatomie, aucune transmission ne nous a échappé. Mais si vous avez suivi les raisonnements précédents, vous avez dû conclure que, des 870 vibrations émises par le diapason, aucune ne s'est perdue en oute. La cellule du cerveau les a toutes reçues.

A l'origine, à la source, ces vibrations étaient du mouvement. En quel état arrivent-elles? Je ne sais trop au juste, mais sûrement à l'arrivée, c'est encore du mouvement, tout comme au départ. Cherchez, retournez le phénomène, analysez-le, la Mécanique vous interdit de trouver dans l'appareil récepteur autre chose que dans l'appareil transmetteur; c'est de l'énergie, dégradée tant qu'il vous plaira, donc du mouvement moléculaire.

Alors, dites-moi, comment se fait-il que ce mouvement se change en son?

Un la au départ, encore une fois, c'est une série de mouvements, c'est un son extérieur, ou plutôt c'est la cause du son; mais un la à l'arrivée, c'est autre chose; vous ne le percevez pas comme un phénomène mécanique. La preuve, c'est que vous avez eu recours à d'ingénieuses expériences pour analyser sa cause en dehors de vous et l'effet produit ne lui ressemble plus. Vous n'entendez pas les vibrations, mais une note de musique, le la normal. Doublez les vibrations, vous ne doublez pas le la que vous entendez, car le la que vous entendez c'est le la de l'octave suivante; un la doublé, triplé, ou réduit de moitié, un demi-/a n'aurait aucun sens pour vous. Et les différents la perçus, entendus, ne ressemblent en rien aux causes extérieures qui les ont fait naître. Il y a donc en vous des phénomènes qui ne sont pas réductibles aux phénomènes matériels, aux phénomènes mécaniques. Que ceux-ci les provoquent, soit; mais les uns et

l'esprit et la matière

les autres ne peuvent être confondus; ils sont de nature différente. Dans cet ordre d'idées, la Physique n'explique plus rien, et vous êtes obligés d'avouer que ce qui entend, ce n'est pas la cellule ni le cerveau, inais quelque chose qui sent lorsque la cellule est ébranlée, et ce quelque chose qui sent ne peut être matériel ni étendu encore une fois; car ce n'est pas résoudre le problème que de reculer indéfiniment le terme où, quoi que nous fassions, nous serons forcés d'aboutir.

Faites la même constatation pour la lumière, et vous vous rendrez compte que la sensation du rouge, ce n'est pas un nombre de vibrations déterminé.

En augmentant sans cesse le nombre de vibrations, vous ressentirez successivement de l'orangé, du jaune, du vert, de l'indigo et du violet; sensations très différentes et irréductibles les unes aux autres.

Il en est de même pour toutes les sensations. Le phénomène interne ne ressemble donc en rien à sa cause. L'ébranlement de la cellule est la condition de la sensation, il ne l'explique pas; il ne pénètre pas le secret de cette chose nouvelle et différente que vous constatez sans le secours d'aucune expérience.

En un mot, quand vous sentez, vous ne confondez pas le sujet qui sent, et qui n'est autre que vous, avec votre oreille, avec votre œil, avec vos cellules cérébrales; il y a en votre être quelque chose de plus que le corps, c'est ce qui sent, et cette substance qui sent et qui fait partie de votre moi, nommez-la comme vous voudrez ; moi je l'appelle ame. et le mot ne fait rien à la chose.

Aux temps de Platon, d'Aristote, de saint Thomas, de Leibnitz, les philosophes étaient aussi bien outillés qu'aujourd'hui pour résoudre ce problème; les savants actuels discuteront pour savoir si. dans le limaçon de l'oreille, l'onde acoustique est transmise par tel ou tel organe; mais nous savons que le mécanisme imdorte peu. Il aboutirait fatalement à être

perçu par quelque substance immatérielle, inétendue. Ce principe qui sent est un cauchemar pour le matérialiste ; c'est aussi la bête noire des évolutionistes, pour lesquels la matière et les forces physicochimiques devraient suffire à tout expliquer.

Une cellule végétale qui naît par hasard d'une combinaison de différents éléments ; des éléments qui, par des forces inconnues mais toujours moléculaires, en arrivent à trouver un « truc » différant du voisin pour s'agencer de façon à se reproduire, à se transformer, à donner toute la série qui sépare le microbe — simple cellule végétale — du grand cèdre, c'est un peu dur ; mais, à la grande rigueur, admettons-le pour un instant. Si la vie a été végétale d'abord, nous savons que peu après elle a fait un pas de plus, qu'elle est devenue animale; c'est-à-dire que des êtres sont nés qui ont eu des sensations, qui ont vu, qui ont entendu, qui ont éprouvé de la douleur. Quel est celui qui a commencé? Je l'ignore; mais je sais qu'il y a eu un premier animal qui a senti. Etait-il formé d'une cellule unique ou composé d'un agrégat de cellules ? Peu importe 1

Simplifions le problème et prenons une cellule unique : Pourquoi cette cellule, dérivée, d'après l'évolutionisme, du règne végétal, s'est-elle mise un beau jour à sentir? Elle y est arrivée peu à peu; elle a traversé, dit-on. tous les degrés, depuis l'inconscience jusqu'à la conscience (i).

Lorsqu'un savant me raconte de pareilles balivernes, je lui ris au nez. Il se moque de la pensée, il prend des mots pour des réalités. Inconscience veut dire négation delà conscience. Passer insensiblement de la non conscience à la conscience reviendrait à imaginer qu'on peut arriver petit à petit du néant à l'existence. Cela est-il possible? Oui ou non, tout est là!

(i) Le mot conscience ici, comme dans la suite de ce chapitre, est pris dans un sens très défini, il est synonyme de « fait de sentir », d' « état de sentir ».

On réplique en disant que la conscience appartient à la matière et qu'elle se développe peu à peu dans une évolution lente, mais continue. A tout prendre, j'aimerais mieux cela, mais, hélas! la difficulté, pour être reculée, n'en subsiste pas moins, car on est fatalement conduit à une autre impasse dont on ne sort plus.

La matière étant divisible et actuellement divisée en atomes — même en corpuscules, — on est forcément obligé de doter chacun d'eux d'une conscience.

Une cellule aura donc autant de consciences que d'atomes ou de corpuscules.

Imaginez-vous un ensemble de petites consciences formant une grande conscience? J'ai beau essayer de concevoir ce phénomène, non seulement sa signification m'échappe, mais je ne puis l'imaginer; au nom de l'évidence, ma raison se cabre,

Une conscience ne peut sentir pour autrui; une conscience qui centralise d'autres consciences élémentaires, cela ne veut plus rien dire!

Laissons les monistes déguiser leur ignorance sous une avalanche de mots, habiller des outres gonflées de vent avec des étoffes aux couleurs criardes; laissonsles se débattre dans un bourbier fangeux où ils s'enfoncent tous les jours.

La Science, encore une fois, ne consiste pas dans une série d'escamotages. Pour tout esprit sain, un principe qui sent est forcément immatériel, donc inétendu; il exige une création spéciale, il ne saurait passer du néant à l'existence sans le secours de Celui par qui tout a été fait.

A côté de phénomènes communs à l'animal et à l'homme, prennent place chez nous d'autres faits irréductibles à la sensation. Tels sont les actes d'intelligence et de volonté. Les premiers seuls vont retenir pour l'instant notre attention.

On dit et on répète sur tous les tons que l'animal est un être intelligent, c'est une grave erreur : on détourne le mot intelligent de son sens propre. L'animal

sent comme nous ; peut, comme nous, associer des sensations par le même mécanisme cérébral, être capable de mémoire.

Tous ces phénomènes s'expliquent sans l'intervention d'une faculté supérieure à la sensation. Les actes qui, chez lui, nous paraissent les plus complexes peuvent toujours s'expliquer par une série de sensations consécutives et liées par une association organique. Ce n'est pas le lieu de développer cette pensée, mais nous insistons sur ce fait que l'animal est incapable d'apercevoir les rapports entre les choses et incapable de dégager ce rapport des sensations perçues. Voici, par exemple, deux étendues égales , deux triangles ; l'animal les voit comme moi ; ces deux triangles éveillent chez lui, comme chez moi, deux sensations de couleur, par exemple.

Mais tandis que l'animal n'ira pas plus loin, l'homme est capable d'une autre opération ; il juge de la ressemblance de ces deux triangles; non seulement dans son esprit existent deux représentations égales de triangles, mais à cela s'ajoute autre chose : la ressemblance qu'il constate.

— Sensation, direz-vous.

— Point du tout. Deux triangles, deux figures peuvent être représentées, imaginées, dessinées, puisqu'il s'agit d'espace ; dessine^ donc une ressemblance ou une différence?

Le rouge et le violet vous procurent deux sensations diverses ; si vous vous rendez compte de la différence, si vous la formulez nettement dans votre conscience, vous ajoutez autre chose, vous portez un jugement, vous émettez une idée : votre esprit est donc capable d'autre chose que de sensation.

Il ne faut donc pas confondre ces deux faits irréductibles dont l'un, la sensation, est acte purement passif, tandis que le jugement, essentiellement actif, témoigne d'un sujet totalement différent de l'animal.

Alors que les sensations, le souvenir, les actes de mémoire ne se peuvent imaginer sans travail cérébral, sans une action

L ESPRIT ET LA MATIERE

organique, sans dépense d'énergie, il n'a jamais été prouvé que la perception des rapports entre les choses, nos jugements, la pensée en un mot, dans son action centrale, nécessairement simple, en dépende en aucune façon . « En ce for intérieur, a-t-on dit avec raison, il n'y a plus rien de la matière du corps, de l'organisme, plus rien de tout ce qui est étendue et multitude. C'est sans cet organe qu'on pense, disait Aristote; cette haute proposition est demeurée inébranlable et vraisemblablement pour qui saura l'entendre ne sera jamais ébranlée. »

On comprendra mieux maintenant pourquoi la philosophie spiritualiste n'admettra jamais la théorie transformiste appliquée au tout de l'homme.

De même que le monisme ne sait comment passer du néant à l'être, de l'inconscience à la conscience, du monde inorganique au monde sensible, de même la doctrine de l'évolution est radicalement impuissante à expliquer le passage de l'animal qui sent à l'homme qui pense.

L'âme de l'homme n'a aucun rapport de filiation, de parenté, avec le principe qui sent chez l'animal.

La raison humaine arrivée à ces sommets comprend alors toute la profondeur de cette pensée qui termine, dans la Genèse, l'œuvre des six jours :

Puis Dieu dit : « Faisons l'homme à notre image selon notre ressemblance.»

Et c'est là aussi qu'aboutit la Science humaine.

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