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Surface du Soleil vue avec fort grossissement pour montrer les nuages incandescents-
HISTOIRE DU SOLEIL
Type de tache solaire régulière de 40 000 km. de diamètre.
pu contempler de visibles à l'œil nu. Si vous avez suivi ces points noirs à la surface de l'astre, vous avez pu vous rendre compte de la rotation du globe solaire, qui tourne comme la Terre, c'est-à-dire dans le même sens qu'elle, de l'Ouest à l'Est; mais il lui faut 25 jours au lieu de 24 heures pour faire un tour sur luimême.
Pensez donc, il est si gros, comparé à notre minuscule planète ! Si nous représentions la Terre par un grain de blé il faudrait un sac de i3 déca-
Grandeur du Soleil comparée à celle de la Terre.
d'où vfnons-nous?
Grande tache solaire du 2 février igo5 comparée à fa Terre.
litres de cette substance pour figurer le Soleil!
Des taches solaires aussi grosses que la
Terre n'occupent donc pas une grande superficie par rapport à l'ensemble du Soleil.
Voici le dessin de la tache du 2 février 1905, la plus grande que l'homme ait jamais contemplée. Je l'ai signalée pour la première fois, à la fin du mois de janvier, et, quelques jours après, la rotation du Soleil l'amenait en face de nos instruments. Les mesures prises à mon Observatoire de Bourges ont donné, pour sa plus grande dimension, le chiffre fantastique de 180000 kilomètres; le 2 février, elle recouvrait une surface de i3 milliards de kilomètres carrés!
Sur le coin du dessin, à gauche, voyez cette circonférence : c'est la Terre que j'ai dessinée à la même échelle; comme elle nous paraît minuscule!
Détails de la grande tache du 2 février igo5.
Une formation aussi considérable se voit rarement, mais j'ai souvent mesuré des taches beaucoup plus grandes que la Terre.
Presque tous les jours, nous pouvons enregistrer, par l'observation visuelle ou la photographie, ces accidents de l'atmosphère solaire, c'est-à-dire des phéno-
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mènes changeants et de faible durée, en général.
On cite une seuie tache qui soit restée visible pendant 200 jours. Une tache qui dure 75 jours est déjà rare.
Autour du Soleil et enveloppant la photosphère, s'étale une couche rosée formée de vapeurs métalliques à haute température et dans lesquelles domine l'hydrogène. Cette couche est peu épaisse et ne dépasse guère i5 000 kilomètres en hauteur; on la voit à l'oeil nu pendant les éclipses totales, mais depuis une trentaine d'années, les astronomes ont trouvé le moyen de l'étudier chaque jour à l'aide de méthodes très ingénieuses.
C'est alors que l'observation régulière de cette enveloppe, qui a nom chromosphère, c'est-à-dire sphère de couleur, nous a révélé toute une série de phénomènes aussi intéressants que ceux de la photosphère.
A l'état normal, cette couche rosée ressemble à un immense champ de blé, dont les épis sont courbés sous la force de vents violents. Des filets écarlates figurent les tiges, mais ce n'est qu'une comparaison, car, en réalité, ces filets lumineux possèdent la dimension du diamètre terrestre. Tout à coup, de cette région rose, s'élancent des flammes gigantesques, atteignant des hauteurs extraordinaires : ce sont les protubérances solaires.
Tantôt leurs panaches se recourbenteomme la fumée s'échappant de nos grandes cheminées d'usine; tantôt, au contraire, ces flammes s'élancent droites, semblables à des jets de vapeurs. En quelques minutes, certaines protubérances atteignent des centaines de kilomètres de hauteur.
Voyez celle-ci qui, en l'espace d'un quart d'heure, est montée de 260 000 à 452 000 kilomètres.
Ces manifestations constituent
Type de protubérance solaire.
Protubérance solaire de 260 000 kilomètres de hauteur. /En haut, la Terre à la même échelle.)
un magnifique spectacle toujours changeant et toujours nouveau. Heureusement que. là encore, la photographie vient à notre secours pour fixer ces apparences fugitives et sans cesse renouvelées.
Certains astronomes les décrivent comme des éruptions gigantesques, et l'assimilation ne manque ni de grandeur, ni de charme, ni de poésie.
J'inclinerais plutôt à croire que nous sommes en présence d'orages formidables en action sur le Soleil.
Quoi qu'il en soit des théories que nous ne saurions aborder ici, nous pouvons affirmer que les protubérances sont certainement accompagnées de phénomènes électriques dont nos minuscules orages terrestres, malgré leur violence, ne peuvent nous donner la moindre idée.
La même protubérance atteignant 18 minutes après, une hauteur de 4S2 000 kilomètres.
Voyez cette protubérance de 452 000 kilomètres de hauteur, 34 fois le diamètre terrestre. La pellicule atmosphérique dans laquelle nous vivons « ne ferait pas long feu » au sein d'une telle fournaise, et, en quelques secondes, toute l'eau de la Terre^ toutes ses forêts, tous ses habitants, nos villes, nos moissons, nos jardins, tout cela serait absorbé, rôti, brûlé, réduit à l'état de gaz impalpable.
La Terre, elle-même, au contact de ce formidable brasier, subirait le même sort, sans que la chaleur du Soleil fût sensiblement augmentée par cette infime combustion.
Comme les taches, les protubérances solaires ont des recrudescences, et, fait digne d'être noté, la loi de périodicité est la même pour les deux phénomènes. Mais alors que l'état de la photosphère agit
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Grande tache solaire du 14 octobre 1 go3 ayant amené des perturbations magnétiques.
directement sur l'émission calorifique et modifie nos températures, la chromosphère, par l'intermédiaire de ses manifestations électriques, semble une source d'électricité toujours en action pour modifier l'atmosphère terrestre.
Aux époques des grandes protubérances,
nos aiguilles aimantées, qui se dirigent vers le Nord, nous renseignent sur les émissions d'ondes électriques émanées du Soleil; c'est notre récepteur, aussi sensible que les tubes à limaille de nos appareils de télégraphie sans fil.
Les déviations anormales de la boussole sont connues depuis longtemps; mais il a fallu toute la précision de nos instruments enregistreurs pour montrer, dans ce domaine particulier de la Physique, pour mettre en évidence la part qui revient au Soleil dans ces manifestations mystérieuses.
Les fluctuations du magnétisme solaire se traduisent toujours par des agitations de nos liaigules aimantées qui, au passage des grandes taches et à l'apparition des fortes protubérances solaires, deviennent véritablement affolées.
En même temps, l'état électrique de
Aurore polaire atistralejdu^lseptembre r8g8.
notre atmosphère se modifie, des aurores boréales ou australes s'allument soudain et illuminent les pôles de la Terre. Des courants sillonnent nos lignes télégraphiques et interrompent les communications et, chose inouïe, que j'ai*démontrée en 1902, l'électricité solaire secoue 1 ecorce terrestre et agit sur la fréquence des tremblements de terre et des éruptions.
Ne sortons pas cependant de notre sujet, ces phénomènes nous entraîneraient trop
La couronne du Soleil pendant l'éc (Phase solaire de plus grande
loin. Quelques faits réclament encore notre attention : ce sont ceux relatifs à la troisième enveloppe du Soleil, la coai'onne.
Au delà de la chromosphère s'étend toute une région où les gaz se raréfient et passent à l'état de la matière dans les tubes de Crookes.
Leur distribution autourdu Soleil donne lieu à d'importantes remarques.
Pendant les périodes de grande activité solaire, la couronne envahit toutes les régions du Soleil, mais elle s'élance plus particulièrement vers les latitudes polaires. A mesure que l'activité diminue, les rayons s'inclinent vers l'équateur, et, aux époques de minimum, la couronne offre deux
extensions diamétralement opposées, très brillantes, comme pendant l'éclipsé du 28 mai 1900, que j'ai étudiée en Espagne. Si nous pouvions trouver le moyen d'observer ces phénomènes en dehors des éclipses, nous aurions probablement la clef des mystères et des lois qui régissent l'activité solaire. Le jour où ces lois seront découvertes, nous aurons fait un grand pas dans la science encore empirique de la Météorologie.
Ne nous décourageons pas; c'est à peine si nous commençons à épeler les premières pages du livre qui renferme la science du Soleil, et l'avenir, à ce sujet, nous réserve plus d'une surprise et plus d'une découverte.
Ces faits nous aideront à comprendre maintenant ce qui se passe dans le Soleil.
Dans l'intérieur de l'astre, toutes 1 ejs substances sont gazéifiées par la température formidable de cette fournaise, mais l'extérieur se refroidit sans cesse. A la surface, les gaz peuvent donc se combiner entre eux et donner lieu à des phénomènes chimiques ou calorifiques. Mais il y a plus : avez-vous remarqué la couleur bleue et peu éclairante des flammes de nos fourneaux de cuisine qu'un appel d'air rend extrêmement chaudes? Que faut-il pour les rendre lumineuses? Simplement abaisser leur température en supprimant l'appel d'air. Essayez cette simple expérience et vous verrez succéder au jet sombre et bleu, une flamme jaune assez éclairante.
lipse de i883
actii'ité.)
L'éclipsé de soleil de igou. observée à Elche (Espagne). (Composition de J. Maquaire, d'après un dessin de L'abbé Mori ux.
Ce résultat est dû simplement à ce fait que les fines particules de carbone ou autres substances en suspension dans la flamme sont incomplètement brûlées, lachaleur ne les porte qu'à l'incandescence. De même, dans le Soleil, les matières qui se sont refroidies au contact des régions élevées, avant de se replonger dans la masse interne brillent un instant, fournissent une radiation intense, puis disparaissent dans la couche sous-jacente pour être vaporisées à nouveau.
Il v a là un phénomène qui se renouvelle constamment depuis des millions d'années et qui se produira longtemps encore, tanr que le froid de l'espace n'aura pas liquéfié jet océan de feu.
Et aussi longtemps que les mêmes gaz brûleront à la surface solaire, la radiation demeurera constante et l'émission calorifique restera à peu près la même.
Seule, la condensation du Soleil, constamment changeante, peut amener quelques différences, peu sensibles, d'une façon générale. J'ai montré, en effet, à plusieurs reprises, que la forme de la couronne est liée à l'émission calorifique du Soleil.
Non seulement la contraction du noyau incandescent, et que nous voyons à l'œil nu, répare en partie les pertes de chaleur subies au cours des siècles, mais dans les régions extérieures au Soleil qui forment la couronne solaire et qui s'étendent jus-
qu'à la planète Mercure, très certainement, nous trouvons sous forme d'anneaux les restes de la nébuleuse primitive. Les matériaux qui les composent tombent peu à peu sur le Soleil. Le mécanisme de cette condensation est trop compliqué pour trouver place dans cet ouvrage; il suffira au lecteur de savoir que ces particules précipitées sur le Soleil donnent lieu à des courants qui augmentent ou diminuent la pression dans l'atmosphère mouvante de l'astre.
Un excès de pression amènera l'écartement du nuage de la photosphère et produira une tache; une diminution de pression, au contraire, favorisera la radiation et le phénomène des protubérances.
En résumé, notre Soleil a emmagasiné son immense provision de chaleur grâce au phénomène de condensation de la nébuleuse primitive : ce sont les molécules qu'elle contenait qui ont peu à peu changé leur mouvement de translation en mouvement vibratoire, créant ainsi un foyer calorifique d'une immense durée.
Mais, chaque jour, la masse se refroidit, et nous avons vu, affirmation paradoxale au premier abord, que c'est grâce à ce refroidissement superficiel que le Soleil nous éclaire, nous échauffe, et c'est en mourant chaque jour, pour ainsi dire, qu'il donne à la Terre une parcelle de vie.
Type de couronne de minimum [éclipse de igoo).