‹ D'une méthode de régularisation de la variation de valeur de la monnaieChapitre 6 sur 6 · VIII. Bois à brider: 19. Hêtre, 20. Sapin · texte numérisé non relu

VIII. Bois à brider: 19. Hêtre, 20. Sapin

Nos deux catégories I. Céréales et pain et VI. Pommes de terre ne sont que l’équivalent de la catégorie IX. Céréales de Jevons ; nos deux catégories IL Viande et III. Beurre ne sont que l’équivalent de sa catégorie XI. Viande et beurre ; notre catégorie VIL Foin et paille est l’équivalent de sa catégorie

X. Foin, trèfle et paille; notre catégorie VIII. Bois à brûler peut suppléer sa catégorie V. Bois de construction. Nous avons en plus que lui le Saindoux, le Lard et les Œufs; mais nous avons en moins l’Argent, les Métaux, les Huiles, les Cuirs et peaux, les Matières tinctoriales, le Coton, les Textiles et les Denrées coloniales. Il nous faudrait encore de 20 à 30 marchandises empruntées à ces catégories. — Je saisis cette occasion pour supplier les Bureaux de statistique d’organiser enfin, à côté de la statistique de la population et des autres statistiques qu’ils poussent si loin, la statistique économique, c’est-à-dire la statistique des prix et, autant que possible , des quantités de marchandises correspondant à ces prix. Ces éléments nous sont indispensables pour tenter l’économie politique pratique rationnelle.

Nos marchandises principales étant des substances alimentaires et constituant non des produits industriels, mais des produits agricoles sur la quantité et le prix desquels l’influence des bonnes ou mauvaises récoltes est très grande , il est facile de prévoir que, dans nos résultats, l’action des phénomènes sociaux communs à toutes les marchandises, doit être cachée et dissimulée presque entièrement par l’action des phénomènes naturels propres à chacune d’elles. C’est, en effet, ce qui arrive.

Et d’abord, le phénomène social de la marée n’y apparaît pas. Sans doute, il ne faut pas attacher à la théorie de la marée économique une importance ni surtout lui attribuer une rigueur exagérée. Cette marée se fait évidemment sentir beaucoup plus fort sur certains points que sur certains autres. Les crises qui marquent le moment du reflux sont plus ou moins générales ; peut-être n’arrivent-elles pas bien exactement tous les dix ans , non plus que les marées hautes ou basses. Mais le fait d’une succession et d’une alternance de périodes d’activité et de périodes de stagnation industrielle et commerciale est un fait incontestable. Chez Jevons, la courbe du taux de l’escompte à la Banque d’Angleterre accuse deux périodes d’activité ou de marée haute, en 1847 et en 1857, et deux périodes de stagnation ou de marée basse, en 1849-1852 et en 1862. Sa courbe générale de variation des prix s’élève et s’abaisse exactement aux mêmes époques; et le mouvement d’élévation et d’abaissement de la courbe générale se retrouve plus ou moins dans toutes les courbes particulières qui sont des courbes de variation de prix par groupes de marchandises. Chez nous , les deux courbes du taux de l’escompte à la Banque cantonale de Berne et à la Ban-

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que cle France accusent deux périodes d’activité ou de marée haute, en 1871-1873 et en 1882, et une période de stagnation ou de marée basse, en 1878. Mais aucun mouvement correspondant d’élévation et d’abaissement ne s’aperçoit ni dans les courbes particulières qui sont des courbes de variation de prix par marchandises, ni dans la courbe générale. Cette courbe générale s’élève sensiblement en 1876 et 1877; mais ce mouvement est dû à ce qu’à cette époque, et surtout en 1877, probablement par suite de mauvaises récoltes, tous les prix sont élevés, notamment ceux de l’orge et du seigle, de la viande, du saindoux , du lard et des pommes de terre.

Cela dit, il est pourtant impossible de n’être pas frappé de la décroissance de notre courbe générale de variation de prix dujant la période 1879-1884, et cela d’autant plus que ce mouvement décroissant de la courbe générale se retrouve, à travers les alternatives de hausse et de baisse, dans presque toutes les courbes particulières, à l’exception de celles de la viande qui offrent au contraire un mouvement croissant. Nous pouvons donc être tentés de croire que nous avons affaire ici à un phénomène social et non plus naturel. En tout cas, nous trouvons dans le cas présent

c’est-à-dire que nous constatons une diminution moyenne de 1 à 0.9327, ou de 6.73 °/0 , des prix des marchandises en or de la période 1871-78 à la période 1879-84.

D’où vient cette baisse générale des prix ? Et quel remède y doit-on apporter ? Selon les bimétallistes, elle vient exclusivement de la raréfaction de la monnaie, et, pour y remédier, il faut reprendre la frappe illimitée des écus d’argent. Au dire des monométallistes, la baisse vient des progrès de l’agriculture et de l’industrie, du développement des voies et moyens de transport, de l’ouverture du canal de Suez, etc., etc., et il n’y a pas lieu d’y remédier par aucune mesure monétaire. On trouvera de remarquables expositions de cette double thèse dans les deux essais suivants : l’article intitulé : La crise et la contraction monétaire, publié par M. de Laveleye sous la rubrique Correspondance dans le numéro de mars 1885 du Journal des Economistes, et la brochure récente de M. Nasse : Wcehrungsfrage in Deutschland.

Plus j’y réfléchis, moins je suis tenté, quant à moi, de m’associer sans réserve à l’un ou à l’autre cle ces deux points de vue. Je crois certainement, avec les monométallistes, que la baisse générale des prix n’a pas pour seule cause la raréfaction de la monnaie, et que le progrès agricole, industriel et commercial y entre pour une bonne part. Mais ces Messieurs m’accorderont cependant qu’il est bien fâcheux que ce progrès ne se soit pas étendu jusqu’à la marchandise monnaie; car nous aurions trouvé à cela deux avantages : celui de satisfaire plus complètement nos besoins de cette marchandise et celui d’éviter la baisse générale des prix en monnaie des autres marchandises qui s’est produite au grand détriment des entrepreneurs. Et qui sait, pourraient demander les bimétallistes , si ce n’est pas précisément l’action du législateur qui a empêché cette extension du progrès économique à la marchandise monnaie? Quoi qu’il en soit, dirai-je pour ce qui me concerne, nous avons un moyen de nous procurer artificiellement cette diminution de la rareté et de la valeur de l’or qui n’a pas eu lieu naturellement : ce n’est pas de reprendre la frappe illimitée des écus d’argent , ce qui serait vraisemblablement substituer la hausse à la baisse et tomber de Charybde en Scylla ; mais c’est de remettre dans la circulation la quantité de ces écus d’argent strictement nécessaire et suffisante pour faire remonter les prix à leur niveau.

Cette quantité d’écus d’argent à remettre dans la circulation serait donnée par la formule

Dans cette formule

est la diminution

il ü

moyenne des prix des marchandises en monnaie ; il est égal à 0.9327. Q' est la quantité totale de monnaie métallique et fiduciaire actuellement en circulation dans l’Union latine ; il est égal à 10 milliards. Je tire ce chiffre de la manière suivante des renseignements contenus dans la publication de M. A. de Malarce : — Monnaies, poids et mesures des divers Etats du monde et qui se rapportent, à ce qu’il semble, à 1882 :

ALFRED SIMON ET LÉON WALRAS

Métal.

Billets.

Encaisse.

France. . .

1 800 millions.

Belgique . .

Suisse . . .

Italie . . .

Grèce . . .

2 070 millions.

Il y aurait lieu de le mettre et de le maintenir au courant , ce qu’il serait possible de faire d’une façon très suffisamment approximative. On aurait donc , dans le cas présent :

Ainsi, supposons pour un instant que les deux périodes comparées , au lieu d’être écourtées comme elles le sont l’une et l’autre, fussent bien évidemment de la durée d’une marée économique ; que les marchandises considérées , au lieu d’être en nombre très insuffisant et de nature très spéciale , fussent assez nombreuses et assez variées ; que le calcul , au lieu de s’appliquer au marché de Berne, eût été étendu à toute l’Union latine, il résulterait de ce calcul qu’il faudrait ajouter à la quantité totale de monnaie actuellement en circulation dans l’Union latine une somme de 720 millions d’écus d’argent à répartir entre les divers Etats de l’Union proportionnellement pour chacun d’eux à sa quote-part des 10 milliards de monnaie. Cette somme est très forte à cause de la crise que l’on a en quelque sorte provoquée en suspendant complètement, au lieu de se borner à la limiter, la frappe des écus d’argent au moment même où la production de l’or se ralentissait tandis que de nouveaux besoins se faisaient sentir. Il est vraisemblable qu’en temps normal la quantité de billon régulateur à remettre dans la circulation ou à en retirer serait beaucoup plus faible.

Mais je ne veux pas avoir l’air de fonder, même par hypothèse, une conclusion précise sur des données évidemment trop limitées et trop incertaines. Bien loin de là : je ne me serais même pas permis de communiquer à la Société vaudoise des sciences naturelles notre travail , à M. Simon et à moi , sans un motif tout

spécial. Mon intention est, je l’ai dit, de m’adresser, dans les Etats de l’Union latine, à quelques économistes et statisticiens éclairés et expérimentés en les priant de m’aider à compléter un ensemble d’observations suffisantes et décisives; et, pour cela, je dois leur fournir , avec l’exposition théorique de la méthode de Jevons , un modèle pratique de l’application de cette méthode. L’ouvrage de Jevons : — Investigations in Currency and Finance , — n’a pas été traduit en français et ne le sera peut-être pas d’ici à un certain temps. Mon dernier mémoire et celui-ci tiendront lieu jusqu’à un certain point d’une traduction; et c’est pourquoi je réclame en leur faveur l’hospitalité du Bulletin. Je n’en engage pas moins, et bien vivement, ceux qui voudront approfondir la question à lire , s’ils le peuvent , avec le plus grand soin cet ouvrage de Jevons. Ils trouveront dans l’Introduction de l’Editeur l’indication de nombreux travaux consacrés à la méthode de Jevons par MM. Gift'en, Ellis, Patterson, Goschen, Gibbs, J.-B. Martin, Cork, Sidgwick, Chevassus et Edgeworth. Il ne m’a pas été possible de prendre encore connaissance de tous ces travaux ; mais , comme j’ai tout lieu d’être certain qu’aucun de leurs auteurs n’était en possession du principe de la proportionnalité des valeurs aux raretés sur lequel est fondée toute ma critique, je n’ai pas cru devoir attendre plus longtemps pour la faire et pour la publier.

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Bull. Soc.Vaud. Sc. Nat -Vol. XXL- PI II

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