‹ Dahomey et dépendancesChapitre 105 sur 133 · MATIÈRE MÉDICALE DU DAHOMEY · texte numérisé non relu

MATIÈRE MÉDICALE DU DAHOMEY

La matière médicale du Dahomey est un terrain d’étude encore inexploré, si l’on fait exception, du moins, de la noix de kola et du strophantus.

A l'occasion de l’Exposition universelle de 1900, la colonie a envoyé en France, pour figurer dans sa section, des échantillons de plantes médicinales employées par les indigènes. Ces plantes, ou plutôt ces parties de plantes, telles qu’elles se sont présentées il l’examen, offraient pour celui-ci une double difficulté. La plupart, enfermées dans des bocaux avant parfaite dessiccation, sont arrivées dans un état d’altération plus ou moins avancé, depuis la légère moisissure, uniquement sensible à l’odorat, jusqu’il la décomposition presque complète ; d’autre part, les échantillons ne comprenant qu’une portion delà plante et manquà'nt presque tous de l’organe principal, la fleur, la détermination botanique en était malaisée.

Les noms mêmes donnés au.x produits par les nègres et appartenant à l’un des deux dialectes Nagos ou Djedje sont

1. Introduction & V^tude de /a Matière médicale indigène du Daho^ fney^ par Gabriel Linas, pharmacien de classe, ex-interne des hôpitaux, cliimislc-cxpcrl honoraire de U Préfecture de police, Président de la Société des Sciences naturelles cl médicales de Scinc-ct-Oise.

LE DAHOSIEY .

des désignations essentiellement locales et ne sont d’aucun secours pour ridentitication de ces produits.

Il est possible, toutefois, h l’aide des quelques caractères relevés, de se faire une idée générale sur les principales catégories de végétaux qui fournissent actuellement au Dahomey son arsenal thérapeutique. Tous sont tributaires du grand embranchement des phanérogames dicotylédones.

Les familles botaniques auxquelles ils se rattachent vraisemblablement sont celles des Aristolochiées, des Apocynées, des Anonacées, des Cucurbitacées, des Convolvulacées, des Composées, des Euphorbiacées, des Légumineuses, des Malvacées, des Myrtacées, des Personnées et des Rubiacées.

Les Euphorbiacées et les Rubiacées tiennent le premier rang au point de vue du nombre des produits qu’elles comprennent, puis viennent les Apocynées, les Composées, les Malvacées et les Personnées, enfin les autres familles citées,

I.a famille des Euphorbiacées fournit essentiellement des plantes à action purgative; cette action est la même que nous retrouvons dans les produits de la môme famille employés dans la thérapeutique européenne, tels que l’euphorbe, l’épurge, le ricin, le croton, la mercuriale.

DJesaaman (Nagos). — Larges feuille.s, employées en décoction prolongée comme purgatif hépatique dans les congestions du foie et les accès bilieux.

Egniolobe (Nagos), Ilinraine (Djedje). — Plante entière, herbacée, feuilles petites et lancéolées, fruits tricoques extérieurement, mais divisés intérieurement en six loges. Cette plante parait être un Phyllanlhus de la section Niruri. Employée en décoction additionnée de sel marin, comme purgatif violent.

^I^ODCCTIO^■S DC OAIIOSIET

Umcivy-Jayé (Nagos). — Plante herbacée du genre Phyllanthus. S’emploie en décoction, it la dose de 150 grammes, comme purgatif.

Les Rubiacécs fournissent h la matière médicale du Dahomey un tonique (comme elles fournissent & la notre le quinquina et deux cathartiques).

Adjerara (Nagos). — Plante herbacée, îi tige flstulcusc et

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larges feuilles; cmploj-ce en déeoclion, à la dose de 400 grammes, eomme reconstituant et tonique.

Dcmariago (Nagos). — Feuilles larges, oldongues, que l’on fait infuser à la dose de 100 U 200 grammes pour administrer comme purgatif aux petits enfants.

Orono (Nagos). — Frondaisons employées en décoction, comme purgatif hépatique dans l’ictére.

Avec les Apocynées on aborde un produit importé comme médicament en Europe depuis une quinzaine d’années et étudié notamment par MM. Catillon, Arnaud, Blondel, Gley, Fraser, Huchard, etc. Cette plante est le strophantus.

Slrophantua (Fig. p. 415). — Poison cardiaque violent, avec lequel les naturels préparent le « Kombe », dont ils enduisent leurs licches et leurs lances. La victime percée par une de ces armes empoisonnées tombe foudroyée avant d’avoir pu fuir à plus de cent mètres.

Le Strophantus est une plante grimpante, ligneuse, dont la tige, de diamètre variant de 5 h 15 centimètres, décrit à la surface du sol des spires rappelant celles des ophidiens. Il fleurit en octobre et novembre. Ses fruits sont des follicules en forme de fuseau, de 20 U 50 centimètres de longueur, implantés deux & deux, k l’opposé l’un de l’autre et perpendiculairement à l’axe de la tige : ils mûrissent au mois de septembre ; ils contiennent de nombreuses graines velues ou glabres selon l'espèce, surmontées d'une aigrette longue et soyeuse, permettant auvent de tran.sporter la graine en divers endroits, où elle s’ensemence.

11 existe plus de trente espèces du genre Strophantus. Les plus connues sont ; le S. Ilispidus, qui croît en Guinée et au Sénégal, et à laquelle paraît se rattacher celle du Dahomey ; le S. Kombe, plus commun dans l’Afrique centrale et considéré actuellement en France comme l’espèce oflicinale ; le S. Glabre, répandu au Gabon.

PRODL'CTIONS DC DAIIOMET

Ce sont les graines du Stroplianlus ({ui sont employées en thérapeutique sous forme de teinture alcoolique au 1/5', à la dose de 10 à 15 gouttes par jour, ou de granules h 1 milligramme d’extrait hydroalcoolique (1 à 4), comme succédané de la digitale, dont elles possèdent h un plus haut degré, en meme tenqis que les propriétés diurétiques, l'action tonique et régulatrice sur le cœur.

Ces graines contiennent un glucosidc amer, extrêmement actif, la strophantine, isolé pour la première fois du S. Kombe par M. Catillon, à l’éUit d'aiguilles cristallines, dextrogyres.

La graine de S. Glabre contient plus de strophantine que la précédente et cette strophantine cristallise en tablettes rectangulaires, lévogyres.

La strophantine s'administre en granules ou en injections hypodermiques, h la dose de 1/10' à un 1/2 milligramme.

L’aigrette de la graine contient également un glueoside, actif sur le cœur, l'inéine, découverte par MM. Hardy et N. Gallois.

Les Dahoméens emploient comme contre-poisondu Strophantus une sorte de poudre grossière, d’apparence terreuse, présentant des débris végétaux, dont la composition est leur secret et qu’ils conservent enfermée dans le péricarpe d'un fruit de baobab.

En pharmacologie, on ne connaît pas encore d’antidote du Strophantus; d’après Lascellcs-Scott, l’adansonine (de l’Adansonia digitata) posséderait cette vertu.

Attan-Atlou (Nagos). — Feuilles oblongues, chagrinées endessus, velues cn-dessous, issues de tiges llstuleuses. Cette plante parait appartenir au genre Tabernœmontana. On en fait une tisane pour combattre la toux. Ses vertus béchiques seraient h vérifier.

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La famille des Composées olfre les deux produits suivants :

A tourna (Nagos'. — Rameaux florifères, & tiges velues, 6 feuilles pubescentes, de teinte verte-noirâtre en-dessus et amadou en-dessous, garnis de bourgeons assez nombreux, voisins de la période d’épanouissement. Appartient au genre Vernonia (Tubuliflores). S’emploie en décoction, ît la dose de 100 grammes, comme fébrifuge, amer et diurétique.

jyZicconou (Nagos). — Plante herbacée, il feuilles rares, h fleurettes nombreuses, épanouies en aigrettes blanches. Est employée en tisane contre les liémorrhoïdes.

Les Malvacées du Dahomey procurent îi notre matière médicale, depuis un certain nombre d'années déjà, un produit moitié alimentaire, moitié médicamenteux, qui a conquis rapidement une importance considérable. Ce produit est la noix de kola.

Kola. — Graine du Sterculia acuminala (arbre de l’Afrique centrale et occidentale), de couleur rose tendre à l’état frais et brune après dessiccation ; appelée également noix de Gourou ou du Soudan.

Les indigènes l’emploient comme masticatoire et lui attribuent des propriétés merveilleuses, entre autres celle de supprimer la sensation de la faim et de permettre de longues marches sans fatigue. C'est en cITct un aliment d’épargne, en même temps qu’un tonique astringent, possédant une action excitante manifeste sur le cœur.

Knebel a découvert dans la noix de kola un glucoside, qu’il a désigné sous le nom de kolaninc, et qui, par dédoublement, donne du glucose, de la caféine et du rouge de kola (substance tannigène). C’est à ce dédoublement de la kolanine par la salive qu’on peut, d'après Docquillon-Limousin, attribuer le goût suci'é, dû au glucose, qui succède au goût amer lorsqu’on mâche pendant quelque temps de la kola fraîche.

rnoDLCTio.Ns du daiiomeï

Elle contient environ 2, 5 de caféine, 0, 02 •/, de théobromine et 1, G de rouge de kola et de tannin (Heckel etSchlagdcnhaulTcn). Ce sont ces principes actifs qui lui communiquent leurs vertus spéciales, les deux premiers comme stimulants du système nerveux et ioniques du cœur, les deux autres comme astringents et antidysentériques.

On emploie en thérapeutique l'extrait alcoolique à la dose de 0 gr. 15 a 0 gr. 60 ou la teinture au 1 /5* à la dose de 2 4 10 grammes. On la consomme surtout sous forme de vins, d’élixirs , de saecharures (granulés) et même de biscuits, représentant une dose de 0 gr. 50 à 2 grammes de lioix.

Dans la famille des Personnées peuvent être rangées les plantes suivantes :

Agbo (Djedje). — C’est le sésame, Sesamum indicum, caractérisé par sa tige ([uadrangulaire et scs fruits allongés, également nuadrangulaires, formés d’une capsule biloculaire, polysperme. On retire des graines l'huile comestible bien con~ nue, employée également aux usages pharmaceutiques : celte huile, très liquide, est riche en oléine (76 •/,). Les nègres emploient les tiges et les feuilles en décoction comme fébrifuge et diurétique.

Oka (Nagos). — Branches feuillues, botlelées, séchées et fumées, dilTlcilcs 4 caractériser dans cet état, mais paraissant être une liane du genre Bignonia cquinoxialis. On l’emploie ainsi en décoction comme astringent puissant et antidysentérique cIBcace.

Les Légumineuses offrent un produit désigné en Djedje sous, les noms de :

Aliouantleme (plante entière et vivante), Iloua-yo-yo (plante sèche). — C’est la Cassia occidcntalis, connue sous le nom.

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vulgaire d'herbe puante et plus encore sous celui de café nègre, principalement aux Antilles. Cette plante a d'ailleurs été introduite sous presi(ue tous les tropiques. Les feuilles sont cm'plovées en décoction comme diurétique et fébrifuge, notamment dans la fièvre bilieuse hématurique. Les graines, torréfiées, servent h préparer une infusion, comme succédané du café. Le bois est cmploj-c sous le nom de bois de Fedegone.

A la famille des Cucurbitacées se rattache le produit suivant :

\ihcci-Kin (Nagos). — Plante herbacée, présentant i> côté de la base de chaque fcuillcune vrille caractéristique. Paraît appartenir au genre Momordica et pourrait être identifiée avec la Momordica sencgalcnsis, si l’on pouvait en examiner la fleur qui, dans cette espèce, est polypélale, par exception avec celles des autres plantes de la famille des Cucurbitacées qui sont monopétules. Employée en infusion, & la dose de 80 grammes pour un litre, comme purgatif.

Les Myrtacées donnent le :

Kaman (Nagos). — C'est le goyavier, Psidium pomiferum, importé sur la côte d'Afrique, dont le fruit sert U faire une gelée rappelant le goût, mais plus intense, de celle de coing, et dont les feuilles servent, au Dahomey, en décoction, comme hypnotique pour les enfants et pour le lavage des plaies. Peut-être dans ce dernier cas les feuilles de goyavier présentent-elles les mêmes vertus antiseptiques que celles de l'eucalyptus, de la même famille.

La famille des Anonacées fournit :

Ajîari'cui'(Djcdje.) — Graines ayant la forme, les dimensions et la couleur d'une noisette, que les indigènes enfilent en chapelets avec des brins de raphia. L'amande exhale une odeur

PBODICTIOXS DU DAIIODEY

très nromnliquc, rappelant celle du niaouli. Parait être la semence de l’Anona squaniosa, introduite i( la côte d’Afrique jiour son fruit comestible. Ces graines, écrasées avec un peu de tafia, sont employées en frictions contre le rhumatisme.

Strophanlus et son contre-poison.

Les produits dont il va être parlé maintenant n'ont pu être identifiés avec quelque vraisemblance, par le fait que, uniquement constitués par de simples tiges ligneuses dépourvues de tout organe, ils ne présentent aucun caractère permettant de les rattacher meme à une famille botanique.

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EnnJJou (Xagos). — Tige ligneuse, bois incolore, écorce rougeâtre, moelle excentrée, d'où partent des faisceaux en éventail ; ces deux derniers caractères pourraient permettre de ranger cette plante parmi les Aristolochiécs ou les Ménispermées. C'est l'écorcc de la racine qui est employée en décoction, soit pour l'usage interne, en potion comme diurétique, soit pour l'usage externe, en bains comme reconstituant.

AUo (Dcjdje). — Bois de la tige, décortiqué; employé en nature, comme masticatoire, pour combattre les gingivites et comme dentribee.

/lira (Xagos), Guiabli-Po (Djcdje). — Ecorce de l'arbre, rougeâtre. Usage : !• pilée dans l’eau, comme gargarisme; 2“ mâchée, comme masticatoire. Antiscorbutique.

A /('nyai (Xagos). — Racine entière, contournée, bois dense, sans canaux, (ces deux dernicis caractères écartent l'idée d'un Turpethum, que donne le premier aspect du produit). On emploie l’écorce de la racine, pilée dans l’eau, comme pui^atif.

Bfybe (Xagos) (Fig. p. 409). — Gros tubercule, dont la forme rap|>elle assez exactement celle d'un abdomen humain, pourvu de son cordon ombilical constitué par la naissance d'une tige au centre du rcnilcment. On retrouve ici la thérapeutique dite par « signature » des peuples primitifs, qui attribuaient i» des plantes, ayant l'aspect de certains organes du corps, des propriétés curatives sur ces organes. Le Beybe est en effet employé, écrasé en cataplasmes, comme remède secret pour les femmes. Il semble apjMirtenir au genre Ijmmuja, de la famille des Convolvulacées.

Ayuiri-SchaliO (Xagos). — Tubercules de la grosseur d'ignames. On les écrase dans l'eau et les additionne de gin, pour les employer comme emménagogue.

rRODl'CTIO>S Dt] DAHOMEY

Alliah (Nagos). — Tiges ligneuses, de couleur lauvc. LVcorce est employée en décoction, comme tisane dans le catarrhe ou en lotions.

Ifan (Nagos). — Tiges ligneuses, bois jaunAtre, écorce fauve mouchetée de taches claires, odeur forte rappelant celle des vinasses de betterave. Le décocté de ce produit mousse fortement par l’agitation, ce qui semblerait indiquer qu’il contient de la saponine. L’écorce est écrasée dans l’eau tiède.: se prend le matin à jeun, comme vermifuge.

Ici s’arrête la liste des plantes médicinales du Dahomey envoyées îi l’Exposition de 1900. L’étude qui vient d’en être faite ouvre la voie ii d'autres travaux plus approfondis, plus vastes et de plus longue haleine, qui ne sauraient d’ailleurs donner des résultats certains et concluants que par l’examen des plantes entières, c’est-à-dire pourvues de tous leurs organes et notamment des plus caractéristiques, qui faisaient défaut dans presque tous les échantillons : les fleurs. D’autre part, les examens chimiques, les expériences physiologiques et thérapeutiques pourront peut-être également donner lieu, du moins pour quelques e.spcces, à des découvertes intére-ssantes et utiles. Quoi qu’il en soit, il appert de cette énumération que le Dahomey offre au colon qui s’y fixe, outre les inestimables trésors de scs produits commerciaux, les nombreuses rcssourccs d’une matière médicale assez complète et parant aux principales maladies qui peuvent se rencontrer dans le pays.

11 convient d'ailleurs d’ajouter aux produits étudiés dans ce chapitre ceux qui ont été cités précédemment, dans le cours de cet ouvrage, et qui possèdent des propriétés médicamenteuses, tels que l’huile de touloucouna,la pulpe et la feuille de baobab, le dragonnicr, l’eucalyptus, le fruit de morinda, la

L» Dahomey.

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simarouba, le cubèbe, la fève de Calabar (dont résérinc est le principe actif), la menthe, la mauve, la bourrache, etc.

Qu'il me soit permis, en terminant, de rendre hommage à l’extrcmé amabilité avec laquelle MM. nocquillon-Limousin, membre des sociétés de' pharmacie et de thérapeutique, Goris, préparateur du regretté professeur G. Planchon, et nommément M. Poisson, le savant assistant du Muséum d'histoire naturelle, ont bien voulu me prêter le concours de leurs lumières. Je tiens à les en remercier ici bien cordialement.

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