INDUSTRIE
COMMERCE
Factoreries.
Pour elTecluer le commerce au Dahomey, il faut des établissements dits factorerie».
Ce sont de vastes construetions comprenant un logement confortable pour les employés, des entrepôts pour emmagasiner les marchandises venant d’Europe, des magasins pour abriter l'huile de palme, des .séchoirs pour le triage desamandes, un atelier de tonneliers noirs pour le remontage des futailles envoyées d’Europe en botte pour diminuer le prix du fret. A chaque factorerie est annexé, en outre, un magasin de vente au detail, ouvrant sur la rue, sorte de bazar où sont étalées toutes les marchandises de traite venant d’Europe : tissus, liqueurs diverses, quincaillerie, etc...
Les établissements de la plage comportent, en outre, le baracon (bureau de l’agent chargé de l’embarquement et du débarquement des marchandises] et un mât de pavillon pour pouvoir correspondre avec les navires en rade.
On peut estimer h 80.000 francs l’installation d’une factorerie établie dans ces conditions, bâtiments et matériel compris.
Les factoreries sont toutes bâties au bord de l’Océan ou des lagunes qui permettent les communications faciles jiar eau avec la mer.
Mais par suite de l’absence complète de moyens de transport et du défaut de voies de pénétration, les marchandises devaient être portées sur la tête des noirs, et leur expédition, meme â de faibles distances, exigeait des frais considérables. Les négociants se trouvaient ainsi dans l'impossibilité d’étendre leurs opérations dans l'intérieur du pays ; au.ssi les premières maisons de commerce établies sur la côte avaient-elles dû limiter leur action au littoral proprement dit dont clics se
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parUigeaienl sans concurrence le niono|)ole de tout le trafic. Le commerce du Dahomey restait localisé sur une bande de terrain parallèle k l’Océan cl d'une profondeur variable" entre 30 et 50 kilomètres; aujourd'hui, par suite de la pacification du pays, la connaissance plus précise de ses ressources et la construction du wharf de Kotonou, de nombreux commerçants français et étrangers sont venus s'installer au Dahomey, créant entre les anciens et les nouveaux venus une concurrence fort vive qui eut pour conséquenee de modifier le système des transactions.
Le gérant de factorerie, sédentaire jusqu’alors, fut bientôt obligé de se déplacer pour parcourir les marchés des villages avoisinant sa factorerie. Mais ne pouvant tout k la fois diriger sa maison et traiter directement a>'ec les marchands, il dut avoir recours au traitant noir, intermédiaire obligé entre le producteur et le négociant.
Généralement très intelligent, très au courant de nos pratiques commerciales, le traitant noir habite un village indigène proche de la factorerie, où il se fait ouvrir un compte courant. Il y vient s'approvisionner de marchandises d'Europe qu'il échange ensuite sur les marchés intérieurs contre les produits du pays. Quand son stock est suffisant, il fait rouler jusqu’k la factorerie, par des sentiers souvent fort mauvais, les barriques d’huile de palme, y fait transporter les amandes et depuis quelque temps dû caoutchouc.
A la réception des produits, son compte est balancé; le traitant reçoit en argent la dilTérence souvent assez forte entre ses ventes et ses achats, et laisse en déplût k la maison de commerce, k titre de couverture, des sommes quelquefois importantes.
Mais il arrive parfois que le gérant, jxiussé par le désir de faire un gros chiffre d'afTaircs, stimulé par des transactions
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importantes, réussies jiiscju’alors, se laisse aller h faire au traitant noir lie grosses avances, de gros crédits, qu’il lui devient impossi))lc de faire rentrer dans la suite, malgré l'appui ofllcieux que lui prête l'administration locale. Il en résulte alors de grosses pertes, dues à l'inexpérience de l’agent ou à •sa trop grande confiance.
Les courtiers noirs parcourent donc les marchés ou foires qui SC tiennent périodiquement dans les grands centres, et où tous les produits du crû sont concentrés par les gens de l'intérieur qui font rarement plus de dix kilomètres pour écouler leurs marchandises. Ils vont ainsi ù la plus prochaine localité et vendent leurs marchandises à d'autres indigènes qui les portent plus loin, pour les revendre à leur tour sur les marchés.
Aussi, c'est rm va-et-vient constant sur les routes de porteuses et de marchands, sur les lagunes de pirogues chargées de futailles.
Les courtiers qui opèrent en pirogues portent le nom de laharoa. Ainsi que leurs collègues, ils tiennent la bourse des huiles de palme, font les prix, di.sculent leurs conditions et passent souvent des marchés pour toute l'année afin d'éviter les variatious de prix susceptibles de sc produire d’une récolte à l'autre.
L'habitant de l'intérieur, le paysan sc laisse guider par ces commissionnaires noirs qui mènent le mouvement, et il ne donnera jamais son produit à un marchand occasionnel. S'il rencontre un acheteur ù mi-chemin du marché il exigera de lui le même prix que dans les villes et, s'il peut vendre ses produits avec plus de bénéfice dans une localité voisine, il n’épargnera pas ses pas pour s'y rendre.
Les maisons françaises jouissent d'un grand crédit auprès du noir qui a foi dans la parole du blanc. Aussi est-il bon avec
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lui (le ne pas l’induire en erreur et de tenir ses engagements; de cette façon, le sentiment de respect du noir pour le blanc est maintenu.
Certains Européens traitent directement avec les indigènes. Comme en Europe, les transactions sont alors soumises à la loi de l'olTrc et de la demande. Mais il est rare que l'huile et les amandes vendues en factoreries soient apportées par les premiers producteurs ; cela n'arrive que pour les gens du voisinage.
Les clients et clientes arrivent alors avec des pots d'huile et des paniers d'amandes de palme qu’ils portent sur la tête et appelés koko».
On mesure les amandes en les versant dans un baril supporté par une bascule ; ce baril est de la contenance de cent kilos et se divise en demi et en quart de mesure, qui estjwyée au client soit par un bon, soit avec des marchandises; quand la mesure n’est pas complètement plcim:, onia parfait en prêtant des amandes au client, qui sont mesurées avec une toute petite mesure appelée dans le pays couillc, et l’on ajoute sur son bon : Doit une ou deux couilles.
Les mesures de capacité en usage pour l'huile sont :
L’aklouba, qui vaut environ 70 litres;
Le zen, qui vaut environ 35 litres ;
L’aladako, ou quart d’aklouba (17 litres 5);
Le gallon, qui vaut environ 4 litres ;
Et le gan adedé ou demi-gallon (2 litres 20).
L'aklouba est un petit baquet en buis de la contenance de 17 gallons environ.
A leur entrée en factorerie, les pots d'huile sont dtoupé» pour voir s'ils ne contiennent pas de l'eau ou des matières étrangères plus lourdes que l'huile, telles que le sable; les pots, une fois visités, sont vidés dans l'aklouba ju.squ'à ce
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qu'elle déborde ; l’huile ainsi mesurée est versée ensuite dans un ponchon (500 litres environ).
Les amandes sont aussi mises en ponehons qui, bien cerclés et rebattus, sont roules & la pla^e où ils sont déposés dans les entrepôts. Des journaliers indigènes (gagnadors) sont employés h ce travail; au retour, ils prennent une charge de marchandises, balles de tissus, caisses de liqueurs, ponehons de tafia, etc.
Tous CCS procédés commerciau.x, encore rudimentaires, se modifieront bientôt par suite de l’ouverture du chemin de fer de pénétration. Elle j>ermettra d’étendre h tout le pays les transactions commerciales limitées actuellement dans un rayoa de 50 kilomètres de la côte.
Elle ijermettra, en outre, l’exploitation complète de tous les produits du sol, dont les 2/5 au maximum peuvent seulement arriver jusqu’aux factoreries du littoral.
Peu h peu aussi, de nouveaux établissements de commerce se fonderont dans les grands centres de l’intérieur, ce qui décuplera les transactions commerciales et assurera aux travailleurs indigènes un avenir satisfaisant.
Pour conseiller et aider les négoeiants, industriels ou colons établis au Dahomey, il a été institué par un arrêté du 8 février 1895 un Comité du Commerce, de l’Industrie et de l’Agriculture, dans chacun des centres commerciaux de la colonie.
Ces Comités sont présidés par l’administrateur du cercle assisté de négociants français, étrangers et indigènes.
A Paris, l'Office Colonial, annexe du Ministère des Colonies installé au Palais-Royal (galerie d’Orléans), procure au public tous les renseignements désirables sur le mouvement colonial de la France et lui fournit toutes les indications
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agricoles, commerciales et imlustrielles relatives 4 nos possessions lointaines.
Un groupe de Français en relations ou en affaires avec le Dahomey a créé, en outre, le • Comité du D.thomey » dont le but principal est d'assurer le dêvelopiaeinent du commerce entre la métropole et la colonie.
Le Comité a son siège à Paris, des délégués au Dahomey et des sous-comités techniques en France, dans tous les centres industriels et commerciaux.
Complétant et suppléant les organes officiels que nous venons d'énumérer, le Comité est un auxiliaire préçieux pour le gouvernement de la colonie, et les services qu'il est ap|>clé à rendre dans l’avenir seront des plus importants.
En résumé, pour réussir dans le commerce au Dahomey, il faut avoir un capital sérieux, un matériel pratique, un personnel rompu aux affaires et toujours des marchandises en magasin.
11 faut s'établir à demeure fi.xe et attendre les clients dans les factoreries et non dans des boutiques. 11 faut venir U non .seulement pour vendre sa marchandise, mais jiour acheter |iar voie d'échange. Un commerçant qui se contenterait de vendre sans acheter réaliserait h peine de quoi couvrir tes frais généraux.
Le négociant européen doit aussi savoir attirer le noir de la brousse h la ville, il doit l’éblouir par ses étalages de marchandises, le fasciner jwr la variété des liquides qu’il débile.
» On ne doit pas reculer devant des cadeaux. Il est même d’usage que tout achat, quel qu’il soit, oblige le vendeur U une jvelile commission en nature. Ainsi un noir qui achète une dame-jeanne de tafia doit recevoir en plus, !i titre gracieux, une ou dcu.x bouteilles du marchand.
AGIUCLLTURE — INULSTRIE
COMMERCE
S'il n’y a pas eu de cadeau, l'indigène ne revient plus chez ce blanc qu’il dédaigne.
Il est è remarquer aussi que les transactions dans les factoreries ayant lieu actuellement contre espèces monnayées, le capital du négociant travaille continuellement et passe plusieurs fois dans les transactions d'une année, si, en échange
Équipe de
Kroumen dans une factorerie de Porlo-Novo.
des marchandises d’Europe, le commerçant transforme immédiatement son gain en produits du pays qui partent aussitôt.
Le petit intérêt rapporté chaque fois se totalise et souvent dépasse le bénéfice annuel unique que rapportait la troque, qui nécessite un capital dormant considérable.
Au jroint de vue financier, le principe de l'association des capitaux, de la compagnie de commerce, parait avoir de très
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grandes chances de succès au Dahomey, où il faut jrosséder un fonds de roulement considérable.
Des commerçants isolés, des industriels avec de faibles ressources, pourraient se réunir et tenter de nouvelles entreprises. Il y a pl.aee encore jK>ur beaucoup de maisons de commerce, car le noir est loin de récolter tout ce que produit .son merveilleux domaine.
Une personne très compétente qui réside depuis longtemps au Dahomey a soigneu.semcnt étudié la question de créations de factoreries dans l’intérieur, et elle évalue ainsi l'estimation de la dépense et des bénédees annuels pour l'installation d'une factorerie ù Allada.
CRÉATION ET UARCIIE d’lXE FACTORERIE A ALLADA
Dépenses.
!• Frais de I" établissement :
Construction d’une factorerie 12.000 fr.
Achat du matériel 6.000
Total 18.000
2* Personnel et frais généraux :
Personnel 18.600 fr.
Frais généraux i 21.800
Total 40.i00
Observations.
Construction d’une factorerie à Allada 12.000
Achat de matériel, futailles, sacs, etc 6.000
Total 18.000
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Personnel :
1® Un chef de faclorerie, traUement de