LES LIONS DU PONT ALEXANDRE III
Les deux groupes de lions et d’enfants, qui se trouvent à l’entrée du pont Alexandre III, du côté de l’esplanade des Invalides, sont de Dalou; ceux de l’extrémité opposée sont de M. Gardet. Ces ouvrages ont été faits en hâte pour les besoins de l’Exposition universelle de 1900. Dans les premiers jours de janvier 1898, les architectes du pont demandèrent à Dalou ce qu’il consentirait à y faire comme œuvre sculpturale. Il fut, alors, question de ces groupes de lions, mais, à la fin de mai, voici où l’on en était :
« (31 mai 1898). — On m’apporte aujourd’hui les petits piédestaux pour les « esquisses des groupes de lions. 11 faut faire cela dans le plus grand mystère, « paraît-il, jusqu’à ce que le ministre ait décidé et signé les commandes. C’est « toujours la même histoire, il signera quand il aura le temps ; les travaux n’en « devront pas moins être terminés pour l’époque fixée .et, de plus, être très bien ; « cela va de soi. Elle est bien bonne! »
Ce fut seulement le 14 juin que la confirmation officielle de la commande arriva. On s’y prenait donc pour des groupes destinés à rester après l’Exposition, comme pour les ouvrages en carton pâte qui devaient disparaître avec elle. Les esquisses de ces deux groupes jumeaux devaient être livrés dans un délai de dix jours et conçues sur un thème imposé par la nécessité de mettre en accord les groupes de Dalou et ceux de M. Gardet. Les uns et les autres devaient être dans le style Louis XIV. Dalou improvisa en cire deux petits modèles que le mouleur Bertault a eu l’habileté de conserver intacts et qui indiquent ce que le sculpteur eût fait s’il n’avait point été bousculé par la nécessité d’aller trop vite, et donc
1 J'ai eu la curiosité de demander à un praticien bien informé quel serait le montant de la dépense.
Il m'a répondu : Le bloc brut de marbre coûterait environ 30 000 fr. et les frais d'exécution environ 40 000.
sans préparation suffisante. 11 lui fallut faire les lions d’après le squelette, et non, comme il le faisait toujours, d’après l’animal étudié à loisir. Quant aux statues d’enfants, qui enguirlandent les lions, elles ne lui prirent pas moins de cinquante séances de modèle; il se fit aider par un ornemaniste pour l’établissement définitif des accessoires qui figurent sur le sol en bouche-trou. Le 5 avril, les modèles étaient acceptés par les architectes, et le 9, Dalou poussait cette exclamation de délivrance.
« J’ai terminé enfin ! les modèles des groupes pour le pont Alexandre ! »
Les lions du pont Alexandke III (Esquisses en cire).
finis vint le travail à exécuter sur la pierre. Dalou s'y adonna avec une conscience, souvent excessive, et enfin, à la fin de février 1899, date fatidique et administrative, les deux baraques qui entouraient les deux groupes, tombèrent.
Les deux groupes, qui n’étaient ni mieux ni plus mal que la besogne d’un homme connaissant bien son affaire, furent signés Dalou. Et ils en avaient besoin pour être remarqués.
De l’autre côté du pont, les deux groupes de M. Gardet étaient là pour prouver, à leur tour, que, lorsqu’on demande à des maîtres, d’exécuter des ouvrages de celle importance, il est nécessaire de leur laisser le temps d’y songer mûrement, de les préparera fond et de les parfaire.
Dans une nomenclature des œuvres de Dalou acquis des deniers de l’Etat,
LES MONUMENTS APPARTENANT A L’ÉTAT
il était impossible d'omettre les groupes du pont Alexandre III, mais il suffit de les mettre en parallèle avec leurs esquisses en cire pour voir ce qu’ils eussent été si Dalou avait pu les exécuter, après la longue série d’études qu'il consacrait en tous temps aux moindres de ses œuvres comme aux plus importantes.
Les autres ouvrages de Dalou appartenant au Domaine national, lui ont été offerts parleurs souscripteurs.