‹ Dalou; sa vie et son œuvreChapitre 30 sur 52 · LE MONUMENT DE S I D I - B RA H I M · texte numérisé non relu

LE MONUMENT DE S I D I - B RA H I M

A la suite d’une souscription privée ouverte en Algérie, et à laquelle l’Etat participa, pour un dixième environ, un monument a été élevé à Oran à la gloire des combattants de Sidi-Brahim.

Le corps architectural de ce monument, dont l’auteur est M. Formigé, consisle en un obélisque, qui, par une gorge posée sur une petite base à moulures carrées, se raccorde à un piédestal dont le dé est formé de quatre corps carrés s’enlrepénélrant. Il est posé sur un soubassement, fait de quatre jeux de gradins accouplés à leurs angles. Au sommet se dresse une statue de Victoire et, au oiseau de la petite base, une femme, vue de dos, symbolisant la France , entièrement drapée, un genou en terre, achève d’écrire au bas de l'obélisque les (h i niers noms dos soldats qui se sont illustrés a l’allaire de Sidi-Brahim, et dont

LES MONUMENTS APPARTENANT A L’ÉTAT

la liste couvre déjà la face tout entière du monument. Sa main gauche lient un drapeau, dont la hampe dressée et les plis retenus, épousent la ligne oblique de l’obélisque. A côté d’elle reposent, sur le piédestal, le haut shako et le gros fusil des vieilles troupes d’Algérie. Là-haut, la Victoire , étendant les bras, fait planer dans l’espace la palme et la couronne de laurier. La tête, au geste souple, légèrement infléchie vers l’épaule gauche, semble chanter. Une draperie qui entoure le corps, au-dessous des reins, s’appuyant aux hanches et découvrant le bas-ventre et l’aine gauche, rappelle, par l’ensemble de sa disposition à celte place, la draperie de la Vénus de Milo ; elle serre ensuite le contour des jambes et s’échappe à gauche en un pli flottant. La nudité du torse, droit et très souple, émergeant de ses plis, attire à soi de la sorte, toute la lumière. Par derrière, deux petites ailes d’aigle, étendues et battantes, en modèrent et en harmonisent le ton ; elles emprègnent la marche des pieds nus, posés à la cime de l’obélisque, d’un sentiment de vol; leurs lignes équilibrent celle de la draperie qui, auprès d’eux, palpite-au souffle du vent. Les statues sont de bronze, l'obélisque est de marbre algérien. Un vaste cartouche, lauré d’une guirlande courante et retombante, en décore la façade; la dédicace du monument y est entaillée.

Aucun travail n’a peut-être, eu égard à ses proportions, coûté à Dalou autant d’efforts que celui-ci. Le petit modèle de la Gloire , qui était au sixième d’exécution, lui prit, tout d’abord, quarante-deux séances.

kit il le retoucha encore pendant plusieurs jours sur le plâtre. 11 11e s’agissait pourtant encore que du travail préparatoire d’après lequel il ferait à grandeur d’exécution la statue destinée à être coulée en bronze. Sur celle-là, Dalou prendra encore toute une série de séances d’après la nature. Et il se félicite de la marche qu’il a donnée à son travail, en faisant le petit modèle poussé jusqu’au dernier degré de perfection possible.

A côté de l’effort porté sur la Gloire , celui qu’a causé la France , qui a été reprise une vingtaine de fois, paraît jeu d’enfant.

Et comme s’il avait, vis-à-vis de soi-même, une sorte de remords à donner tant d heures à un travail autre que celui de son œuvre rêvée, Dalou se rassure e recette réflexion :

« (7 juin 1897); — Le tout 11’est pas tant d’avoir une opinion à soi que de « mettre ses actes en accord avec ses opinions. »

Or, si son opinion était à cette heure, comme à toute heure, qu’il fallait que la probité artistique fût le suprême devoir de tout artiste, elle était aussi qu’il fallait qu on sortît — ces paroles sont de lui — « de cet art bâtard que nous prati- « quons tous, car je ne m’excepte pas », d’où dérivaient les figures allégoriques.

Il souffrait de se dépenser en « cet art bâtard » an préjudice de ce qu’il estimait la tâche à remplir. Or, le modèle de la France était de la plus grande valeur et celui de la petite Victoire de Sidi-Brahim était une pure merveille, arrivée à un état d'achèvement absolu et prêt pour la fonte d’un petit bronze ou pour une reproduction par la manufacture de Sèvres.

Du jour où le grand modèle fut parti, Dalou ne put revoir ces figurines, sans revivre les heures de souffrance qu’elles lui avaient coûtées, en l’empêchant de travailler â scs paysans et â ses ouvriers. Devant elles il ne se sentait pas en règle avec sa conscience.

Un dimanche matin, Auguste Becker, venu, un peu par hasard, impasse du Maine, aperçut dans l’atelier qui précédait celui du patron, un tas de plâtre émietté. Il se baissa, pour voir ce que le trop fameux marteau avait encore anéanti, et il reconnut les traces de la statuette de la France et de celle de la petite Victoire de Sidi-Brahim. Pour se faire une idée très incomplète de l’une et de l’autre, il faut maintenant aller âOran. Et encore, â la hauteur où la Victoire est placée, ne la voit-on que très vaguement.

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